La santé des abricotiers est une préoccupation majeure pour tout jardinier, et les maladies qui s'installent sournoisement dans les vergers peuvent anéantir une récolte. Parmi ces affections, le pourridié des racines, souvent méconnu, représente une menace redoutable pour la survie de votre Prunus armeniaca. Ce guide pratique explore en détail cette pathologie, ses origines, ses signes distincts et les mesures préventives et curatives à adopter pour préserver la vitalité de vos arbres.

Comprendre le Pourridié : Un Ennemi Insidieux des Racines
Le pourridié n'est pas une maladie unique, mais un terme générique décrivant le pourrissement du système racinaire. Il est principalement causé par des champignons pathogènes, bien que des bactéries puissent aussi être en cause. Ces champignons attaquent le bois et entrent souvent par des blessures aux racines. Le principal responsable de cette affection chez l'abricotier est l'armillaire couleur de miel (Armillaria mellea), mais d'autres espèces, comme Armillaria ostoyae (syn. Armillaria obscura) avec un chapeau plus foncé et moins plat, ou certains Rosellinia sur les arbres fruitiers à noyau, peuvent également être impliquées.
Ces champignons sont présents dans le sol et se développent au contact du bois mort. D'abord, des filaments blancs microscopiques, appelés mycélium, se développent dans le sol pour former par la suite des filaments (des rhizomorphes) capables de s'enrouler autour des racines d'un arbre à proximité et de les faire pourrir. Le champignon se propage d'abord dans l'écorce superficielle de la racine. À ce stade, l'hôte peut encore résister à l'infection en produisant de nouveaux tissus. L'issue dépend des ressources de chacun des deux protagonistes. Petit à petit, c'est tout le système racinaire qui est touché, jusqu'à la base du tronc, le champignon s'insérant entre l'écorce et le bois, entraînant à terme la mort de l'arbre. Le pourridié, ou armillaire, est un champignon extrêmement fréquent en forêt où il peut se développer sur des végétaux en décomposition. Sa dispersion s’effectue par l’intermédiaire d’organes en forme de filaments qui s’étirent dans le sol, notamment si celui-ci est humide, et peuvent entrer en contact avec les racines d’un arbre proche, particulièrement dans le cas d’une replantation.
Causes et Facteurs Favorisants
La pourriture des racines est l'une des maladies les plus redoutées pour un abricotier, car elle attaque directement ses fondations. Comprendre les origines du problème est la première étape vers la guérison. Plusieurs facteurs peuvent favoriser le développement du pourridié :
- Arrosage excessif et sols humides : C'est la cause numéro un. L'eau stagne au pied de l'arbre, les racines pourrissent par manque d'oxygène, stoppant net la circulation de la sève. Un sol lourd et un drainage insuffisant créent un environnement propice à la prolifération du champignon. Le pourridié se développera plus facilement dans un milieu humide et trop riche en matière organique.
- Présence de bois mort dans le sol : Le champignon armillaire est essentiellement saprophyte, c'est-à-dire qu'il utilise les racines mortes comme source de nourriture. L'enfouissement de bois mort lors de travaux de terrassement ou la présence de souches et de grosses racines enterrées peuvent servir de foyers d'infection.
- Végétaux affaiblis : Les arbres et arbustes vulnérables sont plus à même d'être attaqués par ce champignon. Les autres végétaux en parfaite santé sont capables de lutter. Un arbre ou arbuste bien nourri est la meilleure garantie pour lutter contre les maladies.
- Blessures aux racines ou au collet : Les travaux à proximité des arbres peuvent occasionner des blessures qui ouvrent la porte au champignon. Les blessures de taille mal cicatrisées sont également des points d'entrée favorables.
- Apport fréquent de fumier de ferme : L'apport fréquent de fumier de ferme est favorable à la germination des spores de d'armillaire.
- Replantation sur un ancien site contaminé : Ne replantez pas à l'emplacement d'un ancien arbre mort d'une affection racinaire. Si vous y êtes contraint, attendez plusieurs années (ou si vous le pouvez, renouvelez une partie de la terre). Le champignon peut persister plusieurs années dans les grosses racines enterrées.
Symptômes et Diagnostic Précoce
Le diagnostic précoce est la seule arme efficace du jardinier. Les signes de la pourriture racinaire sont souvent visibles au-dessus du sol avant de pouvoir examiner les racines.
Sur la partie aérienne de l'arbre :
- Dépérissement généralisé : Le dépérissement commence par atteindre les rameaux les plus jeunes ou proches de la cime. Une croissance ralentie est un signe précurseur : l'arbre ou l'arbuste n'a plus assez de force pour lutter contre la maladie et poursuivre sa croissance.
- Feuillage altéré : Le premier signal d'alarme est souvent un jaunissement des feuilles qui n'est pas lié à l'automne. Les feuilles peuvent ensuite flétrir, devenir molles et tomber prématurément. Elles se colorent précocement à l'automne. Vous observerez également que le feuillage semble moins dense en été.
- Chute précoce des feuilles : Les dépérissements se repèrent souvent par la chute précoce des feuilles des arbres atteints.
- Rameaux et branches dépérissants : Les rameaux dépérissent, des branches meurent, et en plein été, certaines branches peuvent sécher d'un côté de la couronne.
- Dépérissement brutal : Un dépérissement brutal évoque souvent l’asphyxie racinaire.
- Tenue aux vents réduite : La tenue aux vents des arbres touchés par ces infections peut être réduite.

Sur le tronc et les racines :
- Décollement de l'écorce au pied de l'arbre : Les champignons responsables de ces attaques entraînent le pourrissement des racines qui est parfois observable directement par le décollement de l’écorce au pied de l’arbre. Si vous tentez de décoller l’écorce du tronc au niveau du collet, vous apercevrez un feutrage blanc sous l'écorce accompagné d’une odeur de champignon.
- Présence de filaments (rhizomorphes) sur les racines : Plus difficilement, on peut repérer sur les racines de l'arbre en surface les filaments (les rhizomorphes) qui s'enroulent autour et les font pourrir. On observe alors un phénomène de décomposition des racines.
- Racines endommagées : Pour confirmer vos doutes, il faut examiner les racines. Dégager précautionneusement la base du tronc pour observer si les départs de racines ont une allure saine. Des racines saines sont fermes et de couleur claire (blanchâtres ou brunes). Des racines pourries sont molles, noirâtres ou brun foncé, et se désagrègent au toucher. Une attaque de pourridié se caractérise par une couleur noire et une texture gluante des racines. Les racines deviennent brunes, cassantes.
- Bouquets de champignons : On distingue enfin à l'automne, et c'est un signe qui ne trompe pas mais il est souvent trop tard, une colonie de champignons (les armillaires) au pied des arbres atteints et sur le tronc. Ce sont principalement des champignons de 15 à 20 cm de long, à lames, plats et de couleur miel (Armillaria mellea) ou un chapeau plus foncé et moins plat (Armillaria obscura, syn. Armillaria ostoyae). Ces champignons poursuivront leur propagation à l'aide des spores. La présence de carpophores d’armillaire couleur de miel alignés au-dessus d’une racine infectée est le caractère déterminant.

Échelle de gravité :
Les champignons qui attaquent les racines des arbres mènent toujours à plus ou moins long terme à la mort de l'arbre. La dégradation des racines entraîne un mauvais approvisionnement en eau de l'arbre qui est affaibli. Un risque indirect réside dans la chute de l'arbre dont le soutien disparaît.
Autres Maladies des Abricotiers à Surveiller
Bien que le pourridié soit une menace sérieuse, d'autres pathologies peuvent affecter les abricotiers. Un diagnostic précoce est essentiel pour toutes ces affections :
- Moniliose (Monilia laxa) : Fait partie des maladies qui s'installent sournoisement dans votre verger. Les fleurs brunissent soudainement mais restent pourtant accrochées. Selon l’encyclopédie e-phytia de l’INRAe, le champignon Monilia laxa est un bioagresseur majeur des fleurs et fruits. À l’approche de la maturité, les fruits pourrissent en présentant des cercles concentriques grisâtres avant de se transformer en “momies” sèches.
- Criblure ou Coryneum : Le feuillage présente d’abord de petites taches pourpres. Celles-ci se transforment vite en trous circulaires nets. Votre arbre semble alors avoir reçu des plombs de chasse. Ce symptôme est la signature de la criblure à Coryneum, une maladie cryptogamique fréquente au printemps. Le champignon provoque d’abord de petites taches pourpres qui se nécrosent et finissent par tomber, laissant le feuillage comme s’il avait reçu une charge de plomb.
- Cloque : Les jeunes feuilles s’épaississent et s’enroulent bizarrement. Elles prennent une teinte rougeâtre ou vert pâle très caractéristique. Ce champignon infecte les tissus dès l’apparition des jeunes feuilles, les rendant épaisses, boursouflées et colorées d’un rouge violacé caractéristique. Bien que spectaculaire, vous pouvez limiter les dégâts en retirant manuellement les feuilles atteintes avant leur chute.
- Gommose : Se manifeste par des boules de sève ambrée. C’est une réaction de défense de l’arbre. Cette sécrétion visqueuse est une réaction de défense de l’arbre face à une agression. Elle signale souvent un stress, une blessure de taille mal cicatrisée ou une attaque de chancre bactérien.
- Maladie du plomb : Inquiète souvent. Les feuilles prennent un reflet métallique argenté.
- Sharka (Plum Pox Virus) : Est un virus redoutable. Elle déforme les fruits et crée des anneaux sur les feuilles. La Sharka est une maladie virale gravissime et incurable transmise par les pucerons ou par du matériel végétal contaminé. Attention, c’est une pathologie à lutte obligatoire : il n’existe aucun traitement curatif. L’arrachage est souvent la seule solution.
- Chlorose ferrique : Jaunit le feuillage.
Les chancres des arbres fruitiers à noyaux - Canker diseases of stone fruit
Prévention : La Clé de la Santé Durable de l'Abricotier
La prévention est toujours préférable au traitement. Pour éviter ces drames, tout commence bien avant la plantation.
Avant la plantation :
- Choix du porte-greffe : Choisissez un porte-greffe adapté à votre terre. Un sol lourd demande de la vigueur.
- Emplacement idéal : L’emplacement doit être ensoleillé et aéré. L’exposition plein sud limite l’humidité.
- Drainage du sol : Le drainage évite l’asphyxie racinaire et réduit le risque de pourriture des racines. Un mélange de terreau léger et drainant, auquel vous pouvez ajouter du sable grossier ou de la perlite, est recommandé.
- Espacement des arbres : L’espace entre les troncs garantit l’aération, ce qui limite le développement du champignon.
- Éviter l'enfouissement de bois mort : N’enfouissez jamais de bois mort notamment lors de travaux de terrassement de votre jardin.
Entretien régulier :
- Arrosage raisonné : Arrosez avec parcimonie : laissez le substrat sécher en surface entre deux apports d'eau. Évitez les soucoupes pleines d'eau stagnante. Un arrosage maîtrisé renforce leur défense naturelle.
- Taille adaptée : Taillez en été, c’est la taille de formation en vert. La cicatrisation est bien plus rapide qu’en hiver. Une taille régulière renforce la défense naturelle des arbres.
- Hygiène des outils : Désinfectez vos lames à l’alcool. Un outil propre sauve des arbres et évite la propagation de maladies d'un arbre à l'autre.
- Mastic de cicatrisation : Appliquez un mastic de cicatrisation sur les grosses coupes. C’est une barrière physique indispensable contre les entrées favorables aux champignons.
- Éviter les blessures : Évitez les travaux à proximité de vos arbres, les blessures sont des entrées favorables aux champignons. Le collet sous du paillage épais réduit déjà beaucoup le risque de blessures et d'entrée du champignon.
- Gestion des apports de fumier : Évitez l’apport fréquent de fumier de ferme qui est favorable à la germination des spores de d’armillaire.
- Surveillance accrue : Maîtriser les maladies des abricotiers exige une vigilance accrue. Surveillez la moniliose et repérez les signes dès le débourrement.

Traitements et Mesures Curatives
Quand la prévention ne suffit plus, il faut agir rapidement. Il n’existe aucun traitement réellement efficace contre le pourridié une fois qu'il est bien installé. Cependant, des mesures peuvent être prises pour tenter de ralentir sa progression ou d'éliminer les foyers d'infection.
En cas d'infection avérée :
- Inspection et élimination des parties atteintes : La meilleure solution est encore de s'attaquer à la source et d'éliminer le bois atteint par ce champignon (y compris les racines). Inspectez soigneusement le système racinaire. À l'aide d'un sécateur désinfecté, coupez toutes les racines molles, noires ou pourries.
- Élimination de l'arbre et de la souche : Si la taille de l’arbre le permet, arrachez et brûlez les arbres atteints, y compris le système racinaire. N’oubliez pas non plus de supprimer la souche (de manière mécanique de préférence) car c'est un foyer idéal pour ce champignon. L’arrachage n’est généralement envisageable que s’il s’agit d’arbustes ou d’arbres de taille très modeste. Il est alors possible de louer un treuil manuel permettant d’arracher la souche, non sans efforts, et à condition de trouver un solide point d’ancrage.
- Traitement des souches pour les rendre inoffensives :
- Brûlage de la souche : Faire brûler la souche, avec l’aide d’un produit favorisant la combustion des racines à l’intérieur même du sol, est plus simple. Il faut d’abord percer des trous de 10 à 20 centimètres de profondeur, avec la plus grosse mèche dont vous disposez, sur tout le pourtour de la souche (attention tout de même à ne pas percer trop profond, pour que le produit reste bien dans la souche et n’aille pas dans la terre). Ces orifices sont ensuite remplis avec du salpêtre (ou nitrate de potasse). Couvrez la souche d’un film plastique pour éviter dilution et lessivage par la pluie. Pour une souche importante, ajoutez du salpêtre dans les trous trois mois après. Au bout de cinq à six mois, tout sera bien imprégné. Rassemblez alors sur la souche quelques brindilles, un peu de bois mort, et mettez le feu.
- Dévitalisation chimique de la souche : Plus facile encore : la dévitalisation de la souche. Deux produits chimiques simples, de faible toxicité, en vente en jardinerie, sont utilisables : le chlorate de soude (à raison d’1 gramme par centimètre de diamètre de souche) ou le sulfamate d’ammonium (3 grammes par centimètre). On préférera le chlorate de soude, nettement moins cher, qui agit à plus faible dose, et se dégrade en chlorure de sodium (sel).
- Élimination de la terre contaminée : Le champignon se propage très facilement dans le sol. Il est donc nécessaire d’enlever la terre atteinte sur une profondeur de 50 cm. Et laissez ainsi le trou à l’air libre pendant un an (les champignons n’aiment pas l’air et la lumière).
- Période de jachère : Évitez de replanter des arbres et arbustes à cet endroit. Installez des annuelles à la place pendant 4 ans, avant de replanter des ligneux.
- Rempotage pour les jeunes arbres : Laissez les racines saines sécher à l'air libre pendant quelques heures. Arrosez très modérément après le rempotage et placez l'arbre à l'ombre partielle le temps de la reprise. Le traitement le plus efficace consiste à retirer toutes les parties racinaires pourries, à désinfecter les coupes, puis à rempoter l'arbre dans un substrat frais et bien drainant. Réduisez fortement les arrosages pendant la convalescence.
Mesures complémentaires (pour d'autres maladies mais parfois utiles en renforcement général) :
- Traitement au cuivre : Le cuivre reste un allié précieux. Appliquez-le à la chute des feuilles en automne et juste avant le gonflement des bourgeons au printemps. Maîtrisez bien votre dosage bouillie bordelaise pour 1 litre afin d’éviter de brûler les tissus. Un surdosage abîme l’écorce. Le traitement au cuivre doit être raisonné pour ne pas saturer le sol.
- Décoction de prêle : Est efficace. Elle renforce la cuticule des feuilles grâce à sa silice.
- Infusion de raifort ou feuilles d'oseille : Pour stopper la gommose, frottez les plaies avec des feuilles d’oseille. L’infusion de raifort fonctionne aussi.
Face aux abricotiers maladies, l’étude du projet MIRAD prouve que la gestion biologique demande une vigilance accrue. Appliquez vos soins naturels dès le débourrement pour fortifier durablement vos arbres. La clé est un arrosage raisonné (laisser sécher la terre) et un excellent drainage. Les végétaux en bonne santé seront plus aptes à se défendre contre le pourridié que des arbres affaiblis par un environnement trop riche et excessivement humide.
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