La permaculture, une philosophie et un ensemble de pratiques agricoles basées sur l'observation des écosystèmes naturels, gagne du terrain en Alsace. Cette approche vise à créer des systèmes agricoles résilients et autonomes, favorisant la biodiversité et minimisant l'impact environnemental. Cependant, même dans ces systèmes pensés pour l'équilibre, des défis peuvent surgir, notamment la gestion des populations de rongeurs, et plus particulièrement des campagnols. Ces derniers, souvent désignés à tort par le terme générique de "mulots", représentent une véritable menace pour les cultures, entraînant une diminution significative du rendement. Comprendre leurs spécificités et adapter des stratégies de gestion durables est essentiel pour les agriculteurs et les jardiniers alsaciens.
Campagnols : des rongeurs à ne pas confondre
Il est crucial de parler spécifiquement des campagnols, car ce sont eux les véritables responsables des dégâts dans les cultures, et non les souris ou les mulots au sens strict. Le terme "mulot" est communément utilisé pour désigner une sorte de "souris des champs", regroupant des rongeurs ressemblant à une souris tels que le mulot Apodemus, le campagnol, le rat des moissons ou les musaraignes (avec un nez pointu). Cependant, les mulots Apodemus appartiennent au genre Apodemus de la famille des muridés et se distinguent des campagnols par leurs caractéristiques physiques et comportementales. Le mulot sylvestre ou mulot commun, par exemple, pèse de 18g à 27g et est présent en Europe en une vingtaine d’espèces, parmi lesquelles le mulot rayé ou le mulot à collier.
Les campagnols, en revanche, sont particulièrement intéressés par les milieux ouverts et les surfaces enherbées. Tout comme les éleveurs dans les prairies, les agriculteurs pratiquant les Techniques Culturales Simplifiées (TCS) et les adeptes du semis direct sous couvert sont particulièrement touchés par les invasions de campagnols. Joseph Bellet, agriculteur à Goderville (Seine-Maritime) et gérant de la Ferme du bocage, s'est tourné vers l'agriculture de conservation (ACS) depuis une dizaine d'années. Il constate que ce petit ravageur peut causer énormément de dégâts dans les cultures en raison d'une forte présence de végétaux chez les agriculteurs en ACS ou en semis direct. Un nid de campagnols peut représenter une perte importante, occupant "2 à 3 m²" de culture et anéantissant ainsi les pousses de blé, de lin, de colza, etc.

Le mulot : caractéristiques et comportement
Bien que moins responsables des dégâts agricoles que les campagnols, il est important de connaître les mulots pour mieux les distinguer. Le mulot est un petit animal nuisible pour les cultivateurs, car il détruit les plantes du potager. Il est également appelé "souris des champs" et appartient à la famille des Muridae. Ce petit rongeur élit domicile dans les plaines ou les vieilles maisons. Il possède une paire d’incisives qui poussent continuellement durant son cycle de vie, l'obligeant à ronger sans arrêt tout ce qu'il trouve sur son chemin. Il existe plusieurs espèces comme le mulot alpestre, le mulot à collier, le mulot sylvestre, le mulot à collier roux et le mulot fauve.
Outre ses incisives caractéristiques, le mulot se distingue par l’environnement dans lequel il évolue. La période de reproduction de ce rongeur s’étend de mars à octobre avec une forte croissance en été. On le retrouve souvent dans les maisons, où il a l'habitude de s’abriter à l’intérieur des murs. Le mulot est un animal à la fois prudent et rusé ; il prend le temps d’évaluer chaque situation avant d’entreprendre une quelconque action et n’est pas du genre à se montrer dans un endroit exposé à la vue de tous. Il construit son terrier à partir de feuilles, de mousse et d’herbes déchiquetées.
Le mulot a une espérance de vie de 18 à 20 mois ; à l’état sauvage, il peut vivre de 3 à 20 mois. La souris des champs cherche sa nourriture durant la nuit et est essentiellement granivore. Son alimentation est constituée de graines provenant d'espèces arboricoles comme le chêne, le frêne, l’aubépine et le sycomore. Le mulot se nourrit également d'insectes vivants ou morts tels que les sauterelles, les araignées, les chenilles et les papillons de nuit. Il consomme aussi les larves d'insectes qu'il peut trouver dans le sol. Les invertébrés comme les mille-pattes, les vers de terre, les escargots et les limaces font partie de son régime alimentaire, qui varie en fonction du rythme des saisons et de la disponibilité des ressources. Grâce à sa grande capacité d’adaptation, on peut trouver des mulots dans presque tous les environnements possibles.
Les mulots Apodemus ou les campagnols sont des espèces susceptibles de véhiculer des maladies et virus tel que l’hantavirus. Ce dernier est le plus souvent contracté par l’homme par voie respiratoire, par inhalation à partir d’excrétions, suite à une morsure d’un rongeur infecté ou encore à travers une plaie ouverte.
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Stratégies de gestion des campagnols en permaculture en Alsace
Face à l'infestation de campagnols, diverses méthodes peuvent être mises en œuvre pour diminuer leur population. Peu importe la méthode, il est essentiel de s'y prendre très tôt car le cycle de développement des campagnols est très rapide. L'observation des indices de présence tels que les excréments, les trous et les galeries est une première étape cruciale.
Favoriser les prédateurs naturels
En permaculture, l'une des approches les plus durables pour la gestion des ravageurs consiste à favoriser la présence de leurs prédateurs naturels. Les mulots, par exemple, ont plusieurs prédateurs, à savoir les serpents, les chats ou les hiboux. Pour les campagnols, les rapaces jouent un rôle clé dans la régulation de leurs populations.
Certains agriculteurs, comme Joseph Bellet, vont même jusqu'à installer des perchoirs au sein de leurs parcelles. L'objectif est de "favoriser la présence de rapaces et ainsi réguler la prolifération des mulots" - une méthode tout à fait naturelle. Avec un perchoir pour environ 2 hectares, cette approche permet de "diminuer la population de ravageur dans les champs, mais pas de s'en passer complètement". La réussite de cette pratique est variable selon les années et les conditions climatiques.

Utilisation de plantes répulsives
La recherche explore également des solutions naturelles pour éloigner les rongeurs. Une petite herbacée, le meadowfoam, ou "écume des prairies", aurait la propriété d'éloigner les rongeurs. C'est un travail en cours mené par J. Teasdale, chercheur à l'USDA. Plus communément, le mélilot dégage une substance répulsive aux campagnols appartenant à la famille des coumarines. L'intégration de ces plantes dans les systèmes de permaculture pourrait offrir une ligne de défense naturelle.
Pratiques culturales adaptées
Les pratiques de permaculture, comme celles développées par Frédéric et Marie-Françoise à Munster, en Alsace, peuvent également contribuer à une meilleure gestion des ravageurs. Leur potager de 200 m² est organisé pour favoriser la symbiose entre différentes plantes. Par exemple, au milieu des fraises, des poireaux sauvages ont été plantés. Ces associations de cultures peuvent potentiellement perturber les campagnols et rendre l'environnement moins attractif pour eux.
L'utilisation de techniques ancestrales amérindiennes, comme la milpa - planter en même temps du maïs, des haricots et des courges - crée un écosystème diversifié qui peut décourager les populations de rongeurs. En bordure du mandala, Frédéric et Marie-Françoise ont laissé pousser des orties ou de la consoude, pour les faire macérer et en faire deux sortes de purin : le purin d'orties en début de culture et le purin de consoude pour favoriser l'apparition des fruits. Bien que ces purins soient principalement des fertilisants, une approche holistique de la santé du sol et des plantes peut indirectement renforcer la résilience du système face aux ravageurs.

L'intervention professionnelle contre les rongeurs
En cas d'infestation avérée et lorsque les méthodes préventives ne suffisent pas, l'intervention de professionnels peut être nécessaire pour contrôler les populations de rongeurs, notamment dans les habitations et locaux professionnels.
Préparation et analyse des lieux
Une approche professionnelle commence par la préparation et l'analyse des lieux. Des entreprises comme Neature aident à préparer les maisons et jardins pour maximiser l’efficacité de l’intervention contre les mulots. Le technicien procède à une inspection complète du jardin et de la maison afin d’identifier précisément les lieux de passage et d’activité des rongeurs. Cela permet de privilégier la méthodologie la plus adaptée à la situation et à la préservation de la santé des occupants.
Solutions adaptées et recommandations durables
Lors de l'intervention, la tâche du collaborateur va au-delà des actions de résolution du problème immédiat. À la suite des interventions, des entreprises comme Neature proposent une marche à suivre pour assurer que l’efficacité des méthodes mises en place soit optimale. Des conseils sont donnés pour protéger le logement de manière durable. Ces recommandations peuvent concerner l'obturation des points d'entrée, la gestion des déchets et des sources de nourriture, ou encore l'installation de dispositifs de dissuasion.
Des services professionnels, tels que ceux proposés par FlashGuards, peuvent fournir un devis gratuit à la suite d’une première visite pour éliminer les mulots qui infestent un logement, un hall professionnel ou des espaces de bureaux. Suivent ensuite l’intervention professionnelle contre le nuisible de type mulot et des recommandations personnalisées pour la maison.

Les défis de l'agriculture de conservation face aux rongeurs
L'agriculture de conservation (ACS) ou le semis direct, bien que présentant de nombreux avantages environnementaux, peuvent parfois être confrontés à des problèmes de prolifération de rongeurs. Comme l'indique Joseph Bellet, agriculteur en ACS, "on ne voit plus du tout les stigmates de l'agriculture conventionnelle, il n'y a plus de formation de mares d'eau malgré des années très pluvieuses, ni ravine, ni érosion…". Les effets positifs de ce changement de système sont nombreux. Cependant, une forte présence de végétaux due aux pratiques de non-labour et de couverts végétaux peut créer un habitat favorable aux campagnols. Ils creusent des trous pour se reproduire et se cacher des rapaces, et peuvent manger les pousses de diverses cultures, entraînant des pertes significatives. La question demeure : "Et vous, comment luttez-vous contre les mulots et autres rongeurs en ACS ?" La recherche continue d'explorer des solutions durables et intégrées pour concilier les bénéfices de l'ACS avec une gestion efficace des ravageurs.
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