Le développement des énergies renouvelables en France connaît une accélération sans précédent. La Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE), publiée par le ministère de la Transition écologique et solidaire en janvier 2019, prévoit une accélération significative du rythme de développement des énergies renouvelables d’ici 2030. L’objectif affiché est d’atteindre 40% d’énergies renouvelables dans le mix électrique français d’ici 2030. C’est dans ce cadre que l’on observe en France un important déploiement de parcs photovoltaïques. Les centrales solaires au sol sont déployées sur plusieurs dizaines voire plusieurs centaines d’hectares en France. La plus grande centrale solaire en France s’étend sur près de 260ha. Les centrales au sol font l’objet d’appels d’offres, dans le cadre de la PPE.

Les enjeux techniques et sécuritaires de la gestion végétale
La maîtrise de la végétation est devenue une composante critique de l'exploitation des centrales solaires. Depuis de nombreuses années, le Groupe Serpe intervient dans l’entretien de la végétation de parcs photovoltaïques. Le débroussaillage mécanique peut également venir en complément d’opérations d’éco-pâturage. La technicité du fauchage de ces parcs repose sur l’importance d’éviter toute projection qui risquerait d’endommager les panneaux solaires.
Les risques liés à une prolifération non maîtrisée de la végétation, souvent qualifiés de « Weed Trouble », sont multiples. Dans la centrale au sol centralisée, puisque les modules photovoltaïques peuvent bloquer la lumière du soleil, l’évaporation de la vapeur d’eau à la surface est considérablement réduite, ce qui fournit les conditions de croissance de la végétation. De plus, les eaux usées qui s’écoulent lors du nettoyage des modules photovoltaïques peuvent également augmenter l’humidité du sol dans le domaine photovoltaïque, favorisant la croissance de la végétation.
Ces mauvaises herbes constituent un danger caché :
- Risques immédiats : Les modules peuvent être bloqués par les herbes, provoquant des points chauds sur les panneaux, ce qui affecte la production d’énergie et peut causer des incendies.
- Risque d'incendie : Dans les régions septentrionales, les mauvaises herbes qui poussent luxuriantes en été s’assèchent et meurent après l’hiver, devenant un combustible facile à enflammer.
- Faune nuisible : Dans les climats chauds et humides, la végétation dense devient une cachette pour les serpents et les rongeurs, ces derniers pouvant mordre les câbles et endommager l’équipement électrique.
Les Obligations Légales de Débroussaillement (OLD)
Une OLD est une opération de débroussaillage qui consiste à réduire les matières végétales de toute nature - herbe, branchage, feuilles… - susceptibles de prendre feu. Ces obligations s’appliquent principalement dans un tiers des départements français, dans le Sud-Ouest et le Sud-Est. Elles concernent les terrains situés à moins de 200 mètres des bois et forêts ou situés aux abords de constructions, chantiers et installations de toute nature.
L’objectif n’est pas de rendre le terrain nu mais de limiter le risque de propagation du feu. Ainsi, certains arbres de haut jet peuvent être conservés mais il est essentiel de bien contrôler l’embroussaillement. Il est par ailleurs impératif d’informer les propriétaires des parcelles concernées ou, si le propriétaire est public, d’avertir l’Office National des Forêts (ONF).

Stratégies d'entretien et solutions mécanisées
Pour répondre à ces contraintes, les exploitants utilisent des équipements adaptés. Des engins spécifiquement dimensionnés et carénés pour ces travaux sont utilisés, tels que des barres de coupe et des faucheuses spéciales photovoltaïque. Certains endroits peuvent nécessiter des finitions manuelles pour assurer une propreté optimale.
Les machines AS-Motor, par exemple, sont conçues pour ces terrains spécifiques. Leurs tondeuses autoportées et machines télécommandées permettent d'intervenir sur des terrains irréguliers ou en pente, souvent présents dans les parcs solaires. Les machines télécommandées augmentent le rendement et améliorent considérablement la sécurité des opérateurs, notamment en cas de présence de guêpes ou d'insectes.
Les différentes méthodes de gestion incluent :
- Pose de papier anti-herbe : Bloque la lumière, bien qu'un entretien reste nécessaire pour éviter les percées.
- Gravier et béton : Solutions durables mais coûteuses et modifiant l'environnement du terrain.
- Herbicides : Solution peu coûteuse mais souvent inefficace sur le long terme et problématique pour l'environnement.
- Éco-pâturage : Utilisation d'herbivores, nécessitant une gestion spécialisée.
- Semis de trèfle : Pour occuper le terrain et limiter la pousse d'adventices.
La conciliation entre énergie solaire et biodiversité
Le développement des parcs solaires photovoltaïques au sol mobilise beaucoup de foncier et de ressources naturelles, dont la consommation peut engendrer, au cas par cas, de fortes pressions sur la biodiversité. La conciliation des objectifs de l’État en matière de déploiement des centrales solaires photovoltaïques au sol, avec ceux de préservation de la biodiversité, constitue de fait un enjeu crucial.
L’Office français de la biodiversité (OFB) travaille avec l’Ademe pour développer la connaissance scientifique des incidences potentielles. Par exemple, ENGIE Green a étudié le Fadet des laîches sur de nombreux parcs photovoltaïques et a ainsi contribué à une meilleure connaissance de cette espèce. Le WWF a également publié un module "Photovoltaïque au sol" (2023) pour guider les collectivités dans la réalisation de projets de qualité.
Andalousie : la hantise des panneaux solaires | ARTE Regards
Cadre législatif et agrivoltaïsme
La loi vise à accélérer le déploiement du photovoltaïque, afin d'atteindre l'objectif de multiplier par 10 la capacité de production d’ici 2050. L’article 54 de la loi consacre une définition de l’agrivoltaïsme. Les projets d’installation agrivoltaïque seront soumis à l’avis conforme de la commission départementale de préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers (CDPENAF).
Un principe dérogatoire au calcul de la consommation d’espaces naturels agricoles et forestiers (ENAF) a été introduit. Les installations qui n’affectent pas durablement les fonctions écologiques du sol et qui ne sont pas incompatibles avec l’exercice d’une activité agricole ou pastorale peuvent bénéficier de cette dérogation. Un parc PV au sol peut ainsi aller de pair avec le maintien d’une activité pastorale, pourvu que les hauteurs des structures et le schéma d’implantation des divers éléments aient anticipé cet usage.
La phase de test sur le département des Landes, désormais terminée, a permis de mettre en place une base de données géographique des installations de PV au sol, qui sera progressivement déployée sur l'ensemble du territoire national. Cette transparence permet un meilleur suivi de l'occupation des sols et une planification plus cohérente avec les objectifs de souveraineté alimentaire et de transition écologique.
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