Le sol est à la base de la production agricole. Pour obtenir de bons résultats en agriculture biologique, un sol en excellent état est primordial. Le sol est donc l'interface entre l'agriculteur et la plante. C'est un milieu vivant : nourrir le sol revient à nourrir les microorganismes et la faune du sol afin que la dynamique des nutriments soit la meilleure possible. Le sol n’est pas qu’un support minéral : c’est un écosystème vivant. Sa profondeur détermine la réserve en eau, sa texture influence la disponibilité des nutriments et sa faune (vers de terre, insectes, micro-organismes) transforme et recycle la matière.

Les paramètres physiques et la gestion de la compaction
La structure, la porosité, l’aération et l’activité biologique du sol doivent être adéquates pour favoriser une bonne croissance des plantes. Une bonne activité biologique est essentielle pour nourrir les plantes, mais n’est possible que si le sol est aéré. D'autre part, les racines doivent pouvoir se développer de façon extensive dans un grand volume de sol afin d’y puiser les éléments nutritifs dont elles ont besoin. Cela permet aussi aux plantes d’être moins sensibles à la sécheresse. L’état physique (structure, aération, etc.) et certains paramètres chimiques (pH, calcium, matière organique) sont des indicateurs de la santé du sol.
En maraîchage diversifié, la compaction est un problème majeur. Elle résulte des nombreux passages du tracteur et du fait qu’il est souvent nécessaire d’aller dans le champ lorsque les conditions sont humides. L’aspect des cultures se développant sur des sols compacts est similaire à celui des cultures qui se développent sur des sols mal drainés ou insuffisamment fertilisés. Il faut donc être en mesure de poser le bon diagnostic pour apporter les bons correctifs.
En général, dans les sols compactés, les racines ne se développent pas bien et la porosité est faible. Les sols sableux, tout comme les sols argileux, peuvent se compacter, mais il est généralement plus facile de les décompacter. Lorsqu’ils se compactent, les sols argileux deviennent beaucoup plus durs que les sols sableux et leur décompactage nécessite plusieurs années. C’est pourquoi ils ne sont pas recherchés pour la production maraîchère diversifiée. Une bonne gestion des sols permet de limiter et de gérer la compaction en s’assurant d’un très bon égouttement de surface et souterrain, en optimisant le pH du sol par des apports de chaux et en augmentant le taux de matière organique par la rotation, les engrais verts et les apports organiques.

Une autre stratégie, qui est complémentaire et permet de diminuer le travail du sol, consiste à utiliser des planches permanentes ou des billons permanents. De cette façon, les plantes poussent dans des zones où le sol n’est jamais compacté par les passages de la machinerie.
Diagnostic agronomique et observation du sol
Une analyse de son sol est indispensable en maraîchage biologique car au-delà des principes généraux d’agronomie, le maraîcher doit maîtriser le fonctionnement unique du sol vivant qu’il cultive. Chaque sol possède ses propres caractéristiques et son propre équilibre, et son observation approfondie permet de garantir une production de qualité tout en préservant durablement sa fertilité.
Observer et diagnostiquer un sol permet d’évaluer son potentiel agronomique : est-il adapté à mes cultures et à mes objectifs de rendement ? Un sol propice doit offrir un enracinement dense et profond, permettant aux plantes d’accéder aux ressources nécessaires à leur croissance. Pour le réaliser, il faut d’abord choisir un emplacement représentatif de la parcelle ou un endroit présentant une anomalie sur les cultures. Les signes d’une activité biologique dynamique incluent des turricules en surface, des galeries en profondeur et une structure grumeleuse dans les couches superficielles. L’observation des cailloux est également importante : trop nombreux, ils peuvent compliquer l’enracinement et le travail du sol.
Pour compléter ces observations, une analyse de sol fournit des données clés, comme la teneur en matière organique, le pH, et la fertilité chimique, indispensables à une gestion optimale des cultures. L’observation d’un profil de sol permet d’adapter les pratiques culturales aux spécificités et aux contraintes du sol. Si un développement racinaire inégal ou une « semelle de labour » est détecté, cela invite à revoir les pratiques : l’outil utilisé est-il adapté au type de sol et à son humidité ? Pour un sol non travaillé, le profil permet d’évaluer la profondeur des racines et leur accès à l’eau.
Stratégies de fertilité et gestion de la matière organique
Nourrir le sol pour nourrir la plante constitue un des principes clés de l’agriculture biologique grâce à l’introduction de légumineuses et engrais verts dans la rotation et par l’épandage d’effluents d’élevage ou de matières organiques de préférence compostés. Plus riches en matière organique, les sols agricoles des parcelles cultivées en agriculture biologique accueillent davantage d’animaux, parfois microscopiques.
Le rapport de l’ITAB relatif aux bénéfices de l’agriculture biologique souligne que la plupart des articles issus de la littérature internationale concluent à des teneurs en matières organiques élevées dans les sols conduits en agriculture biologique. Le même rapport indique que la vie du sol est également plus importante notamment grâce à la non-utilisation de pesticides chimiques de synthèse. Ainsi, l’activité biologique du sol est plus développée. Les organismes vivants du sol - comme les vers de terre, les champignons, les insectes de surface - sont plus nombreux, diversifiés, avec une activité biologique plus intense.
La richesse en matière organique améliore les caractéristiques physiques des sols : stabilité structurale accrue, meilleure porosité, capacités de rétention en eau plus élevées. La fertilisation des sols en agriculture biologique est effectuée grâce aux engrais organiques. L’azote d’origine organique se lie aux argiles du sol et ainsi il est libéré de façon progressive sous forme de nitrates solubles : les risques de lessivage sont donc réduits.
COMPRENDRE L’AZOTE EN 5 MIN ⏱️
En Maraîchage sur Sol Vivant, la gestion de la fertilité se traduit principalement par la gestion du taux de Matière Organique (MO) du sol ainsi que par la stimulation de l’activité biologique des sols. L’objectif est de maintenir ou augmenter le taux de matière organique, en réintroduisant du carbone dans les sols pour viser le taux de MO d’une prairie naturelle bien pâturée : 4 et 5 %.
Le rapport C/N est un indicateur qui caractérise une MO. Il représente le ratio entre la quantité de carbone et la quantité d’azote contenues dans la MO étudiée. Ce sont les deux éléments clés dans la dynamique des matières organiques. Plus le C/N est élevé, plus la biodégradation de la MO est lente. Le C/N nous informe sur la vitesse de minéralisation d’une MO mais ne nous apprend pas tout sur la dégradation de cette dernière.
Couverture du sol et gestion de l'enherbement
La couverture du sol est un élément clé en maraîchage sol vivant. Il est pertinent d’utiliser des couverts végétaux notamment entre les cultures. L’objectif principal de ces couverts est de créer de la biomasse, notamment racinaire, pour apporter de la matière organique au sol. Un couvert végétal bien mené augmente les taux de matières organiques et de carbone dans le sol, mobilise et limite le lessivage des éléments minéraux, limite l’érosion des sols, concurrence le développement des adventices et enfin, offre une bonne structuration du sol.
En maraîchage biologique, la maîtrise de l’enherbement est essentielle à la réussite technique et économique des cultures. La réalisation des engrais verts est une des pratiques de base en agriculture biologique ; elle est souvent considérée comme une des clefs de la réussite des cultures. Il est important de réaliser des rotations d’engrais verts, en choisissant des espèces de famille différente des cultures et alterner également les familles d’engrais verts.

La gestion des adventices est le poste technique le plus important en maraîchage. En bio il y a très peu de produit de traitements curatifs. Veillez à vous munir du bon matériel : herse étrille, bineuse, houe maraîchère, en fonction de vos besoins. L’époque de passage, fonction du développement des adventices, est essentielle.
Cadre réglementaire et enjeux environnementaux
L’agriculture biologique constitue un mode de production agricole excluant l’emploi d’organismes génétiquement modifiés, d’engrais et de pesticides de synthèse, et limitant fortement le recours aux médicaments vétérinaires allopathiques. Ce mode de production allie les pratiques environnementales optimales, le respect de la biodiversité, la préservation des ressources naturelles et l’assurance d’un niveau élevé de bien-être animal.
Issue de courants fondateurs opposés au modèle productiviste dans les années 1920, l’agriculture biologique bénéficie depuis les années 1980 d’un cadre réglementaire encadrant sa définition et ses pratiques. En Europe, peuvent bénéficier de la mention « agriculture biologique » les produits agricoles, transformés ou non, qui satisfont aux exigences de la réglementation de l’Union européenne.
Les exigences réglementaires qui garantissent la qualité biologique des produits sont donc très nombreuses. Une des missions de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de répression des Fraudes (DGCCRF) est de contrôler le respect de ces exigences et d’éviter les fraudes. Tous les opérateurs (producteurs, transformateurs, distributeurs, importateurs, etc.) sont contrôlés systématiquement au moins une fois par an par des organismes certificateurs agréés par l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO).
L’agriculture biologique, de par ses pratiques culturales, permet de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique d’une part en limitant les rejets polluants et d’autre part en stockant davantage de CO2 dans le sol. Les émissions de gaz à effet de serre sont limitées grâce à la non-utilisation d’engrais azotés chimiques de synthèse et la culture de plantes légumineuses permet la fixation biologique de l’azote dans le sol. La séquestration du carbone est favorisée grâce à des rotations de cultures longues et limitant le nombre de labours, l’élevage en plein air sur des prairies permanentes, et la protection des structures écologiques telles que les haies, les arbres et le maintien de bandes enherbées.
En 2017, on estime que les métiers de l’agriculture biologique comptent près de 134 500 emplois directs, soit 16 500 de plus qu’en 2016. Alors que l’emploi agricole diminue, l’emploi dans la production agricole biologique a progressé, apportant une valeur ajoutée importante à la vie économique et sociale locale. Le sol est donc un partenaire vivant et en agriculture biologique, c’est une clé de la durabilité. En prendre soin, c’est savoir l’observer régulièrement, lui apporter des matières organiques efficaces, limiter les perturbations et partager ses expériences.
tags: #qualite #sol #et #reglementation #maraichage #biologique