La tomate est souvent considérée comme la reine des légumes. Chaque jardinier ou presque qui fait du potager en cultive quelques pieds au cours de l’été. Seulement cette culture est gourmande en eau. Alors le paillage apparaît, surtout en été, comme un indispensable dans la plupart des régions. Les bonnes pratiques amènent souvent à d’abondantes récoltes !

L’importance du paillage : une protection essentielle pour le sol
Dans un potager, on s’efforce souvent d’enlever toutes les adventices dont la présence n’est pas souhaitée. Résultat : on se retrouve avec un sol à nu. Le paillage offre alors comme une occultation totale qui empêche la repousse des adventices. Pour le premier, les bâches et toiles tissées font office d’occultation totale du sol. En revanche, un paillage organique permet de jouer son rôle de désherbant, tout en enrichissant le sol.
Le paillage, c’est avant tout une véritable protection pour le sol. Plus ce dernier est bichonné, plus les légumes seront productifs. Tout d’abord, le paillage permet de limiter l’érosion. Sur un sol à nu, la pluie vient emporter le sol et les nutriments, en particulier sur les terrains pentus. Les grosses pluies peuvent aussi venir tasser le sol lorsqu’il est à nu. On parle alors de croûte de battance. Un exemple extrême : des grosses crevasses peuvent se former. Même avec un paillage, une croûte peut se former en surface.
Le paillage permet aussi de maintenir une humidité aux pieds des tomates qui leur sera indispensable pour leur croissance. Enfin le paillage intervient comme une couverture thermique pour le sol. Enfin, le paillage lutte indirectement contre le mildiou : il évite les projections de terre sur les feuilles lorsqu’il pleut. Que ce soit la pluie ou l’arrosage, le paillage évite les projections de terre sur les tomates, ce qui limite la dispersion des spores de mildiou. L’effet est peut-être anecdotique, mais il méritait d’être cité !
Comprendre les besoins de la tomate
La tomate fait partie des solanacées. Elle est exigeante : elle puise de nombreux minéraux pour se développer et nécessite une certaine quantité d’eau pour produire correctement (4 à 6 litres d’eau par m² et par jour). On a tendance à penser que c’est un légume de plein été qui nécessite chaleur et soleil. Mais en vérité, la tomate n’apprécie guère lorsque le mercure dépasse les 28/30°C.
On voit bien la différence à gauche, le sol (paillé) est encore humide, tandis qu’autour du plant (non paillé) le sol est bien sec en surface. Sous 20 cm de paillage, si le sol est régulièrement arrosé, il préserve les pieds d’un sol trop sec. Idem en se décomposant, le paillage dégage des éléments nécessaires à la croissance des plantes. L’azote est l’un des éléments indispensables à la croissance des végétaux. On le retrouve naturellement présent dans l’air. Mais il n’est pas assimilable pour la plupart des plantes. Les décomposeurs du sol mangent et digèrent ces matières pour les rendre biodisponibles aux végétaux. Les paillages azotés à décomposition rapide permettent donc de faire un apport nutritif aux tomates en fin de culture.
Choisir le bon matériau : paillages organiques vs synthétiques
Les paillages carbonés sont beaucoup plus durables dans le temps. On retrouve par exemple la paille, le broyat de bois, ou, dans une moindre mesure, le foin. Les minéraux et oligo-éléments présents dans ces matières sèches prennent plus de temps à être libérés. Néanmoins, au fur et à mesure des années et de la décomposition, ces paillages se transforment en substrat riche pour nos tomates et autres cultures.

Les apports en azote : la tonte de gazon
Poussons un peu la discussion sur la tonte de gazon. Elle offre un apport très intéressant pour nos tomates. Riche en azote, elle permet un bon développement aérien des tomates, limite l’évaporation et surtout est disponible en quantité et gratuitement. En revanche, il faudra prendre garde à ne pas en mettre trop d’un coup. On préconise 5 à 7 cm d’épaisseur maximum d’un coup sans quoi l’herbe à tendance à fermenter.
L’utilisation des bâches
Nous parlons ici du fait de pailler ses tomates avec des bâches. Les bâches jouent très bien le rôle d’occultation que fait le paillage. Elles permettent de se débarrasser quasiment toute la saison des corvées de désherbage. Un vrai plaisir pour le jardinier. En revanche, une fois installées, il est compliqué de venir amender son sol en dessous. Par exemple, certaines variétés de tomates comme la ‘Roma’ se comportent très bien avec ce type de paillage.
Stratégies de fertilisation et gestion du sol
Selon la richesse de votre sol, il pourra donc être judicieux de faire un apport d’un mix de paillage. Si vous faites peu de rotation de culture par manque de place, votre sol va inévitablement finir par s’épuiser. « Je suis parti du constat que je n’avais pas le choix de mettre mes tomates absolument tous les ans au même endroit. Mais partant du principe que j’allais épuiser mon sol déjà pauvre à la base, j’ai décidé de créer une petite « butte de carbone » pérenne au milieu de la zone. Cela pour enrichir mon sol et augmenter fortement son taux de matière organique dans les années à venir. Sur cette zone « tomate », j’apporte autour de 10 kilos de matière au mètre carré par an (soit 100T/hectare, c’est énorme !). Ces 10 kilos sont composés des restes de tomates, de déchets de cuisine, mais surtout de broyats divers, de paille, de feuilles mortes, de foin, de tonte : c’est un véritable tas de compost que je forme en hiver au milieu de mon double rang de tomates. Quand je regarde en dessous, c’est rempli de champignons et d’insectes en tout genre. Je m’inspire du jardin de ma mère qui a procédé de la sorte pendant une vingtaine d’années avec des apports importants de composts maison dans sa serre. En fin de saison, j’étale un peu le tas. Je passe un coup de grelinette pour incorporer tout ça et je recommence. Je finis toujours par recouvrir avec 10 cm de paillage « propre », du foin par exemple. En plein été sur le sommet de la butte, c’est sec mais on discerne le mycélium. »
Techniques d'arrosage sous paillage
Pour arroser ses tomates sous un paillage, il faut d’abord gorger le paillage d’eau. Sinon votre arrosage va juste imbiber le paillage d’eau sans même humidifier le sol. Si vous avez un arrosage automatique, privilégiez un goutte-à-goutte sous le paillage ou bien des goûteurs avec des aiguilles pour arroser directement le pied. Ces petites aiguilles d’irrigation sont très pratiques : on en met une par pied, et il n’y a plus qu’à arroser localement ! Pour arroser au tuyau ou à l’arrosoir, vous pouvez mettre une couche plus fine de paillage sur les 10 cm autour du pied de tomate. Ou encore enterrer une bouteille au pied du plant pour arroser directement le sol et non le paillage. Cette technique permet en plus d’arroser plus en profondeur : l’évaporation sera donc moindre et les racines plongeront plus profondément.
Comment installer un arrosage goutte à goutte ?
Diversité des matériaux et approvisionnement
Au-delà de tous ces paillages que l’on peut se fournir facilement, il est aussi possible d’en acheter. Certains résidus de culture sont intéressants pour nous autres jardiniers dans une logique de travailler sur sol vivant. On retrouve par exemple le paillis de lin. Il est très efficace pour protéger les tomates des variations de température du sol et allège la terre. On retrouve aussi les coques de fèves de cacao, celle de coco et les cosses de sarrasin. Tous ces paillages peuvent tout de même convenir pour la culture de la tomate.
Dans une logique de produire ses tomates, cela peut sembler un peu à contre-courant d’utiliser des matériaux qui ont parfois fait plusieurs milliers de kilomètres. C’est par exemple le cas des coques de coco. Elles sont un déchet de l’industrie alimentaire mais devront être importées à l’autre bout du monde avant de finir dans votre jardin. Cela dit, même sans vous, elles auraient été importées. Alors autant valoriser ce déchet. Le recours à ces paillages peut donc être fait pour ceux qui n’en n’ont pas sous la main et qui ont de petites surfaces (en raison du coût) : en ville il est parfois difficile de trouver de la matière organique.
Méthodologie pour une installation réussie
Le meilleur paillage pour les tomates est une couche de tonte et du broyat (ou autre paillage carboné). Comme nous avons pu le voir dans cet article, le paillage apparaît comme un indispensable de la culture de la tomate. Ce que l’on recherche, c’est un paillage qui protège le sol des intempéries, qui conserve l’eau et qui enrichit le sol de nos cultures. La plupart des paillages organiques font le travail pour ces trois critères.
- Commencez par une couche de tonte de quelques centimètres pour nourrir les plants en seconde partie de saison (et éviter une faim d’azote si vous paillez au printemps avec du broyat ou de la paille).
- Puis, ajoutez une bonne couche de paillage plus carboné pour protéger le sol de l’évaporation. Cela va garder l’humidité et surtout améliorer le taux de matière organique à moyen terme.
En vérité, le meilleur paillage pour vos tomates sera aussi celui que vous avez autour de chez vous. Si vous avez la possibilité de récupérer du foin ou de la paille auprès d’agriculteurs proche de votre potager, vous avez de la chance. La plupart des jardiniers peuvent tout de même bénéficier de tonte, de feuilles mortes et de résidus de taille en quantité, alors utilisez-les ! Encore une fois, c’est selon les contextes et les besoins de chacun. Mais si c’est possible pour vous, essayez de pailler les pieds de vos tomates.

Paillage et biodiversité : les alliés du jardinier
En paillant vos planches de culture, même avec des bâches, vous offrez un refuge pour bon nombre d’espèces. Les gastéropodes notamment sont bien à l’abri sous le paillage et ressortent la nuit pour boulotter vos jeunes plantules. Au printemps, lorsque la météo leur est particulièrement favorable, dans un contexte de pression élevé des escargots, on pourra attendre un peu pour pailler. On le fera fin mai ou en juin lorsque les chaleurs seront plus élevées et moins favorables aux gastéropodes. D’autant plus que l’on va attendre que le sol se réchauffe vraiment. Idem si vous avez des problèmes de rongeurs, sous le paillage ils sont actifs et à l’abri des prédateurs. Nous n’avons pas trop ce souci ici, mais dans ce cas de figure, il faut mettre des mesures en place pour limiter la prolifération de ces derniers. Cela dit en principe les rongeurs ne s’attaquent pas trop aux plants de tomates, ils préfèrent les légumes racines.
Alternatives innovantes : le couvert végétal permanent
Voici une nouvelle approche peu traditionnelle du maraîchage : celle de la culture sur couvert végétal, je m’explique. Il suffit de venir implanter un couvert végétal, pas trop concurrentiel pour la culture que vous souhaitez implanter et d’installer vos cultures sur ce “paillage” vivant. Le trèfle est par exemple très utilisé dans les expérimentations des serres de Marcel. Ils ont pour le moment des résultats très intéressants dans leurs serres à tomates. D’autres expériences sont menées, notamment avec de la menthe. Le couvert permanent est une technique encore à l’essai mais qui semble être prometteuse. Pour gérer l’enherbement sur une culture, si l’on n’a pas recours au paillage, le jardinier doit intervenir. Du printemps à l’automne, la végétation pousse vite et si vous laissez un sol à nu, il ne lui faudra pas longtemps pour être colonisé par bon nombre d’adventices. Ces dernières concurrençant la culture en place, il va falloir désherber. Attention lors de cette action à travailler le sol très superficiellement. En effet, une partie du réseau racinaire de la tomate est en surface et vous risquez de l’abîmer à chaque désherbage. Néanmoins, cette méthode de culture, bien que s’éloignant un peu des principes de permaculture, reste efficace. Une majorité des jardiniers cultivent leurs tomates sur sol nu et ont de bons résultats. Avis aux jardiniers qui n’ont pas la chance d’avoir du paillage en quantité ! Vous pouvez aussi vous contenter de laisser les adventices pousser, et les hacher au fur et à mesure de leur croissance pour limiter leur croissance.