Comportements des oiseaux "grimpe-mur" : une exploration des moineaux et grimpereaux

Moineau domestique mâle et femelle sur un mur

L'observation de la faune aviaire qui nous entoure révèle une diversité de comportements fascinants, notamment ceux des oiseaux qui interagissent directement avec les structures bâties par l'homme ou les troncs d'arbres. Parmi eux, les moineaux et les grimpereaux offrent des exemples distincts de ces interactions, chacun avec ses particularités et ses défis.

Le Moineau domestique : un compagnon urbain aux comportements sociaux

Le Moineau domestique, un inconnu familier, est un petit passereau sédentaire par excellence. Les scientifiques ont attendu la deuxième moitié du XXe siècle pour s’intéresser de près à ses mœurs sociales. On ne le rencontre pratiquement qu’au voisinage de l’humain, dont il est très dépendant, en ville comme à la campagne. Hardi, ce petit passereau n’hésite pas à s’approcher des promeneurs qui lui dispensent miettes de pain et brisures de riz, ou même à se servir directement sur les tables du restaurant au Jardin des Plantes. Son association avec notre espèce se perd dans la nuit des temps préhistoriques, quelque part au Moyen-Orient, au moment où sont apparus les premiers villages sédentaires de chasseurs-cueilleurs voici 12 000 ans. Probablement originaire des régions arides du sud-ouest de l’Asie, il est aujourd’hui largement répandu sur la planète, depuis la Norvège jusqu’au sud de l’Argentine.

Description et signes distinctifs

Les mâles, dont le plumage s’orne d’une bavette noire pendant la période nuptiale, ont une calotte grise soulignée de roux vif et de noir, et des joues presque blanches. Ils se distinguent facilement des femelles uniformément brun-gris. Les jeunes de l’année, quant à eux, ressemblent aux femelles, si ce n’est leurs bourrelets jaune paille à la base du bec, leur plus petite taille et leur comportement très quémandeur. Le Moineau domestique porte bien son nom car les individus mâles de son espèce ont une calotte grise entourée de brun, faisant penser à la tonsure d’un moine. Ils ont aussi une gorge noire prolongée d’une bavette noire. Les femelles ont une gorge et bavette grise, comme leur ventre, ce qui leur donne une apparence moins contrastée. Dans la région, le Moineau domestique a un cousin beaucoup plus rare, le Moineau friquet, qui a une tache noire sur la joue. La sienne est complètement grise.

Un comportement social bruyant et querelleur

Bruyant et querelleur à l’occasion, le Moineau domestique possède un répertoire de cris variés en relation avec les diverses circonstances de sa vie agitée, mais seuls quelques rares oiseaux surdoués font entendre des sons mélodieux. Quel plaisir de vivre avec les amis et la famille ! On joue, on crie, on se dispute aussi parfois… c’est la vie ! Contrairement à la majorité des passereaux, ils ne chantent pas vraiment mais ont des cris très variés pour se faire comprendre.

Habitudes alimentaires et nidification

Comme l’être humain, le Moineau domestique est omnivore et opportuniste : il mange principalement des graines, mais aussi des bourgeons, des fruits, des petits animaux. Pas farouche, il profite aussi de l’ami humain qui laisse parfois des miettes de son pique-nique. Il chaparde également quelques grains de maïs et de blé qui sont jetés aux poules dans les poulaillers. En revanche, il hait les chats : ils le chassent pour le manger ou l’offrir à leur maître.

Contrairement à d’autres oiseaux, le Moineau domestique ne migre pas et préfère rester été comme hiver au même endroit, profitant de la chaleur des villes et villages, à proximité des maisons. Les jeunes sont un peu moins casaniers que les adultes, ils vagabondent en groupe d’un village à un autre. Le mâle s’exprime dès le mois de janvier pour marquer son territoire et séduire une femelle, perché en haut d’une maison ou d’un buisson à proximité d’une cavité qu’il a repérée pour installer le nid du couple (entre les tuiles et le mur, trou dans un mur, ancien nid d’hirondelles, etc.). La cavité doit être en hauteur pour éviter qu’un prédateur ne se nourrisse des petits.

Nid de moineau domestique dans une cavité de mur

Dès la mi-février, le devoir parental les appelle : ils construisent un nid en forme de boule constitué d’éléments végétaux et consolidé avec des plumes et du crin. Les nids volumineux et peu soignés, boules de paille et de plumes, sont construits par les deux sexes, assez haut, dans des cavités d’arbres, de murs, de toits, exceptionnellement à découvert sur des branches ou des façades. La femelle pond 2 à 8 œufs et les parents se relaient pour les couver 11 à 14 jours. Une fois que les oisillons sortent de leur coquille, les parents les nourrissent de larves, d’insectes et de petits invertébrés. En grandissant, ils varient leur régime avec de la bouillie de graines que l’on régurgite. Trois nichées annuelles de 4 à 5 poussins ne sont pas rares, mais la forte mortalité des jeunes limite la prolifération.

CYCLE DE VIE DES OISEAUX | Animation

Le déclin des populations de Moineaux domestiques

On pourrait croire que leur vie est facile en profitant de l'espèce humaine qui a fortement peuplé leur région, mais il n’en est rien ! Depuis plus de vingt ans, on observe une importante diminution des populations de Moineaux domestiques dans plusieurs pays européens. Ainsi, en Grande-Bretagne, le nombre d’individus a diminué de près de 62 % entre 1970 et 1999. En France, le Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO) a mis en place un programme de suivi qui a révélé une diminution de près de 16 % des effectifs de moineaux domestiques entre 1989 et 2001. Maladie, pollution directe ou indirecte, urbanisme… Plusieurs raisons sont invoquées, mais aucune explication entièrement satisfaisante n’a encore été trouvée. Cette prolifération n’est d’ailleurs plus d’actualité aujourd’hui.

Plusieurs facteurs sont en cause :

  • Les villes sont plus nettoyées qu’avant, limitant les miettes ou autres restes de nourriture que les moineaux auraient pu manger.
  • Les pratiques agricoles de nos campagnes ont beaucoup changé : la monoculture et l’utilisation des pesticides réduisent leurs proies et diminuent la période pendant laquelle les graines sont disponibles.
  • En isolant les maisons, les façades deviennent lisses.

Le Moineau domestique est un petit passereau qui se fond dans le décor de nos villes et villages, si bien qu’on en oublie parfois sa présence. Et pourtant, ses populations déclinent dans de nombreuses régions. Qu’en est-il sur le territoire des deux parcs naturels belge et français ? Ouvrons l’œil pour signaler sa présence et les nids qu’il occupe ! Pour le savoir, les habitants sont invités à explorer la carte du parc naturel européen (Parc naturel régional Scarpe-Escaut et Parc naturel des plaines de l’Escaut). Si les moineaux sont observés en train de construire un nid en transportant du matériel, si des petits sont entendus ou si les parents se relaient pour couver ou transporter de la nourriture vers un nid, il est important de noter l'observation et de préciser le comportement. Chaque nid observé doit faire l’objet d’une observation distincte. Ces informations sont très utiles aux naturalistes pour connaître l’état de santé des populations.

Agir pour la conservation du Moineau domestique

De nombreux aménagements sont possibles pour agir en faveur du Moineau domestique ou l'aider à revenir :

  • Conserver ou créer un bosquet dense, avec des nichoirs à mi-hauteur et des buissons suffisamment touffus pour les rendre inaccessibles aux chats et autres prédateurs.
  • Laisser des zones non tondues, favorables au développement des plantes herbacées (et donc aux graines dont les moineaux raffolent) et aux insectes, indispensables pour nourrir les jeunes.
  • Planter des arbustes locaux et variés pour qu'ils aient accès à des bourgeons, des fruits et des graines à différentes périodes de l’année, refuge également des chenilles et autres insectes qu'ils mangeront.
  • Avant de vous lancer dans des travaux de rénovation, faites le tour de votre maison ou inspectez les façades de votre immeuble. "Les oiseaux nicheurs affectionnent particulièrement les cavités, les avancées de toit et les volets", explique Clarisse Novel, chargée de communication à la LPO Auvergne-Rhône-Alpes. Les oiseaux s'accouplent au printemps et en été. Si vous repérez des nids, il faut donc attendre l'automne pour faire vos travaux, afin de ne pas les empêcher de se reproduire.
  • Si vous avez un jardin, n'utilisez surtout pas de pesticides ou d'engrais pour l'entretenir : "Ils déciment les insectes dont se nourrissent les oiseaux, qui n'ont plus de garde-manger", rappelle Clarisse Novel.
  • Autres idées pour rendre votre jardin accueillant : limitez la fréquence de la tonte, installez des mangeoires avec des graines de tournesols et privilégiez la plantation d'espèces locales comme le chêne, le châtaignier ou le noisetier.

Le Grimpereau des jardins : un acrobate des troncs

Grimpereau des jardins sur un tronc d'arbre

Les passereaux constituent le plus vaste groupe d’oiseaux : 6 430 espèces sont aujourd’hui connues dans le monde. Ce sont des oiseaux de petite taille, comme le moineau, ou un peu plus gros, comme le corbeau. Parmi eux, on compte le Grimpereau des jardins ou Certhia brachydactyla.

Caractéristiques physiques et camouflage

C’est un petit oiseau qui aime les arbres. Le Grimpereau des jardins mesure environ 12 centimètres de long et ne pèse que 7 grammes. On le remarquera à condition de porter son attention aux mouvements dans le jardin car, côté plumage, il est plutôt discret : ses plumes sont brun roux plus ou moins foncé, composant un ensemble tacheté. Sur le dos et les ailes, la poitrine et le ventre arborent des tonalités beaucoup plus claires. Autant dire que posé sur le tronc d’un arbre, son camouflage est quasiment parfait. En plus, comme ses pattes sont relativement courtes, il donne l'impression d'être plaqué contre le tronc d’arbre sur lequel il est posé. En cas de soleil, il ne faut pas compter sur l’ombre portée pour le repérer. Les doigts de ses pattes forment comme des griffes très efficaces pour se planter dans l’écorce et grimper le long des troncs d'arbres. Sa queue est courte et pointue.

Un comportement de grimpeur unique

On dit que le Grimpereau des jardins est un oiseau arboricole parce qu’il vit dans les arbres. On le trouve de ce fait dans les forêts, mais aussi dans les jardins d'Europe et d'Asie. Étonnamment, cet oiseau peut être confondu avec les souris des bois, à cause de sa forme oblongue. Mais sa façon de grimper le long des troncs d'arbres en suivant une ligne en spirale le rend vraiment unique parmi les oiseaux. Sa queue courte et rigide l’aide pour se déplacer vers le haut, par à-coups.

La Sittelle torchepot est un autre oiseau qui cherche sa nourriture le long des troncs d'arbres. Mais elle se déplace aussi bien vers le haut que vers le bas, alors que le Grimpereau des jardins ne se déplace que de bas en haut. Il ne se tient jamais la tête vers le bas. Une fois arrivé en haut de l‘arbre, il s’en sépare en plongeant dans le vide les ailes collées contre le corps, ne freinant qu’au dernier moment pour ne pas toucher le sol. Il se plaque alors de nouveau contre l’arbre et recommence à grimper. C’est un véritable manège !

Alimentation et habitat

Araignées, papillons, chenilles, fourmis et coléoptères constituent ses menus, selon ce qu’il trouve. Il lui faut des arbres pour vivre. On le trouve donc dans des forêts de feuillus, ainsi que les forêts mixtes et les parcs et jardins d'Europe et d'Asie. Il affectionne davantage les zones où se trouvent des sous-bois denses.

Reproduction et vulnérabilité

Il ne migre quasiment pas. Il se reproduit entre les mois de mars et d’août. Les mâles donnent le signal de départ en commençant à chanter. Il s’agit de se faire remarquer et d’attirer les femelles. Le couple formé construit ensuite le nid, dans la cavité d’un arbre, qui peut être l’ancienne cavité créée par un pic. Il peut également trouver sa place dans la végétation dense, dans la fente d’un mur en bois ou sous un toit. Branchettes, racines, mousse et écorce constituent la base.

Nid de grimpereau des jardins dans une crevasse d'arbre

Le couple a le plus souvent une couvée, parfois deux. À chaque fois, ce sont entre 5 et 7 œufs blancs tachés de roux qui sont pondus. C’est la femelle qui les couve pendant 14 à 15 jours. Les jeunes sont nidicoles. Cela signifie qu’ils naissent sans les équipements leur assurant leur autonomie : pas de plumes et des yeux qui restent fermés quelque temps. Ils ont besoin d’un apport de chaleur pour survivre, de même que le nourrissage par les adultes. Les petits grimpereaux des jardins ne prennent leur envol qu’au bout de 15 jours-3 semaines. Mais la durée au bout de laquelle ils s’émancipent vraiment est mal connue.

Comme de nombreux oiseaux, le Grimpereau des jardins est vulnérable aux chats domestiques. En France, compte tenu du fait que 31 % du territoire métropolitain est couvert de forêts (soit une augmentation de plus de 20 % depuis 1985), le Grimpereau des jardins pourrait se trouver bien chez nous. Pourtant, force est de constater que sa population a diminué dans certaines zones qui s’urbanisent. La conservation de son habitat naturel est donc essentielle pour assurer sa survie à long terme. Ces oiseaux sont très vulnérables aux hivers longs et rigoureux, en particulier lorsqu’une couche de glace recouvre les branches d'arbres : l'accès à la nourriture devient plus compliqué.

CYCLE DE VIE DES OISEAUX | Animation

Les défis communs aux oiseaux urbains et arboricoles

Le Moineau domestique et le Grimpereau des jardins, bien que distincts dans leurs habitats et comportements, partagent des vulnérabilités face aux changements environnementaux et aux activités humaines. Les oiseaux nicheurs, comme le serin cini, le verdier d'Europe ou le martinet, qui aiment se nicher dans le bâti, enchantent le quotidien des habitants à la ville comme à la campagne. Mais ils connaissent un déclin "particulièrement inquiétant" depuis 20 ans, alerte la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

Les menaces générales

Les principales causes de ce déclin sont connues : l'usage des pesticides, l'exploitation forestière, la construction de routes et plus largement l'urbanisation. Ces facteurs affectent directement la disponibilité de la nourriture, la qualité de l'habitat et la sécurité des sites de nidification pour de nombreuses espèces d'oiseaux.

L'impact de la rénovation énergétique

Une nouvelle menace plane désormais sur ces volatiles : la destruction des nids lors des travaux de rénovation énergétique, indispensables pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre ainsi que le montant de nos dépenses pour nous chauffer. Parois lisses, combles isolés… Après les travaux, il y a de fortes chances pour que les oiseaux disposent de beaucoup moins d'endroits où se nicher. Si vous craignez d'être incommodé par leurs déjections, il est possible d'installer des planches sous le nichoir pour protéger les parois. De nombreux oiseaux nichent dans les parois des maisons et des immeubles.

Solutions et participation citoyenne

Pour contrer ce déclin, la participation de tous est essentielle. Des initiatives comme Cap Biodiversité, financé par l’Union européenne, réunissent 79 communes en France et en Belgique autour d’un objectif commun : mieux connaître, aimer et protéger la biodiversité. Dans les vallées de la Scarpe et de l’Escaut, entre forêts, rivières et plaines, des inventaires naturalistes, des sorties nature gratuites et des actions pour préserver les espèces locales sont menés.

Le programme SiRF (Système d'Information sur la Faune sauvage), un outil de connaissance de la faune sauvage sur le Nord et le Pas-de-Calais, invite à la participation des bénévoles, professionnels et partenaires. Avant de réaliser leurs premières observations, les participants peuvent s’inscrire et parcourir le portail de formation. La saisie mobile permet de référencer facilement les observations dans la base de données, tandis que la saisie ordinateur permet de saisir des observations sur des lieux récurrents. Les "Observations des 30 derniers jours" permettent d’accéder à toutes les données récentes, y compris les photos, vidéos et audio. La "Consultation à la commune" est l’interface qui permet d’accéder à des données de synthèse mises à jour quotidiennement. "Mes données" présente un ensemble de cartes et statistiques sur les données personnelles (tous comptes confondus). En cliquant sur un territoire, une part de camembert ou d’histogramme, il est possible de filtrer le reste des fonctionnalités.

SiRF est un outil cartocentré, un type d’outil peu connu par la plupart des utilisateurs, et un écosystème d’applications qui ont toutes leurs spécificités. C’est pourquoi, il est important de se former et d’utiliser SiRF pendant quelques heures avant d’être totalement à l’aise. Une fois le compte créé, il est proposé de se lancer en toute autonomie dans le portail de formation, qui comprend un exercice pour réaliser la première observation en quelques instants. Tous les mois, une formation de niveau 1 est donnée dans les locaux de la Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités (MRES) au 5 Rue Jules de Vicq, 59800 Lille. Il n’est pas nécessaire de réserver, mais les places sont limitées. Échanger avec d’autres "SiRFeurs", organiser des sorties communes, partager des connaissances naturalistes et faire progresser ensemble la connaissance de la faune sauvage régionale est fortement encouragé. Une plateforme d’assistance a également été créée pour soutenir les utilisateurs.

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