Guide complet : Santé du lierre, gestion des taches bactériennes et lutte contre les ravageurs du sol

Le lierre (Hedera), plante grimpante robuste et omniprésente, cache sous son feuillage dense un écosystème complexe grouillant de vie. Si cette plante ornementale est appréciée pour sa capacité à recouvrir des murs ou à égayer nos intérieurs, elle est aussi sujette à des désagréments spécifiques, tant bactériens que parasitaires. Ce guide propose une analyse approfondie pour identifier, prévenir et traiter les problèmes les plus courants affectant le lierre.

Lierre commun en bonne santé dans un environnement extérieur

Les enjeux de la tache bactérienne sur le lierre

Les vieilles feuilles d’un lierre montrent parfois de petites taches circulaires à irrégulières vert foncé à noires d’aspect humide, entourées d’un halo vert pâle. Les tests de laboratoire ont révélé la présence de la bactérie Xanthomonas sp. Chez le lierre, la tache bactérienne est causée par X. hortorum pv. hederae.

Compréhension du pathogène

Toutes les plantes ornementales peuvent être affectées par la tache bactérienne causée par les genres Xanthomonas, Pseudomonas ou Acidovorax. Chez les plantes ornementales, les Xanthomonas sont décrits sous trois groupes soit Xanthomonas sp., X. axonopodis ou X. hortorum. Xanthomonas campestris est dorénavant réservé aux crucifères. Cette bactérie produit également des chancres sur la tige. En plus du lierre, la majorité des plantes de la famille des araliacées sont affectées (aralia du Japon, faux aralia, schefflera, etc.). Par contre, les symptômes foliaires sont différents et spécifiques à la plante.

Symptômes et propagation

La bactérie hiverne dans les résidus de culture contaminée et dans le sol. Sur les feuilles, les bactéries pénètrent par les hydatodes, les stomates et les blessures. Chez le lierre, l’infection requiert une température fraîche et humide. La maladie se dissémine rapidement au contact de l’eau (éclaboussures, pluie, irrigation par aspersion, humidité relative élevée > 90 %) et les travailleurs.

  • Feuille : les premières taches sont vert pâle et d’aspect humide, avec ou sans halo jaune. En vieillissant, elles deviennent brunes à noires avec une marge rougeâtre et ont toujours un aspect humide. Les taches peuvent être circulaires à angulaires, car le mouvement de la bactérie est limité par les nervures des feuilles. Les taches sont souvent entourées d’un large halo jaune visible sur les deux faces de la feuille. Les taches se regroupent et forment de larges plages d’aspect brûlé. Lors d’une alternance de périodes sèches et humides, le centre des taches devient sec et fend. Généralement, les feuilles basales sont infectées en premier.
  • Tige : l’infection du pétiole atteint la tige et cause le développement d’une pourriture brun foncé à noire qui atteint rapidement le système vasculaire. Les nouvelles pousses sont les plus sensibles. Des chancres encerclent parfois la tige. Les parties aériennes situées au-dessus des zones infectées flétrissent puis meurent.

Stratégies de gestion et prévention

Chez le lierre, la tache bactérienne à Xanthomonas peut être confondue avec des taches foliaires causées par d'autres bactéries (Pseudomonas spp., Acidovorax spp.) ou l’anthracnose (Colletotrichum spp.).

Pour limiter les risques, il faut utiliser du matériel végétal sain (semences, boutures, transplants) et des cultivars résistants (cvs 'California', 'Eva', 'Gold Dust', 'Manda Crested', 'Perfection' et 'Sweet Heart'). Avoir une bonne gestion de l’irrigation par aspersion ou utiliser une irrigation goutte à goutte et de bonnes mesures d’hygiène lors de la manipulation des plants (laver mains et outils). Assurer une bonne aération entre les plants, éviter les blessures et éliminer les feuilles affectées, les plantes malades et les débris de culture. Une fertilisation plus riche que celle recommandée permettrait de diminuer la tache bactérienne causée par X. hortorum pv.

Schéma de propagation des bactéries via les gouttelettes d'eau

Les "mouches noires" : identification des sciarides

Aïe, ces petites mouches irritantes dans la maison ! Elles ressemblent un peu à des moucherons de cuisine, mais elles sont légèrement plus petites. On les appelle des mouches de terreau, mais aussi parfois des sciarides, moucherons de plantes ou tout simplement "ces petites bébêtes énervantes" ! Elles se font remarquer surtout en volant autour de vos plantes et au-dessus du terreau dès que l’on s’approche d’une plante en pot.

Cycle de vie et risques

Les petites mouches dans la maison sont inoffensives et ne vivent que quelques jours, mais elles pondent jusqu’à 300 œufs dans le terreau humide des plantes d’intérieur. La larve est un très petit asticot translucide ou blanchâtre avec une tête noire et vit dans la couche supérieure du terreau. Elle consomme la matière organique présente dans le terreau et le décompose, en l’enrichissant. Elle est donc généralement un peu bénéfique pour nos plantes. Par contre, parfois elle croque sur les pointes des racines.

Les larves qui en éclosent se nourrissent des racines, perturbant la croissance des plantes, surtout les jeunes. En cas d'infestation, elles peuvent causer des dégâts importants. De plus, les blessures aux racines créées par les larves favorisent l'entrée de bactéries et de champignons nuisibles.

Pourquoi infestent-elles nos plantes ?

Comme elles sont courantes en plein air, elles entrent à l’automne par une moustiquaire ou une porte ouverte et s’installent dans le terreau de nos plantes. Ou arrivent sur des plantes d’intérieur achetées ou dans des terreaux contaminés. Le terreau est un produit naturel et doit pouvoir respirer après la mise en sac. Pour cette raison, les sacs ont des perforations, qui certes sont minuscules, mais suffisamment grandes pour permettre aux petites mouches de terreau de se faufiler.

Méthodes de lutte biologique

Le traitement le plus efficace est l'utilisation de nématodes Steinernema feltiae ! Ce sont de minuscules vers microscopiques qui se présentent sous forme de poudre ou de gel. Il suffit de les mélanger à l'eau que vous donnez à vos plantes. Les nématodes parasitent les larves des petites mouches et les tuent assez rapidement. Vous pouvez utiliser les pièges collants jaunes Fixsum en même temps pour renforcer l'efficacité des nématodes.

Utiliser des nématodes au potager

L'Otiorhynque : le charançon nocturne redoutable

Le principal coupable des dégâts foliaires observés sur le lierre est un coléoptère nocturne : l'otiorhynque, plus spécifiquement Otiorhynchus sulcatus. Votre lierre présente des feuilles poinçonnées ou flétrit sans raison ? Le coupable est discret. L’adulte est un charançon noir mat d’environ 1 cm.

Dégâts foliaires et racinaires

C'est durant la nuit que l'adulte s'attaque au pourtour du limbe des feuilles, découpant des encoches régulières qui donnent à la feuille un aspect de dentelle caractéristique. Ces échancrures semi-circulaires sont un signe avant-coureur d'une infestation.

Cependant, ne vous y trompez pas : si l’adulte abîme le feuillage, c’est sa larve, dissimulée dans le substrat, qui représente le véritable danger. La larve de l’otiorhynque est le stade le plus destructeur. Elle vit exclusivement sous terre, dans le terreau des pots ou en pleine terre, et dévore les radicelles, les petites racines qui nourrissent la plante. Cela cause un flétrissement soudain, un jaunissement du feuillage, un retard de croissance, voire la mort complète de la plante, qui semble sécher sur pied sans raison apparente.

Stratégies de lutte contre l'otiorhynque

La lutte biologique s’impose aujourd’hui comme la solution la plus efficace et respectueuse de l’environnement. Elle repose sur l’introduction de nématodes entomopathogènes (Heterorhabditis bacteriophora pour les larves, Steinernema carpocapsae pour les adultes).

  • Application : Les nématodes s’appliquent par simple arrosage sur un sol humide et dont la température est supérieure à 12-14°C. Les meilleures périodes sont le printemps (avril-mai) et la fin de l’été (août-septembre).
  • Barrières physiques : Exploitant le phototropisme négatif de l’insecte, vous pouvez disposer des planches de bois ou du carton ondulé enroulé à même le sol, près du collet de vos plantes. Il suffit ensuite de les relever en matinée pour récolter manuellement les individus.

Encoches caractéristiques en forme de demi-lune sur une feuille de lierre

Les Collemboles : petits auxiliaires du sol

Au-delà des visiteurs qui s'attaquent directement au feuillage, un autre petit être peut surprendre le jardinier : un petit être blanchâtre ou gris qui s'élance vers le haut à partir du terreau pour y retomber aussitôt. Il s'agit d'un collembole.

Sans ailes et presque aveugle, il est l'un des êtres vivants les plus nombreux de la planète. L'attrait le plus remarquable du collembole est sa capacité à sauter quand il est dérangé, grâce à la furca, un appendice replié sous son abdomen. Le collembole est essentiellement un détritivore et mycophage : il consomme des déchets, des champignons, des algues, etc., aidant ainsi à la décomposition de la matière organique et libérant des minéraux. Bien que leur présence puisse surprendre, les collemboles sont généralement bénéfiques pour les plantes d’intérieur. Si leur vision vous dérange, il suffit de laisser sécher un peu vos plantes et ils disparaîtront.

Autres ravageurs associés au lierre

Le lierre peut également servir de refuge ou de plante nourricière à d'autres espèces, bien que moins fréquemment problématiques :

  • Bryobia kissophila : Acarien spécifique du lierre causant le jaunissement des feuilles.
  • Pucerons : Peuvent s'installer si la plante est affaiblie, provoquant des déformations foliaires.
  • Cochenilles (Lecanium hesperidum) : Pompent la sève et affaiblissent le feuillage.
  • Noctuelles et Géomètres : Divers papillons dont les larves peuvent consommer le feuillage à certaines périodes de l'année.

La gestion intégrée, passant par une observation rigoureuse, le maintien d'une hygiène culturale stricte et l'usage ciblé d'auxiliaires comme les nématodes, demeure la clé pour conserver un lierre vigoureux et sain sur le long terme. Ne faites jamais entrer une nouvelle plante sans un examen minutieux. C’est l’unique méthode fiable pour ne pas introduire le loup dans la bergerie.

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