Le mildiou est une maladie cryptogamique qui atteint les pieds de tomates. Tomate et mildiou ne font pas bon ménage. Une fois les plants atteints, ils sont presque à coup sûr condamnés à moins que les températures ne remontent fortement, ou que vous vous battiez comme un gladiateur ! Le champignon Phytophthora infestans est arrivé en même temps que les tomates du Nouveau Monde. Il peut s’attaquer principalement aux tomates et aux pommes de terre. Ce champignon est présent dans tous les sols cultivés et lorsque ses conditions de développement sont là, il n’y a plus grand-chose à faire pour s’en débarrasser.

Les conditions de développement du pathogène
Le mildiou nécessite une température comprise entre 17 et 20°C et un taux d’humidité élevé pour croître. Une fois les premiers spores développés, la vitesse de propagation est exponentielle. Une année comme en 2021 avec un printemps et un début d’été humide ont eu raison des tomates de nombreux jardiniers. De l’humidité sur les feuilles, une température autour des 20°C ? Les conditions sont réunies pour le mildiou !
Le mildiou de la tomate est une maladie cryptogamique, causée par des champignons, Phytophthora infestans et Phytophthora parasitica (mildiou terrestre). Les champignons ne sont actifs que lorsque l’humidité de l’air est très importante, à saturation et que la température ne dépasse pas 25°C. En conditions sèches et chaudes, l’évolution de l’infestation de mildiou est ralentie. En effet, le développement du mildiou nécessite la présence d’eau liquide sur le feuillage pendant une assez longue durée. Cette situation se rencontre lors de pluies orageuses du soir suivies le lendemain d’une hygrométrie saturée qui empêche le ressuyage du feuillage.
Symptômes et identification : Ne pas confondre
Savoir l’identifier est primordial. Le mildiou est une maladie qui se développe sur toutes les parties du plant. Au niveau des feuilles, le mildiou démarre souvent à la bordure du limbe. Le mildiou se manifeste en brunissant la partie supérieure du limbe. Les feuilles se marquent de taches huileuses vert pâle qui deviennent beiges, puis brunes en se nécrosant. Au revers de ces feuilles, correspondant aux taches, se trouvent des taches vert sombre à brunes, souvent recouvertes d’un duvet grisâtre. C’est de ce duvet que s’échappent les spores qui vont étendre la propagation du champignon.
Sur les tiges, ce sont des tronçons entiers qui virent au brun-noir. Les fleurs peuvent brunir et chuter. Sur les fruits, des taches brunes apparaissent, plus claires sur leur pourtour. Progressivement, la partie brune se marbre et prend une allure bosselée. Un duvet blanchâtre peut apparaître à sa surface.

Il convient d’être très attentif lors de l’identification du mildiou. Certains jardiniers emploient le mot « mildiou » dès que les plants de tomates ont une maladie. L’alternariose, qui se manifeste sur les feuilles avec des taches nécrotiques circulaires de 4 à 7 mm de diamètre, est souvent confondue avec le mildiou. La nécrose apicale ou « cul noir » est une maladie non parasitaire (trouble physiologique) occasionnée par une mauvaise assimilation du calcium associés à des apports en eau irréguliers. La tache sur le fruit est toujours située du côté de la cicatrice florale à l’opposé du pédoncule ; elle se présente en creux (tache en « coup de pouce »).
Stratégies de prévention : La clé du succès
Pour manger de belles tomates saines, le plus simple reste de mettre en place des stratégies permettant de cohabiter avec le mildiou et le faire arriver le plus tard possible. Comme nous l’avons évoqué en début d’article, l’humidité est l’un des facteurs déclencheurs du champignon. Protéger les tomates de la pluie permet donc de diminuer drastiquement la maladie. Ce qui compte, c’est que les plantes puissent être à l’abri de la rosée et des pluies.
L’arrosage doit se faire au pied des plants et jamais sur les feuilles, les arrosages par aspersion sont déconseillés. Pour limiter l’humidité résiduelle sur les feuilles, l’air doit circuler. C’est pour cela que l’on tuteure généralement les tomates et qu’on les taille. Le paillage des tomates a un double rôle. Non seulement il garde le sol plus frais et réduit donc le besoin en arrosage, mais en plus il contribue à réduire le développement du mildiou, notamment celui du mildiou terrestre, car il évite le contact des fruits avec le sol.
Abris à tomates en PVC — Montage simple de A à Z (Partie 1)
Le choix des variétés : Un levier génétique
Le mildiou n’est pas une maladie nouvelle de la tomate et les scientifiques travaillent sur de nouvelles variétés, beaucoup plus résistantes. La plupart d’entre elles sont davantage tolérantes que résistantes à la maladie cryptogamique. Des variétés comme ‘Pyros’ ou ‘Maestria’ sont particulièrement tolérantes au mildiou. Certaines tomates paysannes comme la ‘Rose de Berne’ ont l’avantage d’être tolérantes, tout en gardant un goût délicat.
Certaines variétés ont quant à elles été sélectionnées pour leur précocité. Des variétés excellentes comme la ‘Noire de Crimée’ produisent leurs premiers fruits fin juillet. Si la météo est favorable au développement du champignon, vous risquez tout simplement de ne pas ramasser de fruits. En revanche, il y a aussi de variétés précoces qui elles peuvent vous permettre d’avoir un minimum de récolte tous les ans. On peut par exemple citer la ‘précoce de Quimper’, la ‘stupice’ ou la ‘précoce glacier’.
Gestion des traitements et remèdes
Dès la fin du XIXe siècle, les vignerons et les maraîchers ont trouvé une façon de limiter les dégâts du mildiou : la bouillie bordelaise. Il s’agit d’un traitement confectionné à base d’ions de cuivres qui inhibent le développement des spores du champignon. C’est une méthode qui fait ses preuves en préventif, mais n’a pas d’effet une fois la maladie installée. Si les hyphes (racines) du champignon parviennent à “piquer” les feuilles ou les tiges et pénètrent dans les tissus de la plante, c’est trop tard.
Bien que naturel, il reste controversé pour son impact sur l’environnement. L’INRAE lui reconnaît des caractéristiques écotoxiques et phytotoxiques. Cela signifie qu’il est nocif pour la plupart des écosystèmes, que ce soit la faune ou la flore. En fouillant un peu sur le web, on retrouve des remèdes faits maison pour lutter contre le champignon sur nos tomates. On entend des jardiniers qui mettent quelques feuilles d’orties au fond du trou à la plantation des pieds, ou bien des pulvérisations de purins de prêle ou de bicarbonate.

Une solution à base de bicarbonate de soude : mélangez une cuillère à café de bicarbonate de soude pour chaque litre d’eau et ajoutez quelques grammes de savon noir pour aider la solution à se fixer sur les plantes. Le bicarbonate neutralise l’acidité d’un milieu. Le mildiou se développe à un pH plutôt acide. En rendant le milieu défavorable la sporulation du mildiou est freinée.
L'importance de l'intervention rapide
Lorsque la maladie apparaît, le premier geste à faire pour traiter les tomates contre le mildiou est de supprimer les feuilles ou tiges atteintes, et de poursuivre régulièrement cette suppression. Vous pouvez jeter ces débris végétaux dans votre compost. Les composts faits dans les règles de l’art peuvent en effet accueillir ces débris malades, car la température au cœur peut monter jusqu’à 70°, une température suffisante pour détruire le champignon.
Dans le cas où le mildiou a fait le tour de la tige et si vous avez des gourmands sains en amont, coupez la tige et laissez les gourmands prendre le relais. Au-delà de 30°C, le développement du champignon s’arrête et le développement de la plante reprend. Cultiver vos plants dans une serre permet de bénéficier facilement de cet effet curatif en laissant monter les températures. Cependant, attention à l’aération sous la serre. En plein été, si l’aération n’est pas suffisante, les légumes peuvent rapidement cuire. L’installation d’un filet d’ombrage ou de blanc de Meudon permet de faire chuter la température jusqu’à 10°C sous la serre.
La rotation des cultures est une pratique souvent recommandée. Dans les exploitations maraîchères, une rotation de culture sur quatre ou cinq ans est recommandée sur la tomate. Difficile à mettre en place au jardin, surtout lorsqu’on manque de place. Pour nous autres jardiniers, il vaut mieux partir du principe que le champignon est présent partout dans notre sol. Ainsi, toutes les méthodes de lutte et de prévention expliquées ci-dessus peuvent être mises en avant. Le mildiou étant présent dans les sols depuis de nombreuses années, cette rotation peut apparaître comme superficielle dans de nombreux cas. Tentez dans l’absolu de conserver votre sol paillé : les spores de mildiou étant présentes dans le sol, des projections de terre sur les feuilles lors de l’arrosage risquent de transmettre la maladie.