La gestion des arbres fruitiers est souvent perçue comme un exercice de contrôle, où le sécateur devient l'instrument d'une volonté humaine cherchant à dompter la nature. Pourtant, une approche plus respectueuse et durable émerge, portée par des praticiens comme Alain Pontoppidan. Tailler, oui, mais en douceur… Cessons de martyriser nos arbres par des coupes anarchiques, qui fragilisent leur structure et créent des blessures impossibles à cicatriser ! Plutôt que nous précipiter sur le sécateur ou la cisaille, posons les outils, observons et réfléchissons, guidés par Alain Pontoppidan qui prône une taille douce, inspirée par une véritable compréhension des besoins des arbres et basée sur l'observation préalable des mécanismes naturels de leur croissance.

Comprendre la physiologie de l'arbre avant d'agir
Un arbre se construit de manière méthodique : il possède un ordre, une organisation qui lui est propre. Il ne faut donc pas faire de suppression intempestive de charpentière (grosse branche principale qui part directement du tronc) ni d’étêtages radicaux. La taille en douceur bouscule les idées reçues. On ne taille pas seulement en hiver. Il est possible de tailler à d’autres périodes de l’année. L’arbre réagit à la coupe des branches.
À l’endroit où la branche s’insère sur le tronc, sur le dessus de la fourche, on trouve une sorte de replis, un bourrelet appelé la ride de l’écorce. Elle est bien visible sur la plupart des espèces. Ces deux éléments, ride de l’écorce et col de la branche, n’appartiennent pas à la branche, mais au tronc. Ils délimitent une zone de barrage. Celle-ci réagit en produisant des substances inhibitrices des champignons et favorise la formation d’un bourrelet régulier qui va rapidement refermer la blessure. Il est fondamental de tailler juste au ras de cette zone de barrage. Une coupe effectuée trop loin, au-delà du col, laisse un chicot qui ne sera pas recouvert par le callus.
Les règles d'or de la coupe chirurgicale
La précision est la clé de la pérennité de l'arbre. Pour effectuer les coupes avec précision, il faut être en mesure de déterminer où se trouve la limite entre deux ramifications. Certaines espèces, comme le peuplier blanc, le cèdre ou l’épicéa ont un col très marqué, qui entoure totalement la branche. Dans ce cas, pas de problème, taillez au ras du col de la branche sans l’entamer.
Il faut couper toute la branche (sans laisser de chicot) et rien que la branche (sans entamer ni le col ni la ride de l’écorce). La première règle concernant l’emplacement de la coupe conduit à en énoncer une seconde, qui cette fois-ci correspond à l’organisation du réseau de branches. Puisque la coupe idéale est située au ras de la ride de l’écorce, toute branche, toute brindille ou tout rameau, doit être soit totalement enlevé, soit totalement conservé. C’est une taille par tout ou rien, sans raccourcissement, qui est cohérente avec ce que nous savons du fonctionnement de l’assemblée des bourgeons. On ne coupe jamais une branche en plein milieu.
Le cas de taille le plus délicat est la suppression d’un des brins d’une fourche. Si on coupe selon une oblique trop inclinée, on risque de faire une plaie importante qui pourrira avant de se refermer. Si on coupe perpendiculairement à la branche, on laisse un chicot impossible à recouvrir. Il faut tailler selon une oblique moyenne, qui part juste au ras de la ride de l’écorce, en supprimant toute la branche à tailler.
La gestion des prolongements et des plaies
Les explications qui précèdent concernent la suppression d’une branche ou d’un rameau latéral. La branche principale est conservée, la branche secondaire est taillée. Mais que se passe-t-il lorsque c’est l’inverse ? Quand c’est le prolongement de la branche principale qui doit être taillé et non l’une des branches latérales. C’est une situation de taille très fréquente. Ici encore, c’est la ride de l’écorce de la branche qui sert de point de repère. On va raccourcir la branche principale au niveau d’une ramification latérale, de façon à lui donner un nouveau prolongement, muni d’un bourgeon terminal. La coupe s’effectue au ras de la ride, selon un plan parallèle à l’axe de la branche latérale.
Lorsque la plaie est d’une certaine importance, il peut sembler judicieux de protéger cette porte d’entrée aux maladies par un badigeon ou un mastic qualifié de « cicatrisant ». Il faut savoir que l’efficacité de cette pratique est très controversée et que ce qui compte, avant tout, c’est la qualité de la coupe. Si le cambium est endommagé ou arraché, ou si on a coupé trop près du tronc sans tenir compte de la zone de barrage, le mastic n’y changera rien.
Tailler un pommier
Philosophie et objectifs de la taille douce
La taille des arbres et arbustes demeure une vaste question souvent sujette à controverses. Il existe en effet différentes écoles : tailles sévères à l’ancienne, tailles douces en hiver, tailles en vert… Et chaque espèce présente ses propres particularités (port naturel, mode de fructification, cicatrisation plus ou moins facile…), elles-mêmes déterminantes quant à la taille à adopter.
Pour améliorer la productivité des fruitiers et éviter l’alternance, découvrons les tailles de plantation, d’éclaircie, de rajeunissement, de simplification, avec les spécificités propres à 18 espèces de fruitiers. Les arbres et arbustes d’ornement ne sont pas oubliés, grâce à un guide de taille par essences détaillé pour 70 espèces : arbustes à floraison printanière ou estivale, persistants, plantes grimpantes, rosiers, conifères, grands arbres.
Les objectifs principaux de cette pratique sont :
- Maintenir la ramure à une distance raisonnable du centre de l’arbre pour éviter l'épuisement de la sève.
- Favoriser la pénétration de la lumière pour une meilleure photosynthèse et une bonne maturation des fruits.
- Supprimer les gourmands et les rejets de base, sauf nécessité de renouvellement.
- Nettoyer l’arbre de ses branches mortes ou malades.
- Éviter le phénomène d’alternance pour avoir une production régulière d’une année sur l’autre.
L'approche d'Alain Pontoppidan : un manuel de référence
Chaque arbre a son histoire… Alain Pontoppidan nous la raconte avec brio dans ce livre pratique qui se lit comme un roman d’aventures ! Technicien agricole, arboriste et formateur, Alain Niels Pontoppidan est auteur de nombreux ouvrages sur les arbres et collabore au magazine 4 Saisons. Le livre qu'il présente, J’apprends à tailler mes arbres - Fruitiers, arbustes - Petit manuel de taille douce, se situe à l’opposé des méthodes dominatrices. Alain Pontoppidan nous y présente en effet une méthode de taille douce. L’auteur nous invite ici à respecter la forme naturelle de l’arbre.
C’est en réalité une invitation à observer et à comprendre. Et son livre aurait finalement tout aussi bien pu s’intituler « Comment tailler le moins possible ses arbres ? ». Pour les arboriculteurs amateurs ou professionnels qui souhaitent mieux comprendre les règles qui régissent la bonne santé d’un arbre et ont pour objectif de tailler uniquement à bon escient, dans le plus grand respect de l’arbre, ce pourrait bien devenir un livre de chevet.

Évolution des pratiques arboricoles
Au XXe siècle, lorsque je parlais de taille douce, ou pire de non-taille des arbres fruitiers, je me faisais parfois presque insulté… Heureusement, les choses évoluent quelque peu, notamment en permaculture. Depuis 35 ans, la Scop Terre vivante édite des livres d’écologie pratique, ainsi que le magazine Les 4 Saisons du jardin bio.
Il faut bien distinguer les différents types de tailles :
- La taille de formation : effectuée à partir de la deuxième année pendant 3 ou 4 ans pour donner une forme à un jeune arbre (gobelet, fuseau, espalier).
- La taille de fructification : visant à réguler la production pour éviter l’alternance.
- La taille d’entretien ou de rénovation : pour éclaircir une ramure trop dense, supprimer des gourmands, ou enlever le bois mort.
La taille est un art complexe qui, s’il est mal exécuté, nuira à l’arbre plus qu’autre chose. Je dirais donc que mieux vaut ne pas tailler du tout que de mal tailler ! Quelques notions élémentaires sont à assimiler : respectez le port naturel d’une espèce ou d’une variété plutôt que de la contraindre, affûtez correctement vos outils de taille et désinfectez-les avant de passer à un autre arbre, taillez en biseau pour favoriser l’écoulement de la sève et protégez les grosses plaies de taille avec du goudron végétal. Enfin, taillez court un arbre peu vigoureux dans le but de lui redonner de la vigueur, et taillez long un arbre vigoureux.
Il y a deux grandes époques de taille : pendant le repos de la végétation (hiver) pour la taille classique, et au printemps/été pour la taille en vert. La taille en vert, contrairement à la taille classique, se fait à la main (sans sécateur) et consiste à supprimer des bourgeons pendant la végétation. Cette approche globale, bien que complexe, offre une alternative durable aux méthodes de taille traditionnelles, garantissant la longévité et la santé structurelle de nos arbres fruitiers.