Le paillage est une méthode très appréciée par les jardiniers soucieux de la santé de leurs plantes et de l'environnement. Utiliser des matériaux naturels pour protéger le sol autour des plantes présente de nombreux avantages. Cette pratique, qui consiste à recouvrir le sol autour des plantes avec des matières organiques ou minérales, a plusieurs objectifs fondamentaux : protéger le sol, limiter l'évaporation de l'eau, prévenir la croissance des mauvaises herbes et enrichir le sol en nutriments à mesure que le matériau se décompose.

Les Multiples Bienfaits du Paillage Naturel
Utiliser un paillage naturel dans le jardin offre plusieurs bénéfices tangibles et durables. Tout d'abord, il contribue à maintenir une humidité constante dans le sol, réduisant ainsi la fréquence des arrosages nécessaires. C'est particulièrement utile pendant les périodes de sécheresse ou dans les régions où l'accès à l'eau est limité, permettant une gestion plus efficiente des ressources hydriques.
De plus, un bon paillis organique aide à augmenter le taux d'humus dans le sol. En se décomposant, ces matériaux relâchent des nutriments essentiels que les plantes peuvent absorber, améliorant ainsi leur croissance et leur vigueur. Par ailleurs, le paillage empêche les mauvaises herbes de prospérer, ce qui réduit la concurrence pour les ressources entre vos plantes et les végétaux indésirables, minimisant ainsi le besoin de désherbage manuel ou chimique.
Des études soulignent également les effets délétères des particules plastiques sur la capacité de rétention en eau des sols, pouvant engendrer des phénomènes d’anoxie. D’autres études rapportent que les microplastiques ont un impact sur le cycle du carbone et de l’azote et sur l’activité microbienne, affectant également la diversité et l’abondance des organismes qui ingèrent ces microparticules. En revanche, les mulchs d’une épaisseur suffisante (5 à 10 cm) agissent comme une couche isotherme à la surface du sol, maintenant le sol frais en journée et conservant sa chaleur durant la nuit. Par exemple, on a noté sous le paillage plastique des écarts jour/nuit de 14 °C, alors qu’ils n’étaient que de 7 à 9 °C sous les mulchs organiques. Cette stabilité thermique est propice à la vie du sol.
Panorama des Matériaux de Paillage Organique
Parmi les options disponibles pour un paillage efficace, on retrouve divers matériaux naturels. Chaque type de paillis a ses propres caractéristiques et convient mieux à certaines cultures ou conditions climatiques.
Paille de Blé et Luzerne
La paille de blé et la luzerne sont deux matériaux couramment utilisés pour le paillage. La paille de blé est légère, facile à manipuler et se décompose lentement, fournissant une protection durable. Elle est idéale pour les potagers et les jardins ornementaux, protégeant efficacement contre les mauvaises herbes sur une longue durée.
La luzerne est également populaire grâce à sa richesse en azote, qui favorise une croissance vigoureuse des plantes tout en améliorant la structure du sol. Cependant, elle se décompose plus rapidement que la paille de blé, nécessitant des renouvellements plus fréquents.
Gazon, Foin et Autres Résidus Végétaux
Les coupures de gazon, le foin et les feuilles mortes ramassées à l'automne constituent aussi d'excellentes options pour le paillis organique. Ces matériaux sont souvent facilement disponibles et permettent de recycler les déchets verts générés lors de l'entretien du jardin.
Le foin est particulièrement efficace pour couvrir de grandes superficies, tandis que les feuilles mortes enrichissent progressivement le sol en matières organiques. Il est toutefois important de ne pas utiliser de gazon fraîchement coupé en couches épaisses, car cela pourrait former une barrière imperméable à l'air et à l'eau, risquant de pourrir et de nuire aux plantations. Jérôme, expert jardinier, conseille de laisser sécher l’herbe coupée pendant 2 à 3 jours avant de l'utiliser comme paillage. Les tontes d'herbe, riches en azote, sont particulièrement adaptées pour nourrir des cultures comme les haricots, les laitues ou les pommes de terre.
Les feuilles mortes, récupérées à l’automne, sont une excellente pratique pour les conserver et les utiliser au printemps. Elles se décomposeront et se transformeront en matière organique, enrichissant le sol pour la saison à venir et créant un environnement propice au développement des jeunes plantations.
Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) : Une Révolution pour le Sol
Le BRF (bois raméal fragmenté) est une autre forme intéressante de paillage. Il consiste à utiliser des branches et des rameaux frais broyés pour créer une couverture de paillage végétal. Le BRF a été popularisé en France et est connu pour améliorer significativement la fertilité du sol une fois qu’il a été décomposé. Issu de jeunes rameaux broyés, généralement de moins de deux ans, ce matériau permet aux champignons de pénétrer rapidement dans le bois, ce qui enrichit le sol de manière naturelle.
"Le BRF est idéal pour les sols, car il va favoriser l'activité microbienne, tout en rendant le sol plus fertile", explique Jérôme. Non seulement le BRF est très économique, mais il peut également être réalisé soi-même ou acheté en sac dans certains magasins spécialisés. C'est une solution accessible à tous pour améliorer la qualité du sol sans se ruiner.
Le BRF convient aux massifs d’arbres et d’arbustes, rosiers, vivaces et graminées. L’intérêt du paillage sera de réduire la présence des mauvaises herbes tout au long de l’année. Efficace, ce paillage protègera vos plantes de la sécheresse estivale mais aussi des gelées hivernales.

Application et Gestion du Paillage
Pour appliquer un paillage de BRF, commencez par broyer des branches et des rameaux verts provenant de tailles récentes. Étalez ensuite une couche épaisse (environ 5 à 15 cm) sur le sol autour des plantes ou des zones cultivées. Ce type de paillage favorise la vie microbienne et lombricienne, facilitant la décomposition rapide et l'enrichissement du sol.
Il est préférable d'utiliser le BRF dans les jardins potagers, les sous-bois ou les vergers. Évitez cependant de l'appliquer directement sur des semis ou des jeunes plants sans protection, car les étapes initiales de décomposition du bois peuvent temporairement consommer une partie de l'azote présent dans le sol, et ainsi entrer en concurrence avec les cultures. Concernant l'application de BRF frais, bien qu'il soit normalement conseillé de le mettre à l'automne pour une décomposition optimale, il est possible de pailler avec du BRF frais en d'autres périodes, mais il faut être conscient de cette "faim d'azote" temporaire et ajuster les apports si nécessaire pour les jeunes cultures.
Conseils Pratiques pour un Paillage Réussi
Pour tirer le meilleur parti de votre paillage, suivez ces quelques conseils pratiques :
- Préparation du sol : Avant de déposer le paillis, désherbez soigneusement la zone concernée et arrosez bien le sol. Cela assurera un meilleur contact entre le sol et la matière utilisée, facilitant l'action des micro-organismes.
- Épaisseur du paillis : Appliquez une couche suffisamment épaisse pour être efficace, généralement entre 5 et 10 cm. Une épaisseur trop fine ne protègera pas adéquatement le sol, tandis qu'une épaisseur excessive, notamment avec des matériaux frais comme le gazon, pourrait nuire à l'aération.
- Renouvellement régulier : Les matériaux organiques se décomposent au fil du temps. Pensez à inspecter votre paillage régulièrement et à ajouter du nouveau paillis lorsque nécessaire pour maintenir son efficacité.
- Saison et moment : L'automne est une excellente période pour installer un paillis, surtout avec les feuilles mortes disponibles en abondance. Le printemps est aussi un bon moment, avant le démarrage de la saison de croissance, pour protéger les jeunes pousses.
- Biodiversité : Variez les types de matériaux de paillage pour profiter des différents apports nutritifs et optimiser la santé de votre sol, favorisant ainsi une vie microbienne riche et équilibrée.
En mettant en œuvre ces conseils, vous pouvez maximiser les avantages du paillage naturel dans votre jardin. N'hésitez pas à expérimenter avec divers matériaux pour trouver ceux qui conviennent le mieux à vos besoins spécifiques.
LE PAILLAGE :4 avantages et évolution de la jardinière
L'Impact du Paillage sur la Vie du Sol et la Biodiversité
L’étude a porté également sur la vie du sol. On a constaté que la décomposition et la minéralisation de la matière organique, ainsi que la régulation des adventices sont favorisées par l’action de la mésofaune (espèces animales de 0,2 à 4 mm de long). Ceci se traduit par des populations plus abondantes, soit 120 à 150 individus par piège pour le gazon, le BRF et la paille, alors que les paillages polyéthylène et papier en comptent moins de 50. De nombreux collemboles sont observés avec les mulchs organiques à fortes teneurs en lignine, cellulose et composés aromatiques. La présence de cloportes est observable dans le BRF et le mulch forestier en raison de la présence majoritaire de bois. Cette mésofaune comprend des organismes essentiels tels que les carabes, collemboles, cloportes, myriapodes, faucheuses et staphylins.
Un sol fertile n'est pas seulement riche en nutriments, mais aussi en organismes vivants. Ces habitants et travailleurs du sol transformeront progressivement un substrat inerte en une matrice vivante fonctionnelle, un écosystème. Pour être pleinement utile à la transformation de la terre en jardin fertile, la matière organique apportée doit être consommée par les travailleurs du sol, qui ont des exigences spécifiques en ce qui concerne leur milieu de vie.
Paillage et Couverts Végétaux : Une Approche Complémentaire
Les couverts végétaux (paille ou de tonte de gazon) connaissent un retour en grâce, après avoir été abandonnés au profit des films plastiques. N’oublions pas que « fraise » en anglais, se dit « strawberry », littéralement « baie de paille ». Avec l’arrivée des films plastiques, noirs transparents ou colorés, dans les années 1960, cette pratique a été abandonnée tant en production que chez les jardiniers. Maintenant, la paille et autres couverts végétaux font un retour en force. En effet, les films plastiques de paillage, utilisés à raison de 30 g/m² environ, présentent des inconvénients : recyclage difficile et coûteux en raison des salissures, subsistance de morceaux de plastique dans le sol à dégradation lente, engendrant des microparticules considérées comme polluants majeurs aussi bien pour la biodiversité que pour la santé humaine.
Le CTIFL a comparé divers matériaux végétaux et organiques, tant dans leur efficacité que dans les conséquences agroécologiques. Les résultats de divers mulchs et paillages végétaux ou organiques sur une culture de laitue ont été comparés au paillage plastique.
Efficacité sur l'Enherbement
La tonte de gazon offre une bonne efficacité contre les adventices. Il en est de même avec la paille de blé, à condition toutefois qu’elle ne contienne pas d’épis qui donnent des repousses de blé. Le BRF contenait ici des semences d’adventices. De ce fait, la production de laitues est affectée, la production de biomasse de laitues parées sur BRF et paille étant réduite par rapport aux paillages plastiques et papier. Elle est normale avec le gazon.

Mise en Œuvre et Enlèvement
Par rapport au paillage plastique, qualifié d’utilisation simple et rapide, les mulchs secs sont complexes et chronophages lors de l’installation. Les mulchs frais sont plutôt rapides dans leur mise en place, mais restent complexes lors de la plantation qui demande nettement plus de temps. Les mulchs nécessitent un traçage préalable à leur épandage. Lors du débarrassage de la parcelle, BRF et mulch forestier demandent environ quatre fois plus de temps que le paillage plastique. En revanche, le gazon et la paille de blé peuvent être laissés sur place et incorporés au sol lors de la préparation de la culture suivante. Ainsi, pour le jardinier amateur, la paille de blé (sans épis) et le gazon présentent des atouts indéniables à tous égards, à condition d’être épandus en une épaisseur suffisante.
La Gestion de l'Azote et la Fertilité du Sol
Lors de l'apport de matière organique, il est essentiel de raisonner ses pratiques et de calculer ses apports. L'idéal est un apport de matière organique en fin d'été et en automne, un travail du sol assez superficiel en hiver et au printemps pour aider les vers de terre et les bactéries (activation de l'humification et de la minéralisation par aération de la couche arable) et un léger apport d'engrais minéral ou bio avant la plantation, au printemps, pour compléter selon la culture, en calculant ce qu'on a apporté par la matière organique. La méthode "plus j'en mets, mieux c'est" peut avoir une conséquence non négligeable sur la quantité de nitrate que l'on balance dans le sol. L'emploi d'azote rapide en urgence plusieurs fois au printemps (purin, ammonitrate, fumier, etc.) est souvent dû à une erreur de gestion du sol. Un seul apport devrait suffire si on a bien "programmé" ses apports.
Pour un terrain remblayé et non fertile, incorporer une bonne couche de fumier de cheval puis une seconde couche de fumier de vache bien pourri est un bon début. Cependant, assimiler la fertilité à la seule présence de matière organique riche en fertilisant est aller trop vite en besogne. Une terre pauvre en nutriments est aussi souvent pauvre en organismes vivants. Ce sont eux, les habitants et les travailleurs du sol, qui feront que votre jardin deviendra progressivement autre chose qu'un carré de substrat inerte, c'est-à-dire une matrice vivante fonctionnelle, un écosystème.
Pour que l'écosystème du sol se développe rapidement et améliore le substrat, la nourriture ne suffit pas toujours. Il y faut la collaboration de la végétation, car l'habitat naturel des habitants du sol, c'est parmi et au contact du système racinaire des plantes, et la végétation potagère est souvent maigre. Pour "faire" votre sol, il faudrait idéalement une végétation luxuriante et partout. La meilleure approximation de cet idéal, ce sont les engrais verts. Les engrais verts jouent un rôle important pour préserver la santé du sol. Ils sont particulièrement utiles pour rendre les sols plus perméables grâce à leurs racines qui décompactent la terre. En cette période, de nombreux jardiniers commencent à rabattre leurs engrais verts, une étape clé pour assurer un sol bien aéré et prêt à accueillir les nouvelles cultures. Plutôt qu'à épandre du BRF seulement, ou en plus de le faire, il faudrait réfléchir aux couverts végétaux pour l'automne-hiver prochain qui seront les plus susceptibles d'améliorer votre terrain par leur travail racinaire et par l'abri accueillant qu'ils offrent au reste de l'écosystème.