Le greffage est une opération fondamentale en viticulture moderne, permettant d'unir deux organismes vivants pour former un seul plant de vigne. Cette technique est devenue indispensable suite à l'invasion du phylloxera, garantissant la résistance de la vigne aux maladies racinaires et l'adaptation aux différents terroirs. La production de plants greffés-soudés implique des étapes rigoureuses, de la culture des vignes-mères à la livraison des plants, en passant par diverses techniques de greffage.

Les Vignes-Mères : Source du Matériel Végétal
La production de plants de vigne commence bien avant l'assemblage, avec la culture des vignes-mères. Il existe deux types de vignes-mères, chacune dédiée à la production d'un élément spécifique du futur plant : les vignes-mères de porte-greffes et les vignes-mères de greffons. Ces parcelles sont soumises à des protocoles rigoureux pour assurer la qualité sanitaire et génétique du matériel végétal. La France est le premier producteur mondial de matériel végétal pour la pépinière viticole, avec 4 019 hectares de vignes-mères inscrites, dont 60% pour les porte-greffes et 40% pour les greffons.
Vignes-Mères de Porte-Greffes
Les porte-greffes, aussi appelés « pieds-mères », constituent la partie souterraine d’un plant de vigne. Ils proviennent de ceps qui ne produisent pas de raisins, mais des bois résistants au phylloxera et adaptés aux sols. Les vignes-mères de porte-greffes sont rarement palissées et sont établies en « tête de saule » au niveau du sol, avec des rameaux qui peuvent atteindre plus de 10 mètres.
Culture et Récolte :La culture des vignes-mères de porte-greffes est très différente d’une vigne classique. Le ramassage des porte-greffes se fait par une taille au ras de la souche entre décembre et février. Les longs rameaux sont tirés en bout de parcelle, mis en fagots et emmenés à l’atelier. Ces bois sont ensuite ébourgeonnés et débités en fractions d’environ 30 cm, la base étant coupée impérativement sous l’emplacement d’un œil éborgné. Ces opérations peuvent être effectuées intégralement à la main, ou à l’aide de machines s’adaptant automatiquement au calibre du sarment.
Conditionnement et Commercialisation :Les bois récoltés, considérés comme techniquement (et réglementairement) utilisables, sont appelés « boutures greffables ». Ils ont un diamètre compris entre 6 et 12 mm et peuvent être conditionnés de nombreuses manières : soit directement en fractions de diverses longueurs selon les utilisations, soit en paquets de 100 ou 200 sarments d’environ 1,10 m (« mètres greffables ») étiquetés et destinés à la vente aux pépiniéristes, qui les débiteront ensuite. Chaque fraction greffable est « talonnée » (base coupée sous l’emplacement d’un œil éborgné), dévrillée et ébourgeonnée soigneusement afin d’éviter les repousses du porte-greffe.
Vignes-Mères de Greffons
Les vignes-mères de greffons sont des parcelles de vigne d’une variété inscrite dans un des catalogues des États membres de l’Union européenne pour la multiplication végétative de la vigne. Ces vignes sont en général des vignes à fruits, établies suivant un protocole rigoureux dans le but de minimiser les risques sanitaires. Pour bénéficier d'un agrément, chaque parcelle doit être gérée par un Opérateur Professionnel Autorisé (OPA) et porte un numéro d’inscription au contrôle par FranceAgriMer.
Réglementation et Agrément :Pour les variétés de vignes-mères de greffons inscrites au classement viticole, la plantation doit être réalisée selon le règlement délégué (UE) 2018/273 concernant le régime d’autorisations de plantations de vigne. Deux régimes sont possibles :
- Avec une autorisation de plantation : via le portail Vitiplantation, avec une notification réalisée par le demandeur en parallèle de la demande d’expertise préalable de la parcelle à planter.
- Avec une notification sous le régime d’exemption : permettant à la parcelle de vigne-mère de greffons inscrite au contrôle des services de FranceAgriMer de produire et de commercialiser des vins sans Indication Géographique, si la variété est au classement.
Toute demande d’expertise préalable de parcelle avant plantation est annexée d’un formulaire permettant au demandeur de spécifier le régime demandé. La notification doit préciser la durée prévisionnelle de production, qui peut être prolongée ultérieurement. La notification est valable tant que la parcelle est considérée apte à l’implantation de vigne-mère de greffons, généralement pour 2 ou 3 ans. Toutes les autres démarches administratives restent d’application, notamment les déclarations aux douanes et les démarches obligatoires auprès de FranceAgriMer.
Culture et Récolte :Les vignes-mères de greffons sont conduites comme une vigne traditionnelle, mais dont les bois seront coupés pour produire des greffons. Les sarments bien aoûtés et de diamètre inférieur à 14 mm sont récoltés entre décembre et février. Ils sont conditionnés en paquets de 100 ou de 200 unités, étiquetés à l’aide d’étiquettes réglementaires (de couleur bleue pour le matériel certifié), et ramenés à l’atelier où chaque sarment est débité à un œil. Le pépiniériste doit veiller à ce que le greffon ne grossisse pas trop afin d’avoir le diamètre adéquat pour le porte-greffe. Les greffons sont récoltés un mois avant la campagne de greffage et conservés dans un lieu frais et humide pour éviter leur déshydratation.

Contrôles Sanitaires Stricts
Les vignes-mères de greffons et de porte-greffes font l’objet de contrôles sanitaires très stricts. Des tests ELISA (court-noué et enroulements) sont réalisés tous les 10 ans. Une prospection annuelle est effectuée pour les maladies à phytoplasmes (flavescence dorée, bois noir) et un recensement de tout autre problème éventuel (bactériose, surveillance des maladies du bois) est mis en place. En cas de flavescence dorée avérée, la parcelle est mise en quarantaine pendant 2 ans et le matériel végétal issu de cette parcelle en année N-1 doit obligatoirement être détruit ou traité à l’eau chaude (50°C ; 45 min). Ce traitement, qui engendre un surcoût important, est de plus en plus utilisé sur le matériel végétal en entrée de pépinière et les plants en sortie, s’avérant efficace contre les phytoplasmes, certaines bactéries et champignons, mais sans effet sur les virus. Réalisé dans les bonnes conditions, ce traitement n’engendre pas de mortalité.
C'est quoi le cycle de la vigne ? (Floraison, Véraison…)
Le Greffage : Assemblage du Porte-Greffe et du Greffon
Le greffage est l'étape clé où le greffon (partie aérienne du futur plant, responsable de la production de fruits) est assemblé au porte-greffe (partie souterraine, responsable de l'enracinement et de l'adaptation au sol). Ce processus, qui consiste à assembler deux organismes vivants au moyen d’une soudure biologique, est réalisé principalement sur table.
Préparation du Matériel Végétal
Avant le greffage, le matériel végétal doit être préparé. Après la récolte des bois (à partir de décembre), ces derniers sont conservés dans un local ou une chambre froide, idéalement à 5°C et saturée d’humidité (95%), pour éviter toute dessiccation et perte des réserves glucidiques des bois. Avant utilisation, une réhydratation du matériel végétal est pratiquée par trempage dans de l’eau pendant 24 heures en moyenne. Dans les bains de réhydratation, ou à part, une désinfection peut être réalisée à l’aide de cryptonol (sulfate de quinoléine à la concentration maximale de 0,5 kg/hl). Le conditionnement, en bacs couverts ou sacs plastiques fermés et conservés au frais, se fait après égouttage.
Techniques de Greffage sur Table
L’essentiel des opérations de greffage est réalisé sur table par greffe oméga dans 95% des cas. Le greffage à l’anglaise est également utilisé, mais moins fréquemment.
Greffe Oméga
La greffe oméga s’effectue à l’aide de machines assurant la découpe et l’assemblage en 1 ou 2 coups, à un rythme de 600 à 700 greffes par heure. Cette technique ne demande aucune aptitude ni dextérité particulière. La coupe des greffons doit être exécutée le plus près possible de l’œil. La forme « oméga » des coupes assure un emboîtement parfait et une grande surface de contact entre les cambiums du greffon et du porte-greffe, favorisant une bonne soudure. Une fois greffés, les plants sont paraffinés pour consolider le point de greffe et éviter la déshydratation.

Greffe à l’Anglaise
Environ 5% des greffés-soudés sont produits par greffe à l’anglaise. Cette technique, plus ancienne et nécessitant un certain savoir-faire et une dextérité importante, permet de mettre les deux cambiums en continuité et d’avoir une bonne surface de contact grâce à une coupe oblique. Ce type de greffage est réalisé en deux fois (coupes, assemblages à la main) à une cadence de 300 à 500 greffes par heure.

Stratification des Plants : La Soudure Biologique
Après le greffage, les plants greffés-soudés passent par une étape cruciale : la stratification. C’est au cours de cette phase que va se produire la callogenèse, avec l'émission d’un tissu cicatriciel (cal) issu de la prolifération du cambium et des cellules internes du phloème.
Processus de Stratification
Le cal se forme aux sections du greffon et du porte-greffe, mis en continuité au cours de l’étape de greffage. La « soudure » est plus efficace si le contact est bon (diamètres identiques, coupes obliques). Il n’y a pas de modification ou d’interpénétration des deux génomes, mais plutôt création d’une « chimère » artificielle (relation de type trophique entre les deux individus).
Selon le type de stratification, les greffes-boutures sont placées soit dans des grands bacs étanches (stratification à l’eau avec du sulfate de cuivre), soit dans des caisses perforées (plastique ou bois) avec de la sciure humide (stratification traditionnelle). Les plants sont mis en chambre chaude (28°C) et humide, à l’obscurité. Un voile perméable est placé sur les greffes et recouvert de substrat. La callogenèse dure de 10 à 25 jours, jusqu’à l’obtention d’un cordon de cal blanc, homogène et régulier et l’émission des premières radicelles. Ces dernières sont très dépendantes du porte-greffe.
Surveillance et Précautions
À ce stade de l’élaboration des plants, la surveillance doit être quotidienne car il existe un fort risque de développement de Botrytis sur les bourgeons qui démarrent. Un traitement anti-botrytis est souvent nécessaire. Des études ont montré que le trempage et la stratification étaient les étapes-clés du processus d’élaboration des plants, au cours desquelles pouvaient se produire des contaminations par certains champignons impliqués dans des maladies du bois (Esca et BDA).

Acclimatation et Mise en Pépinière
Une fois la soudure réalisée et le cal formé, les plants sont prêts pour les étapes suivantes : l'acclimatation et la mise en pépinière.
Acclimatation des Plants
L’étape d’acclimatation sous serre à l’air libre dure environ une semaine. Elle permet aux greffés-soudés de se développer, aussi bien au niveau de la partie aérienne que de la partie racinaire, avant la mise en pépinière. Cela les prépare aux conditions extérieures.
Mise en Pépinière
Lorsque le cal de soudure est solidifié, les plants acclimatés, et que les conditions climatiques sont favorables, les plants sont mis en terre. La plantation en pépinière (nom donné à la plantation en plein champ) se déroule au mois de mai car les conditions climatiques et la température du sol sont plus favorables. Les greffes-boutures sont mis en pépinière de plein champ sur des buttes avec paillage plastique troué à une densité de 200 à 300 000 plants par hectare.
Conditions de Culture :La plantation s’effectue sur une terre très meuble et aérée avec fumure de fond et apports réguliers de potassium, d’azote et de phosphore. L’irrigation est indispensable et est souvent réalisée avec un système de goutte-à-goutte pour répondre aux besoins des plants. Étant donné qu’il n’existe plus de spécialités autorisées pour désinfecter les sols, des repos du sol de 4 ans derrière une pépinière de vigne et de 12 ans derrière une vigne classique doivent être respectés afin d’écarter tout risque de virose.
Entretien et Soins :De nombreux traitements antifongiques (jeune végétation vigoureuse, très sensible) et insecticides obligatoires (flavescence dorée) sont réalisés. Les plants sont écimés afin de favoriser la vigueur du jeune plant et désherbés manuellement pour éviter trop de concurrence. Les jeunes ceps de vigne pousseront pendant 5 à 6 mois, soit de juin à octobre voire novembre. Ces plants réalisent un cycle végétatif complet avant d’être expédiés chez le vigneron.
Production de Plants en Pot
À ce stade de l’élaboration d’un plant de vigne, il est nécessaire de distinguer les plants traditionnels (en pépinière de plein champ) et les plants en pot.
Avantages et Inconvénients des Plants en Pot
Les plants en pot ont l’avantage de posséder un taux de reprise supérieur, de permettre une production dans l’année et d’assurer une meilleure sécurité sanitaire. Ils sont mis en pot dans des tourbes blondes en fibre biodégradables puis installés sous serre en avril. Dans la serre, ils bénéficient de tous les soins nécessaires à leur bon développement, dans un environnement contrôlé et favorable au développement de leur système racinaire et foliaire. Ils sont ainsi prêts à être expédiés plus tôt par rapport aux plants en racines nues. L’utilisation de plants en pot engendre davantage de manutention, de transport (cagettes de 60 plants) et nécessite un important espace de stockage. En zone chaude, il est préférable d’acclimater les plants et de réaliser des arrosages après plantation.

Arrache, Tri et Conditionnement des Plants
À la fin du cycle de croissance, les plants sont arrachés, triés et conditionnés avant d'être livrés aux viticulteurs.
Arrache des Plants
L’arrachage des plants traditionnels intervient en fin de cycle (novembre à janvier) et est réalisé à la machine (lames vibrantes) une fois que le bois est aoûté et les racines bien développées. Les plants sont arrachés avec le plus grand soin.
Tri et Sélection Qualité
Que ce soit pour les plants en pots ou les plants traditionnels, les critères de tri sont les mêmes. Les plants sont triés manuellement dans les ateliers afin de vérifier la régularité et la solidité du cal de soudure, la qualité du bois et le système racinaire. Le développement du système racinaire et foliaire doit être assez puissant, le cep doit avoir des racines bien réparties sur toute la base de son pied. Pour nous, un plant de qualité possède un système racinaire puissant, une greffe parfaite, des réserves de qualité, un aspect et une qualité sanitaire irréprochable. Pour chaque plant, une seule tige est conservée et rabattue à 2-3 yeux.
Conditionnement et Conservation
Après avoir minutieusement effectué le contrôle qualité, il est essentiel de conserver les plants. Les plants sont ensuite paraffinés, comptés, empaquetés, étiquetés, conditionnés en sacs, en caisses puis en cartons en bottes de 25 à 200 unités. Le stockage en frigo est important pour assurer une conservation optimale et garantir la qualité des plants de vigne, en les maintenant à une température suffisamment basse pour qu'ils restent en dormance. Une fois conditionnés, chaque lot est étiqueté et stocké en chambre froide.
Le Surgreffage : Renouveler le Vignoble en Place
Le surgreffage est une option intéressante pour renouveler un vignoble sans avoir à arracher puis replanter, ou pour receper des vignes vieillissantes. Il permet de changer l’encépagement d’un vignoble sans arracher ni replanter, mais en greffant une variété différente sur des pieds de vigne en place.
Avantages du Surgreffage
Le surgreffage permet de modifier l’encépagement d’une vigne en une année et donc de ne perdre qu’une seule récolte. Sur ce point, il présente un sérieux avantage sur la restructuration par arrachage-replantation qui entraîne la perte d’au moins trois récoltes (davantage si l’on souhaite un repos du sol assez long). Autres avantages : le palissage est conservé et le système racinaire étant préservé, les premières années de production ne donnent pas forcément du vin « jeune ». Ce changement rapide de cépage est un moyen d’être plus réactif vis-à-vis de la demande du marché et de tester assez vite les potentialités d’un cépage sur ses terroirs. Le coût d’un surgreffage réalisé en prestation de service est variable suivant la quantité de pieds à surgreffer et peut varier de 1,35 à 2,05 € HT par pied. Même en tenant compte des primes à l’arrachage, le surgreffage s’avère en moyenne moins cher.
Préparation et Réalisation du Surgreffage
Pour que le surgreffage réussisse, il faut prélever de bons porte-greffons et bien les conserver jusqu’à l’opération de greffage. On peut sélectionner les sarments porte-greffons en hiver, au moment de la taille, avant les pleurs de la vigne. Il est préférable d'éviter les sarments portant des bourgeons cotonneux car ils se dessècheront plus vite, et de choisir des sarments assez rectilignes, d’environ 1m et de diamètre uniforme. Ensuite, ces porte-greffons doivent être conservés en fagots, à l’abri du froid, du vent et de la lumière : idéalement dans des sacs, dans une chambre froide. Avant de prélever les greffons, il est préférable de vérifier que les sarments porte-greffons sont bien verts et que les bourgeons qui serviront de greffons sont bien frais.
Les travaux de surgreffage sont en général réalisés par un prestataire de service, mais peuvent également être réalisés soi-même à l’aide de kits de surgreffage. La réussite d’un surgreffage dépend d’un grand nombre de points de détail : manque de dextérité des praticiens, mauvaise qualité et manque de fraîcheur des greffons, et causes météorologiques. Des températures chaudes sont les meilleurs garants du succès d’un surgreffage et permettent une bonne alimentation en sève du greffon.
Techniques de Surgreffage
Plusieurs techniques de surgreffage existent, chacune adaptée à des conditions spécifiques.
Greffage au Bourgeon (Chip-bud ou T-bud)
Le « greffage au bourgeon », également appelé « greffage à l’œil », consiste à prélever un bourgeon sur un sarment porte-greffons, puis à insérer cet œil dans le tronc du pied de vigne à surgreffer.
- Greffe en Chip-bud : Pour une greffe en Chip-bud, on réalise une incision de la forme du greffon dans le tronc écorcé du pied à surgreffer, à l’aide d’un couteau spécial (greffoir). Le greffon est similaire à celui utilisé pour la greffe en T-Bud. Contrairement à la greffe en T-Bud, la greffe en Chip-Bud peut être réalisée sur tous les diamètres de sujets, avec la seule obligation celle d’avoir des sujets dont le diamètre est supérieur à celui des greffons (environ 12 mm). Elle est donc réalisable en plein champ sur des porte-greffes de 1 an vigoureux ou de 2 ans moyennement vigoureux. La période d’intervention de la greffe en Chip-Bud est plus large que celle en T-Bud et peut commencer au début du printemps et s’achever au début de l’été. C’est la technique la plus ancienne.
- Greffe en T-bud ou greffe en T : La greffe en T-bud ne peut se faire qu’à une période où l’écorce du tronc se décolle facilement, c’est-à-dire vers la floraison, quand la sève monte assez fortement. Dans cette variante, l’incision du tronc prend la forme d’un T : on incise d’abord le tronc sur quelques centimètres de haut en bas, puis on réalise deux encoches perpendiculaires, en soulevant l’écorce. Cette méthode est la plus accessible et la plus performante des méthodes de surgreffage. Cependant, elle ne peut être réalisée que sur une période assez brève (15 jours environ, durant la floraison). La cadence de réalisation est élevée et les risques d’accidents sont réduits. L’ajustement se fait sous l’écorce avec un potentiel de contact optimal tant sur la zone dorsale du greffon, que sur le biseau facial. La réalisation de l’incision sur la souche est facilement accessible aux néophytes par contre, une très bonne technicité reste nécessaire pour la réalisation du greffon.
Que ce soit dans le cas du Chip-bud ou du T-bud, après la ligature, il faut donner un petit coup de scie en dessous de la greffe et protéger la greffe avec du ruban souple, type vinyle, en laissant dépasser le bourgeon.

Greffage en Fente
Le « greffage en fente » est une des techniques les plus simples à pratiquer. Le greffage en fente traditionnel peut se pratiquer sur des ceps dont le porte-greffe est vivant car seule la partie aérienne est malade ou morte, ou également sur un jeune plant. Cette technique a l’avantage de se pratiquer sur une période plus souple et potentiellement moins occupée, à la fin de l’hiver ou au début du printemps. Il est cependant conseillé de réaliser cette technique lorsque les risques de refroidissement brutal sont moindres car l'arrêt de la montée de la sève après le greffage est la cause majeure des échecs constatés.
Préparation pour la greffe en fente :
- En février : prélever des greffons sur de beaux ceps. Les bois prélevés doivent être d’un beau diamètre afin d’avoir suffisamment de réserves. Il faut les collecter et les conserver (en prévoir 2 par souche).
- En mars, 2 à 3 jours avant la greffe : préparer une cuvette autour du pied de vigne et couper (à la scie et à quelques centimètres au-dessus du sol) juste sous le point de greffe, afin de "laisser pleurer" le porte-greffe pour ne pas engorger le greffon à venir. Ameublir la terre autour du pied afin de faciliter le buttage de la greffe qui aura lieu lors du greffage. Écorcer les souches sur la zone d’intervention.
- Le jour de la greffe : préparer les greffons. Découper des bois en tronçons de 2 yeux. La découpe inférieure, en V biseauté sur une hauteur de 2 à 3 cm, est réalisée à l’aide d’une machine à découper les greffes ou à la main (geste assez technique). Les greffons ainsi préparés sont conservés le temps du chantier de greffage dans une boîte hermétique, enveloppés dans un mouchoir humide. Le biseau pratiqué sur les greffons doit être net et régulier, de façon à ce que la longueur du greffon taillé représente 5 à 6 fois son diamètre.
Réalisation de la greffe en fente :Fendre le porte-greffe verticalement à l’aide d’une hachette et d’une massette. La zone fendue est ensuite entourée et serrée avec de la ficelle de chanvre ou de jute (dégradable). Écarter la fente à l’aide d’un tournevis plat ou d’une petite lame et insérer un greffon sur un des deux côtés de la greffe. Les cambiums - zones périphériques du bois vivant où sont présents les vaisseaux de l’année, situées juste sous l’écorce - du porte-greffe et du greffon doivent coïncider sur la partie externe du pied de vigne. Le bourgeon du bas du greffon est orienté vers l’extérieur du tronc, les hormones du bourgeon facilitant la soudure avec le bois juste en dessous. Une fois inséré, le greffon est mis en compression au niveau de la fente en tapotant dessus avec un petit marteau. D’où l’intérêt de ceinturer préalablement la fente avec la ficelle, rendant l’opération plus facile. On peut à ce stade pratiquer une double greffe (si le diamètre du tronc le permet) avec un greffon inséré à chaque extrémité de la fente, mais les greffons ne faisant jamais exactement la même épaisseur, la jonction des tissus risque d’être moins bonne sur une des deux greffes. Le meilleur côté à greffer se distingue souvent par des pleurs plus abondants de ce côté.
Après la greffe :Installer le tuteur, l’attacher au fil porteur. Faire une butte autour de la greffe. La terre doit recouvrir entièrement le greffon de façon à le protéger du froid et à maintenir une humidité favorable à la soudure des tissus. On peut aussi entourer le pied d'un manchon et le remplir de sable pour recouvrir la greffe. Selon l’aspect des buttes, la nature de la terre utilisée et les conditions météo, on pourra être amené à les arroser pour conserver une humidité suffisante autour de la greffe.
Entretien post-greffage :Après la pose des greffons, débutent de gros travaux d’entretien. Les jours qui suivent le chantier de surgreffage sont consacrés à la décapitation des pieds surgreffés : on élimine ainsi la concurrence de l’ancienne végétation pour la croissance du greffon. Néanmoins, il est important de conserver un rameau porteur qui sert de tire-sève et maintient la vitalité du cep. L’épamprage des ceps doit être soigné, afin que le greffage prenne bien. Enfin, au niveau phytosanitaire, seul le mildiou peut poser problème. Fin mai- début juin, défaire les buttes. Au fil de la pousse, sélectionner le plus beau rameau et l’attacher. Ébourgeonner le reste. Dans la mesure du possible, conserver le rameau situé dans le flux de sève qui est normalement celui du bas, situé sur l’extérieur. Le greffon est fragile les premières années : attention au travail du sol. On peut sécuriser l’installation en installant un double tuteur. Les travaux de préparation et d’entretien sont à la charge du viticulteur. Il ne faut pas sous-estimer l’importance des travaux d’entretien des greffes qui représentent un besoin en main d’œuvre important. Ce besoin est estimé pour un chantier de 4500 pieds à une personne à plein temps pendant 3 mois.
Taux de Réussite et Cas Particuliers
Les taux de réussite du regreffage en fente sont corrects, de l’ordre de 60-80 % mais certains flirtent parfois avec les 90 %. L’avantage principal du regreffage en place est de tirer bénéfice d’un système racinaire adulte et fonctionnel, permettant une mise à fruit dès la deuxième année.
Dans le cas de pieds de vigne dépérissant, cette technique peut être utilisée mais il faut agir dès la première année de déclaration des symptômes de feuillage rougissant. Il faut alors veiller à prélever des bois à regreffer sur une parcelle différente, plantée avec des clones non dépérissants. Pour les parcelles atteintes de maladies du bois, il faut veiller à ce que le porte-greffe ne présente pas de nécroses. Le regreffage en fente nécessite un certain doigté à acquérir, mais si la technique est bien expliquée, un novice peut la mettre en application et avoir des résultats proches d’un ancien pratiquant dès la première campagne de greffage. Les formalités administratives sont proches de celles d’un arrachage-replantation. Pratique culturale de pointe, le surgreffage est un moyen puissant et rapide d’adapter son vignoble au marché.