Le lierre, de son nom botanique Hedera, est une plante particulièrement clivante. Certains font tout pour s’en débarrasser et l’accusent de tous les maux, quand d’autres font son éloge avec force et conviction. Pourtant, le débat est simple à trancher. Les premiers s’appuient sur des réputations souvent infondées que nous allons examiner le plus objectivement possible. Quant aux seconds, ils observent que le lierre coche toutes les cases des plantes recherchées par les temps qui courent. Symbole d’immortalité avec son feuillage persistant épais et luisant que les saisons n’affectent pas et sa vigueur peu commune parmi les quelques lianes que compte l’hémisphère Nord, il peut grimper jusqu’à plus de 30 mètres de hauteur. Bref, le lierre fait partie de notre quotidien au point qu’on ne lui porte plus beaucoup d’attention, sauf notamment lorsqu’il prend la liberté de partir à la conquête de bâtiments où on ne l’attendait pas.

Nature et cycle de vie du lierre
Les lierres font partie de la famille des Araliacées. Curieusement, parmi la bonne quarantaine de genres botaniques dans cette famille, Hedera en est le seul représentant dans la flore européenne. Tous les autres membres de cette famille sont des plantes tropicales ou sub-tropicales. En fait, il serait apparu sur terre vers la fin de l’ère secondaire. Il se trouvait alors dans des régions au climat bien plus chaud qu’aujourd’hui. À cette époque, de nombreuses plantes fleurissaient et formaient des fruits en hiver, saison plus favorable car plus tempérée et plus humide. Seuls ceux capables de s’adapter subsistent encore. Le lierre en fait partie, ce qui témoigne de sa résilience. Il a gardé de cette époque originelle sa saisonnalité, puisqu’il fleurit et fructifie d’octobre à mars.
Le lierre passe successivement par 3 stades. Dans un premier temps, il rampe et s’étale. Ses tiges émettent des racines adventives qui pénètrent dans le sol et le renforcent. Il commence alors son deuxième stade : à la place des racines adventives, apparaissent des crampons qui ne servent pas à l’alimenter mais à l’accrocher fermement à son support. Lorsqu’il arrive suffisamment haut et dispose de suffisamment de lumière, il entre dans son troisième stade, le stade adulte. Jusqu’alors, au cours des deux étapes précédentes, le lierre était dans son stade juvénile. À partir du stade adulte, le lierre cherche à se reproduire.
Les feuilles de lierre sont des feuilles persistantes composées de 3, 5 ou 7 lobes quand elles sont jeunes. Elles peuvent vivre de 3 à 5 ans. Lorsque le lierre atteint le stade adulte, les tiges commencent à former des branches qui s’écartent du support. Les feuilles adultes ne sont plus lobées, mais entières, souvent elliptiques ou ovales. Ainsi, sur un même pied de lierre ayant atteint le stade adulte, vous trouverez deux formes de feuilles : les feuilles juvéniles sur les parties basses et les feuilles adultes sur les parties arbustives.
Le lierre est-il un parasite pour les arbres ?
Le procès du lierre semble avoir été rendu il y a bien longtemps. Dès 77 après Jésus-Christ, Pline l’Ancien assurait au livre XVI de son Histoire naturelle « Le lierre tue les arbres ». Le lierre n’est pourtant pas un parasite. C’est une liane, il n’a donc pas de tronc et, incapable de porter son propre poids, il a besoin d’un support. Il ne pompe pas la sève, contrairement à un vrai parasite comme le gui. Tous les botanistes sans exception vous le confirmeront. Le lierre se fixe à l’aide de crampons, mais ceux-ci ne servent pas à pomper la sève.

Le lierre ne présente aucun risque pour les autres végétaux. Il utilise ses crampons pour s’accrocher mais il n’étouffe personne. Si le lierre est généralement présent sur les arbres morts, c’est parce que ces derniers sont malades et perdent leurs feuilles. Ainsi, le lierre reçoit plus de lumière du soleil, ce qui lui permet de grandir. Mais sur les arbres sains et en bonne santé, le lierre est très bénéfique. En plus de protéger les arbres, le lierre abrite une riche biodiversité qui se cache sous ses feuilles en hiver. En effet, le lierre est l’une des rares espèces végétales à garder un feuillage persistant pendant la saison hivernale. Ainsi, il agit comme un très bon abri pour les chauves-souris, les nids d’oiseaux et les insectes.
Cependant, le lierre peut peser très lourd, contraignant l’arbre à produire davantage de bois, ce qui lui coûte des ressources. Une étude conduite en Turquie indique que les arbres qui portent du lierre ont une croissance moindre que ceux qui n’en portent pas. Les auteurs interprètent cette corrélation en concluant que le lierre est nuisible, mais on peut envisager la causalité inverse : le lierre s’installerait de préférence sur les arbres qui poussent moins vite. Une étude rapportée dans la revue La Hulotte porte quant à elle sur la qualité du bois : un propriétaire forestier avait fait éliminer systématiquement le lierre sur une de ses parcelles pendant 75 ans, et était arrivé à la conclusion que la qualité de bois n’était pas différente entre les parcelles avec lierre et les parcelles sans lierre.
Interaction avec les maçonneries et bâtiments
Les jeunes tiges de lierre s’attachent aux murs et grimpent par l’intermédiaire de radicelles aériennes. Le potentiel de dommages causés par le lierre aux murs est lié à leur état. Le lierre ne peut pas percer activement les murs, mais il peut causer des problèmes lorsqu’il pousse dans des défauts existants comme des trous ou des fissures. Dans le cas de murs qui ne présentent pas de dégradations, le lierre s’avère très efficace pour réduire les extrêmes de température et d’humidité ainsi que la fréquence et l’ampleur des variations qui peuvent autrement contribuer à la détérioration des maçonneries.
La taille du lierre
Par ailleurs, le feuillage du lierre est un piège efficace pour les particules fines en suspension dans l’air. Il réduit la quantité de pollution atteignant la surface des murs qui contribue à la salissure et à la dégradation chimique. En résumé, le lierre peut bel et bien causer des dommages aux murs mais seulement lorsque ces derniers sont déjà significativement détériorés. Il ne représente donc aucun danger pour les bâtiments récents ou bien entretenus et contribue même à les protéger de la pollution et des outrages du temps.
Toutefois, il est vrai qu’un lierre peut causer pas mal de dégâts. Il peut boucher les canalisations ou soulever les tuiles du toit, provoquant des fuites d’eau. Des pousses de glycine ou de lierre peuvent s’infiltrer dans des joints ouverts, forçant les matériaux. Il est visible à la fente plus large qu’une latte a déjà été déplacée. Les plantes grimpantes devront être installées de façon à laisser un écart suffisant entre la plante grimpante et les ouvertures à protéger. L’infiltration puis le développement des pousses et racines sous le toit n’est pas à exclure. Cela illustre bien la capacité de la plante à surmonter même les obstacles les plus impressionnants.
Cadre juridique et résolution des litiges
L’article 673 du Code Civil est clair : c’est à celui chez qui est planté le lierre de s’en occuper, de veiller notamment à ce qu’il ne franchisse pas la limite de propriété. Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres, arbustes et arbrisseaux du voisin peut contraindre celui-ci à les couper. Les fruits tombés naturellement de ces branches lui appartiennent. Si ce sont les racines, ronces ou brindilles qui avancent sur son héritage, il a le droit de les couper lui-même à la limite de la ligne séparative.
Il est conseillé de ne pas attendre trop longtemps avant d’agir auprès de votre voisin. Si vous tardez, les juges peuvent considérer que vous avez été négligents et réduire l’indemnisation. Comme toujours, les solutions amiables restent à privilégier pour éviter une escalade des conflits et pour résoudre rapidement, à moindre frais, les petits différends de ce genre. Depuis le 1er octobre 2023, le recours à un conciliateur de justice est obligatoire pour rechercher une solution amiable et équitable avant de saisir le tribunal judiciaire, en dernier recours.
Si le voisin ne réagit pas, il est possible d’alerter la mairie. L’article L2213-25 du Code général des collectivités publiques autorise le maire à prendre un arrêté pour contraindre un propriétaire à entretenir un jardin laissé à l’abandon. Il faut prouver des nuisances provoquées par le jardin incriminé. En dernier lieu, il est possible de faire jouer sa protection juridique pour entreprendre une action devant le tribunal. Elle peut demander d’une part que son voisin soit contraint de couper son lierre, mais aussi qu’il répare les dommages à son habitation causés par son inaction, notamment la réparation du toit.
Pratiques d'entretien et gestion durable
Le lierre est une plante qui supporte parfaitement la taille. C’est d’ailleurs à peu près le seul entretien qu’il requière et une taille par an suffit en général très largement. Par ailleurs, il existe de nombreuses variétés de lierres qui restent compactes et à faible développement. Avec celles-ci, quasiment aucun risque d’envahissement. Il n’est pas nécessaire de l’arracher entièrement si la gestion est rigoureuse. Une taille de contrôle suffit souvent à le maintenir dans des proportions acceptables.

Pour entretenir le lierre sans nuire à l’arbre, coupez les tiges principales à la base, à 20 ou 30 cm du sol, et laissez-les sécher sur place avant de les retirer doucement du tronc. Évitez de tirer sur les crampons, cela risquerait d’arracher l’écorce. Surveillez sa progression chaque année, notamment s’il s’approche des branches maîtresses ou de la cime. Sur une maison ou une clôture en bois, la situation est différente. Le lierre peut retenir l’humidité et accélérer le pourrissement, surtout sur les matériaux déjà fragilisés. Dans ces cas-là, il est préférable de le retirer ou de le rediriger vers un support inerte.
La seule chose à faire si du lierre pousse sur votre maison est de le couper avant qu’il n’atteigne le toit car il pourrait le dégrader en s’infiltrant sous les tuiles. Le lierre, dont les feuilles sèches se décomposent sur place, va fournir de l’humus aux arbres et protéger le sol. Les lianes jouent d’autres rôles importants dans les écosystèmes forestiers. Qu’elles aident à nourrir les arbres ou qu’elles en fassent tomber certains, ouvrant ainsi la place pour d’autres, les lianes ont une influence considérable sur l’écologie forestière, et les spécialistes estiment que leur action est globalement favorable à la biodiversité forestière.