Le Maroc, pays où l’agriculture occupe un rôle très important, est une terre qui compte de nombreuses espèces d’arbres. Le Maroc, pays de passage, a connu et connaît encore des introductions d’un bon nombre d’espèces végétales. La flore qu’on pense souvent à tort être statique et immobile peut s’avérer dynamique, avec des aires de répartition en constante redéfinition, que ce soit sur une échelle de temps importante ou suite à l’intervention humaine. À Fès, si les effets de l'aridité ne sont guère aussi perceptibles qu'ailleurs, il n'en est pas moins préoccupant de constater qu'un certain patrimoine végétal, arboricole notamment, requiert une attention particulière pour éviter la disparition d'espèces qui ont fait la réputation du verger traditionnel local.

Les espèces fruitières spontanées : Un héritage naturel
Pour comprendre la richesse arboricole du Maroc, il convient de distinguer les espèces introduites des espèces spontanées de la flore marocaine, dont historiquement, la présence et la reproduction ne sont pas dues ou liées à l’activité humaine. Bien que cette liste ne soit pas exhaustive, plusieurs espèces ont « depuis toujours » existé au Maroc.
L’Oléastre, ou olivier sauvage, est une espèce méditerranéenne qui, par amélioration, a donné l’olivier largement cultivé. À Fès, l’olivier est l’arbre dominant ; certains sont plusieurs fois centenaires, notamment aux contours de la médina. Le Figuier est également un arbre méditerranéen par excellence. Au Maroc, il se présente sous deux sexes : le figuier « mâle » (caprifiguier), dont la fonction première est de produire des grains de pollen, et le figuier qui donne les figues que l’on consomme.
Le Palmier nain, ou « Doum » en arabe, est une espèce naturelle et spontanée au Maroc. Contrairement au palmier dattier, originaire du Moyen-Orient, le palmier nain est bien une espèce locale dont on consomme le « cœur » et les baies. Enfin, le châtaignier est un arbre majestueux, pouvant mesurer jusqu'à 35 mètres de hauteur et possédant une longévité exceptionnelle allant jusqu'à 1500 ans.
Diversité biologique et richesse économique à Fès
L'étude initiée par le département de biologie de l'Ecole normale supérieure de Bensouda est édifiante quant à la diversité biologique et à la richesse économique du patrimoine végétal de Fès. Trente-neuf espèces y sont représentées, dont les légumineuses comptent pour 14%, suivies des moracées (10%) et des rosacées (9%). L'utilité de ces arbres est multiple : écologique (fixation de l'azote), alimentaire (espèces fruitières), médicinale et esthétique.
Parmi les originalités de cette flore, le cas de l'olivier millénaire, ou encore celui de l'arganier, du cèdre de l'Atlas ou du chêne vert, montre une adaptation insoupçonnée au climat de la capitale spirituelle. Parmi les espèces aux vertus alimentaires et médicinales figurent également le caroubier, le citronnier, l'oranger, le néflier, le mûrier ou le tillent.
Mediterraneo : Fès, trésors de Médina
L'art des jardins : De l'Andalousie à la Médina
La civilisation islamique a été dotée depuis plus de 14 siècles d'une législation sur la préservation des plantes. Le respect et l'amour des musulmans pour la nature leur ont permis de constituer des jardins parmi les plus beaux du monde. Les prestigieux jardins de l'Andalousie de l'époque islamique, « Al Andalus », n'en sont qu'un exemple. Une vive rivalité s'était alors établie entre habitants de Fès et citoyens d'Andalousie pour la création de jardins et la sélection de variétés nouvelles d'arbres fruitiers.
Le parc de Jnan Sbil, par exemple, rassemble pas moins de 3000 espèces de plantes réparties sur 7,5 hectares à travers plusieurs jardins thématiques : jardin andalou, mexicain, la bambouseraie, etc. Ces espaces, tout comme le Jardin de Biehn - ancienne cour du palais d'un pacha - témoignent de ce luxe, calme et volupté chers aux esthètes.
Gestion, entretien et défis de conservation
La plantation des arbres fruitiers au Maroc dépend de la variété et de la région. En général, il est recommandé de planter à l'automne ou en hiver, lorsque les températures sont plus fraîches et les précipitations plus fréquentes. Pour entretenir ces arbres, il est important de les arroser régulièrement, surtout pendant les périodes de sécheresse, et de pratiquer une taille régulière pour favoriser la production de fruits.
La protection contre les maladies et les ravageurs passe par une bonne hygiène du jardin : éliminer les feuilles et branches mortes, garder le sol propre et éviter les mauvaises herbes. L'utilisation de produits naturels, comme l'huile de neem ou le savon insecticide, est recommandée pour préserver l'écosystème.

À Fès, certains fruits comme le « Kermouss chaâri », le « Lqim » ou les variétés locales de poires et pommes « beldis » ne s'éternisent guère chez les maraîchers, témoignant de leur rareté. Il faut espérer que les programmes de plantation et de multiplication, tels que le projet de jardin botanique, se traduisent par une exécution adéquate sur le terrain. Les investigations ont révélé qu'une grande partie des espèces introduites depuis très longtemps ont su s'adapter, mais la pression de l'urbanisation et la disparition des « Jnanates » (jardins traditionnels) imposent une vigilance accrue pour que ce patrimoine ne devienne pas qu'un souvenir.