Les Secrets des Bourgeons et l'Art de la Taille des Jeunes Arbres Fruitiers

illustration d'un jeune arbre fruitier avec des bourgeons

Introduction

La taille est une composante fondamentale du cycle de vie d'un arbre fruitier, un art qui va bien au-delà de la simple coupe de branches. Elle représente un ensemble de gestes cruciaux qui non seulement façonnent la structure de l'arbre, mais aussi déterminent sa capacité à fructifier, la qualité et la quantité de ses fruits, et sa longévité globale au sein du verger. Pourtant, l'exécution d'une taille efficace et appropriée n'est pas toujours intuitive, nécessitant une compréhension approfondie du rythme naturel de chaque espèce fruitière et des différents types de bourgeons. Ce guide exhaustif est conçu pour démystifier le processus, offrant des éclaircissements sur le quand et le comment tailler vos arbres fruitiers, en parfaite harmonie avec leur physiologie.

Pourquoi tailler un arbre fruitier ? Un acte d'équilibre et de soin

Tailler un arbre fruitier est bien plus qu'une simple question d'esthétique ; c'est un véritable acte de soin et d'équilibre. Dans la nature, un arbre pousse librement, cherchant avant tout à se développer en hauteur pour capter la lumière. Mais au jardin, notre objectif est différent : nous souhaitons favoriser la fructification plutôt que la simple croissance végétative.

1. Stimuler la production de fruits

Tailler un arbre fruitier, c'est avant tout guider la circulation de la sève vers les zones les plus fertiles. La sève brute, riche en eau et en éléments minéraux, monte des racines vers les rameaux, tandis que la sève élaborée, issue de la photosynthèse, redescend pour nourrir les bourgeons. En orientant cette circulation grâce à la taille, on favorise l'alimentation des rameaux porteurs de bourgeons à fleurs, ceux qui donneront les fruits de la saison à venir.

Sans intervention, l’arbre a naturellement tendance à privilégier la croissance du bois : il produit de longues pousses vigoureuses, appelées gourmands, qui consomment une grande quantité d’énergie sans rien apporter à la fructification. Ces rameaux stériles créent aussi de l’ombre dans le houppier, au détriment des parties productives. Éliminer les gourmands et les pousses éventuelles issues du porte-greffe est primordial.

La taille permet donc de rééquilibrer la répartition de la sève en supprimant une partie de cette végétation inutile. L’énergie est redirigée vers les zones fécondes :

  • Les coursonnes (rameaux courts où se forment les bourgeons à fruits).
  • Les dards et bourses, structures typiques des pommiers et poiriers.
  • Les rameaux mixtes chez les pruniers et pêchers.

Grâce à ce tri naturel, la mise à fruit devient plus rapide, les bourgeons floraux sont plus nombreux et mieux nourris, et les récoltes gagnent en régularité et en qualité. Les bourgeons à fleurs sont en général plus gros que les bourgeons à bois.

De plus, une taille bien conduite permet de rénover le bois : en supprimant les branches âgées ou épuisées, on stimule la formation de jeunes rameaux vigoureux, porteurs de futures fleurs. Cette alternance entre suppression et régénération entretient la vitalité de l’arbre et garantit une production équilibrée d’une année sur l’autre, en limitant le phénomène d’alternance (année de forte production suivie d’une année creuse). En somme, la taille n’est pas une contrainte, mais un levier physiologique : elle canalise l’énergie vitale de l’arbre pour qu’elle serve d’abord la fructification, plutôt que la simple croissance du bois.

2. Favoriser la lumière et l’aération

Un arbre bien taillé est un arbre lumineux, sain et plus facile à entretenir. La lumière pénètre jusqu’au cœur de la ramure, stimulant la photosynthèse, la coloration et la maturation homogène des fruits. Une bonne circulation de l’air réduit l’humidité stagnante, principale cause des maladies fongiques comme la tavelure, la moniliose ou l’oïdium et rend l’environnement moins favorable aux ravageurs (par exemple les cochenilles sur les agrumes, acariens, etc.) qui apprécient les recoins sombres et abrités.

De plus, une charpente dégagée facilite la pénétration uniforme des traitements naturels ou biologiques (purins de prêle ou d’ortie, décoctions de plantes, cuivre, soufre…). Les produits atteignent mieux toutes les zones de l’arbre, y compris les faces internes des feuilles et les rameaux centraux, ce qui renforce leur efficacité tout en réduisant les quantités utilisées. Résultat : un arbre plus résistant, des fruits plus sains et un verger naturellement équilibré.

3. Équilibrer croissance et fructification

La taille a pour but de trouver le juste milieu entre vigueur végétative et production fruitière. Un arbre fruitier est en permanence partagé entre deux forces : croître (produire du bois, des feuilles et de nouvelles branches), et fructifier (produire des fleurs et des fruits). Ces deux fonctions utilisent la même énergie. Si l’une prend le dessus, l’autre s’en trouve affaiblie.

a. Trop de taille

Une taille trop sévère, avec la suppression brutale de nombreuses branches, stimule une reprise de croissance excessive. L’arbre réagit comme pour « compenser » sa perte : il émet de nombreux gourmands verticaux, riches en sève, mais stériles. Ces pousses épuisent les réserves, ombragent la ramure et retardent la mise à fruit. C’est un phénomène bien connu appelé réaction de vigueur. La sève, trop concentrée dans quelques rameaux, favorise le bois au détriment des bourgeons floraux.

b. Trop peu de taille

À l’inverse, un arbre laissé sans taille s’épaissit, se ramifie de façon anarchique, et finit par s’épuiser. Les rameaux fruitiers vieillissent, la lumière ne pénètre plus à l’intérieur, et les nouveaux bourgeons à fleurs ne se forment plus. La fructification devient irrégulière : après une année d’abondance, l’arbre entre en repos forcé pour reconstituer ses réserves : c’est ce qu’on appelle l’alternance de production.

c. Trouver l’équilibre idéal

L’objectif de la taille est donc de maintenir un équilibre harmonieux : conserver assez de feuillage pour assurer la photosynthèse et nourrir les fruits, mais pas au point de créer un excès de végétation qui étoufferait la fructification.

Cet équilibre dépend de plusieurs facteurs :

  • L’âge de l’arbre (les jeunes sujets doivent d’abord se construire, les plus âgés doivent être allégés).
  • Le porte-greffe (certains favorisent la vigueur, d’autres la mise à fruit rapide).
  • La variété (certaines espèces, comme le pêcher, fructifient sur le bois d’un an ; d’autres, comme le poirier, sur du bois plus âgé).

Une taille douce, régulière et réfléchie permet donc de répartir la sève harmonieusement entre croissance et fructification. C’est le secret d’un arbre équilibré : ni trop vigoureux, ni fatigué, mais capable de produire chaque année des fruits en quantité et en qualité optimales. En somme, bien tailler, c’est apprendre à dialoguer avec l’arbre : on guide sa vigueur sans la brider, on stimule sa production sans l’épuiser.

infographie sur l'équilibre entre croissance et fructification

4. Former et entretenir la structure

La taille n’a pas seulement pour but de stimuler la fructification : elle sert aussi à façonner la structure de l’arbre pour qu’il grandisse de manière équilibrée, solide et durable. Chaque fruitier doit être guidé dès ses premières années afin de bâtir une ossature harmonieuse ; un peu comme on poserait les fondations d’une maison.

a. La taille de formation : construire l’ossature de l’arbre

Les premières tailles, réalisées dans les trois premières années après la plantation, visent à structurer le squelette de l’arbre. L’objectif est de choisir et d’orienter quelques branches charpentières bien réparties autour du tronc, à intervalles réguliers et bien espacées verticalement. Ces charpentières formeront la base de l’arbre et devront être capables de supporter le poids des fruits sans se casser ni se déséquilibrer.

Une bonne formation assure :

  • Une meilleure répartition de la sève entre les branches.
  • Une stabilité mécanique face au vent et à la charge des fruits.
  • Une exposition homogène à la lumière, indispensable à la floraison et à la coloration des fruits.

Selon l’espèce et la place disponible, on choisira une forme adaptée :

  • Gobelet pour les pêchers, cerisiers, pruniers ou abricotiers par exemple (ouvert au centre, idéal pour le soleil).
  • Palmette ou cordon pour les vergers en espalier ou pour cultiver la vigne.
  • Axe central ou fuseau pour les pommiers et poiriers surtout sur porte-greffes nanifiants.
  • Forme libre pour le grenadier, l'amélanchier, qui ont tendance à pousser en buisson et rejeter du pied.

b. La taille d’entretien : maintenir équilibre et productivité

Une fois la structure en place, la taille d’entretien prend le relais. Elle consiste à éliminer les branches mortes, mal orientées ou qui se croisent, afin de conserver un houppier clair et équilibré. Cette opération préserve la bonne aération de l’arbre, limite la propagation des maladies et favorise le renouvellement du bois. En supprimant progressivement les rameaux âgés, on stimule la croissance de jeunes pousses fructifères, porteuses de futurs bourgeons à fleurs. C’est une façon naturelle de rajeunir l’arbre et de maintenir une fructification régulière sans le fatiguer.

c. Un arbre bien formé, c’est un verger durable

Un fruitier correctement formé dès le départ vieillit mieux et nécessite moins d’interventions lourdes à l’âge adulte. Il reste plus accessible à la taille et à la récolte, moins fragile face aux intempéries et garde une silhouette harmonieuse au fil des saisons. De plus, un arbre bien structuré capte mieux la lumière, respire mieux, et produit des fruits plus gros et mieux répartis sur l’ensemble de la ramure. En somme : former, c’est anticiper. Plus la structure initiale est bien pensée, plus l’entretien ultérieur sera simple, efficace et bénéfique pour l’arbre comme pour le jardinier.

5. Prévenir les maladies et prolonger la vie du verger

La taille n’est pas seulement une technique pour améliorer la production ou la forme de l’arbre : c’est également un geste de prévention sanitaire essentiel pour assurer la longévité et la santé du verger.

a. Supprimer les branches abîmées ou malades

Les branches cassées, fissurées ou mal orientées sont des points d’entrée privilégiés pour les champignons (tavelure, moniliose, oïdium) et pour certains parasites comme les cochenilles ou les pucerons. En les supprimant proprement, on réduit le risque de contamination et on limite la propagation des maladies dans toute la ramure. La coupe des rameaux malades évitera la propagation au reste de l'arbre.

b. Couper correctement pour stimuler la cicatrisation

Une coupe nette, effectuée au-dessus d’un bourgeon ou d’une charpente saine, favorise la cicatrisation naturelle de l’arbre. Pour les grosses branches, l’utilisation d’un mastic cicatrisant ou d’un produit naturel protecteur aide à prévenir l’invasion des champignons et insectes nuisibles. La cicatrisation rapide empêche la formation de zones mortes où l’humidité et les spores pourraient s’accumuler. Il est important, en particulier pour les fruitiers à noyaux, de recouvrir les plaies de taille avec un mastic cicatrisant.

c. Maintenir la vigueur et la résistance

Un arbre fruitier régulièrement entretenu développe une meilleure résilience face aux stress climatiques : gel, sécheresse, vent ou pluie. Les rameaux jeunes et vigoureux, issus de coupes ciblées, produisent des feuilles plus saines, des fleurs plus nombreuses et des fruits de qualité. À long terme, un verger bien taillé conserve sa vigueur, réduit les besoins en traitements chimiques et facilite la surveillance des maladies et ravageurs.

d. Préserver un environnement équilibré

La taille permet également de créer un houppier ouvert et bien aéré, ce qui le rend moins favorable aux parasites. Les auxiliaires du jardin (coccinelles, oiseaux, chrysopes) peuvent circuler plus facilement et participer à la lutte naturelle contre les insectes nuisibles.

En résumé : la taille est un outil préventif puissant. Elle protège l’arbre des maladies et des ravageurs, stimule sa vigueur et assure des récoltes régulières pendant de nombreuses années. Un fruitier bien entretenu est un fruitier résistant et durable.

Le bon moment pour tailler : un calendrier adapté aux espèces

Chaque espèce fruitière a son propre rythme. Le moment idéal dépend du type d’arbre, du climat, et du type de taille (formation, fructification ou entretien).

calendrier de taille des arbres fruitiers par saison

Taille d’hiver (novembre à mars)

C’est la période de repos végétatif : la sève est descendue, les feuilles sont tombées, et la structure de l’arbre est bien visible. C’est le moment privilégié pour :

  • Former les jeunes arbres (taille de formation).
  • Équilibrer les charpentières.
  • Raccourcir les rameaux trop longs.

Quelques exemples d'arbres fruitiers à tailler en hiver :

  • Pommier
  • Poirier
  • Prunier
  • Cognassier
  • Figuier
  • Grenadier
  • Mûrier
  • Nashi
  • Néflier
  • Plaqueminier (Kaki)

⚠️ Évitez les périodes de gel et de pluie, qui favorisent les maladies du bois. Novembre est sûrement le mois de prédilection pour la taille de certains fruitiers. En effet, les arbres entrent en dormance, la sève redescend, et les premiers froids ne sont pas encore tout à fait installés. Ainsi les arbres supporteront mieux les tailles sévères.

Taille de printemps (mars à mai)

La montée de sève est déjà amorcée : c’est une taille légère pour corriger ou aérer. On l’utilise pour les fruitiers sensibles aux maladies du bois.

À tailler au printemps :

  • Abricotier
  • Amandier
  • Pêcher et nectarinier
  • Cerisier
  • Agrumes

Cette taille permet d’éliminer le bois mort ou les rameaux ayant gelé durant l’hiver.

Taille d’été (juin à août)

Appelée aussi taille en vert, elle vise à réguler la végétation. Elle permet :

  • D’équilibrer la croissance trop vigoureuse.
  • De laisser entrer la lumière dans les fruits.
  • De stimuler la formation de bourgeons à fruits pour l’année suivante.

Peut être pratiquée après récolte sur :

  • Pêchers et nectariniers
  • Abricotiers
  • Cerisiers
  • Olivier

La taille en vert s’effectue pendant la période de végétation (printemps-automne) et porte aussi parfois le nom de taille d’été ou taille herbacée. Elles modifient les courants de sève et la disposition des branches pour permettre une transformation des bourgeons végétatifs (yeux) vers les bourgeons à fleurs à l’endroit le mieux approprié pour obtenir une belle et bonne récolte de fruits.

Taille d’automne (septembre-octobre)

Période de nettoyage avant le repos hivernal : on retire le bois malade, les branches cassées et les gourmands. Cela prépare l’arbre à bien passer l’hiver.

⚠️ Éviter les tailles lourdes en automne afin de limiter les maladies (humidité).

Les différents types de taille

Il n’est pas rare que certaines personnes, en voyant des arbres fruitiers conduits en formes fruitières maîtrisées, nous reprochent de leur faire subir de mauvais traitements : il faut pourtant faire la part des choses. Car tailler un arbre, ce n’est pas seulement couper et jouer du sécateur. C’est aussi installer « un dialogue » avec l’arbre pour concevoir avec lui un avenir associant une honnête récolte et une longévité sans embûche. N’oublions pas que l’arbre est un être vivant qu’il est indispensable de comprendre, même s’il faut un peu de patience et beaucoup d’attention. La taille en vert doit être raisonnable et raisonnée. Il faut donc, avant de commencer à tailler, observer et réfléchir à la répartition de la sève et à ce que l’arbre peut faire, en fonction de sa nature, de la vigueur de la variété et de la richesse du sol. Si on n’applique pas ces principes, on ne taille pas, on raccourcit… et on fait des sottises ! Aucune variété n’est semblable à une autre, il est donc difficile d’utiliser une méthode unique. Chaque espèce a ses particularités, et il faut savoir s’adapter. Évidemment, la taille en vert ne peut pas être effectuée n’importe comment. Il y a des règles de base qu’il faut connaître. Mais il n’y a pas besoin d’être un expert pour réussir à les maîtriser.

1. Taille de formation

Elle concerne les jeunes arbres (1 à 3 ans). L'objectif est de donner une structure solide et équilibrée. On sélectionne 3 à 5 charpentières bien réparties autour du tronc et espacées verticalement. Les rameaux concurrents du tronc sont supprimés. Astuce : taillez juste au-dessus d’un bourgeon tourné vers l’extérieur pour ouvrir la silhouette.

2. Taille de fructification

Elle concerne les arbres adultes, déjà formés. Objectif : stimuler la production de fruits sans épuiser l’arbre. On élimine : les rameaux trop vieux, les pousses verticales ou gourmands, les branches qui se croisent, et on raccourcit légèrement les rameaux porteurs de boutons à fruits. Cette taille dirige la sève vers les parties fertiles.

3. Taille de rajeunissement

Destinée aux vieux arbres délaissés. On coupe les grosses branches mortes, puis on réduit progressivement la ramure sur 2 à 3 ans. Cela relance la production de jeunes pousses vigoureuses.

Geste par geste : bien tailler

Tailler ses arbres. Toutes les bases pour bien commencer.

a. Utiliser les bons outils

Pour obtenir des coupes nettes et propres, il est important d’être bien équipé :

  • Sécateur bien affûté et désinfecté, pour les brindilles et autres rameaux fins.
  • Scie d’élagage pour les grosses branches.
  • Ébrancheur pour les rameaux de plus gros diamètres.
  • Une double échelle montée en A pour atteindre les branches les plus hautes.
  • Des gants pour éviter toute écorchure.

NB : Si vous avez plusieurs arbres à tailler consécutivement, désinfectez entre chaque arbre votre sécateur à l'alcool, et au besoin ré-affûtez-le.

b. Un principe simple : supprimez l’inutile

L’idée est de faire disparaître tout ce qui est considéré comme inutile : toutes les ramifications, quelle qu’en soit la nature, qui absorberaient de la sève en pure perte, sachant que de toute façon, nous les ferons disparaître lors de la taille d’hiver. Sur l’arbre, ne doivent rester que les rameaux utiles pour la formation des charpentières et des coursonnes, bien évidemment des fruits, mais aussi suffisamment de feuilles pour alimenter ces fruits. La taille est là pour donner à l’arbre un équilibre entre une production de fruits raisonnable et une vie saine et aussi longue que le permettent l’espèce et la variété. Il est évident que, parfois, elle est utilisée uniquement pour accélérer et/ou augmenter la production, mais ce n’est pas là une bonne chose : ceci finit par affaiblir l’arbre et raccourcir sa vie. Une taille appliquée sans adaptation à tous les arbres ne peut qu’être destructrice pour de très nombreux individus.

c. Agissez le plus tôt possible : les interventions de taille en vert

  1. Première intervention : l’ébourgeonnement. Plus cette opération est effectuée tôt, plus on économise de sève. Il est donc préférable d’intervenir par ébourgeonnement (suppression des bourgeons inutiles) afin de détourner, au profit des yeux à conserver, une grande quantité de sève qui aurait été absorbée en pure perte. L’ébourgeonnement réclame beaucoup de discernement et s’applique sur les bourgeons des arbres soumis à des formes jardinées. On supprime dès que possible, pour parfaire la formation, par exemple sur une palmette en U, les yeux qui naissent sur le devant ou sur le derrière des branches charpentières, ou les bourgeons trop rapprochés sur les prolongements.

  2. Deuxième intervention : le pincement. Pratiquée au moment opportun, cette opération permet d’orienter la sève d’un arbre soumis à une forme jardinée vers les yeux des prolongements des branches charpentières, et ainsi de les aider à garder leur dominance, par suppression de la concurrence. Le pincement peut aussi, dans une certaine mesure, provoquer ou aider à la fructification en soutenant une transformation plus rapide des yeux à la base des coursonnes. Pincer : c’est retrancher, entre l’ongle du pouce et celui de l’index, l’extrémité d’un bourgeon. Le but est donc d’arrêter temporairement l’accroissement de la jeune pousse, qui aurait tendance à devenir trop forte et à défavoriser le bourgeon principal (comme le bourgeon de flèche) où la sève doit se porter. Pincez alors le ou les bourgeons qui concurrencent le bourgeon de flèche en supprimant la rosette de feuilles terminales. À la suite de ce pincement, il se développe souvent un bourgeon anticipé à l’aisselle de la feuille qui avoisine immédiatement le pincement mais sa croissance retardée et de courte durée est moins concurrentielle. On pratique le pincement du mois d’avril jusqu’en septembre, à chaque fois que l’on juge cette opération nécessaire. Surveillez plus particulièrement les bourgeons situés sur le dessus des branches charpentières à cause de leur tendance à « s’emporter ».

  3. Troisième intervention : la taille en vert. Sur les arbres à pépins : cette opération est délicate et demande une certaine expérience pour choisir le bon moment et, surtout, pour la généraliser à l’ensemble de l’arbre. Cette méthode de taille a été imaginée vers 1920 par Lorette, jardinier en chef de l’École d’agriculture de Wagnonville (Nord), dont l’idée allait jusqu’à supprimer la taille d’hiver.

d. Les étapes de la taille

Commencez par une branche horizontale à votre hauteur puis tournez autour de l'arbre :

  • Supprimez toutes les brindilles verticales : elles ne donneront pas de fruits, n'étant pas suffisamment alimentées en sève.
  • Ôtez le bois mort et malade.
  • Raccourcissez le rameau horizontal principal d'un tiers à deux tiers de sa longueur en coupant juste après un bourgeon à bois ou à fleurs, orienté vers l'extérieur. Assurez-vous avant de couper que la branche présente suffisamment de bourgeons à fleurs et au moins deux ou trois bourgeons à bois (en cas de maladies ou de casse, ils seront vos "bourgeons de secours").
  • Éliminez toutes les branches qui croisent votre rameau, il y a en effet risque de maladies : assurez-vous donc qu'aucune branche ne se croise. Dégagez aussi pour la même raison le cœur de l'arbre, qui doit rester accessible.
  • Éliminez les parties sèches en bout de branches, qui casseront sous le poids des fruits.
  • De temps en temps, éloignez-vous de l'arbre pour juger de la silhouette : elle doit être régulière, selon la forme choisie (voir le paragraphe sur les types de formation). Supprimez alors toute branche qui la déséquilibre (orientée vers d'autres branches, ou vers le cœur de l'arbre…).
  • Une fois le tour de l'arbre effectué en suivant ces précédentes étapes, attaquez-vous aux branches du sommet de l'arbre. Ayez bien à l'esprit que les branches verticales très hautes ne donneront pas de fruit. Réduisez ces dernières du tiers ou du deux tiers de leur longueur, juste au-dessus d'un bourgeon à fleurs, ou à bois si vous souhaitez le voir grandir encore.
  • Finissez la taille : mastiquez les plus grosses sections de branches coupées, et pulvérisez une solution de bouillie bordelaise, en prévention des maladies.

À savoir : Les coupes doivent être droites et nettes pour avoir une surface de cicatrisation minime et réduire l'entrée des possibles infections. Il est nécessaire de couvrir ensuite les parties à vif avec un produit cicatrisant, par exemple du Goudron de Norvège ou du mastic à cicatriser. Pour offrir plus de lumière aux branches : coupez celles poussant verticalement et celles qui poussent en formant un angle avec le tronc.

Taille selon le type de fruitier

Les arbres à pépins

Pour les arbres fruitiers, comme les pommiers et les poiriers cultivés dans une forme précise (palmette, cordon en U, losange, quenouille, fuseau, gobelet), on pratique une taille appelée : « la taille trigemme », qui signifie « à trois yeux ». Cette technique fonctionne par trois. La première année, en hiver, on taille le rameau à trois yeux, c’est-à-dire que l’on garde trois yeux à partir de la base du rameau. Ainsi ce rameau, désormais de 7 à 10 cm de longueur, se nomme la coursonne. Son évolution à la belle saison permettra d’alimenter en sève les deux yeux au plus près de la coupe. Le premier œil, moins alimenté, forme un petit bouquet de feuilles et se transformera en dard, l’hiver suivant, pour obtenir un bouton à fruit la troisième année. La taille s’effectue en toute fin d’hiver, pour ne pas précipiter la floraison et risquer le gel tardif.

Pommier

Chez le pommier, vous pouvez distinguer assez facilement les bourgeons à fruits (ou à fleurs) lorsqu’ils sont positionnés à l’extrémité des rameaux. L’apparition des premiers bourgeons floraux varie selon les variétés et le mode de conduite. Au printemps, le pommier produit des bourgeons qui se transforment plus rapidement en boutons à fleur que ceux du poirier. Ils se situent couramment à l’extrémité de la brindille ou de la lambourde. Chacun porte à la base deux yeux à bois.

Poirier

Chez le poirier, les bourgeons à fruits apparaissent presque systématiquement sur du bois de deux ans et plus. Le dard du poirier est brun foncé, alors que celui du pommier est duveteux. Pour ces arbres, il est entouré d’une rosette de 2 ou 3 feuilles.

Les arbres à noyaux

Les arbres fruitiers à noyaux ne nécessitent pas une taille systématique. Il ne faut pas oublier, que la floraison s’effectue sur le bois très jeune de l’année en cours ou précédente. Ensuite vient la taille de fructification, sur les arbres bien formés. Pour exemple des pêchers, sur lesquels on distingue deux types d’yeux : les yeux à bois et les boutons à fleurs. La taille aura lieu en février-mars lorsque les boutons sont prêts à s’épanouir. Les rameaux à bois sont taillés à deux ou trois yeux en fonction de la vigueur de l’arbre. On privilégie une taille longue sur les arbres les plus vigoureux. Les rameaux mixtes, portant à la fois des fleurs et des yeux à bois seront taillés au-dessus du troisième ou quatrième groupe de fleurs. Il s’agit de conserver toutes les nouvelles pousses, qui seront plus productives et de supprimer les anciennes.

Pêcher et Nectarinier

Le pêcher présente une particularité : ses bourgeons à fruits se forment principalement sur le bois d’un an. Les gourmands du pêcher sont en général de très forts rameaux mixtes.

Prunier

Les bourgeons à fruits du prunier se trouvent sur du bois de 2 ans minimum mais plus souvent 3 ans et plus. Le prunier présente des bourgeons souvent faciles à observer. Ces bouquets regroupent plusieurs fleurs sur un même point du rameau.

Abricotier

Les bourgeons à fleurs (ou à fruit) peuvent être terminaux ou naître latéralement sur le bois de un an. On le trouve sur les arbres fruitiers à noyau (notamment le pêcher et l’abricotier) et il est comparable au dard pour les arbres fruitiers à pépins (le poirier et le pommier).

Amandier

Chez l’amandier, les bourgeons à fleurs sont généralement très visibles en fin d’hiver car la floraison arrive tôt dans la saison.

Les petits fruits

Comme le groseillier ou le framboisier, ils se taillent différemment : il faut couper à ras les branches qui ont fructifié et qui ne donneront plus rien.

Le figuier

Le figuier demande une taille plus sévère (la moitié des branches du fruitier est retirée) dans les 2 premières années pour être productif et bien se développer. Les années suivantes, une légère taille d'entretien suffira.

Les agrumes

Les agrumes comme l'oranger et le citronnier se taillent également, différemment selon qu'ils soient cultivés en pleine terre ou en pot. Pour aider à la production de fruits, raccourcissez les jeunes branches trop longues pour un développement plus équilibré de l'arbre.

Les arbres à fruits rustiques

Comme le noyer, le noisetier… ne se taillent pas ou très peu.

Comprendre les bourgeons des jeunes arbres fruitiers

Les bourgeons sont à l’origine de toutes les feuilles et de toutes les fleurs. Ils se forment à partir de cellules spéciales, appelées méristème, qui peuvent se transformer en n’importe quelle cellule de la plante, selon ce dont elle a besoin. Le méristème est donc la région de croissance située à l’extrémité des tiges et des racines, où les cellules se divisent et se spécialisent pour former de nouveaux organes, soit une feuille, une fleur ou une tige. Les bourgeons sont donc, visuellement, une excroissance des végétaux - des bosses à l’extrémité - contenant des ébauches foliaires ou florales enfermées dans des écailles protectrices. L’éclosion des bourgeons au printemps se nomme « débourrement ». La circulation de la sève, qui était interrompue en hiver, se réactive avec l’augmentation de la température, puisque la plante recommence à absorber de l’eau et des minéraux par ses racines. Cependant, les bourgeons ne sont pas « créés » au printemps, ils sortent seulement de leur stade de dormance. Les bourgeons sont en réalité fabriqués par la plante en été et recouverts de pérules pour les protéger des intempéries de l’hiver. Les pérules sont des écailles épaisses et dures enduites d’une cire ou d’une résine imperméable qui tomberont au printemps. Le débourrement de chaque bourgeon ne se produit pas non plus au même moment.

schéma des types de bourgeons

Les différents types de bourgeons

Il existe plusieurs types de bourgeons selon la partie de la plante à laquelle il donne naissance :

  • Le bourgeon végétatif est celui qui produit les jeunes feuilles et branches. Il est plus fin, allongé et pointu. Chez un arbre relativement jeune, favorisez la croissance des bourgeons à bois.
  • Le bourgeon floral (ou à fruit) est celui qui produit les fleurs et ensuite les fruits selon l’espèce. Un bourgeon à fruit (ou bourgeon à fleur) est généralement plus rond, plus gros et plus gonflé qu’un bourgeon à bois, et présente souvent une pousse perpendiculaire au bois. Sur les arbres vigoureux de plusieurs années, on privilégiera les bourgeons à fleurs principalement.
  • Les bourgeons adventifs peuvent se développer sur n’importe quelle partie de la plante et apparaissent surtout après un traumatisme (une coupe par exemple).

Le meilleur moment pour observer les bourgeons est la fin de l’hiver, lorsque les bourgeons commencent à gonfler. Sur un arbre fruitier, les bourgeons à fruit (ou yeux à fruit) sont souvent plus visibles car ils sont plus gonflés et légèrement détachés du rameau. Les bourgeons à bois (bourgeon à feuille), eux, restent plus fins et collés au bois.

Chez le pommier ou les autres arbres fruitiers à pépins, on appelle les bourgeons indécis des dards. Le dard est une sorte d’œil pointu, triangulaire et plus gros qu’un œil à bois. Il peut donner naissance, selon le flux de sève qui l’alimente, à divers organes stériles ou fructifères. Il filtre la sève et favorise la mise à fruits rapide des productions portées.

Une brindille est un petit rameau flexible, ne dépassant pas une vingtaine de centimètres de longueur. En général, on la rencontre sur les variétés de faible vigueur.

La bourse est un organe renflé sur lequel sont insérés les fruits et qui porte normalement des productions fertiles comme les dards et les lambourdes. Elle prend forme au point d’attache du fruit.

Une coursonne est la partie de l’arbre qui reste sur la branche charpentière après la taille. Ces cordons doubles de pommier ‘Sainte-Germaine’ sont composés de deux branches charpentières âgées de plusieurs années. C’est la forme plate la plus simple. Cette branche fruitière, aussi appelée coursonne, est un rameau taillé court de manière à favoriser l’apparition des fruits. La principale qualité d’une coursonne est d’être simple et forte. Ce rameau, garni d’yeux à bois sur toute sa longueur, se termine également par un œil à bois. Sa longueur varie entre 30 et 50 cm. Après la taille de fructification, il devient une coursonne, qui portera les fruits.

Le terme œil est souvent utilisé comme synonyme de bourgeon en horticulture. Il désigne la future pousse ou la future zone de fructification sur le rameau.

Les hormones végétales et le développement des bourgeons

Plusieurs hormones jouent un rôle clé dans le développement des bourgeons :

  • L’auxine est responsable des divisions cellulaires des bourgeons et de la croissance des tiges et des rameaux. Par défaut, les rameaux se développent vers le haut et c’est une dominance apicale que vous retrouvez chez de nombreux arbres fruitiers. De ce fait, la plante prolifère avec son bourgeon terminal permettant la croissance verticale du rameau. Lorsque vous retirez une branche, le bourgeon juste avant votre coupe bénéficiera de la meilleure croissance.
  • La cytokinine aide quant à elle la différenciation des bourgeons entre végétatif et floral.
  • La gibbérelline permet l’allongement de certaines cellules végétales et met fin à la dormance des plantes.

En effet, les conditions climatiques de chaque saison, telles que la température et l’humidité, doivent être optimales pour une bonne régulation de la croissance des bourgeons. Les nutriments présents dans le sol sont également essentiels pour le développement des bourgeons, car ils fournissent les éléments nécessaires au bon fonctionnement cellulaire. Par ailleurs, les plantes ont développé divers mécanismes de défense pour protéger leurs bourgeons contre ces menaces. Il est donc clair que les bourgeons sont des structures vitales pour la croissance et la reproduction des plantes.

Les erreurs à éviter dans la taille des fruitiers

illustration des erreurs courantes en taille

Une taille mal réalisée peut supprimer une partie de la future production de fruits. À l’inverse, conserver un bon équilibre entre bourgeons à bois et bourgeons à fruits permet de maintenir à la fois la croissance de l’arbre et sa production de fruits. En fonction de la charge de fruits prévue pour l’année, vous pouvez adapter votre taille. Une forte charge de fruits peut parfois permettre une taille un peu plus sévère.

Peut-on tailler sans reconnaître les bourgeons ?

Il est possible de tailler, mais le risque est de supprimer des bourgeons à fruits et donc de réduire la production de l’année suivante. L’identification des bourgeons permet d’adapter la taille à la charge de fruits prévue. La reconnaissance des bourgeons est une compétence essentielle pour bien tailler les arbres fruitiers.

Ne pas mastiquer les coupes

Traiter au goudron de Norvège ou au mastic cicatrisant toutes les tailles importantes est essentiel pour ne pas laisser la porte ouverte aux maladies.

Tailler pendant les périodes de gelées intenses

La taille s’effectue en hiver (décembre-janvier), en dehors des périodes de fortes gelées. Les rameaux sont dépourvus de feuilles, il est donc plus facile d’identifier les bourgeons, de plus les arbres sont en dormance, la sève est au ralenti, de ce fait la cicatrisation sera plus rapide du fait du froid.

Tailler les arbres à noyaux en hiver

Les arbres à noyau, quelle que soit l'espèce, supportent très bien la taille pendant et après la récolte, durant l'été (qu'on appelle aussi taille en vert) ; par contre les cicatrices sont plus sensibles en hiver à l'attaque de parasites.

Enterrer le point de greffage

Le point de greffage ne doit pas être enterré ou ne doit être juste au niveau du sol ; cela permet d'éviter l'humidité et l'attaque de champignons.

En somme, pour obtenir une production de bonne qualité et abondante, la taille des arbres fruitiers reste recommandée. Mais c’est également une manière de prendre soin des végétaux en limitant le risque de maladie. Si vous vous demandez quand tailler vos arbres fruitiers, suivez ces conseils pour une gestion optimale de votre verger.

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