Guide complet sur l'utilisation du fumier de cheval et de bovin au jardin

L'utilisation du fumier de cheval en Martinique, tout comme celle du fumier de bovin, constitue une pratique ancestrale et hautement bénéfique pour la fertilité des sols tropicaux. Le fumier est depuis toujours une bénédiction pour les cultures, auxquelles il offre de nombreux nutriments, tout comme pour les sols qui en sont grandement améliorés. Que ce soit pour structurer une terre lourde ou pour apporter un surplus de vitalité à un sol sableux, ces amendements organiques sont des alliés de choix pour tout jardinier souhaitant s'affranchir des engrais chimiques de synthèse.

Tas de compostage de fumier de cheval en milieu tropical

La composition et les propriétés du fumier de cheval

Le fumier de cheval est composé d’un mélange de déjections animales, d’urines et de matières végétales (paille ou déchets). Parmi les différents fumiers, celui de cheval fait partie des plus équilibrés. En raison de la forte concentration en matières sèches, il se décompose de manière lente, mais il fournit au sol durant cette période les oligoéléments et minéraux indispensables à vos cultures. Il est parfait pour stimuler la création d’une couche d’humus.

La structure comme la composition du sol en sont améliorées, quelle que soit la qualité du sol au départ (argileux ou sablonneux), un grand bénéfice pour tous les organismes vivant dans le sol. Il est plus aéré, donc l’air et l’eau y circulent mieux, l’eau y est plus facilement retenue. Le fumier de cheval est particulièrement riche en potasse et en azote, des éléments vitaux pour le développement végétatif.

La gestion du fumier frais et ses risques potentiels

Le fumier frais présente quelques inconvénients : il est assez riche en ammoniaque à cause des urines, donc une quantité importante peut être polluante ; il peut contenir des restes de traitements médicamenteux, vermifuges par exemple ; il peut contenir des pathogènes (bactéries ou autres), cependant sa rapide montée en température et la présence d’oxygène vont assez rapidement les détruire.

Les vermifuges, insecticides et autres médicaments chimiques de synthèse administrés aux chevaux, bovins et autres animaux sont toxiques pour la faune du sol. Si le principe actif peut être considéré comme dégradé en quelques semaines à quelques mois, les résidus de dégradation restent à vie. Des déjections d'animaux frais ou en fumier, sont fertiles que si les animaux ne reçoivent pas de médicaments chimiques de synthèse. De même les huiles essentielles et autres élixirs perturbent voire détruisent les microorganismes et autres insectes et animaux des sols et compost.

L'art du compostage : transformer le fumier en or noir

Pour bien mener ce compostage, plusieurs choses sont importantes : ne réalisez pas de tas trop hauts, dans lesquels le processus ne se passerait pas correctement. Installez-le sur des branchages, qui permettront à l’air de passer en-dessous et qui favoriseront également l’écoulement du liquide qui se forme au cours de la décomposition. Il est conseillé de couvrir le fumier, par exemple avec de la paille. Cela évitera le lessivage de tous les nutriments dans le sol entraînés par la pluie.

Le fumier de cheval décomposé est celui qui est arrivé à maturité et donc a poursuivi un processus de décomposition durant 6 mois au moins. Ne mettez jamais le fumier de cheval directement sur le sol, surélevez-le à l’aide de branches par exemple. Il faut absolument que les liquides puissent s’évacuer et que l’air circule parfaitement en dessous. Il faut également penser à le couvrir pour le protéger de la pluie.

Schéma illustrant le processus de compostage aérobie du fumier

Techniques d'épandage sans labour

Le meilleur moyen pour bien intégrer le fumier dans le sol, c’est de ne pas l’intégrer ! Il convient en effet de l’étaler sur le sol et de le laisser se décomposer jusqu'au moment des plantations, environ 3 à 4 mois. En effet, sa décomposition doit se faire en milieu aérobie, c’est-à-dire exposé à l’air.

Comment enfouir le fumier de cheval sans retourner le sol et perturber la vie souterraine ? Il suffit alors d’épandre une épaisse couche de compost, que l’on recouvre d’un lit de feuilles mortes maintenues solidement par un filet afin de prévenir tout éparpillement à cause du vent et des oiseaux. Cette double couverture est laissée telle quelle pendant toute la mauvaise saison. Au printemps, il n’y a plus qu’à semer ou planter après un petit griffage. Cette méthode permet de nourrir le sol, de l’enrichir, sans pour autant nuire à la vie indispensable qui s’y cache.

Le fumier de bovin : spécificités et couches chaudes

Comment fait-on une couche avec du fumier de bovin ? Étendre le fumier et le tasser. Le tas doit être très compact, sur une épaisseur de 30 cm. Avec du fumier pailleux il faudra bien arroser. Fabriquer un cadre de 30 cm de hauteur et le poser sur le tas. Remplir de 10 à 15 cm de terreau bien décomposé ou horticole.

Pour réaliser des semis à repiquer, entasser le fumier frais : la température va s'élever et on obtiendra une couche chaude. Puis épandre 10 à 20 cm de terre ou de terreau par-dessus afin de semer des graines de légumes ou de fleurs. L'an prochain, le fumier formera un amendement à enterrer pour fertiliser le sol. Les racines des plantes y trouveront les éléments nutritifs utiles à leur développement. Le fumier retient l'eau et assure au sol une grande fraîcheur.

Réaliser une couche chaude sous un tunnel avec de la paille

Calendrier et fréquences d'apport

Quand faut-il mettre du fumier ? Tout dépend des objectifs. Pour l’entretien régulier de la vie du sol l’apport le plus intéressant se situe en automne, et à l’entrée de l’hiver. Si le fumier est pailleux (les déjections + la litière) et si il est frais, on peut l'étaler sur le sol. Sans l’enfouir. En quelques semaines et en fonction de la température et des précipitations, il se compostera tout seul, en “nappe”.

Le fumier de cheval est très riche et de ce fait, il ne faut pas commettre l’erreur d’en épandre tous les ans. La première année, 3 kg de fumier de cheval décomposé est une bonne dose, puis 1 kg par m² la deuxième année. En entretien, l’épandage de fumier décomposé ne sera pas fait tous les ans. Vous pourrez apporter ce fumier tous les 2 ou 3 ans, à raison d’1 kg par m².

Le cas du fumier déshydraté en granulés

Le fumier déshydraté, compacté en granulés, est-il efficace ? La matière première (fumier de ferme) est identique. Il est élaboré par compostage, broyage et déshydratation. Très simple à utiliser de par sa présentation en granulés, il est idéal pour tous ceux qui n’ont pas accès à du vrai fumier. En entretien, dans un potager, compter entre 300 et 600 g/m². Il se mélange très simplement à la terre ou au terreau et s’incorpore par griffage ou ratissage.

Adaptations aux cultures potagères

Le fumier de cheval est bon pour tout au potager, enfin presque ! Il sera utilisé frais, à demi-mûr ou totalement composté selon les cas. Il faut l’apporter aux légumes et autres plantes potagères qui en ont le plus besoin : toutes les courges, les tomates et autres solanacées (poivrons, aubergines…). Ces légumes gourmands supportent bien le fumier à demi-mûr, voire à peine composté. Les pommes de terre en sont également friandes, car le fumier de cheval est riche en potasse.

Évitez par contre de planter des alliacées comme les oignons, l’ail, l’échalote, à des endroits que vous avez enrichi avec du fumier (ou autres matières organiques d’ailleurs), elles ont horreur de ça ! Une approche permaculturelle consiste, plutôt que vouloir enfouir le fumier, à le recouvrir de matières ligneuses, par exemple de la paille, des feuilles, du BRF. Vous formerez ainsi, progressivement, des buttes sur lesquelles vous pourrez planter vos légumes sans avoir à travailler le sol.

Jardin potager en buttes utilisant le fumier comme base de fertilisation

Considérations sur la fertilité et la vie biologique

Il est important de comprendre que les plantes ne se nourrissent que de sels minéraux. La matière organique, d’origine animale ou végétale, doit être consommée et transformée par la pédofaune et la pédoflore du sol pour en faire des sels minéraux assimilables. Le carbone contenu dans le fumier est le carburant essentiel de cette pédofaune. Sans carbone, la pédofaune est sans réaction car privée de carburant, elle ne peut pas travailler et c'est la pourriture qui s'installe.

C’est pourquoi le fumier de cheval, grâce à sa teneur en paille, est un excellent choix. Il sollicitera la vie biologique qui va se régaler de manger, décomposer ces molécules complexes carbonées pour les transformer à terme en minéraux essentiels. Le fumier de cheval est peu concentré en minéraux essentiels, mais c'est justement ce qui permet d'en apporter de grandes quantités pour améliorer la structure physique du sol sans risquer de brûlures immédiates des racines, à condition de respecter les phases de décomposition adaptées à chaque culture.

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