Désherbage du Ray-Grass et du Vulpin : Stratégies Pré-Levée et Post-Levée en Céréales et Colza

Le désherbage constitue une étape cruciale pour les producteurs afin de garantir le bon développement des cultures et de maximiser les rendements. Face aux défis posés par les adventices envahissantes comme le ray-grass et le vulpin, et aux contraintes réglementaires et environnementales croissantes, il est essentiel d'adopter des stratégies de lutte efficaces et adaptées. Cet article explore les différentes approches de désherbage, qu'elles soient en pré-levée ou en post-levée, en mettant l'accent sur l'importance de la flexibilité, de la connaissance des parcelles et de l'intégration des leviers agronomiques.

Schéma comparatif désherbage pré-levée vs post-levée

L'isoproturon : Un acteur clé mais réglementé

L'isoproturon, une substance active reconnue pour son efficacité, demeure un atout pour le désherbage de post-levée précoce, particulièrement en association, où il permet d’améliorer l’efficacité des applications. Cependant, plusieurs mesures réglementaires en restreignent, voire interdisent, l'emploi. Si l'interdiction d'application durant la période de reproduction des oiseaux et mammifères ne pose guère de problème, compte tenu de son emploi essentiellement automnal, les choses se compliquent quant aux restrictions concernant les sols drainés. L'objet de la réglementation étant la préservation de la ressource en eau, il serait peu judicieux de substituer les produits interdits par d'autres à base d'isoproturon, encore autorisés.

Dans les sols drainés, il est donc préférable de se tourner vers des programmes alternatifs ou d'utiliser des leviers agronomiques pour contenir les adventices. Des essais conduits par Arvalis, à La Jaillière, dans la Loire-Atlantique, montrent que l'emploi de l'isoproturon demeure possible sans pénaliser la ressource en eau, en prenant certaines précautions. Il apparaît que les transferts de produits sont minimes tant que les traitements sont effectués avant saturation de la réserve utile (RU).

Stratégies de désherbage pré-levée : Avantages et limites

Le désherbage en pré-levée, réalisé après le semis mais avant l'émergence de la culture et des adventices, est une stratégie classique. Il vise à empêcher la levée des mauvaises herbes, offrant ainsi à la culture un départ propre et sans concurrence.

Choix des produits en pré-levée

En climat méditerranéen où l’humidité du sol à l’automne est variable et impossible à prévoir, le désherbage du ray-grass en pré-levée sera plus sûr avec du prosulfocarbe (Défi à 3 l par exemple) qu’avec du chlortoluron (1500 g). Le prosulfocarbe s’avère plus efficace (+15 % environ) en cas d’humidité du sol limitante. L’ajout de DFF au chlortoluron peut provoquer des marquages foliaires importants, même s’ils sont temporaires.

Conditions défavorables aux herbicides de post-semis pré-levée

Plusieurs facteurs peuvent compromettre l'efficacité des herbicides appliqués en pré-levée :

  • Sècheresse : En cas de sècheresse, l’efficacité des herbicides racinaires est moins régulière, car ils ont besoin d’eau pour agir. De plus, la levée de la culture et des adventices sera hétérogène, rendant complexe le choix du positionnement.
  • Fortes précipitations : Au contraire, de fortes précipitations peuvent lessiver les herbicides ou les entraîner en profondeur dans le sol, au niveau des racines du colza, ce qui peut entraîner des phénomènes de phytotoxicité. Ce phénomène sera exacerbé par des sols filtrants.
  • Qualité du lit de semences : Enfin, lorsque les graines ne sont pas correctement recouvertes, les herbicides de post-semis pré-levée peuvent les atteindre et générer des phytotoxicités. On peut observer ces situations dans le cas de sol très motteux ou caillouteux.
  • Type de sol : Sol caillouteux ou très motteux, battant ou très filtrant, menace de fortes précipitations… Pour de multiples raisons, le désherbage habituel de post-semis pré-levée du colza peut être mis en difficulté.

Le printemps 2021, comme l'an passé, se caractérise par un manque d'eau important dans de nombreuses régions et en particulier dans l'ouest et le sud-ouest de la France. Or l'humidité du sol est un facteur essentiel pour assurer une bonne efficacité des produits racinaires utilisés pour le désherbage des maïs.

Cas spécifiques : Colza et pois/féverole

Pour certaines cultures, une intervention de pré-levée est souvent nécessaire, comme pour le colza. Elle ne peut être évitée que dans le cas de parcelles à faible pression adventices pour des cultures comme le pois et la féverole.

Graphique efficacité herbicides pré-levée selon humidité du sol

Désherbage en post-levée : Flexibilité et adaptation

Les stratégies de désherbage de post-levée permettent une plus grande flexibilité et une meilleure adaptation à la flore adventice présente et aux conditions climatiques.

Avantages de la post-levée

  • Adaptation au contexte : Les stratégies de désherbage de post-levée permettent de sélectionner les spécialités commerciales dont le spectre d'efficacité est en adéquation avec la flore adventice présente. Elles permettent ainsi de maximiser l'efficacité des traitements.
  • Combinaison de modes d'action : Une intervention en post-levée précoce des maïs permet de gagner en persistance d’action par rapport à la pré-levée. Il permet également de combiner des modes d’actions : racinaire et foliaire.
  • Réduction de l'usage des herbicides : L'adoption de stratégies de désherbage de post-levée permet d'adapter le choix des spécialités commerciales et la dose à la pression adventices. Elle peut donc conduire à des réductions d'usage d'herbicides.
  • Souplesse de positionnement : État du sol ou encore météo : les conditions ne sont pas toujours idéales pour pratiquer un désherbage classique de post-semis pré-levée. Pour régulariser les efficacités ou la sélectivité, il peut être intéressant d’opter pour un herbicide pouvant être utilisé aussi bien en pré-levée qu’en post-levée précoce.
  • Gestion des levées échelonnées : Contre le coquelicot, en particulier, l’application fractionnée d’un herbicide efficace permet de mieux gérer les levées échelonnées.

La post-levée précoce

La post-levée précoce (70% des colzas au stade cotylédons, souvent appelé stade rayonnant) offre des solutions face aux difficultés rencontrées en pré-levée :

  • Situations sèches : Dans les situations sèches, elle permet d’attendre le retour de conditions favorables aux herbicides racinaires. L’herbicide pourra alors être pulvérisé, même si la culture a commencé à lever.
  • Risque d'orage : Dans les situations où un orage important est attendu, elle permet d’esquiver l’orage, pour appliquer l’herbicide par la suite, sans craindre que le colza ait levé entre-temps.
  • Sols fragiles : Pour les sols fragiles, une stratégie de fractionnement de l’apport d’herbicide (une partie en pré-levée, le complément en post-levée précoce) permet d’augmenter la sélectivité des herbicides utilisés.
  • Culture rapide : Les années où les colzas lèvent rapidement, les agriculteurs peuvent se faire surprendre par une culture qui est déjà au stade "pointant". La souplesse de post-levée précoce est utile dans ces conditions car elle permet d'appliquer son programme.

Lutte contre le vulpin : les résultats d’efficacité des programmes herbicides - ARVALIS-infos.fr

Efficacité et exemples en post-levée

À l’automne 2015, la moyenne des efficacités des applications effectuée en post-levée à 1-2 feuilles du blé a atteint 70 % sur vulpins, ce qui est supérieur à celle de pré-levée, contrairement aux années passées. Fosburi appliqué à 0,5 l atteint 50 % d’efficacité moyenne, très en retrait par rapport aux résultats habituels. L’association triple, Fosburi 0,4 l + Matara 2,4 l + Daiko 2 l + H 1 l est en tête des solutions travaillées, avec 88 % d’efficacité. En situations difficiles, et sans pré-levée, les doubles associations de post-levée précoce, voire triples, permettent d’apporter une bonne efficacité sur ces populations de vulpins. Elles ne sont cependant pas satisfaisantes en moyenne et nécessitent dans la majorité des cas un rattrapage.

Un seul essai était mis en place la campagne dernière sur orge, les résultats sont donc à nuancer. Seul Fosburi appliqué en solo affiche de bonnes performances, avec un niveau de 73 %. Les effets des mélanges sont plus variables qu’en blé tendre : ils peuvent être nuls (Fosburi 0,5 l + Défi 2,5 l ; Fosburi 0,5 l + Herbaflex 1,5 l) ou positifs (Fosburi 0,5 l + Matara 2,4 l). Il a été noté que bien que ces notations 14 jours après application soient très visuelles, l’orge s’est très bien rétablie, aucun symptôme n’étant visible en sortie d’hiver. L’hiver doux a probablement facilité la détoxication des herbicides par la culture.

Inconvénients et risques de la post-levée

Par rapport à l'utilisation d'herbicides de pré-levée enfouis, l'utilisation d'herbicides de post-levée peut entraîner une augmentation du risque de transfert de produits phytosanitaires vers l'air. L'adoption de stratégies de désherbage de post-levée ne peut s'appliquer qu'aux cultures pour lesquelles des solutions sont homologuées pour cette utilisation (pour le tournesol par exemple, le choix d'une stratégie de post-levée ne peut s'appliquer qu'aux variétés tolérantes aux herbicides).

Tableau comparatif des coûts herbicides pré-levée vs post-levée

Programmes de désherbage combinant pré-levée et post-levée

Dans les parcelles infestées, les programmes à deux interventions, l'une à l'automne puis un rattrapage au printemps, sont incontournables. Ce type de programme est conseillé uniquement dans les cas concernés par l'interdiction de certains produits et avec de fortes pressions de ray-grass, nécessitant un programme en pré et post-levée.

Exemple de programme pour le ray-grass

Après l’application en pré-levée de prosulfocarbe + DFF, une application en post-levée avec du chlortoluron à 1500 g/ha au stade 2 feuilles du blé est recommandée. La première application se réalise alors lorsque la 2e feuille pointe sur 50 % des plantes de blé. Le blé pousse alors vite et le risque de phytotoxicité des herbicides racinaires diminue. Le ray-grass n’est pas plus développé que le blé. Les produits et les doses sont les mêmes que pour le plan A. La deuxième application se réalise environ 4 semaines plus tard sur les parcelles avec des historiques de forte pression.

L’application va être repoussée en décembre, sous un climat plus froid, mais des périodes favorables existent souvent fin décembre ou en janvier. C’est un plan plus risqué que le plan A, car le ray-grass a généralement lui aussi 2-3 feuilles. La deuxième application sera réalisée avec un herbicide foliaire (risque de résistance) en sortie d’hiver quand les conditions météorologiques le permettront. Il est important de faire l’application quand l’hygrométrie est supérieure à 60 %.

Le cas des phytotoxicités

Sur le site d'expérimentation, quelques bandes parallèles, quelque peu décolorées, ont été observées, correspondant aux modalités de post-levée, avec Défi + Carat (3 l + 0,6 l). Ces phytotoxicités légères sont visibles en raison de la présence du témoin non traité (TNT). Sur cette parcelle labourée, des ray-grass sont présents : environ 5-10/m² - attention ce type de sols limoneux peut réserver des surprises, avec des levées échelonnées, voire printanières. Le blé est un peu moins vigoureux que dans le témoin, mais ces symptômes ne seront que passagers. Il n’y a pas de présence de ray-grass, ni de dicotylédones.

Avec Fosburi seul, les phytotoxicités sont absentes. Sur l’association Défi+Fosburi, non recommandée par les firmes, quelques décolorations ont été observées, non rédhibitoires - du niveau de Défi+Carat. Des modalités en programme d’automne (pré-levée puis post-levée précoce) ont également été mises en place, avec quelques décolorations visibles, de mêmes intensités que Défi + Carat. Il s’agissait de l’une des parcelles les plus « chargées » en DFF avec 190 g/ha. Les conditions favorables de l’automne (sol frais, globalement) n’ont pas permis d’exprimer la phytotoxicité classique de cette substance. Les dernières traces de décolorations sont visibles, les nouvelles feuilles du blé sont vertes et la (petite) phytotoxicité n’est presque plus perceptible à hauteur d’homme. Comme pour Défi+Carat, quelques symptômes sont encore perceptibles, mais uniquement grâce à l’aide visuelle du TNT.

Comme indiqué dans un article précédent, cette association « solide » avait marqué un peu le blé (comme Roxy + Toiseau et Défi + Carat en pré). À T + 25 j, le blé a très bien récupéré et aucune décoloration n’est visible, et imputable à ce stade à une application herbicide. Concernant Défi + Fosburi, ce mélange, classiquement, est assez agressif. L’association triple (Fosburi + Matara + Défi), est logiquement plus agressive (effet de l’IPU en plus). À noter que bien que ces notations 14 jours après application soient très visuelles, l’orge s’est très bien rétablie, aucun symptôme n’étant visible en sortie d’hiver. L’hiver doux a probablement facilité la détoxication des herbicides par la culture.

Gérer les adventices spécifiques : Ray-grass, vulpin et géraniums

La connaissance de la flore de ses parcelles est importante afin de choisir le produit le plus adapté. Pour adopter la bonne stratégie, il convient de connaître sa cible. La connaissance de vos parcelles est le point de départ. Il faudra ensuite déterminer la stratégie de lutte et définir le programme le mieux adapté.

Ray-grass et vulpins

Les graminées annuelles, spécialement le ray-grass et les vulpins, se développent dans les rotations colza-blé-orge. La culture du colza est un bon moment pour réduire sensiblement la pression de ces adventices difficiles.

Bien qu'il soit plus efficace sur ray-grass, le chlortoluron peut parfaitement être utilisé sur vulpin dans un blé tolérant. Son action est renforcée en terrain humide sur des adventices au stade «jeune» (1-2 feuilles). En l'absence de vulpins résistants, ce second traitement peut faire appel à un foliaire de type Célio 0,3 l + 1 l d'huile. Face à des infestations modérées, un herbicide de type Alister, qui combine les sulfonylurées d'Atlantis WG et d'Archipel et le diflufénicanil efficace sur dicots, est parfaitement utilisable durant l'automne, entre 0,7 et 0,8 l/ha + 1 l d'huile sur vulpins. Insensible aux différents herbicides foliaires, la vulpie est détruite par les urées substituées.

Géraniums

Envahissants et difficiles à maîtriser, les géraniums sont des adventices problématiques pour la culture du colza. Pour les contrôler, il faut privilégier les rotations longues, s’aider de l’agronomie et intervenir avec des herbicides efficaces dès la mise en place de la culture.

Le coquelicot

Contre le coquelicot, en particulier, l’application fractionnée d’un herbicide efficace permet de mieux gérer les levées échelonnées.

Leviers agronomiques : Une approche complémentaire et durable

On peut limiter le développement de la flore adventice du colza grâce à des pratiques agronomiques adaptées. Ces techniques sont à intégrer dans votre stratégie de désherbage en fonction de l’adventice cible.

Rotation des cultures

La rotation des cultures est un levier agronomique essentiel pour limiter la pression des adventices. Elle permet de casser les cycles des adventices spécifiques à certaines cultures et de diversifier les méthodes de contrôle.

Labour et faux-semis

Parmi les pratiques agronomiques adaptées, le labour et le faux-semis sont des techniques reconnues. Le labour peut enfouir les graines d'adventices, réduisant ainsi leur levée. Le faux-semis, qui consiste à préparer le lit de semences puis à laisser les adventices lever avant de les détruire, permet de réduire le stock semencier dans le sol.

Introduction d'une culture de printemps

L’introduction d’une culture de printemps dans la rotation peut également contribuer à gérer les adventices en offrant une période de désherbage différente et des options de produits distinctes.

Retarder la date de semis

Retarder la date de semis constitue un des leviers agronomiques essentiels pour limiter la pression des adventices, avec la rotation et le déchaumage à l'interculture. Plusieurs essais d'Arvalis ont montré que si l'on retarde la date de semis de vingt jours, la population de vulpins est réduite de 70%. En contrepartie, la perte de rendement moyenne, due à la réduction du cycle du blé, est de 3 à 5 q/ha, et de 10 q pour un retard d'un mois.

Photo de champ avec colza et couverts associés

Conséquences du choix des stratégies sur les charges herbicides et l'environnement

L'impact du choix de stratégies de désherbage de post-levée ou de pré-levée sur les charges herbicides dépend (i) du coût unitaire des spécialités commerciales et (ii) de la dose employée. Il est important d'évaluer ces coûts en fonction de l'efficacité attendue et des risques associés.

En conjuguant les intérêts des producteurs et les exigences environnementales et sociétales, il est possible de développer des stratégies de désherbage durables. AgAssist, par exemple, met à disposition gratuitement le catalogue complet des solutions phytosanitaires disponibles en France, ainsi que des services personnalisés (alertes météo, actualités, aides à la décision…) afin de vous aider à préserver vos cultures.

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