Comprendre et entretenir les plantes grasses : racines aériennes, besoins et secrets de culture

Les plantes grasses, encore appelées succulentes, proviennent des pays méditerranéens et d’Amérique du Sud. Elles sont habituées à vivre sous un climat très chaud, où le soleil est omniprésent. Elles s’y sont adapté, en stockant l’eau dans leurs feuilles, leurs racines et leurs tiges. C’est ce qui les différencie des autres plantes. Le terme « plante grasse » est le nom populaire donné aux plantes succulentes. En réalité, ces végétaux ne contiennent aucune graisse. Le mot « succulente » vient du latin succulentus, qui signifie « plein de suc ». Les plantes succulentes sont des végétaux capables de stocker l’eau dans leurs feuilles, leurs tiges ou leurs racines, sous forme d’une sève épaisse et mucilagineuse.

Schéma illustrant la structure interne d'une succulente avec ses réserves d'eau dans les feuilles et les tiges

Les racines aériennes : une réponse adaptative

Parfois, des racines apparaissent en dehors du sol. Les racines aériennes sont une réponse naturelle à certaines conditions dans l’environnement de la plante. Elles apparaissent souvent dans les situations suivantes :

  • Pas assez de place dans le sol : Dans la forêt tropicale, le sol est souvent plein d’autres racines et plantes. Certaines plantes poussent donc sur d’autres végétaux et utilisent leurs racines aériennes pour capter l’humidité et les nutriments dans l’air.
  • Croissance en épiphyte : Les plantes qui poussent sur d’autres plantes ou sur des arbres développent des racines aériennes pour s’y accrocher et se nourrir.
  • Air sec ou peu d’eau : Quand l’air est sec ou qu’il n’y a pas beaucoup d’eau, les racines aériennes peuvent capter ou retenir l’humidité disponible.

Distinction entre succulentes et cactées

Les plantes succulentes ne forment pas une famille botanique unique. En pratique, le terme « plantes grasses » désigne l’ensemble des succulentes hors cactées, bien que les cactus soient botaniquement des plantes succulentes. Cette distinction n’a pas de fondement scientifique mais elle est ancrée dans l’usage courant.

Du côté des cactus, on retrouve toutes les plantes de la famille des Cactaceae. Cependant, il faut noter que tous les cactus sont des succulentes, mais toutes les succulentes ne sont pas des cactus. Ces derniers possèdent des épines, ce qui les distingue des autres succulentes. On pense, par exemple, au très représentatif Opuntia, le figuier de Barbarie ou encore le coussin de belle-mère ! Parmi les plantes grasses les plus connues, on trouve donc les cactus, mais aussi l’aloé vera, l’agave, l’euphorbe ou le saintpaulia. La très résistante langue de belle-mère, ou sansevière, est également une succulente, tout comme le Chlorophyton ou plante-araignée. Le calathea, dont les feuilles arborent de très beaux graphismes, fait également partie des plantes grasses. La crassula, l’adénium ou rose du désert, le kalanchoé aux très belles fleurs, sont encore d’autres exemples de plantes grasses bien connues.

Maîtriser l'exposition et la lumière

C’est le facteur le plus déterminant et le plus souvent sous-estimé. La majorité des plantes succulentes sont originaires de régions ensoleillées et ont besoin d’une lumière abondante pour se développer correctement. Une plante grasse privée de lumière ne meurt pas immédiatement - elle s’étiole. Sa tige s’allonge de manière anormale, ses feuilles s’espacent, ses couleurs pâlissent.

Si vous cultivez vos plantes grasses à l’intérieur, placez-les le plus près possible d’une fenêtre bien exposée. Une fenêtre orientée au sud est idéale. Une orientation est ou ouest convient aussi, à condition que la plante reçoive au moins quatre à cinq heures de lumière directe par jour. Attention toutefois aux fenêtres orientées plein sud en été : le verre peut amplifier la chaleur et provoquer des brûlures.

En extérieur, la plupart des succulentes apprécient le plein soleil. Cependant, une plante qui vient de quitter un intérieur ou une serre ne doit jamais être placée brutalement au soleil direct. Le passage doit être progressif, sur deux à trois semaines, en commençant par un emplacement à mi-ombre. C’est particulièrement important au printemps, lorsque le rayonnement solaire s’intensifie après l’hiver.

Diagramme montrant les besoins en luminosité selon l'orientation des fenêtres

Les règles d'or de l'arrosage

L’excès d’eau est la première cause de mortalité des plantes grasses en culture. Comprendre quand et comment arroser est la compétence la plus importante que vous puissiez acquérir. Attendez que le substrat soit sec en profondeur avant d’arroser à nouveau. Ne vous fiez pas à la surface : enfoncez un doigt dans le substrat sur deux à trois centimètres, ou utilisez un pic en bois. S’il ressort humide ou si de la terre y adhère, n’arrosez pas.

Justement, si l’on parle d’arrosage, il y a une règle d’or pour les deux parties : « mieux vaut pas assez que trop ! ». Pour les succulentes, l’arrosage reste modéré tout au long de l’année. Pour les cactées, l’arrosage doit être encore plus sobre avec un arrêt complet de novembre à février. Sinon, vous risquez le pourrissement des racines et donc de la plante.

L’eau du robinet convient dans la plupart des cas. Cependant, si votre eau est très calcaire, elle peut laisser des dépôts blancs sur le substrat et les feuilles, et modifier progressivement le pH du sol. L’eau de pluie est idéale pour les succulentes. Si vous utilisez l’eau du robinet, laissez-la reposer vingt-quatre heures dans un arrosoir ouvert pour permettre au chlore de s’évaporer.

Choisir le bon substrat et le bon contenant

Le substrat est l’élément le plus souvent négligé par les débutants, et pourtant c’est lui qui détermine la survie à long terme de vos plantes grasses. Le terreau universel vendu en jardinerie est trop riche, trop compact et retient trop d’eau pour des succulentes. Cultivées en pleine terre ou en pot, le substrat doit être impérativement drainant. Le terreau « spécial cactus et succulentes » est parfait !

La formule la plus simple et la plus fiable pour un débutant est un mélange à parts égales de trois composants : un tiers de terreau de feuilles bien décomposé (ou de terreau horticole de qualité), un tiers de sable de rivière grossier (granulométrie de deux à cinq millimètres, jamais de sable fin de plage) et un tiers de matériau drainant minéral - pouzzolane, pumice ou perlite.

Le pot idéal pour une plante grasse est percé au fond - c’est une condition non négociable. Sans trou de drainage, l’eau stagne au fond et les racines finissent par pourrir, même avec un arrosage prudent. Pour la culture en pot, privilégiez les pots en terre cuite avec un trou d’évacuation. En tous cas, évitez tous contenants où l'eau stagne car vos plantes grasses détestent l’eau stagnante. Les pots en terre cuite sont les meilleurs alliés des succulentes : poreux, ils permettent au substrat de sécher plus rapidement et offrent une bonne stabilité grâce à leur poids.

Le substrat idéal pour succulentes / substrat facile pour succulentes

Température et rusticité

La plupart de toutes les plantes grasses supportent bien la chaleur. En hiver, préférez les garder au frais et au sec. Une température comprise entre 5 et 15°C est idéale, surtout pour les cactées. Contrairement à une idée reçue, toutes les plantes grasses ne sont pas frileuses. Plusieurs genres de succulentes sont parfaitement rustiques en France métropolitaine et peuvent rester en pleine terre toute l’année, même dans les régions à hivers froids. Les Sempervivum (joubarbes) sont les championnes incontestées de la rusticité : elles supportent des températures inférieures à -20 °C sans protection.

À l’opposé, de nombreuses succulentes populaires en intérieur ne tolèrent pas la moindre gelée. C’est le cas de la majorité des Echeveria, des Kalanchoe, des Adenium (roses du désert), des Pachypodium et des Euphorbia tropicales. Pour ces espèces, la température minimale hivernale se situe entre 5 et 10 °C. Un point crucial souvent oublié : c’est la combinaison froid et humidité qui tue les succulentes, plus que le froid seul.

Zoom sur deux espèces emblématiques

La Crassula (Crassula Ovata) : Originaire d'Afrique du Sud, qu’on appelle aussi Arbre de jade, ou plante de l’argent, et même plante porte-bonheur est une succulente vivace, parfois arbustive. On adore ses feuilles ovales, épaisses, d’un vert brillant souvent bordées de rouge. Les tiges sont épaisses et donnent un aspect de petit tronc. La crassula a besoin de beaucoup de lumière pour rester compacte et colorée. Le plein soleil est toleré mais il faut l’acclimater progressivement. Côté arrosage, de mars à octobre, apportez de l’eau lorsque le substrat est bien sec. De novembre à février, un peu d’eau une fois par mois est suffisant. Si la plante reçoit trop d’eau, les feuilles deviennent molles et les racines pourrissent.

Le Coussin de belle-mère (Echinocactus grusonii) : Appelé le cactus hérisson, est originaire du Mexique, des zones semi-désertiques. Sa croissance est lente et il possède de longues épines, jaunâtres, rigides et très piquantes. Il lui faut le plus d’ensoleillement possible, en intérieur comme en extérieur. S’il résiste bien à la chaleur même au-delà de 35°C, par contre, il supporte le froid seulement jusqu’à 5°C au risque de dépérir s'il gèle. En été, l’arrosage est très modéré, tous les 15 jours environ quand le substrat est sec. En hiver, apportez un peu d’eau tous les 2 mois.

Photographie comparative d'une Crassula Ovata et d'un Echinocactus grusonii

Gestion des parasites et problèmes de santé

Les parasites souvent observés sont les cochenilles et les acariens qui se développent dans des environnements chauds, secs et peu ventilés. Les cochenilles farineuses se présentent comme de petits amas cotonneux blancs à l’aisselle des feuilles ou sur les racines. Les cochenilles à bouclier forment de petites écailles brunes collées sur les tiges et les feuilles. En cas d’infestation légère, un nettoyage à l’alcool isopropylique appliqué au pinceau ou au coton-tige suffit. Pour les infestations plus sévères, un traitement à base d’huile de neem ou d’huile blanche minérale est efficace.

La pourriture est l’ennemi numéro un. Elle est causée par des champignons du sol qui prolifèrent dans un substrat trop humide et mal drainé. La pourriture se manifeste par un ramollissement des tissus à la base de la tige ou des racines, souvent accompagné d’un noirement. Si vos plantes brunissent, il s’agit probablement d’un excès d’eau. Au contraire, si elles sèchent, elles ont besoin d’être hydratées rapidement. Les feuilles rougissent ? Gare aux coups de soleil ! Déplacez-les à l’ombre quelque temps.

Multiplication et entretien courant

L’un des plaisirs de la culture des succulentes est la facilité avec laquelle on peut les multiplier. Le bouturage de feuille fonctionne particulièrement bien avec les Echeveria, les Sedum, les Crassula et les Kalanchoe. Détachez délicatement une feuille saine de la plante mère en effectuant un mouvement latéral net. Laissez la feuille sécher à l’air libre pendant deux à trois jours, jusqu’à ce que la plaie forme un cal cicatriciel. Posez ensuite la feuille à plat sur un substrat légèrement humide.

Pour les espèces arbustives ou rampantes - Crassula, Senecio, Euphorbia, Aeonium - le bouturage de tige est plus rapide. Coupez un segment de tige de cinq à dix centimètres avec un outil propre et tranchant. Laissez la bouture sécher quelques jours pour que la coupe cicatrise, puis plantez-la dans un substrat drainant. Si vous perdez vos racines à cause de l'humidité, vous pouvez couper la partie saine, laisser cicatriser, et replanter dans un substrat sec sans arroser tant que les racines n'ont pas repris. Pour savoir si c'est raciné, tirez très légèrement sur la tige : si ça résiste, c'est que les racines sont présentes.

Enfin, il ne faudra pas oublier d’apporter des fertilisants de temps en temps. C’est indispensable pour bien nourrir vos plantes, qui n’ont pas beaucoup de nutriments à disposition dans le petit volume de terre de leur pot. Apportez de l’engrais uniquement pendant la période de croissance active, c’est-à-dire du printemps au début de l’automne. Ne fertilisez jamais en hiver, lorsque les plantes sont en dormance. Un engrais liquide pour cactées et plantes grasses, dilué à la moitié de la dose recommandée par le fabricant, est le choix le plus sûr.

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