La multiplication des rosiers : guide complet du bouturage

Le rosier est sans doute l’un des végétaux les plus emblématiques des jardins français. Que ce soit pour créer de nouvelles plantations à moindre coût, multiplier une variété précieuse ou transmettre une rose de famille, le bouturage du rosier est une méthode naturelle, simple et accessible même aux débutants. Bouturer un rosier permet d’obtenir un nouveau pied à partir d’un morceau de tige. Contrairement au semis, qui donne un individu génétiquement différent, la bouture reproduit à l’identique la variété choisie, y compris sa floraison, sa couleur et sa résistance.

jardin fleuri avec divers rosiers grimpants et arbustifs

Comprendre la période idéale pour bouturer

Quelle période pour faire des boutures de rosiers ? Les boutures de rosiers s’effectuent à partir du mois de septembre, jusqu’en octobre ou novembre. À la fin de l’été, les tiges ont cessé de pousser mais possèdent encore des feuilles. Les pousses de l’année doivent être en effet aoûtées : leur couleur passe du vert au marron et le bois a durci. Il est également possible de bouturer au printemps, directement en pleine terre. En mai-juin, prélevez des boutures en coupant des tronçons de tige d'environ 20 cm de long. Notez qu’il faut prélever sur les tiges de l’année précédente, ce qui suppose que vous n’avez pas réalisé de taille automnale.

Matériel et outils nécessaires

Pour réussir vos boutures, il est essentiel de bien s'équiper. Vous aurez besoin de :

  • Quelques pots en terre cuite ;
  • Un sécateur parfaitement affûté ;
  • Un terreau horticole de qualité à mélanger à de la terre et du sable ;
  • Des étiquettes pour annoter les variétés bouturées ;
  • De l’hormone de bouturage (facultatif).

Si vous n'avez pas d'hormones de synthèse, sachez que le bouturage de rosier peut se pratiquer sans. Certains jardiniers utilisent des alternatives naturelles comme l’infusion de saule, riche en acide salicylique, l’eau de cuisson des lentilles, ou encore le miel pur, qui possède des propriétés antibactériennes.

Préparation technique des boutures

Il est possible de bouturer les rosiers de différentes manières, mais la préparation de la tige reste la même. Dans tous les cas, il faut commencer par couper des branches ayant fleuri, bien droites, sans maladies et mesurant au moins 30 cm de longueur. Pour préparer les boutures, on ne va garder qu’une zone de 15 à 20 cm environ située vers le centre de la branche. Recoupez le bas en biais, juste au-dessous d’un nœud (œil) portant des feuilles. Comptez ensuite 4 nœuds vers le haut et retaillez votre bouture de la même manière, cette fois au-dessus du 4e nœud. Vous avez donc supprimé le bas et l’extrémité de la branche prélevée.

Retirez ensuite toutes les feuilles de la base afin de ne conserver que la feuille située à l’extrémité de la bouture. Vous pouvez également enlever toutes les épines du bas : au contact de la terre douce et humide, de nouvelles racines apparaîtront ainsi au niveau de ces plaies. Laissez tremper vos boutures une dizaine de minutes dans l’eau afin de bien les réhydrater.

Bouturer un rosier pour débutants, les règles de base.

Bouturage en pleine terre

Plantez les boutures que vous venez de préparer dans la terre ou du sable. Groupez-les tous les 4 à 5 cm. Choisissez un endroit à l’abri du soleil, de préférence sous un châssis vitré. Enterrez votre bouture afin que seuls les 2 derniers yeux sortent du sol. Pendant l’hiver, un bourrelet va se former à la base de la bouture. Il contiendra les réserves utiles à la reprise. Dès le mois de mars, au moment de l’apparition des premières pousses vertes, repiquez les boutures de rosier faites en pleine terre dans un emplacement provisoire servant de pépinière.

Techniques de culture en pot et sous abri

Comparé à la technique précédente, la bouture du rosier en pot permet de limiter le nombre de rempotages ou de transplantations mais les boutures sont aussi plus sensibles au manque d’eau. Remplissez des pots en terre cuite d’un mélange de bonne terre de jardin et de sable. Évitez de trop le tasser : les nouvelles racines pourront ainsi se développer plus facilement. Vous pouvez mettre jusqu’à 2 à 3 boutures dans un pot de 13 cm de diamètre.

Faites un avant-trou à l’aide d’un crayon. Avant d’enfoncer la bouture dans son trou, recouvrez la base avec de l’hormone de bouturage afin de favoriser une reprise rapide. Enfoncez ensuite profondément mais délicatement les boutures. Ramenez le mélange de terre et de sable contre et tassez ensuite légèrement avec vos doigts. Enfin, arrosez généreusement pour bien humidifier : les boutures ne devront pas sécher. Gardez les pots à l’abri du soleil, au pied d’un mur à l’ombre par exemple. Les premières semaines, vous pouvez couvrir vos pots avec une grande cloche afin de créer une ambiance chaude et humide favorable à l’enracinement.

schéma illustrant la coupe en biais sous un nœud pour une bouture

Méthodes alternatives : bouteilles et pommes de terre

Certains jardiniers utilisent une bouteille en plastique à la place du pot en terre cuite. Le bas de la bouteille découpée sert de pot, le haut est utilisé comme petite serre ou cloche. Pensez à faire quelques trous en bas pour permettre à l’eau d’arrosage en surplus de s’évacuer.

Une autre technique, souvent qualifiée de virale, consiste à enfoncer la base de la bouture dans une pomme de terre crue avant de l'enterrer. La pomme de terre contient en effet un stimulant racinaire naturel et permet de maintenir l'humidité autour de la base de la tige. Bien que les résultats soient parfois mitigés, cette méthode peut fonctionner dans des conditions bien maîtrisées et constitue une expérience ludique pour les jardiniers.

Suivi et transplantation

Les boutures de rosiers ont besoin de toute la sève pour former leur silhouette. Dès l’automne suivant, au mois d’octobre ou novembre si le temps n’est pas froid, déterrez les rosiers de leur endroit provisoire pour les planter à leur place définitive. Vous pouvez également installer à leur place définitive les boutures conservées en pot.

Si des fleurs apparaissent dès la fin du printemps ou pendant l’été, il est préférable de les supprimer, car elles affaiblissent votre plant. Elles porteront ensuite plus de fleurs. Rappelez-vous que la bouture du rosier donne souvent une plante moins vigoureuse et vit moins longtemps qu’un rosier greffé, mais elle offre l'avantage de pousser sur ses propres racines sans produire de rejets indésirables venant du porte-greffe.

Diversité des rosiers à multiplier

Quasiment tous les rosiers peuvent être bouturés, mais les rosiers anciens, buissons ou couvre-sol offrent les meilleures chances de réussite pour un jardinier amateur. Les rosiers grimpants peuvent aussi être bouturés, à condition de bien choisir les tiges : il faut prélever des pousses secondaires non fleuries, semi-ligneuses, idéalement issues de l’année. L’enracinement peut être un peu plus lent, et le tuteurage est fortement recommandé dès le début. Pour réussir vos massifs, il est utile de distinguer les rosiers remontants, qui fleurissent plusieurs fois entre juin et octobre, des rosiers non remontants qui n'offrent qu'une floraison en juin-juillet.

comparaison visuelle entre un rosier buisson et un rosier grimpant sur un support

Entretien et prévention des erreurs

Le bouturage est une affaire de patience. Maintenez le substrat humide mais jamais détrempé. Un arrosage fin à la base avec un système goutte à goutte permet d’éviter l’excès d’eau. Une erreur à ne pas commettre est le "bassiner", c'est-à-dire la pulvérisation de gouttelettes d’eau sur les feuilles d’un arbuste, car cela pourrait favoriser l’apparition de maladies cryptogamiques comme le marsonia ou l’oïdium.

Si vous souhaitez cultiver vos rosiers en pot, sachez qu'un rosier, même de petite taille, a besoin d’un contenant assez profond (au moins 30 cm de haut) et large (30 à 40 cm de diamètre). Le rosier apprécie un sol riche, meuble et bien drainé. Un apport d’engrais naturel tous les 15 jours pendant la période de floraison renforce la vigueur du végétal. Enfin, pour les rosiers en pleine terre, le désherbage manuel entre les tiges est indispensable pour éviter la compétition racinaire.

Autres techniques de multiplication

Outre le bouturage, il existe 5 façons de multiplier un rosier : le semis, le greffage, le marcottage, le bouturage et la division. La division ne peut se pratiquer que sur des rosiers drageonnants comme les rosiers anciens tels que Rosa gallica, la rose de Provins. Le marcottage, quant à lui, consiste à enterrer une tige souple située sur le côté du buisson sur une longueur d’environ 30 cm, à 10 à 15 cm de profondeur. Cette tige enterrée produira ses propres racines en quelques mois. Le greffage, en revanche, est une affaire de spécialiste réservée à ceux qui maîtrisent la pose d'un écusson sur un porte-greffe robuste comme Rosa canina ou Rosa multiflora. Le semis est la méthode la plus longue, nécessitant une vernalisation des graines au réfrigérateur et une patience d'environ 18 mois avant la première floraison.

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