L'Art du Bois Raméal Fragmenté (BRF) sans broyeur : Une approche manuelle et écologique

Le jardinage conscient et respectueux de l'environnement pousse de nombreux jardiniers à s'interroger sur la gestion de leurs déchets verts. Utiliser du broyat de bois comme paillage, voire du BRF, devient monnaie courante dans les jardins. Il est vrai que ce matériau est particulièrement bénéfique pour le sol, et qu’il permet de recycler le bois issu des diverses tailles réalisées au jardin. Cependant, l'acquisition d'un broyeur électrique ou thermique représente un investissement et une consommation énergétique que certains souhaitent éviter. La question se pose alors : comment produire du BRF de qualité en se passant de machine, en misant uniquement sur l'organisation et l'huile de coude ?

Illustration d'un jardinier utilisant des outils manuels pour préparer du BRF

Comprendre le BRF et ses enjeux biologiques

L’acronyme BRF vient de bois raméal fragmenté. Bois fragmenté est synonyme de bois broyé, c’est le mot raméal qui est important : il s’agit de bois provenant de rameaux, c’est-à-dire de branches. Celles-ci sont vivantes, fraîchement coupées, de faible diamètre, et principalement issues de feuillus. Il est essentiel de distinguer le broyat du BRF. Le broyat est composé de tout type de bois, vieux ou jeune, feuillus ou résineux, branches mortes ou vivantes. En résumé, le BRF est un broyat, mais tous les broyats ne sont pas du BRF. La différence vient du fait que les bois raméaux sont très riches en nutriments et qu’ils sont encore mal lignifiés.

Le bois est composé pour une part de cellulose et pour l’autre part de lignine, en proportions variables selon l’essence et selon l’âge. La cellulose est souple, constituée de glucose, elle est facile à décomposer et à digérer. La lignine, elle, est constituée de “tanins”, c’est l’élément durcisseur qui donne au bois sa solidité. Elle est difficile à décomposer, d’ailleurs seuls les champignons (les basidiomycètes du sol, ce que l’on appelle souvent “la pourriture blanche”) sont capables de la décomposer.

Le résultat d’une couverture de broyat est spectaculaire : il constitue un hôtel-restaurant grand luxe pour nombre d’organismes vivants. Cette faune du sol (la pédofaune) va considérablement modifier le sol, qui va être constamment brassé et aéré par des quantités de travailleurs. Résultat : un sol décompacté, meuble, dans lequel air et eau vont circuler facilement. Grâce à tout ce petit monde et au broyat de bois, va se former un humus stable, et donc un sol fertile, riche en nutriments directement assimilables par les plantes que vous y cultivez.

La méthode manuelle : Organisation et technique de coupe

Pour ceux qui souhaitent éviter le pétrole ou l'électricité, la méthode manuelle demande une certaine rigueur. Si vous n'avez pas de broyeur, commencez par vous renseigner dans les déchetteries de votre coin. Quelquefois, certaines déchetteries prêtent des broyeurs. Vois aussi avec la mairie ou les employés municipaux chargés des espaces verts et demande-leur ce qu'ils font de la taille des arbres.

Si vous choisissez la voie manuelle, le bouleau convient bien pour cette utilisation. Par expérience, certaines essences (comme le charme) se révèlent désagréables car la machette aura tendance à se planter dedans, ce qui entraînera un effort supplémentaire pour la dégager. La technique repose sur l'utilisation d'un billot. On coupe éventuellement l'extrémité supérieure du tronc afin d'obtenir un billot adapté à la taille de l'opérateur. On coupe ses branchages avec la machette en se servant du tronc comme d'un billot en commençant la taille par le bout le plus épais.

La difficulté « intellectuelle » est de réussir à débiter la branche en fonction de son diamètre : plus le diamètre est important, moins il faut prendre de longueur. Il faut réussir à coordonner sa main gauche qui fait avancer la branche sur le billot (qui doit avancer de plus en plus vite) et la main droite qui tient la machette et qui lui donne un mouvement régulier. Pour un diamètre 3 - 4 cm, comptez 3 - 4 cm de longueur ; pour un diamètre 0,5 - 1 cm, comptez 8 - 10 cm de longueur. Pour le reste, lâchez, ça va tomber tout seul. On observe également une meilleure efficacité du tranchant de la machette lorsqu'on coupe les branches en biais (et pas perpendiculairement), donc moins de fatigue.

UTILISER UN CHALUMEAU POUR DECOUPER RAPIDE ET FACILE

Optimisation du processus sans machine

Pour accélérer le rendement, on va regrouper les petites branches en un petit fagot dans sa main et les couper, ou mieux, on les jette sur un tas à part que l'on réduira avec le taille-haie. Lorsqu'on a tout débité ou que c'est vraiment trop problématique pour circuler, on sort le taille-haie et la tondeuse à gazon. On va commencer par débiter grossièrement les petites branches qu'on a mises en tas au taille-haie. On regroupe les petites branches qu'on vient de débiter avec l'espèce de BRF qu'on a fait à la machette. On en fait une petite butte (andain) d'une largeur inférieure à l'écartement des roues de la tondeuse sur une hauteur maximum de 10 cm.

On règle la hauteur de la tondeuse (l'avant au maxi en haut et l'arrière au maxi en bas - genre chopper) et on y va : on tond le BRF. À ce moment, c'est mieux d'être deux : un qui pilote la tondeuse, l'autre qui reforme l'andain une fois que la tondeuse est passée. Contentez-vous de remplir votre bac de ramassage à la moitié de sa contenance avant de le vider sinon vous allez forcer inutilement pour le porter et vous risquez d’abîmer votre bac de ramassage. Suivant la finesse du BRF désiré, vous pouvez le broyer 1, 2 voire 3 fois à la tondeuse.

Il existe d'autres astuces. Une fois séchées, les tontes de gazon forment un paillasson. Pour la matière sèche à incorporer au compost, j'utilise les feuilles mortes, les boîtes à œufs en carton (en enlevant le papier imprimé) que je déchire en petits morceaux. En résumé, j'ai deux tas : le compost et le tas taille de haie + tondeuse à gazon. Si ce n'est pas suffisamment décomposé au bout d'un an, je laisse faire le temps un an de plus.

Précautions et santé au jardin

Il est crucial de garder à l'esprit quelques règles de sécurité. Une machette bien affûtée, c'est beaucoup de confort en plus et beaucoup moins de sueur. Inutile d’affûter la lame de la tondeuse avant (on veut casser, broyer), par contre il vaut mieux l’affûter après pour retrouver un bon tranchant pour la tonte de l'herbe qui suivra. Portez toujours gants et lunettes de protection. Ne pas s'acharner trop longtemps sur cette activité (risque de tendinite du bras qui manie la machette). Limitez-vous à 30 minutes par jour au début.

Concernant la gestion du sol, sachez que certains ravageurs appréciaient tout particulièrement ce paillis chaud et humide. Vous veillerez alors à ne pas mettre cette couche épaisse de BRF trop près du tronc des arbres, arbustes, et plus généralement des collets des végétaux afin de permettre leur respiration. Pour les arbres notamment, vous pourrez laisser un espace d’environ 30 cm entre le tronc et votre paillage.

Enfin, soyez attentifs aux périodes de nidification. Lorsque vous taillez vos arbres ou haies, ayez toujours en tête les périodes de taille plus favorables aux oiseaux pour éviter de les perturber : jamais entre mars et fin août.

Schéma explicatif de la zone de sécurité autour du tronc pour le paillage

La question de la faim d'azote

C’est un des principaux inconvénients du paillis de BRF même si la faim d’azote sera moindre qu’avec des copeaux de bois secs. Cette faim d’azote a lieu en surface du sol, en début de dégradation, car les bactéries et micro-organismes qui décomposent la matière organique carbonée prélèvent l’azote présent en surface du sol pour l’utiliser comme « carburant ». L’azote prélevé n’est donc plus disponible en surface pour les jeunes plantes cultivées qui peuvent montrer des signes de carences.

Cependant, pas d’affolement outre mesure avec la faim d’azote, car elle ne se produit qu’en surface, cela ne dérangera donc pas les plantes vivaces déjà bien installées. Pour anticiper le problème de la faim d’azote due au BRF, on peut introduire un apport azoté au BRF avant le broyage à la tondeuse (crottin de cheval, fumier de bovin, tonte d'herbe). En automne, beaucoup d’azote est présent dans le sol. Il est alors judicieux de mettre beaucoup de broyat sur et dans le sol, cela va mobiliser cet azote qui ne sera donc pas perdu.

Si vous utilisez en même temps d’autres méthodes de fertilisation, vous pouvez apporter du broyat en amendement même en fin d’hiver. Par exemple, vous pouvez le mettre en place au pied d’engrais verts ou de cultures de pois et autres légumineuses. Il est conseillé d’avoir réalisé un semis de légumineuses pour assurer par la suite la présence d’azote.

Pourquoi le BRF ne convient pas à tous les lieux

J'ai rencontré quelques personnes qui étaient très déçues du BRF. Il semblerait qu'il ne soit pas adapté à tous les lieux. Donc, avant d'avoir des ampoules aux mains à faire ton broyat manuel, pose-toi la question de savoir si c'est vraiment ce dont tu as besoin. Cette petite réflexion te permettra peut-être d'entrevoir des problèmes à venir qui ne t'étaient pas apparus.

Le résultat, si on essaie de faire à la main, ne sera jamais pareil au broyage fin d'une machine… la décomposition se fait ensuite assez différemment. Si on fait des brindilles à la main, elles sont encombrantes longtemps par la suite. Certains jardiniers préfèrent, en ce qui me concerne, se faire plaisir à acheter une plante que de la matière sèche et morte. Néanmoins, il faut préciser que même un broyeur de végétaux pas cher restera le moyen le plus efficace et sûr. Pour une somme entre 100€ et 130€, vous trouverez sur le marché des petits broyeurs électriques peu encombrants et très pratiques pour réduire vos déchets verts.

Le sol forestier est considéré comme le meilleur des sols, stable et fertile. Composé d’humus fabriqué lentement par la matière qui tombe au sol et les organismes qui travaillent à la décomposer, il paraît assez simple de le reproduire tout simplement en recouvrant le sol du jardin de bois, broyé pour plus d’efficacité. C'est avec l'action et l'expérience qu'on en tire qu'on devient forgeron.

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