Le rôle du tuteur de stage est fondamental dans le parcours d'apprentissage d'un étudiant ou d'un apprenti. Il représente souvent la porte d'entrée vers le monde professionnel, offrant un accompagnement essentiel pour le développement des compétences et l'intégration au sein d'une entreprise. Cependant, cette mission, bien que gratifiante, n'est pas sans défis et peut parfois générer une pression significative, voire mener à des situations toxiques, tant pour le tuteur que pour le stagiaire. Comprendre la nature de cette pression, ses origines, ses conséquences et les solutions pour y remédier est crucial pour garantir le succès des dispositifs de tutorat.
Le Rôle du Tuteur : Un Pilier de l'Apprentissage
Le tuteur de stage est un professionnel expérimenté, volontaire, qui dispose d’une expérience professionnelle suffisamment importante pour accompagner un stagiaire et est détenteur d’un diplôme au moins équivalent à celui préparé par l’apprenant. Au-delà de ses compétences techniques, il doit posséder des compétences relationnelles et pédagogiques. Son rôle est multiple : il accueille, intègre, guide et évalue le stagiaire ou l'apprenti.

Selon l'Annexe 3 de l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d’État d’infirmier, la "fonction pédagogique" des tuteurs de stage infirmier est clairement définie. Elle implique l'identification de situations apprenantes où « des situations professionnelles apprenantes sont choisies avec des professionnels en activité ». Le tuteur doit également évaluer la progression des étudiants dans l’acquisition des compétences, et, en collaboration avec les professionnels de proximité et le maître de stage, contribuer à la validation ou non de l’acquisition des compétences de l’étudiant sur le lieu de stage. Un aspect crucial est l'accompagnement de la pratique réflexive, où « le retour sur la pratique, la réflexion et le questionnement sont accompagnés par un professionnel chargé de la fonction tutorale et un formateur. Ceci contribue à développer chez l’étudiant la pratique réflexive nécessaire au développement de la compétence infirmière ».
De manière plus générale, le tuteur a une fonction fondamentale d’accueil et d’intégration. Il doit se rendre disponible pour répondre aux questions du stagiaire et s’assurer de la bonne compréhension de ce qu’il lui apprend. Il est un conseiller, apportant ses conseils au stagiaire pour sa bonne assimilation des méthodes de travail et des notions clés.
La Complexité du Tutorat : Une Relation Triangulaire
Le tutorat est une relation complexe qui ne se limite pas à l'interaction entre le tuteur et l'apprenti. François Gabaut, formateur chez Proactive Academy, souligne que « pour que le tutorat fonctionne bien, il faut que la relation avec l’école soit sereine. Et, bien souvent, il n’y a pas suffisamment d’interactions entre les professeurs et les tuteurs ». Il s'agit donc d'une relation triangulaire impliquant le jeune (apprenti et élève), l'entreprise et l'école. Pour débloquer rapidement les situations délicates, la relation entre ces trois acteurs doit être fluide.
Les entreprises recrutent souvent des apprentis pour répondre à des besoins, mais elles oublient qu’un apprenti est également un élève qui doit valider un diplôme. Le manque de formation des tuteurs est une cause majeure d'échec, comme en témoigne l'expérience d'une entreprise qui avait entre 30 et 50 % d’échec avec les jeunes qui passaient leur diplôme en raison de tuteurs pas suffisamment formés, qui ne savaient pas comment gérer le tutorat et accompagner les apprentis dans la réussite de leur diplôme. Après avoir fait appel à un formateur, l’entreprise a vu son taux d’échec baisser pour ne plus dépasser les 10 %.
L'accompagnement d'un apprenti exige un travail en amont. Sans une bonne préparation, la situation peut rapidement se dégrader. L'exemple d'un jeune en école de commerce, qui s'est retrouvé sans entreprise après une période d'essai difficile due à un décalage entre ses attentes et les missions proposées, illustre l'importance d'une préparation adéquate.
Le Tutorat
Les Conséquences de la Pression et des Situations Toxiques en Tutorat
La voie de l’apprentissage est parfois semée d’embûches, marquée par un manque de communication, des incompréhensions ou une absence de reconnaissance. Ces difficultés peuvent engendrer une pression excessive sur le tuteur et, si elles ne sont pas gérées, transformer l'expérience de stage en un cauchemar pour le stagiaire.
Pour le Stagiaire : Un Environnement Dégradant
Un tuteur de stage insupportable peut générer une pression excessive, des comportements dégradants et un manque de soutien, rendant difficile pour le stagiaire de trouver sa place et d’assurer ses missions sereinement. Un comportement toxique peut prendre diverses formes, allant de remarques dénigrantes qui minent le moral à une critique incessante qui ne permet pas de s'améliorer. Le stagiaire peut se sentir constamment sous pression, avec des attentes démesurées et des délais impossibles à tenir. Le manque de respect dans le travail, des critiques injustifiées ou des tâches sans importance sont également des signes alarmants. L'absence de retour positif, le découragement systématique, le blâme et l'isolement au sein de l'équipe peuvent également caractériser un environnement toxique. Ces situations nuisent à l'épanouissement du stagiaire et peuvent le faire douter de ses capacités.
Les conséquences sur la santé physique et mentale du stagiaire peuvent être importantes. Le stress lié à un environnement de travail toxique peut entraîner une baisse de moral visible, une appréhension à venir au travail et, à terme, la rupture du contrat.
Pour le Tuteur : Une Mission Éprouvante
La pression ne pèse pas uniquement sur le stagiaire. Le tuteur peut également se sentir dépassé par la mission, surtout si un manque de formation initiale le laisse démuni face aux défis du tutorat. Un tuteur pas suffisamment formé peut ne pas savoir comment gérer le tutorat et accompagner les apprentis dans la réussite de leur diplôme. Si tout repose sur ses seules épaules, sans le soutien d'une équipe ou des ressources adéquates, la tâche peut devenir écrasante.
Le tuteur peut être confronté à des conflits d'intérêts si la répartition des missions n'est pas claire, se demandant si c'est lui ou le manager qui doit confier des responsabilités au jeune ou évaluer son travail. Un suivi défaillant, faute d'outils appropriés ou d'entretiens réguliers, ajoute également à la difficulté de la mission.
Identifier les Signaux d'un Tutorat en Difficulté
Les premiers signes qu’un tutorat se passe mal sont souvent subtils mais révélateurs. Il est crucial de les détecter tôt pour pouvoir redresser la barre facilement. Les signaux les plus fréquents incluent :
- Retards répétés ou absences injustifiées de l'alternant.
- Communication qui se réduit entre le tuteur et le stagiaire, ou entre le stagiaire et l'équipe.
- Missions effectuées sans entrain ou bâclées.
- Plaintes informelles côté tuteur ou côté équipe.
- Baisse de moral visible chez le stagiaire.
- Appréhension à venir au travail de la part du stagiaire.

Plus ces signes sont détectés tôt, plus il est possible d'agir efficacement. La pire erreur est d’attendre que la situation se résolve d’elle-même, car sans intervention, elle dégénère presque toujours vers une rupture de contrat.
Solutions pour Redresser un Tutorat en Difficulté
Un tutorat en difficulté n’est pas une fatalité. La rupture de contrat est presque toujours évitable si l'on agit vite et au bon endroit. François Gabaut propose 5 leviers pour redresser un tutorat en difficulté :
1. Former le Tuteur
Il est primordial de choisir une personne à la fois pour son expertise et pour son relationnel. Un tuteur doit être volontaire et avoir des compétences relationnelles d’accompagnement, voire des compétences pédagogiques. Si la situation entre l’apprenti et son tuteur semble se compliquer, il est essentiel de se tourner rapidement vers une formation au tutorat en entreprise. Des formations comme celle proposée par la Croix-Rouge, intitulée "Tuteur de stage : rôle et mission", permettent d'optimiser l’accueil des apprenants et d'organiser leur parcours de stage en fonction de leurs objectifs d'apprentissage et de la réalité du terrain. Des sessions de formation sont proposées dans plusieurs villes comme Laval et Chambray-lès-Tours, pour un coût de 600 € net de taxe. La FFMAS, par exemple, accompagne ses adhérents à devenir des tuteurs de stage d’excellence en bénéficiant d’une formation sur-mesure, à jour des derniers référentiels de diplômes métiers, encourageant l'utilisation du CPF.
Le tuteur formé doit être capable de prendre de la distance par rapport à la pratique, peut-être « routinière », et porter un regard sur « l’activité pédagogique de tuteur en entreprise », dans le cadre d’une activité réflexive. Cela lui permet de dégager des points de repère qui lui permettront de diversifier ses modes d’encadrement et d’accompagnement, mais surtout d’identifier les contenus des missions à proposer. Il pourra analyser les écarts entre les objectifs prévus et réalisés, entre les effets attendus et les résultats obtenus, entre ces résultats et les situations d’apprentissage du stagiaire, et ainsi obtenir une meilleure lisibilité de ses pratiques professionnelles.
2. Mobiliser une Équipe
Le tutorat est un travail d’équipe qui réunit les RH, le manager, le tuteur de référence et des collaborateurs qui peuvent prendre en charge le jeune. Ces tuteurs de compétences ont un rôle important à jouer dans le bon déroulement de l’apprentissage. L'apprenti a parfois besoin d’une expertise que son tuteur ne possède pas. Si le tutorat se passe mal, il faut mobiliser l’ensemble de cette équipe pour trouver les meilleures solutions et recadrer l’accompagnement de l’apprenti. Cette mobilisation aurait dû être préparée dès la phase d’accueil et d’intégration de l’alternant, car c’est souvent là que les bases d’une équipe tutorale solide se posent. Le référent professionnel, qu'il soit tuteur de proximité, référent professionnel dédié ou maître d'apprentissage, peut être le chef de l'entreprise ou un salarié, et sa mission est de contribuer à l’acquisition par l’apprenti des compétences nécessaires à l’obtention du titre ou du diplôme préparé, en liaison avec le CFA.
3. Réorganiser les Missions du Tuteur
Afin d’éviter les conflits d’intérêt, le tuteur doit bien identifier sa mission : « Est-ce lui ou le manager qui se charge de confier des responsabilités au jeune ? Est-ce lui qui fait l’évaluation du travail ? ». Si la répartition des missions ne semble pas adaptée au tutorat, il est nécessaire de réorganiser les tâches de chacun pour que l’accompagnement de l’apprenti puisse se dérouler dans de bonnes conditions. Le tuteur doit pouvoir se consacrer à la fonction pédagogique tout en restant disponible et à l’écoute.
4. Trouver les Bons Outils
Le tuteur doit accompagner l’apprenti grâce à des outils de pilotage mis en place à partir du référentiel du diplôme et de la fiche de poste. Pour aider le jeune dans sa progression, il construit un programme de montée en compétences de la tâche la plus simple à la plus complexe. Ces outils de pilotage permettent aussi d’anticiper les activités à venir. Si ce n’est pas encore fait, il est essentiel de partir en quête de l’outil qui permettra de garder le cap.
5. Organiser des Entretiens Réguliers
Pour s’assurer que l’apprentissage se déroule dans de bonnes conditions, il faut planifier régulièrement des entretiens : un par semaine au début, puis une fois par mois après plusieurs semaines. Lors de ces entrevues, il s'agit d'évoquer le travail en lui-même, mais aussi le ressenti du jeune : s'il se sent intégré, s'il rencontre des difficultés. Ces entretiens sont indispensables pour un tutorat réussi. Pour structurer ces rituels dans la durée, un suivi régulier de l’apprenti par le tuteur est recommandé.
Gérer un Comportement Toxique : Le Point de Vue du Stagiaire
Si un stagiaire est confronté à un comportement toxique, il existe des astuces pour rendre la situation plus supportable et trouver des solutions à long terme.
D'abord, il est important de se souvenir que le comportement du manager est souvent le reflet de ses propres problèmes et insécurités et n'est pas une attaque personnelle. Le stagiaire n'a rien à se reprocher. Il est crucial de fixer des limites claires et de les faire respecter. Refuser poliment mais fermement une tâche qui met mal à l'aise ou qui dépasse les compétences est un droit.
Consigner à l’écrit toutes les interactions problématiques (dates, lieux, paroles, problème rencontré) est précieux pour toute démarche ultérieure. Surtout, ne pas s’isoler et trouver un interlocuteur de confiance en interne est primordial.
Le stress lié à un environnement toxique peut avoir des conséquences importantes sur la santé physique et mentale. Il est essentiel de s'accorder des moments de détente, de pratiquer une activité physique et d'en parler à des proches et à un professionnel de la santé. Des techniques de gestion du stress, comme la respiration profonde ou la méditation, peuvent aider à garder son calme face à des situations tendues.
Quand et à Qui Parler d'un Tuteur au Comportement Toxique ?
Il est préférable de réagir dès que le malaise se fait sentir. Plus on attend, plus il sera difficile d'en parler et plus les conséquences sur le bien-être risquent d'être lourdes. Le stagiaire peut tenter d'expliquer calmement et clairement ce qui le dérange à son tuteur, en utilisant le "je" pour exprimer ses sentiments.
Si le tuteur n'est pas réceptif ou si le stagiaire ne se sent pas à l'aise d'en parler avec lui, il peut se tourner vers un manager au-dessus de lui ou directement vers le service des ressources humaines. Puisque le stage se fait dans le cadre de la formation, le responsable pédagogique de l'établissement peut aussi offrir une écoute attentive et servir d’intermédiaire pour apaiser la situation.
Observer et écouter ce qui se dit durant les pauses peut révéler que d'autres collègues ou stagiaires vivent la même chose. Se soutenir mutuellement et coordonner la prise de parole auprès d'un supérieur hiérarchique peut permettre de mettre à plat le mal-être général. Le stagiaire a le droit à un environnement de travail sain et respectueux.
La Rupture du Contrat : Quand elle Devient Inévitable
Quand malgré tous les efforts les solutions ne suffisent pas et que la rupture devient inévitable, il existe un guide complet sur la rupture du contrat d’apprentissage pour respecter la procédure. Si après plusieurs semaines de travail correctif la situation n'évolue pas, il est temps d'envisager une rupture du contrat dans des conditions négociées. C'est rarement un échec personnel, mais souvent un mauvais matching entre l'apprenti, l'entreprise et le métier. Mieux vaut une rupture saine et précoce qu'un parcours subi jusqu'au bout.
Vivre un stage avec un tuteur toxique est une épreuve exténuante. Mais cette expérience peut permettre d’apprendre à identifier les signes de comportements nuisibles, à poser des limites et à demander de l’aide. Même si le stage ne s’est pas passé comme espéré, cela ne définit ni la personne, ni sa capacité à réussir.
L'Importance de l'Accompagnement et du Soutien
La recommandation révisée du Conseil propose que les structures d’accueil des stagiaires désignent un mentor pour apporter aux stagiaires un accompagnement et des conseils ciblés. Il ne s'agit pas simplement d'accueillir et d'accompagner le stagiaire, mais de lui apporter un soutien et un accompagnement en vue de son développement personnel et de son intégration dans l’environnement de travail. Il est important d’encourager le stagiaire. Les tuteurs sont les référents par excellence au sein des structures d’accueil, les alliés et les meilleurs guides des stagiaires. La création d’une relation spéciale, caractérisée par une charge affective propre au tutorat, favorise les phénomènes d’identification mutuels. Ce vécu commun permet l'intégration des tutorés aux collectifs de travail et aux organisations, et plus largement l'adoption par ceux-ci des règles, des attitudes et des valeurs des groupes dans les activités desquelles ils se trouvent engagés.
