Compostage ou Méthanisation : Décrypter les Solutions de Traitement des Biodéchets

Schéma comparatif compostage méthanisation

Dans un contexte où la gestion des biodéchets est devenue une priorité réglementaire et environnementale, de nombreuses entreprises se trouvent confrontées au choix entre deux solutions principales pour leur traitement : le compostage et la méthanisation. Depuis le 1er janvier 2024, la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) impose à tous les producteurs et détenteurs de déchets, qu'il s'agisse de ménages, de collectivités ou de professionnels, de trier leurs biodéchets à la source en vue de leur valorisation. Cette obligation légale s'accompagne d'une dimension d'image, témoignant de l'engagement des structures envers l'environnement et la réduction de leur empreinte carbone. Face à cette exigence, la question de savoir quelle option est la plus vertueuse pour l'environnement ou la plus avantageuse économiquement devient cruciale. Cet article se propose d'éclairer les nuances entre ces deux méthodes de valorisation des déchets organiques.

Comprendre les Biodéchets : Une Nécessité Croissante

Avant d'explorer les spécificités du compostage et de la méthanisation, il est essentiel de définir ce que l'on entend par biodéchets et de comprendre l'urgence de leur tri et de leur valorisation. Les biodéchets, tels que définis par l’article L. 541-1-1 du code de l’environnement, regroupent l’ensemble des déchets non dangereux biodégradables de jardin ou de parc, les déchets alimentaires ou de cuisine provenant des ménages, des bureaux, des restaurants, du commerce de gros, des cantines, des traiteurs ou des magasins de vente au détail, ainsi que les déchets comparables provenant des usines de transformation de denrées alimentaires.

Ces déchets comprennent notamment les restes de repas, les épluchures de fruits et légumes, les coquilles d'œufs, le marc de café, les sachets de thé, mais aussi les déchets de jardinage tels que les feuilles mortes et les petites branches. Une partie conséquente des biodéchets provient du secteur de la restauration, des commerces et de l'industrie agro-alimentaire. Par ailleurs, certains produits agricoles, hors calibre, abîmés ou non conformes aux standards, sont considérés comme des déchets avant même d'avoir été consommés ou utilisés.

Le tri à la source de ces biodéchets est primordial. En effet, en décharge, le tassement des biodéchets entraîne la fermentation des déchets alimentaires dans un milieu sans oxygène, créant ainsi des conditions favorables à l’émission de méthane dans l’atmosphère, un gaz à effet de serre puissant. De même, l’incinération de ces déchets produit également des gaz à effet de serre et notamment du CO2 lors de leur combustion. Les différentes voies de valorisation des biodéchets, comme le compostage et la méthanisation, offrent une alternative durable, permettant de retourner au sol ou de transformer des matières organiques brutes en une matière valorisable, le compost ou le digestat, adaptée aux besoins agronomiques des sols.

Pour trier efficacement, il est essentiel de séparer les biodéchets à la source des autres types de déchets. Les ménages doivent utiliser un contenant dédié, idéalement avec un couvercle pour éviter les mauvaises odeurs, avant de le vider dans un composteur domestique ou une poubelle de collecte de biodéchets installée dans leurs communes. Pour les professionnels, il s'agit de séparer les déchets alimentaires du reste et de mettre en place une filière de valorisation adaptée, soit en interne, soit avec un prestataire externe, tout en étant en mesure de prouver cette conformité via des contrats de collecte ou des fiches de suivi. Dans une logique de développement durable et de protection de l’environnement, la première étape consiste à faire un état des lieux, puis à évaluer les pertes liées à l’activité pour réduire au maximum le gaspillage alimentaire. Les entreprises doivent mettre en place un plan de lutte anti-gaspillage et favoriser les dons aux associations en cas de surplus.

Le Compostage : Un Retour Naturel à la Terre

Le compostage est un processus biologique naturel qui consiste à décomposer des matières organiques, telles que des déchets alimentaires, des feuilles mortes ou des résidus de jardin, en un amendement organique riche en nutriments appelé compost. Ce processus est généralement effectué dans un environnement contrôlé, tel qu'un tas de compost ou un bac de compostage, où les micro-organismes, tels que les bactéries et les champignons, dégradent les matières organiques en humus, un produit final qui peut être utilisé pour enrichir le sol de jardinage.

Schéma du processus de compostage

Le compostage est un procédé consistant à dégrader des déchets organiques en présence d’oxygène et d’humidité. Il permet de produire du compost, un fertilisant proche du terreau, riche en composés humides, qui peut ainsi être utilisé comme engrais ou avant labour pour améliorer le taux de matière organique dans le sol et la biodiversité. Environ 30% de nos déchets jetés avec les ordures ménagères peuvent être compostés.

Avantages et Inconvénients du Compostage

Impact Environnemental du Compostage

Le compostage, même à l'échelle industrielle, est une solution qui n'utilise quasiment pas d'énergie tout au long de son cycle de vie. Une fois les biodéchets amassés, le cycle naturel de la nature va décomposer et dégrader la matière. Il s'agit donc d'un système plutôt vertueux pour l'environnement. De plus, étant donné que la matière se dégrade selon un cycle naturel, la qualité de la matière restante en fin de dégradation est plutôt bonne pour être utilisée en agriculture. Ainsi, lorsque vous compostez, vous inscrivez vos biodéchets dans son cycle naturel : "De la terre à la terre". Le compost est en revanche un excellent amendement pour les sols, il réduit les besoins en eau et apporte des nutriments doucement aux plantes.

Cependant, il est important de noter que si la matière est mal mélangée ou mal oxygénée lors du processus de compostage, il peut se produire des poches anaérobies qui vont produire du méthane et des gaz souffrés, ce qui entraîne une odeur forte et un bilan environnemental catastrophique. Les bactéries consomment de grandes quantités d’oxygène lors du processus. Un compost parfaitement équilibré ne sent rien, mais plus il y a de matière, plus il est difficile à équilibrer. C’est pourquoi le compostage sous enceinte se développe de plus en plus, permettant d’aspirer les odeurs et de les traiter avant qu’elles ne soient évacuées. Le compostage ne produit pas une très grande quantité d’énergie; le processus génère spontanément de la chaleur, mais elle est difficile à récupérer.

Impact Économique du Compostage

Dans le marché des déchets, le compostage est une solution appréciée par les entreprises car elle permet d'alimenter des composteurs locaux et donc de soutenir une agriculture locale. Sur le plan économique, c'est donc un schéma local et vertueux que permet le compostage. De plus, le coût associé au compostage est souvent inférieur à celui de la méthanisation car il ne nécessite pas d'investissements importants.

Le compostage sur site, pour des volumes de déchets alimentaires raisonnables et un espace extérieur disponible, est économique et pédagogique. Les restaurants, cantines ou bureaux peuvent ainsi réduire leurs poubelles en transformant facilement les épluchures, restes alimentaires et déchets verts en compost fertile. Le coût d’investissement des bacs et formations reste faible et la démarche locale et souvent conviviale, sensibilisant les équipes au tri.

Cependant, un composteur acceptera uniquement des biodéchets dont la qualité est conforme à ses contraintes : sans emballage, sans sous-produits animaux, etc. Attention également, si vous souhaitez envoyer des quantités industrielles de biodéchets chez un composteur, il risque de les refuser. En effet, les biodéchets peuvent se décomposer en 1 à 6 mois, et les composteurs n'ont pas tous l'espace nécessaire pour accueillir de tels volumes pendant une période aussi longue. Pour les déchets « simples » comme les épluchures ou le marc de café, le composteur basique est la solution la moins onéreuse, de 40 à 120€/T en collectivité selon le niveau d’accompagnement. Cette solution ne permet de capter qu’une minorité de biodéchets.

Pour les gros émetteurs, les solutions de compostage micro-industrielles développées par des structures comme UpCycle gagnent le match. Le compostage électromécanique peut atteindre des coûts totaux non aidés compris entre 280 et 380€/T, selon les cas de figures. Le compostage en plateforme agréée est dans le même ordre de prix si les camions font peu de kilomètres, avec une collecte nettement plus coûteuse et un coût de valorisation inférieur. Dès que les camions font des tournées trop longues, les prix montent de plus de 20%.

Le Compostage en Pratique : Différentes Échelles

Il existe diverses formes de compostage, du petit bac de cuisine à la plateforme de compostage industriel qui peut traiter d’importants volumes. La tendance en compostage est à réduire les systèmes, car il existe aujourd’hui des techniques déjà très performantes et low tech pour un village de 2000 personnes. L’optimum économique et écologique est souvent atteint grâce à des solutions compostant de 30 à 3000 tonnes de biodéchets par an.

Le compostage sur place est idéal si vous avez un espace extérieur, des quantités raisonnables et la volonté d’impliquer vos collaborateurs. Pour de plus gros volumes, un prestataire collecte vos biodéchets et les achemine vers une plateforme dédiée. Les composteurs professionnels sont très tolérants et peuvent traiter des os, des fruits de mer, de la viande, des agrumes, du bois, et des emballages compostables, à condition de les broyer en amont.

Aspects Sanitaires du Compostage

Pour éliminer tous les pathogènes, les déchets doivent monter à plus de 65° pendant 3 jours. Cette auto-hygiénisation est facile pour toutes les solutions de compostage professionnel ; la température de 65° est atteinte spontanément après 3 ou 4 jours. Les éventuels pathogènes sont détruits et remplacés par des bactéries et des champignons inoffensifs pour l’homme, la nature est bien faite ! Cette gestion pilotée des températures permet de composter plus vite.

Les odeurs, rats et autres moucherons sont généralement provoqués par de la matière fraîche mal gérée. C’est l’oxygénation qui va être critique en compostage. Sur les grosses plateformes, il est parfois difficile de parfaitement remuer et aérer la matière en permanence, ce qui peut engendrer des odeurs de décomposition résiduelle.

La Méthanisation : Production d'Énergie Renouvelable

De manière similaire, la méthanisation se définit comme un processus biologique anaérobie, c'est-à-dire en l'absence d'oxygène, qui vise à décomposer des matières organiques, telles que les déchets alimentaires, les résidus agricoles ou les boues d'épuration, pour produire du biogaz, principalement composé de méthane (CH4) et de dioxyde de carbone (CO2). Ce processus se déroule dans un environnement contrôlé, tel qu'un digesteur anaérobie, où des bactéries spécifiques, appelées bactéries méthanogènes, décomposent les matières organiques en gaz.

Schéma du processus de méthanisation

La méthanisation est un procédé consistant à décomposer des matières organiques pourrissables grâce à des bactéries qui agissent en l’absence de dioxygène (en milieu « anaérobie »). Cette fermentation permet de produire du biogaz qui comporte principalement du méthane et du dioxyde de carbone ainsi que du digestat valorisable comme produit fertilisant. Le biogaz peut notamment être utilisé pour produire de la chaleur, de l’électricité ou du carburant pour véhicules (GNV). Lorsqu'il est injecté dans les réseaux, il est souvent qualifié de « biométhane ».

Avantages et Inconvénients de la Méthanisation

Impact Environnemental de la Méthanisation

Au niveau environnemental, il est difficile de comparer directement les deux solutions. Cependant, ce que l’on peut affirmer au sujet de la méthanisation, c'est qu'aujourd'hui en France, surtout à l'échelle industrielle, elle nécessite des installations complexes et performantes pour à la fois créer ce fameux milieu anaérobie et réinjecter l'énergie dans le réseau. Comme mentionné précédemment, la méthanisation permet de capturer du gaz qui peut ensuite être transformé en électricité (grâce au système de cogénération) ou être hygiénisé et réinjecté sous forme de gaz pour alimenter une partie des habitations et des entreprises alentours.

De la même manière, lorsque la matière est dégradée, le digestat peut être récupéré et utilisé en agriculture. Vous l'aurez compris également, ce digestat sera probablement moins riche que celui du compostage car il aura subi une transformation au préalable. Toutefois, il reste intéressant d'un point de vue agronomique. Le digestat issu de la méthanisation subit lui-même une phase de compostage avant d’être valorisé comme fertilisant. Il présente alors des caractéristiques proches de celles d’un compost.

La méthanisation capture du méthane, ce qui évite des émissions directes. Cependant, il faut faire attention à l’empreinte carbone liée au transport des déchets. Pour les collectivités rurales, dans les régions où l’élevage est important et où les sols permettent l’épandage du digestat, il sera intéressant de développer avec les agriculteurs du territoire des solutions de méthanisation. Cela peut aider le territoire à réduire sa dépendance aux engrais et aux énergies fossiles.

Malgré les avantages, les gros méthaniseurs sont complexes à entretenir et peuvent perdre jusqu’à 5% de leur production de biogaz via des fuites. En outre, épandre les énormes volumes de digestats produits pose de véritables défis logistiques et écologiques.

Impact Économique de la Méthanisation

Au niveau économique, la méthanisation propose une multitude de schémas de facturation.

Schéma N°1 : Grande quantité de biodéchets avec un pouvoir méthanogène élevé.Dans ce cas, il y a de fortes chances pour que vos biodéchets se transforment en revenus. Ces cas sont rares, mais si vous pouvez permettre au méthaniseur de produire une quantité importante d'énergie, alors il sera en mesure de se rémunérer exclusivement grâce à l'énergie revendue !

Schéma N°2 : Grande quantité de biodéchets à faible pouvoir méthanogène.Dans ce schéma, les biodéchets risquent d'être un coût pour votre entreprise, surtout si vous devez les déconditionner. Cette étape consiste à séparer l'emballage du biodéchet. Il existe des machines pour cela, mais cela représente une transformation supplémentaire et donc un coût.

Schéma N°3 : Faible quantité de biodéchets avec ou sans pouvoir méthanogène.Dans ce cas, vous devrez obligatoirement supporter le coût de la gestion de ces déchets. Le volume est souvent le facteur limitant sur le plan économique, car le transport représente l'un des coûts les plus importants dans la gestion de ces déchets.

Dans l'ensemble, un méthaniseur reste une solution efficace pour une quantité importante de biodéchets, surtout si ceux-ci doivent subir un déconditionnement. Les "gros" méthaniseurs coûtent 7 millions d'euros et plus, engloutissent des dizaines de milliers de tonnes de lisiers et de déchets. Ils doivent absolument être remplis à plus de 95% de leurs capacités pour être rentables. Du coup, pour les remplir, on fait venir des biodéchets à plusieurs centaines de km à la ronde, ce qui est le cas en France, en Suisse, en Allemagne, partout où il y a de gros équipements. Le coût d’investissement (hors subvention) d’une installation de méthanisation en milieu agricole est de 195€/tonne de déchet. De plus, les coûts d’investissement de la méthanisation peuvent être alourdis par des coûts supplémentaires au démarrage dû à des difficultés techniques. C’est particulièrement le cas pour la méthanisation des ordures ménagères résiduelles et des biodéchets. Par exemple, pour le centre de valorisation organique de Lille (CVO), il a fallu injecter 3 millions d’euros supplémentaires au démarrage, dus à la sous-estimation de l’hétérogénéité des biodéchets traités.

Les coûts de rachat de l’électricité sur les méthaniseurs sont pour les petites unités de 17cts/kwh, 2cts de plus que le prix de l’électricité pour le grand public. Les prix de marché constatés pour les collectivités des solutions collecte + méthanisation sont de l’ordre de 600€/T.

Le Potentiel Énergétique de la Méthanisation

La méthanisation est une industrie aux réglages délicats, il y a donc un intérêt à mutualiser le personnel et les outils de contrôle sur des volumes importants, quitte à plus transporter les biodéchets. La majorité des méthaniseurs en France brûlent directement le gaz pour produire de l’électricité. Pour comprendre le potentiel d’une telle filière, il suffit de traverser la frontière ! Ces dernières années, certains voisins européens tels que l’Allemagne, la Suisse ont mis en place des systèmes généralisés de tri à la source des biodéchets avec comme mode de traitement privilégié la méthanisation dans l’objectif d’améliorer leur indépendance énergétique.

Toutefois, contrairement à ce qu’on pourrait penser, la part des déchets ménagers méthanisés dans ces installations est très faible. Les unités de méthanisation allemandes valorisent essentiellement des déchets de cultures et du maïs cultivés spécifiquement à cette fin. La raison : les déchets alimentaires ont un pouvoir méthanogène moyen, 63 m3 CH4/t matière brute, contre 312 m3 CH4/t matière brute pour les matières végétales agricoles. En matière de déchets urbains, seuls les huiles ont un fort pouvoir méthanogène, mais leur bilan énergétique est encore plus favorable quand on les transforme directement en biocarburant. La France a pris ses dispositions pour limiter la concurrence entre cultures alimentaires et cultures énergétiques en n’acceptant que les intercultures, mais vu le coût des équipements, ce garde-fou écologique semble parfois fragile, et nous n’avons qu’une solution très partielle pour nos déchets urbains.

La Méthanisation en Pratique : Un Projet Ambitieux

Créer sa propre unité de méthanisation est un projet ambitieux, car il implique un investissement élevé, des démarches administratives (ICPE) et la garantie d’un volume suffisant de déchets à traiter. Beaucoup d’entreprises optent donc pour la mutualisation avec d’autres acteurs (par exemple, plusieurs restaurants ou cantines d’une même zone géographique) afin de regrouper leurs flux de biodéchets. Il est également possible de confier la collecte de vos déchets alimentaires à un prestataire qui dessert une unité de méthanisation existante.

Les « petits » méthaniseurs à la ferme valorisent les déchets et les intercultures de la ferme et les déchets alentours. Les gros émetteurs de matière grasse/amidonnée, matières à fort potentiel méthanogène, auraient intérêt à valoriser cette énergie en biogaz. Pour compléter le modèle, des volumes connexes seront sûrement captés autour.

Aspects Sanitaires de la Méthanisation

La méthanisation peut provoquer des odeurs lors du stockage ou du transport des biodéchets, et il faut veiller à la bonne étanchéité du digesteur. Les odeurs viennent aussi parfois du lixiviat. Dans les méthaniseurs, on retrouve la matière fraîche en amont, car ces derniers stockent en permanence de gros volumes de déchet pour garantir un approvisionnement régulier. Impossible d'atteindre les températures d'hygiénisation du compostage (plus de 65° pendant 3 jours) dans la méthanisation, où les bactéries méthanogènes vivent autour de 40°.

La méthanisation

Comparaison Détaillée : Compostage vs Méthanisation

Comparer la méthanisation au compostage, c’est un peu assister en direct au match David contre Goliath. En effet, comment comparer un méthaniseur qui mesure 12m de circonférence, 10 mètres de hauteur, une emprise au sol de 200m2 avec ce que le grand public imagine être un composteur : un bac bois de 1m x 1,5m. Dans les faits, il y a dans les deux technologies des machines de taille très différentes. Mais alors qu’en méthanisation la tendance est à construire des équipements de plus en plus gros, en compostage au contraire la tendance est à réduire les systèmes.

Taille et Échelle des Installations

La méthanisation est une industrie aux réglages délicats, il y a donc un intérêt à mutualiser le personnel et les outils de contrôle sur des volumes importants, quitte à plus transporter les biodéchets. Les méthaniseurs actuels peuvent traiter relativement peu de déchets urbains. Il va donc falloir profondément aménager ces deux technologies pour les rendre compatibles avec les déchets urbains. Un méthaniseur pour être efficace doit être gros et doit toujours être rempli. Il impose donc à un territoire de drainer l’ensemble des déchets vers lui, et à ne surtout pas baisser sa production de déchets !

Au contraire en compostage, il existe aujourd’hui des techniques déjà très performantes et low tech pour un village de 2000 personnes. La miniaturisation des équipements est pertinente dans ce cas. L’optimum économique et écologique est atteint grâce à des solutions compostant de 30 à 3000 tonnes de biodéchets par an. Pour les communes isolées de plus de 5000 habitants, un composteur permettra de gérer simplement l’ensemble des biodéchets du territoire avec un coût d’investissement réduit.

Critères de Comparaison

Pour mieux cerner les différences, analysons le bilan de la méthanisation et du compostage en fonction de plusieurs critères : énergétique, écologique, économique, social, hygiénique et bilan carbone.

Bilan Énergétique

  • Compostage : N’est pas un très gros pourvoyeur d’énergie. Le processus produit bien spontanément de la chaleur, mais elle est difficile à récupérer.
  • Méthanisation : Transforme la matière organique en méthane (biogaz) et en résidu (digestat). Le gaz est épuré puis directement injecté dans le réseau de gaz. Il peut aussi être brûlé pour produire de l’énergie et de la chaleur. Une partie de l’énergie produite est autoconsommée par l’unité de traitement et la quantité restante est vendue à un tarif bonifié. La méthanisation est privilégiée dans l'objectif d'améliorer l'indépendance énergétique des territoires.

Bilan Écologique

  • Compostage : Enrichit les sols, nécessite peu de transport si réalisé localement. Peut émettre du méthane s’il est mal aéré, mais reste globalement simple et peu énergivore. Produit une matière de qualité pour l'agriculture.
  • Méthanisation : Capture du méthane, ce qui évite des émissions directes. Attention toutefois à l’empreinte carbone liée au transport des déchets. Le digestat est valorisable comme fertilisant, mais sa qualité agronomique est souvent moins élevée que celle du compost et dépend fortement des déchets traités. L'épandage d'énormes volumes de digestats peut poser des défis logistiques et écologiques.

Bilan Économique

  • Compostage : Coût d’investissement des bacs et formations faible. Abordable et accessible à petite échelle. Coût de 40 à 120€/T pour le composteur basique en collectivité. Coûts totaux non aidés entre 280 et 380€/T pour le compostage électromécanique. Favorise l’agriculture locale.
  • Méthanisation : Investissement élevé (7 millions d’€ et plus pour les gros méthaniseurs). Les coûts d’investissement peuvent être alourdis par des difficultés techniques au démarrage. Coût d’investissement en milieu agricole de 195€/tonne de déchet. Prix de marché de 600€/T pour les collectivités pour des solutions collecte + méthanisation. Les petites plateformes à la ferme peuvent jouer un rôle décisif dans l’aide économique aux agriculteurs. Peut générer des revenus si les biodéchets ont un pouvoir méthanogène élevé et sont en grande quantité.

Bilan Social

  • Compostage : Le gisement d’emploi est fertile. Il peut devenir un véritable outil d’insertion sociale. Un composteur pour 8000 habitants génère ½ équivalent temps plein en insertion. Les projets de compostage de quartier créent du lien social et sont l’occasion pour les habitants de végétaliser le quartier.
  • Méthanisation : Représentait 4052 emplois en France en 2018 (enquête Transitions). Concentre le personnel et les outils de contrôle sur des volumes importants, souvent avec plus de transport de biodéchets.

Bilan Hygiénique

  • Compostage : Les déchets doivent monter à plus de 65° pendant 3 jours pour éliminer les pathogènes, ce qui est facile pour les solutions professionnelles. Un bon équilibre sec/humide et un brassage régulier limitent les odeurs et l'attraction des nuisibles (rats, mouches). Le compostage sous enceinte peut traiter les odeurs.
  • Méthanisation : Impossible d'atteindre 65° (bactéries méthanogènes vivent autour de 40°). Peut provoquer des odeurs lors du stockage ou du transport, et il faut veiller à la bonne étanchéité du digesteur. Les odeurs viennent aussi parfois du lixiviat. Le stockage de gros volumes de déchets frais peut entraîner des problèmes d'odeurs.

Bilan Carbone

  • Compostage : Si la matière est mal mélangée ou mal oxygénée, il peut se produire des poches anaérobies qui vont produire du méthane, un puissant gaz à effet de serre. Le compostage évite les émissions de GES liées à l'incinération ou à l'enfouissement.
  • Méthanisation : Le méthane est capturé et valorisé, évitant ainsi son émission directe dans l'atmosphère. Cependant, les fuites de biogaz des installations peuvent être une source d'émissions de méthane. L'empreinte carbone liée au transport des biodéchets sur de longues distances pour alimenter de gros méthaniseurs est un facteur à prendre en compte.

Scénarios d'Application

Le choix entre compostage et méthanisation dépendra fortement du contexte spécifique, des volumes de biodéchets, de leur nature et des objectifs prioritaires.

  • Compostage :

    • Sur place : Idéal pour les restaurants, cantines ou bureaux avec un espace extérieur, des quantités raisonnables et la volonté d’impliquer les collaborateurs. C'est économique et pédagogique.
    • Micro-industriel : Particulièrement adapté aux quartiers denses qui cherchent à réduire leur trafic de camion et à convaincre les habitants d’adopter de nouvelles pratiques de tri. Les quartiers en projet de végétalisation apprécieront la disponibilité de gros volumes de compost.
    • Communes isolées : Pour les communes de plus de 5000 habitants, un composteur permettra de gérer simplement l’ensemble des biodéchets du territoire avec un coût d’investissement réduit.
    • Petits gisements spécifiques : Parfait pour composter les gisements simples et de petits volumes, comme le marc de café d’une cafétéria ou les épluchures de légumes dans les cuisines centrales, sites hospitaliers ou scolaires, restaurants administratifs.
  • Méthanisation :

    • Collectivités rurales avec élevage : Intérêt à développer des solutions de méthanisation avec les agriculteurs du territoire pour réduire la dépendance aux engrais et aux énergies fossiles.
    • Gros émetteurs de matière grasse/amidonnée : Matières à fort potentiel méthanogène, il serait dommage de ne pas valoriser cette énergie en biogaz. Des volumes connexes seront sûrement captés autour pour optimiser le modèle.
    • Gros volumes nécessitant déconditionnement : Un méthaniseur reste une solution efficace pour une quantité importante de biodéchets, surtout si ceux-ci doivent subir un déconditionnement.

Infographie décision compostage méthanisation

Il est tout à fait possible d'adopter un mix de solutions : compostage d’une partie des déchets (ceux faciles à traiter localement) et méthanisation du reste via un réseau ou un prestataire externe. Chaque acteur de notre société a pleinement le droit d’opter pour la filière de valorisation des déchets alimentaires qui correspond le plus à ses valeurs. L'essentiel est d'évaluer la solution la plus cohérente avec les contraintes et les objectifs de chaque structure.

La méthanisation

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