Utilisation du Bacillus thuringiensis comme solution de biocontrôle contre les tordeuses de la grappe et autres ravageurs

La gestion durable des ravageurs dans les vignobles et les jardins est devenue une priorité majeure, tant pour les professionnels que pour les particuliers. La réduction de l’utilisation des insecticides chimiques est devenue un objectif aussi bien pour le personnel des vignobles que pour les consommateurs et l’environnement. Dans ce cadre, des solutions alternatives sont disponibles dans la liste des produits phytopharmaceutiques de biocontrôle. Parmi ces outils, le Bacillus thuringiensis (Bt) s'impose comme une solution biologique de référence pour protéger les cultures contre les lépidoptères nuisibles.

Schéma illustrant le cycle de vie des tordeuses de la grappe et les stades d'intervention biologique

Comprendre les menaces : les tordeuses de la grappe

En Europe, les espèces de tordeuses les plus nuisibles en Europe sont eudémis (Lobesia botrana) et cochylis (Eupoecilia ambiguella). La lutte conventionnelle contre ces ravageurs nécessite en général une utilisation de 1 à 3 traitement(s) insecticide(s) par an. À Bordeaux, par exemple, les tordeuses de la grappe se développent sur 2 générations pour la cochylis et 3 à 4 générations pour l’eudémis.

En première génération (G1), les larves attaquent les boutons floraux qu’elles agglomèrent à l’aide d’un fil de soie, formant des glomérules. Ces attaques ont en général une influence faible sur le poids et la qualité de la récolte, sauf sur des cépages sensibles à la coulure. En deuxième et troisième générations (G2 et G3), les larves pénètrent immédiatement dans une baie après l’éclosion, se nourrissent de la pulpe, puis très souvent quittent leurs galeries et s’attaquent aux baies voisines, regroupant celles endommagées par de la soie en foyer larvaire caractéristique. Les chenilles vont ainsi engendrer un risque de contamination des grappes par les champignons responsables de la pourriture grise ou acide.

Le Bacillus thuringiensis : mécanisme d'action et spécificités

Le Bacillus thuringiensis (Bt) est une bactérie Gram + qui synthétise une protoxine enveloppée dans un cristal. Ce complexe de protéines doit être ingéré par l’insecte pour être toxique. Le cristal solubilisé par les sucs digestifs libère la toxine qui perfore la paroi intestinale. Ce mode d'action provoque chez les larves de chenilles un arrêt de leur alimentation et ainsi leur mort.

Le Bacillus thuringiensis est une bactérie que l’on retrouve dans pratiquement tous les sols, l’eau, l’air et le feuillage des végétaux. Certaines sous-espèces et souches de Bt produisent des protéines cristallines toxiques contre les lépidoptères. Lors de l’ingestion de matériel végétal ayant reçu du Bt, ces toxines vont se libérer dans le système digestif des chenilles, causant un arrêt rapide de l’alimentation et la mort. Le Bt agit rapidement (24-48h) et se dégrade naturellement sans laisser de résidus.

Utilisation du BT (Bacillus thuringiensis) contre une attaque sur le moringa

Stratégies d'application au vignoble

Le positionnement du Bt nécessite une observation rigoureuse des stades de ponte pour intervenir au stade tête noire. Un traitement appliqué trop tôt (sur les premières pontes) ou trop tard entraînera l’échec de la stratégie. Le Bt présente une sensibilité aux rayonnements UV et au lessivage (au-delà de 20 mm). En fonction des conditions météorologiques, sa persistance d’action peut varier entre 7 et 12 jours. Une pulvérisation localisée sur les grappes est nécessaire pour obtenir des résultats satisfaisants, avec un volume par hectare conseillé de l’ordre de 100-200 L/ha.

Le projet FranceAgrimer BIOTOR a permis d’étudier entre 2016 et 2018 les produits de biocontrôle homologués contre les tordeuses de la grappe. La stratégie Bt consistait à appliquer en G2 ou G3 du Dipel DF® au stade tête noire puis à renouveler avec du Xentari® 10 jours plus tard. Sur les 3 ans d’essais, le Bt obtient en moyenne une réduction de la fréquence d’attaque de 33% et une réduction du nombre de perforations des baies de 53%, par rapport au témoin non traité.

Graphique montrant l'efficacité comparée du traitement Bt sur trois générations de tordeuses

Intégration dans une approche globale de biocontrôle

L’utilisation collective de pièges sexuels et/ou alimentaires permet de définir la cinétique du vol afin de positionner au mieux les observations nécessaires à la prise de décision de traitement. La confusion sexuelle consiste à perturber la rencontre des deux sexes, en répandant dans l’atmosphère la molécule principale du bouquet phéromonal des femelles, de manière à éviter les accouplements et par conséquent les pontes fertiles.

Les trichogrammes sont également des alliés précieux. Ce sont des parasitoïdes oophages de nombreux insectes, en majorité des lépidoptères. Les femelles introduisent leur tarière dans l’œuf hôte, pour y déposer un ou plusieurs œufs. L’œuf hôte est tué très tôt et ce sont ses tissus désintégrés et son vitellus qui servent de nourriture à la larve de trichogramme. Toutefois, les trichogrammes ne sont pas compatibles avec l’utilisation de soufre et d’insecticides chimiques.

Réglementation et sécurité pour l'utilisateur

Les produits de biocontrôle bénéficient d'un cadre réglementaire spécifique. Le Bt dispose d’un délai avant récolte (DAR) de 1 à 3 jours, d’une zone non traitée (ZNT) de 5 m et d’un délai de rentrée (DRE) de 6 à 8h. Il est impératif de respecter les précautions d'usage : éviter de respirer les poussières et brouillards de pulvérisation, ne pas manger, boire ou fumer en manipulant ce produit.

Pour les jardiniers amateurs, la loi Labbé a entrainé l’interdiction de l’emploi de produits phytopharmaceutiques synthétiques. Les produits autorisés sont ceux autorisés en Agriculture Biologique (EAJ) ou ceux mentionnés dans l’arrêté du 26 février 2015. Le Bacillus thuringiensis subsp. kurstaki est spécifiquement autorisé pour lutter contre les chenilles de lépidoptères au jardin. Il convient toutefois de ne pas appliquer le produit en présence d’insectes pollinisateurs et/ou auxiliaires, bien que le mode d'action soit ciblé, et de conserver les produits dans leur emballage d'origine, à l'abri des aliments et boissons.

Avantages et limites de l'approche biologique

Le biocontrôle se positionne aujourd’hui comme une alternative efficace pour la gestion durable des vers de la grappe. Les insecticides classiques peuvent générer l’apparition de résidus phytosanitaires dans les vins, un risque que les produits de biocontrôle permettent de minimiser drastiquement.

Infographie comparant l'impact environnemental des insecticides de synthèse versus le biocontrôle

Cependant, le biocontrôle ne peut être mis en œuvre que de façon préventive et il ne peut être envisagé comme moyen de lutte efficace que pour des attaques légères à moyennes. La variété de ses modes d’action nécessite une compréhension précise des moyens disponibles et l’acquisition de nouvelles techniques. Les réseaux logistiques et de distribution adaptés pour stocker du matériel vivant ou issu du vivant sont encore rares. Enfin, le biocontrôle est aujourd’hui d’utilisation plus coûteuse. Il s’avère cependant intéressant pour les filières à forte valeur ajoutée et pour lesquelles l’argument santé auprès du consommateur est important. L'utilisation à long terme de toute méthode de lutte peut mener à des phénomènes de résistance ; c'est pourquoi la diversification des modes d'action, en alternant les souches de Bt ou en combinant les techniques, reste la clé d'une protection pérenne des cultures.

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