L'Ortie : Une Plante Incroyable aux Multiples Facettes

Souvent reléguée au rang de mauvaise herbe à cause de ses poils urticants, l'ortie (principalement l'Urtica dioica, ou grande ortie) est en réalité une plante aux multiples vertus, aussi bien pour le jardin et la biodiversité que pour la santé humaine et l'alimentation. Originaire d'Eurasie, elle s'est répandue partout dans le monde, à l'exception des régions polaires. Elle est reconnaissable à ses feuilles allongées, dentelées et pointues, couvertes de poils qui, lorsqu'ils se cassent, libèrent une substance irritante contenant de l'acide formique. Pourtant, loin d'être un fléau, l'ortie ne manque pas de qualités et mérite d'être redécouverte et valorisée.

Ortie dioïque avec ses feuilles caractéristiques

L'Ortie, Indicateur et Régulateur des Sols

L'ortie est une véritable plante bio-indicatrice. Sa présence spontanée nous révèle des informations précieuses sur l'état du sol sur lequel elle croît. Elle prolifère particulièrement dans les sols excessivement riches en matières organiques en décomposition, en azote et en minéraux, notamment le fer. Ce n'est pas un hasard si elle s'installe au pied des vieux tas de ferraille ou sur les tas de fumier. La grande ortie (Urtica dioica) est fréquente dans les prairies ensoleillées où elle caractérise les sols riches en nitrates ou en déchets organiques. C'est donc un bon indicateur de la présence de lieux habités, d'anciennes étables ou d'aires de repos du bétail.

Au-delà de son rôle d'indicateur, l'ortie agit comme un régulateur. Elle absorbe les éléments nutritifs en excès, contribuant ainsi à l'équilibre du sol. Riche de ces éléments, elle se transforme en un véritable engrais naturel lorsqu'elle se décompose, nourrissant ainsi le sol en retour. Il est important de noter que cette capacité d'absorption s'étend également aux polluants. Par conséquent, il est crucial de ne récolter la plante que dans des lieux non pollués pour s'assurer de sa qualité. Aujourd'hui, avec les excès d'engrais chimiques azotés, l'ortie peut être favorisée au détriment d'autres plantes.

L'Ortie au Jardin : Un Allié Précieux

Pour les jardiniers, l'ortie est une ressource inestimable, offrant plusieurs méthodes d'utilisation pour enrichir le sol et protéger les cultures.

Le Purin d'Ortie : Un Engrais et Répulsif Naturel

Le purin d'ortie est une préparation bien connue des jardiniers. Obtenu par la macération de l'ortie fraîche hachée dans de l'eau, il permet d'extraire l'azote et les autres minéraux qu'elle contient. Cet extrait fermenté est un excellent engrais naturel qui nourrit et renforce les cultures du jardin et du potager, les rendant plus résistantes aux maladies. En outre, le purin d'ortie présente un caractère répulsif efficace contre les pucerons et les acariens. Le laisser plus longtemps (8 à 10 jours de fermentation) permet d'obtenir un purin qui stimulera la croissance des jeunes plantes.

Il est recommandé d'éviter de pulvériser les macérations si le jardin est en plein soleil ou s'il est exposé à un vent fort, car ces préparations ne conservent leurs propriétés que quelques jours à l'air libre. L'ortie figure également sur la liste des substances de base autorisées par l'Union européenne. Si cette préparation est utilisée en tant que produit phytopharmaceutique (insecticide ou fongicide), l'utilisateur doit respecter les conditions d'utilisation et la législation en la matière.

Préparer du purin ortie

Le Mulch d'Ortie : Enrichissement du Sol et Protection

L'ortie peut être utilisée comme un engrais vert. Pour cela, on la fauche avant la montée en graine et on l'incorpore grossièrement au sol d'un coup de griffe, ou on la laisse se décomposer directement à même le sol, comme n'importe quel paillis organique. En paillage, l'ortie est utile pour protéger les plantes des aléas climatiques tout en enrichissant le sol en minéraux lorsqu'elle se décompose.

Le jardinier amateur dispose rarement d'une quantité suffisante d'ortie pour l'utiliser seule ; aussi, on l'ajoute souvent en complément d'un autre engrais vert fauché ou d'un paillis déjà en place. Cependant, si vous possédez un jardin assez grand, il est possible d'en consacrer une petite partie à sa culture. Dans ce cas, il est préférable d'opter pour la petite ortie (Urtica urens) qui ne se reproduit que par semis et qu'il suffit de couper avant fructification pour éviter tout envahissement. La grande ortie, vivace par ses rhizomes, est plus productive que la petite ortie et a l'avantage de se renouveler seule. Cependant, elle nécessite un grand terrain, car bien que l'expansion de ses rhizomes se contrôle assez facilement par des binages réguliers, il est difficile de l'enlever une fois qu'elle est installée. L'ortie, riche en azote, contribue à la croissance des plantes, un nutriment essentiel du NPK (Azote, Phosphore, Potassium). Un manque d'azote peut entraîner des problèmes de croissance pour les plantes potagères ou horticoles. L'azote fait partie des trois nutriments essentiels au bon développement des plantes. L'azote contribue à la croissance des plantes. Un manque d'azote peut engendrer des problèmes de croissance à vos plantes potagères ou horticoles.

Le Compagnonnage avec l'Ortie : Une Croissance Stimulée

Cultiver l'ortie en association avec d'autres plantes, y compris des arbres fruitiers, semble être bénéfique à la croissance de ces dernières. Ce principe de compagnonnage est une pratique ancienne et efficace pour favoriser la vitalité du jardin.

L'Ortie, Activateur de Compost

L'ortie est un activateur de compost particulièrement efficace. D'une part, elle stimule l'action des micro-organismes décomposeurs grâce à ses protéines, accélérant ainsi le processus de décomposition. D'autre part, elle augmente la température du tas de compost du fait de son haut pouvoir calorifique. Il suffit de l'incorporer au tas de compost, fraîche et hachée, ou sous forme de purin. Riche en azote, l'ortie est également un bon élément à mettre dans le compost.

Un tas de compost avec des orties fraîchement coupées

Entretien et Culture de l'Ortie

Bien que l'ortie soit souvent considérée comme une mauvaise herbe, elle trouvera toute sa place dans un jardin tant elle présente d'atouts. Pour la cultiver, il est important de noter que l'ortie produit ses poils urticants, appelés « trichomes », pour se défendre des agressions. Plus vous la laissez tranquille, moins elle pique !

L'ortie est une plante peu exigeante qui pousse spontanément en lisière de forêt, dans les sous-bois ou même en bord de route. Dans un jardin, elle se plaît davantage à la mi-ombre et dans une terre riche et bien fraîche. Une fois bien installée, l'ortie peut se montrer envahissante en raison de ses racines traçantes. Pour maîtriser son expansion, vous pouvez la faire pousser dans un bac ou dans un grand pot. L'ortie dioïque est une plante vigoureuse qui demande peu d'entretien une fois bien implantée. S'il est conseillé d'arroser abondamment juste après la plantation, elle se débrouille parfaitement toute seule ensuite. N'hésitez pas à tailler l'ortie deux fois par an, au printemps et en été. Cela permet d'étoffer son port tout en maîtrisant sa propagation. L'ortie peut attirer les pucerons et les cochenilles.

La multiplication de l'ortie est relativement simple. S'il est possible de semer ou de bouturer, le plus simple est de procéder à la division des rhizomes au printemps ou en automne. Pour ce faire, déterrez un pied d'ortie puis découpez un morceau de rhizome d'environ 10 cm de long, en veillant à prélever également les racines. Placez le morceau de rhizome dans un pot ou directement en pleine terre et arrosez régulièrement pendant environ deux mois. Pour limiter la prolifération de cette plante, il est important de la faucher avant la montée en graines (d'août à octobre). Pour les arracher, munissez-vous d'une bonne paire de gants et d'une fourche-bêche, les racines traçantes viendront facilement. Laissez plus longtemps (8 à 10 jours de fermentation) afin d'obtenir un purin, qui stimulera la croissance des jeunes plantes. Une astuce de grand-mère propose de placer des orties fraîches dans le fond d'un trou accueillant un plant de tomate.

L'Ortie et la Biodiversité : Un Écosystème Essentiel

L'ortie est une plante essentielle pour la biodiversité. De très nombreuses espèces vivantes l'utilisent, que ce soit pour se nourrir, pour pondre ou pour s'abriter. Trente espèces en sont même dépendantes, ce qui signifie que si l'ortie disparaît, ces espèces disparaissent également. Parmi les utilisateurs de l'ortie, on trouve plusieurs auxiliaires du jardin, comme les coccinelles, les syrphes ou les chrysopes, attirés par la plante elle-même ou par les insectes qu'elle héberge.

L'ortie est l'hôte de nombreuses espèces de papillons et de coléoptères. Papillons, syrphes, araignées, chrysopes, coccinelles et autres coléoptères se retrouvent sur cette plante en grand nombre. Certains auxiliaires de nos jardins aiment s'y réfugier. Certaines espèces sont même directement dépendantes des orties, comme les papillons Paon du Jour (Aglais io) et la Vanesse de l'Ortie (Aglais urticae), si appréciables à observer avec les belles couleurs arborant leurs ailes. Ces deux papillons, comme d'autres, pondent leurs œufs directement sur les orties.

Chenille de paon-du-jour sur une feuille d'ortie

L'Ortie Comestible : Un Trésor Nutritionnel

L'ortie est une plante tout à fait comestible, consommée à des fins alimentaires depuis des siècles. Riche en minéraux (fer, calcium, magnésium, potassium, silice), en vitamines (A, C, K et du groupe B) et en protéines végétales, il serait dommage de s'en passer.

Comment Cuisiner l'Ortie

Pour bénéficier des bienfaits culinaires de l'ortie, il est crucial de la préparer correctement afin d'éliminer ses poils urticants. Heureusement, la cuisson, le séchage et la réduction en pesto détruisent les aiguilles urticantes de l'ortie, évitant ainsi tout risque de se piquer la langue. Les jeunes feuilles sont à privilégier et seront à sécher et/ou à incorporer dans diverses recettes.

Le goût de l'ortie est souvent décrit comme similaire à celui des épinards, mais avec une note plus herbacée. Certains décrivent une légère amertume, tandis que d'autres mettent en avant son côté terreux. Elle peut se manger bouillie ou sautée comme des épinards. L'ortie vient s'ajouter aux légumes du potager dans les recettes de soupes, d'omelettes, de quiches, voire de sablés aux graines d'ortie ou de pesto d'ortie. Elle aromatise également à merveille les cakes, les quiches et les omelettes. Une fois à la cuisine, sachez que la cuisson, le séchage et la réduction en pesto détruisent les aiguilles urticantes de l'ortie. Pas de danger de se piquer la langue. On peut l'utiliser comme épice, la faire sécher en quantités durant l'été et en avoir pour l'hiver. L'avantage, c'est que ça peut se cacher n'importe où quand on maîtrise bien la cuisine. Consommée crue, chaude ou cuite, la cueillir de la bonne manière est nécessaire si vous voulez éviter de subir l'effet des poils urticants.

Bol de soupe d'ortie

Les Bienfaits Nutritionnels et Médicinaux de l'Ortie

L'ortie est une plante particulièrement nutritive, réputée pour ses propriétés anti-inflammatoires, diurétiques et détoxifiantes. Elle est également préconisée pour stimuler la circulation sanguine et apaiser les douleurs causées par l'arthrite et les rhumatismes grâce à son action antalgique.

Les feuilles d'ortie se consomment en tisane, en teinture ou encore en décoction. Récoltées au moment de la floraison, les feuilles sont utilisées pour faire des infusions diurétiques, dépuratives et reminéralisantes. L'ortie peut également être utilisée en shampoing, pour fortifier et faire briller les cheveux.

Bien que certaines de ses vertus, comme les propriétés anticancérigènes et antimicrobiennes, n'aient été testées qu'in vitro (dans une éprouvette) et non in vivo (dans un organisme vivant), des études ont démontré ses propriétés antidiabétiques dans une vingtaine de recherches. C'est un excellent aliment très riche, et une consommation régulière peut apporter des bénéfices certains.

L'ortie est riche en vitamines, minéraux et antioxydants, et a su trouver sa place en phytothérapie. Souvent sous-estimée, elle révèle de précieuses propriétés, notamment sur la fonction rénale et la souplesse articulaire. Les parties aériennes de l'ortie sont reconnues pour leurs effets bénéfiques sur la peau. Selon les instances de santé européennes, leur consommation peut aider les peaux sujettes à imperfections et contribuer à un teint plus net. Cette action s'explique par ses propriétés séborégulatrices et drainantes, qui favorisent l'élimination des toxines accumulées.

Les orties sont traditionnellement utilisées pour soutenir la santé rénale et favoriser le drainage naturel de l'organisme. En stimulant la fonction d'élimination, elles participent à l'évacuation des déchets métaboliques. Les instances de santé européennes reconnaissent l'ortie comme une plante traditionnelle, utilisée pour soulager les symptômes associés à des troubles urinaires bénins. Les feuilles d'ortie sont reconnues par les instances de santé européennes pour leur capacité à soulager les douleurs articulaires légères. Elles contribuent au maintien de la santé articulaire et soutiennent le système locomoteur.

Pour ceux qui préfèrent une approche plus pratique, des extraits d'ortie sont disponibles en version liquide (teinture mère, compte-gouttes) ou solide (extraits secs, comprimés, gélules). La dose varie selon le ratio d'extraction. L'idéal est de l'intégrer à un repas et de suivre les conseils d'utilisation figurant sur le produit.

Précautions d'Usage et Contre-Indications

Bien que l'ortie soit généralement bien tolérée, certaines précautions sont à prendre. La consommation de compléments alimentaires à base d'ortie n'est pas adaptée aux enfants de moins de 12 ans, ni aux femmes enceintes ou allaitantes. Par ailleurs, les personnes souffrant d'insuffisance rénale ou cardiaque devraient éviter d'en prendre.

L'ortie contient des tanins qui peuvent réduire l'absorption du fer. Il est donc recommandé d'espacer la prise de compléments de fer et d'ortie. De plus, en raison de ses propriétés diurétiques, elle peut interagir avec des médicaments antihypertenseurs ou des diurétiques. Dans de rares cas, certaines personnes peuvent ressentir un léger inconfort digestif (nausées, diarrhées, brûlures d'estomac) ou cutané. Si ces sensations persistent, il est préférable de stopper la cure et de demander l'avis d'un professionnel de santé. En usage prolongé ou à forte dose, elle peut avoir un effet diurétique marqué, d'où l'importance d'un bon apport hydrique.

Associations Bénéfiques

Pour renforcer ses bienfaits, l'ortie peut être associée à d'autres plantes. Pour la peau, l'amla, riche en vitamine C, favorise la formation de collagène et contribue à la santé des cheveux, tout en luttant contre les radicaux libres responsables du vieillissement prématuré. Pour les reins et l'appareil urinaire, le pissenlit soutient la santé des reins et de la vessie grâce à son action drainante et détoxifiante. Pour la santé articulaire, l'association avec le curcuma, reconnu pour ses propriétés apaisantes sur les douleurs articulaires et musculaires, peut s'avérer très efficace.

L'Ortie et la Basse-Cour : Un Complément Alimentaire de Qualité

L'ortie est non seulement bonne pour l'alimentation du jardinier, mais elle l'est aussi pour les animaux de la ferme en général (fourrage de qualité) et de la basse-cour en particulier. Ainsi, les lapins, les poules et les canards la mangeront fraîche, si vous les y habituez. Mélangée hachée à la pâtée, elle joue un rôle de fortifiant pour les volailles et favorise la ponte et la qualité des œufs.

La Récolte de l'Ortie

Bien que l'ortie puisse être récoltée à tout moment, la période idéale est juste avant qu'elle ne fleurisse, environ quatre mois après avoir été semée. Pour la cueillir sans vous piquer, munissez-vous de gants épais. Vous pouvez alors la conserver environ quatre jours au réfrigérateur ou quelques semaines si vous prenez soin de la faire sécher en bouquets, tête en bas, dans une pièce sombre et sèche. Les feuilles, récoltées au moment de la floraison, sont utilisées pour faire des infusions diurétiques, dépuratives et reminéralisantes.

Diverses Variétés d'Orties

Si la famille des Urticacées compte une trentaine d'espèces, on en retrouve quatre autres en France, en plus de la grande ortie (Urtica dioica) :

  • L'ortie brûlante (Urtica urens) : Plus petite mais aussi plus irritante que la grande ortie.
  • L'ortie à membranes (Urtica membranacea) ou ortie douteuse : S'épanouit au bord de la mer, dans le Finistère ainsi que tout le long du pourtour méditerranéen.
  • L'ortie à pilules (Urtica pilulifera) ou « ortie romaine » : Se distingue par ses fleurs rondes couvertes de poils urticants, tout comme ses feuilles.
  • L'ortie noirâtre (Urtica atrovirens), aussi appelée « ortie de Dodart » : Pousse en France uniquement en Corse.

Différentes variétés de plantes d'ortie

Conclusion Partielle

L'ortie, cette plante souvent mal-aimée, regorge de surprises une fois que l'on s'y intéresse de plus près. Loin d'être un fléau pour les espaces verts, l'ortie est une plante sauvage aux multiples vertus pour l'environnement, la biodiversité, le jardin et notre santé. Elle a la vie dure dans nos jardins, bien que celle-ci tente tant bien que mal d'y garder sa place.

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