L'Aveyron, département au cœur de l'Occitanie, connaît une dynamique agricole particulière, notamment autour des modèles d'installation en maraîchage. Au centre des préoccupations actuelles se trouve la question des Surfaces Minimum d'Installation (SMI) et leur évolution vers les Surfaces Minimum d'Activités (SMA), une transformation législative majeure visant à mieux intégrer les réalités des circuits courts et des pratiques agricoles diversifiées. Cette transition législative est fondamentale pour les jeunes agriculteurs et les collectifs qui cherchent à s'implanter et à valoriser leurs productions sur le territoire.

De la SMI à la SMA : Une Adaptation aux Nouvelles Réalités Agricoles
Historiquement, le concept de Surface Minimum d'Installation (SMI) a servi de référence pour encadrer l'installation des agriculteurs et l'attribution de certaines aides, notamment les primes de la Politique Agricole Commune (PAC). Cependant, ce modèle, souvent basé sur des superficies de terres arables ou de prairies, a montré ses limites face à l'émergence de pratiques agricoles moins intensives en foncier mais à forte valeur ajoutée, comme le maraîchage biologique ou les productions transformées.
La révision par le législateur des SMI pour les transformer en SMA (Surface Minimum d'Activités) répond à cette nécessité d'adaptation. L'objectif est de prendre en compte les marchés courts qui se développent, où la valeur ajoutée ne réside pas uniquement dans la quantité de terres exploitées, mais aussi dans la transformation des produits, la vente directe et la création d'activités complémentaires. Cette évolution permet de mieux refléter la diversité des modèles économiques agricoles et de soutenir des installations qui, bien que ne répondant pas aux critères traditionnels de la SMI en termes de superficie, sont viables et créatrices d'emplois.
Le président de la MSA a souligné l'importance de cette question des parcelles de subsistance qui doit être replacée dans le cadre de cette révision. Il est en effet essentiel que la législation s'ajuste pour soutenir les agriculteurs engagés dans des démarches innovantes et respectueuses de l'environnement, favorisant les circuits courts et la proximité avec les consommateurs.
Les Défis des Parcelles de Subsistance pour les Retraités Agricoles
La question des parcelles de subsistance accordées aux retraités a été un sujet de débat intense. Certains syndicats, différents de la Coordination Rurale par exemple, souhaitaient annuler ce droit qui permet à un retraité de toucher des primes PAC. Cette proposition aurait eu un impact significatif sur les revenus de nombreux anciens exploitants, pour qui ces parcelles représentent un complément indispensable à leur retraite.
Finalement, une réponse a été apportée à la préfecture, proposant de passer cette autorisation de continuer à exploiter sous conditions à trois hectares au maximum. Cette mesure, qualifiée de "cote mal taillée" par certains, concerne seulement les nouveaux retraités. Elle vise à trouver un équilibre entre le maintien d'une activité pour les retraités et la libération de foncier pour les jeunes agriculteurs.
En pratique, un autre motif de débat concerne la destination des parcelles conservées. La plupart des éleveurs qui conservent 6 hectares les font exploiter par une entreprise dans un premier temps, puis les redonnent à la location très rapidement. Cela soulève des questions sur la réelle utilité de ces superficies pour l'activité directe des retraités et l'impact sur l'accès au foncier pour les nouvelles installations. L'objectif des SMA est justement de mieux encadrer ces situations et de favoriser une utilisation optimale des terres agricoles.
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Le Collectif Piquant-Léger : Un Modèle Innovant en Aveyron
Au cœur de l'Aveyron, à Segonds, commune du Bas-Ségala, le collectif Piquant-Léger incarne parfaitement les nouvelles dynamiques du maraîchage et la pertinence de l'évolution vers les SMA. Cette aventure débute en 2019, lorsque Pyo Michaud et Oriane Assali reprennent la ferme à deux et exploitent les terres en maraîchage bio. Quelques années plus tard, ils se sont interrogés sur le modèle économique à adopter, ce qui les a menés à une approche collaborative et diversifiée.
La Genèse d'un Projet Collectif et Diversifié
L'idée de créer un collectif est née de la volonté d'exploiter la terre à plusieurs et de transformer leurs produits de saison. Pour cela, ils ont lancé un appel à projet, avec l'objectif de co-construire ce nouveau collectif, qui a pris forme en 2023. Cette démarche participative a permis d'intégrer des compétences variées et de mutualiser les efforts.
Le collectif Piquant-Léger est structuré autour de six maraîchers. Trois personnes travaillent spécifiquement sur la partie maraîchage, assurant la production des légumes frais. Les trois autres membres se consacrent à la partie diversification, valorisant les produits à travers la transformation et la vente. Cette répartition des tâches est essentielle, car, comme l'indique Amélie Astoury du collectif, "Le maraîchage et la cuisine sont gourmands en main-d’œuvre". L'idée maîtresse est que "chaque équipe prête main-forte à l’autre", créant ainsi une synergie et une solidarité au sein du groupe.
La Diversification comme Pilier Économique et Écologique
La diversification est un pilier fondamental du modèle économique de Piquant-Léger. Lors des récentes manifestations des agriculteurs, le temps de travail consacré à l’activité était au cœur des débats. La cuisine permet de valoriser les produits déclassés et cabossés, ce qui réduit le gaspillage et optimise l'utilisation des récoltes. De plus, elle complète les revenus du maraîchage avec la vente des produits transformés, comme l'explique Pyo Michaud. Cette approche multifacette assure une meilleure résilience économique face aux aléas de la production agricole.
Le collectif travaille les produits frais qu'il écoule sur des stands de cuisine éphémère. Cette vente directe permet un contact privilégié avec les consommateurs et une meilleure valorisation des produits. En parallèle, le collectif réalise aussi des paniers commercialisés, disponibles sur des lieux de dépôt. Ce système de paniers répond à une demande croissante pour des produits locaux et de saison, contribuant ainsi au développement des circuits courts.

Une Dimension Écologique et Humaine Intégrée
Au-delà de l'aspect économique, le projet de Piquant-Léger intègre une forte dimension écologique et humaine. Amélie Astoury souligne qu'"il y a bien sûr une dimension écologique dans notre projet, autant pour le respect de la nature que pour la dimension humaine". Le maraîchage biologique pratiqué par le collectif témoigne de cet engagement envers le respect de la nature, en favorisant des méthodes de culture durables et respectueuses de l'environnement.
La dimension humaine se manifeste par le travail en collectif, la mutualisation des tâches et la création d'un environnement de travail solidaire. Cette approche collective permet de partager les contraintes et les joies du métier, offrant un soutien mutuel et une meilleure qualité de vie aux agriculteurs. Le modèle de Piquant-Léger est ainsi un exemple concret de la manière dont les agriculteurs peuvent innover pour créer des systèmes plus résilients, plus respectueux de l'environnement et plus épanouissants humainement.
L'Avenir du Maraîchage en Aveyron face aux Évolutions Législatives
L'évolution des SMI vers les SMA est une opportunité majeure pour le maraîchage en Aveyron. Elle permet de reconnaître la diversité des modèles d'affaires agricoles et de soutenir des initiatives comme celle de Piquant-Léger, qui ne reposent pas uniquement sur de grandes superficies mais sur une valorisation intelligente des produits et des activités complémentaires. Cette nouvelle approche législative doit faciliter l'installation de jeunes agriculteurs et encourager les pratiques agroécologiques et les circuits courts.
Le dynamisme du collectif Piquant-Léger illustre la capacité des agriculteurs aveyronnais à innover et à s'adapter aux défis contemporains. En mutualisant leurs efforts, en diversifiant leurs activités et en s'engageant pour une agriculture plus durable, ils montrent la voie à suivre pour un développement agricole équilibré et respectueux des hommes et de la terre. Le soutien à ces initiatives, notamment à travers des cadres législatifs adaptés comme les SMA, est essentiel pour l'avenir de l'agriculture en Aveyron et au-delà.

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