Le Lierre : Démystifier une liane aux vertus méconnues

Aussi commun qu’il puisse paraître, l’hedera est en réalité assez méconnu. Qu’il monte à l’assaut des arbres ou qu’il s’agrippe aux vieux murs, le lierre fait souvent l’unanimité contre lui. Dans le premier cas, on lui reproche d’être un concurrent déloyal de son hôte. Dans le deuxième cas, on le soupçonne de disloquer les joints de pierres et d’accélérer la ruine de ces édifices. Le verdict de ces procès est généralement sans appel et le lierre, victime « d’atavisme culturel », est purement et systématiquement coupé à la base. Ceci est d’autant plus navrant que les arguments qui étayent cette condamnation radicale ne sont pas justifiés et font partie des idées reçues colportées de génération en génération.

Lierre grimpant sur un tronc d'arbre ancien

Une identité botanique complexe

Le lierre commun ou lierre grimpant (Hedera helix de son nom scientifique) est une liane assez répandue en Europe. Le nom du genre provient du latin haerere qui signifie « être attaché ». Le lierre est une plante ligneuse, rampante ou grimpante. Il peut atteindre plusieurs mètres de hauteur et de largeur.

Le comportement du lierre est le résultat d’une longue adaptation. Il est apparu sur terre à la fin de l’ère secondaire au Crétacé, qui suit le jurassique, se termine par l’extinction des dinosaures et précède le paléogène. Le climat était alors tropical ! Le groupe des angiospermes, les plantes à fleurs, s’étend alors grâce à une co-évolution avec les pollinisateurs comme les abeilles.

Le lierre n’est pas un parasite. C’est une liane, il n’a donc pas de tronc et, incapable de porter son propre poids, il a besoin d’un support. Il rampe ainsi au sol pendant la première partie de sa vie, puis s’approche de la lumière en grimpant sur un support, arbre ou autre, et seulement alors il fleurit et fructifie. Il appartient à la famille des Araliacées, dont il est la seule espèce sauvage en Europe occidentale. Ses feuilles, selon le bois, sont typiquement palmilobées. Les feuilles vivent 3 ans et doivent leur brillance à la couche de cutine, une sorte de cire imperméable.

Le faux procès du « bourreau des arbres »

Dès 77 après Jésus-Christ, Pline l’Ancien assurait au livre XVI de son Histoire naturelle : « Le lierre tue les arbres ». Dont acte, déplorent aujourd’hui certains acteurs de la protection de la biodiversité, par exemple l’Office national des forêts, qui alertait en octobre 2023 sur le nombre de personnes coupant les tiges de lierres en forêt, privant ainsi les écosystèmes d’une plante jouant plusieurs rôles bénéfiques.

Le lierre n’enserre pas non plus les arbres à la manière d’un figuier étrangleur, car ses tiges qui grimpent sur un même tronc sont peu liées les unes aux autres. Les figuiers, eux, vivent dans la forêt équatoriale, où la compétition pour la lumière est beaucoup plus intense que dans la forêt tempérée. Ses racines, qui le fixent aux arbres, sont des racines adhésives qui ne prélèvent absolument rien à son support.

Le lierre présente donc un risque structurel pour les arbres déjà fragilisés (tronc pourrissant ou endommagé). Par contre, il n’est pas problématique pour les arbres en bon état sanitaire. Dans certains cas, il se révèle même être un allié bénéfique. Il est déconseillé de planter du lierre au pied des jeunes arbres, en particulier ceux de moins de 5 ans, car cela pourrait entraver leur croissance. Au lieu de cela, il est préférable de laisser le lierre s'installer naturellement sur des arbres matures propices.

Schéma illustrant les racines adhésives du lierre sur une écorce

Un allié de la biodiversité et des infrastructures

Contrairement à l’image que l’on s’en fait, il y a une synergie entre le lierre et son arbre support. Le lierre apporte la fraîcheur et un compost remarquable à l’arbre qui le porte vers les cieux. Il abrite une faune si riche qu’il est l’un des éléments essentiels à la biodiversité, gage de bonne santé pour la forêt toute entière.

Rôle pour les pollinisateurs

À l’inverse des arbustes indigènes, il fleurit en septembre-octobre et fructifie en fin d’hiver et au début du printemps. Les fleurs, disposées en sorte d’ombelle, ont une odeur plutôt désagréable mais produisent, à un moment crucial de l’année, un abondant nectar et un abondant pollen d’excellente qualité. C’est une véritable aubaine pour tous les insectes qui hivernent au stade adulte. Le lierre est également l’hôte exclusif d’une abeille solitaire qui porte donc son nom, l’abeille ou collète du lierre (Colletes hederae).

Protection des bâtiments

Le lierre met l’édifice sur lequel il grimpe à l’abri des intempéries. Grâce à lui, la ruine est protégée des pluies dévastatrices qui contiennent de plus en plus de polluants chimiques. Les pierres gorgées d’eau sont plus sensibles au gel qui les fait éclater et disloque ses joints. Il va aussi assainir le sol en évitant l’excès d’humidité, mauvais pour les fondations. La plante ne présente pas de dangers pour les murs dont les joints sont en bon état ; en effet, il va s’accrocher aux aspérités sans pouvoir les endommager.

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Le lierre terrestre : une espèce différente

Le lierre terrestre ou Glechoma hederacea est une liane rampante. On le trouve dans les jardins, les sous-bois, les champs, en bordure de haies… Il aime les sols riches, frais et ombragés.

Le critère numéro 1 pour reconnaître le lierre terrestre est son odeur ! Froisse des feuilles entre tes doigts : tu vas sentir un mélange de menthe et d’agrumes. Sa tige n’est pas ronde : elle est carrée et a des poils. Les tiges du lierre terrestre rampent sur le sol à la manière des fraisiers. C’est seulement au printemps, lors de la floraison, que tu peux observer des tiges dressées. Mais elles ne grimpent pas !

Pour l’utiliser, récoltez-le de préférence au printemps, moment où les feuilles dégagent leurs plus beaux arômes et sont bien tendres. Une petite tisane de lierre, ça te dit ? Dépose quelques feuilles fraîches dans de l’eau chaude, mais pas bouillante. Si tu aimes le sirop de menthe, tu apprécieras la saveur du sirop de lierre terrestre. Fais chauffer ton eau jusqu’à ce qu’elle soit frémissante puis éteins. Ajoute le lierre terrestre que tu viens de cueillir.

Vertus médicinales et précautions

Depuis l’antiquité, le lierre est le symbole de la vie éternelle. Le lierre commun contient des saponines. Sa propriété la plus anciennement connue autrefois était de soigner les migraines. Pour les Gaulois, le lierre était aussi une plante bénie des dieux. Dans les campagnes, on se servait du lierre comme d’un purgatif puissant.

L’infusion de feuilles fraîches ou sèches soulage les affections chroniques des voies respiratoires. Les saponines fluidifient les sécrétions et favorisent leur élimination, l’expectoration et leurs effets antispasmodiques permettent d’apaiser certaines crises d’asthme et de soulager les toux associées à la coqueluche. Pour Palaiseul, il est un calmant et un modérateur très efficace de la sensibilité des nerfs périphériques.

Quant à son efficacité supposée pour lutter contre la cellulite, elle serait due en partie à l’hédérine. Décoctions et emplâtres à base de lierre sont très efficaces pour ce problème et sont utilisés dans de nombreuses préparations pharmaceutiques. Recette : Mixer 100 g de feuilles lobées séchées avec 500 ml d’alcool à 70 degrés et laisser macérer 2 semaines en remuant tous les jours. Il est conseillé d’utiliser seulement 1,5 ml par jour dilués dans l’eau.

Attention : la cueillette sauvage comporte des risques. Les fruits bleu-noir du lierre commun sont toxiques pour l’homme mais très appréciés des oiseaux au moment où la nature est encore assez chiche en nourriture. Les feuilles du lierre peuvent provoquer des dermites de contact (falcarinol) chez certaines personnes, mais c’est relativement rare. L’usage du lierre est strictement réservé aux herboristes avertis.

Illustration botanique comparant les feuilles de lierre commun et de lierre terrestre

Une ressource majeure pour l'environnement urbain

En tant que couvre-sol, son usage présente un grand intérêt. Son caractère rampant, associé à son feuillage dense et opaque, en fait une plante couvre-sol très efficace qui empêche la croissance de plantes adventices dans un parterre.

Dépolluant urbain, il permet de dépolluer l’air des particules fines, et ce, toute l’année, grâce à son feuillage persistant lui permettant de faire de la photosynthèse en hiver. Il apporte du vert tout au long de l’année. Son feuillage vert foncé, contrasté par des nervures blanchâtres, a l’avantage d’être persistant. Il permet donc de garder de la couleur tout au long de l’année.

Il est important de ne pas confondre le lierre avec la Vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) qui est une espèce exotique envahissante et une menace pour l'environnement. Cette dernière grimpe également grâce à des crampons mais c’est une plante caduque qui perd ses feuilles en hiver.

En conclusion, le lierre, loin d'être un ennemi, est un acteur de premier plan pour la résilience des écosystèmes, qu'ils soient forestiers ou urbains. Sa capacité à offrir nourriture, abri et protection contre les éléments en fait une ressource inestimable.

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