La tentation de capturer des images aériennes spectaculaires est forte pour les propriétaires et pilotes d'aéronefs, et l'utilisation de caméras GoPro, reconnues pour leur robustesse et leur qualité d'image, est une option populaire. Cependant, la fixation de ces dispositifs sur le fuselage ou d'autres parties externes d'un avion soulève des questions importantes concernant la navigabilité, l'aérodynamisme et les implications réglementaires et assurantielles. La modification d'un aéronef, même minime en apparence, peut avoir des conséquences significatives.

Le cadre réglementaire en France et en Europe : une absence de texte spécifique, mais des principes clairs
En France et en Europe, il n'existe pas de texte législatif ou réglementaire explicite qui encadre directement la fixation d'une caméra GoPro sur un aéronef. Cela ne signifie pas pour autant qu'une telle pratique est laissée à la discrétion de l'utilisateur. Au contraire, les principes généraux de la navigabilité aérienne s'appliquent avec rigueur. Toute modification apportée à un aéronef doit être conforme à son certificat de navigabilité (CDN). L'installation d'un appareil susceptible de modifier l'aérodynamique de l'avion, même de manière imperceptible pour le pilote, est considérée comme une modification.
L'article 13 du code de l'aviation civile, bien que non spécifiquement dédié aux caméras, pose les bases des responsabilités en cas d'incident ou d'accident. Dans une telle situation, les assureurs seraient libres d'invoquer la nullité du CDN en raison des modifications apportées, notamment sur les caractéristiques aérodynamiques.
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L'impact aérodynamique : une influence variable mais réelle
L'influence d'une GoPro sur l'aérodynamique dépend de plusieurs facteurs cruciaux : le type d'avion, l'emplacement exact où la caméra est installée, et même le type de fixation utilisé. Bien que certains pilotes n'aient jamais détecté de changement de comportement en volant avec des GoPro fixées à divers endroits (à l'exception des gouvernes), cela ne signifie pas que l'impact est nul.
Il a été constaté que sur certains avions, une GoPro peut avoir un effet aérodynamique clair. À titre d'exemple, le simple fait d'oublier de retirer les anneaux d’amarrage, qui se vissent dans l’aile d’un Aquila, a eu un impact perceptible sur le comportement de l'avion. Le manuel de maintenance de cet aéronef précise d’ailleurs que le vol avec ces anneaux n’a jamais été testé et n’est donc pas approuvé. De la même manière, l'ajout d'un appendice externe, même de petite taille comme une caméra, peut perturber l'écoulement de l'air et altérer les performances de vol, la stabilité ou la consommation de carburant. Lors des essais en vol pour la certification de nouveaux aéronefs, il est souvent demandé de rajouter de petits appendices aérodynamiques, ce qui souligne l'attention portée à ces détails.
La question de la fixation est également primordiale. Bien que le risque zéro de chute n'existe pas, une fixation avec vis est généralement perçue comme plus sûre qu'une fixation ventouse. Cependant, même une fixation robuste doit être validée pour s'assurer qu'elle ne compromet pas l'intégrité structurelle de l'aéronef ou son aérodynamisme.
La stabilisation numérique : une solution partielle
L'avancée de la technologie, notamment la stabilisation numérique sur les nouvelles caméras, a résolu en grande partie le problème des vibrations et de la qualité d'image. Cependant, cette amélioration ne résout en rien les questions fondamentales de l'aérodynamisme et de la navigabilité. Une caméra parfaitement stabilisée mais non conforme aux exigences de certification reste un risque.
Une fausse bonne idée souvent rencontrée est de sécuriser la caméra avec un "leash". En cas de rupture de la fixation principale, la caméra ne tombera pas, mais elle pourrait venir se cogner de manière répétée et violente sur la surface à laquelle elle était accrochée, causant des dommages à l'aéronef et présentant un risque pour les éléments adjacents.

Certificat de navigabilité et assurances : des risques importants
Le point crucial réside dans le certificat de navigabilité (CDN) de l'avion. L'installation non autorisée d'une caméra externe rend l'avion non conforme à son certificat de navigabilité. Voler avec un avion non navigable a des implications majeures, notamment en ce qui concerne les assurances.
Les contrats d'assurance stipulent généralement que l'avion doit avoir un CDN valide. Si une modification non approuvée est apportée, l'assurance peut décider de ne pas payer en cas d'accident, car les termes du contrat n'auront pas été respectés. Un tribunal donnera alors raison à l'assurance. Cela représente un risque financier considérable pour le propriétaire ou l'utilisateur de l'aéronef.
Pour un pilote de club, la situation est encore plus délicate. Il n'est pas acceptable qu'un pilote se permette de faire prendre un tel risque financier à son club. Même si le club se retourne contre le pilote ou ses héritiers, il n'est pas certain de revoir l'argent, et certainement pas avec la même rapidité qu'une assurance. L'acquisition d'un propre avion est alors une option pour ceux qui souhaitent absolument fixer des caméras à l'extérieur, car cela leur permet de prendre leurs propres risques.
La procédure d'installation légale : une affaire de professionnels agréés
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la CS-STAN (Certification Specifications for Standard Changes and Repairs) ne permet pas à un pilote lambda d'installer sa caméra sur le fuselage. La procédure légale est bien plus complexe et implique des professionnels agréés.
En substance, un atelier agréé est le seul habilité à installer des points de montage sur l'aéronef. Le pilote-propriétaire ne peut pas effectuer cette tâche lui-même. Cet atelier doit ensuite répertorier dans un document, attaché au manuel de vol de l'avion, quelles caméras SPÉCIFIQUES (identifiées par leur numéro de pièce - "part number") peuvent être attachées à quels supports. Cela garantit que toute modification est documentée, testée et approuvée, assurant ainsi la sécurité et la conformité de l'aéronef.
Aux États-Unis, la FAA a approuvé certaines fixations pour des modèles spécifiques, ce qui illustre la nécessité d'une validation officielle pour de telles modifications. Cette approche basée sur des "part numbers" spécifiques et des supports définis garantit que l'impact sur l'aérodynamique et la navigabilité est minutieusement évalué et jugé acceptable.
Considérations pour différents types d'aéronefs
L'impact aérodynamique d'une GoPro peut varier considérablement en fonction du type d'aéronef. Un avion léger de tourisme n'aura pas la même sensibilité qu'un avion de ligne ou un aéronef de performance. Cependant, quelle que soit la taille ou le type d'aéronef, le principe de navigabilité s'applique. La surface et la forme de la caméra, même si elles semblent minimes, peuvent interagir avec le flux d'air, créant des turbulences, augmentant la traînée ou modifiant les caractéristiques de vol.

Il est primordial de se rappeler que toute modification non autorisée, même si elle semble insignifiante, peut avoir des conséquences imprévues et graves. La sécurité aérienne est une priorité absolue, et chaque élément ajouté ou modifié sur un aéronef doit être rigoureusement évalué et approuvé par les autorités compétentes ou des ateliers certifiés.
Synthèse des risques et des bonnes pratiques
En résumé, la fixation d'une caméra GoPro sur un aéronef est une décision qui doit être mûrement réfléchie et ne doit pas être prise à la légère. Les risques associés comprennent :
- Non-conformité du certificat de navigabilité : Toute modification non approuvée rend l'avion non navigable.
- Annulation de la couverture d'assurance : En cas d'accident, l'assurance peut refuser de prendre en charge les coûts.
- Risques aérodynamiques : Même une petite caméra peut altérer le comportement de l'avion, sa stabilité ou ses performances.
- Risques de dommages matériels : Une fixation défaillante peut entraîner la perte de la caméra ou des dommages à l'aéronef.
- Conséquences financières et légales : Pour le propriétaire ou le pilote, les implications peuvent être lourdes.
Les bonnes pratiques, si l'on souhaite absolument filmer depuis l'extérieur d'un aéronef, incluent :
- Obtenir l'accord du propriétaire de l'avion : Si l'avion n'est pas le vôtre.
- Faire appel à un atelier agréé : Pour l'installation de points de montage spécifiques et certifiés.
- Utiliser des caméras et supports spécifiquement répertoriés : Dans le manuel de vol de l'aéronef par l'atelier agréé.
- Considérer l'achat d'un propre avion : Si la flexibilité de fixation est une priorité et que l'on est prêt à assumer les risques.
La prudence et le respect des réglementations en vigueur sont essentiels pour garantir la sécurité des vols et éviter des conséquences fâcheuses.