La tonte de gazon est souvent perçue comme une corvée, un déchet à évacuer. Pourtant, elle représente une ressource précieuse et inexploitée pour le jardinier, en particulier pour la culture des pommes de terre et l'ensemble du potager. Loin d'être un simple résidu, cette matière organique est un véritable "or vert" aux multiples vertus, capable de réduire le désherbage, les arrosages, et d'enrichir le sol.

De la corvée à la ressource : pourquoi ne plus jeter ses tontes de gazon
La pelouse, si elle est un atout esthétique du jardin, n'est pas toujours des plus écologiques et réclame des tontes régulières. De fin mars ou début avril à octobre, il faut souvent tondre au moins une fois par semaine, parfois plus fréquemment en été, selon les conditions météorologiques et la croissance du gazon. Ces tontes s'accumulent en grandes quantités. Pour vous donner une indication, une zone de 100 mètres carrés en jachère produit, à la première tonte, 30 kg de tonte, ce qui signifie que pour un gazon de 1000m², vous récoltez 300kg de tonte, dont 240 kg d’eau. Et plus encore lors des tontes suivantes, avec entre 60 et 110 kg de tonte par an, voire plus. Plutôt que de multiplier les allers-retours à la déchetterie ou de laisser déborder la poubelle bio, il est temps de considérer la tonte comme une ressource inestimable.
La tonte de gazon est avant tout de l'eau, l'herbe verte en contenant facilement 80 % qu'elle puise dans le sol. Le reste est un alliage de molécules organiques, notamment de la cellulose. Étant verte et fraîche, la tonte a l'avantage premier de contenir aussi de nombreux sucres hydrosolubles et très énergétiques, essentiels pour nos cultures potagères.
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Les propriétés uniques de la tonte de gazon : un paillage "sucre rapide"
Prenez une poignée de tonte dans vos mains et vous comprendrez vite qu’elle contient peu de carbone. C’est mou, humide, tendre, vert, peu structuré, sans rigidité aucune. Comparez-la avec un brin de paille qui lui est rempli de carbone et c’est un monde d’écart. La tonte possède un rapport Carbone/Azote (C/N) autour de 10, ce qui signifie qu'elle contient 10 fois plus de carbone que d’azote. La paille, en revanche, a un rapport C/N de 100, soit 100 fois plus de carbone que d’azote.
Cette faible teneur en carbone et sa nature molle et humide impliquent que les molécules de tonte sont bien moins durables et bien moins difficiles à être brisées et digérées par la vie du sol. Le carbone joue moins un rôle de solidité et de fixation des minéraux. En seulement quelques semaines, voire quelques mois, votre paillage de tonte disparaîtra pour être réduit à l’état de minéraux essentiels qui vont nourrir nos cultures.
À l’inverse d’être une matière organique peu stable et peu carbonée, la tonte n’apportera guère d’humus pour votre sol de demain. Ce sont les matières très carbonées qui sont grandement pourvoyeuses d’humus. Voyez cette ressource organique comme un sucre rapide plutôt qu’un sucre lent. Les pommes de terre, par exemple, auront le temps de bénéficier d’une partie des minéraux présents dans cette tonte, contribuant à leur développement. L'azote, élément fondamental pour le développement des feuilles, stimule la croissance des végétaux et est l'un des principaux constituants de la chlorophylle et des protéines. Une plante bien nourrie en azote arborera des feuilles larges, d’un vert foncé et de belles tiges. Les légumes feuilles, comme la laitue ou les épinards, qui ont une croissance rapide et sont gourmands en azote, sont particulièrement adaptés à un paillage de tonte.

Les différentes manières d'utiliser la tonte de gazon au potager
L'utilisation des tontes de gazon au potager peut prendre plusieurs formes, chacune adaptée à des besoins spécifiques et à la quantité disponible.
1. Paillage : la méthode la plus directe et bénéfique
Le paillage est l’utilisation classique de l’herbe de tonte. Les tontes de gazon épandues réduisent le désherbage et les arrosages. Elles forment un paillis protecteur et nourricier autour de vos légumes, fraisiers, arbres fruitiers. L'herbe fraîchement tondue économise les allers-retours au composteur en étant épandue directement sur les cultures à proximité.
Méthodes d'application du paillage :
- Paillage frais en fine couche (2 à 5 cm maximum) : Utilisez la tonte juste après avoir tondu, sans séchage. Il faudra alors respecter une épaisseur de quelques centimètres maximum. Une couche peu épaisse est essentielle car l'herbe est encore fraîche et pourrait pourrir si elle ne sèche pas bien. De plus, l'azote de l'herbe apporte un bon coup de pouce aux légumes. En plein été, il est intéressant d’apporter de la tonte fraîche pour justement apporter un peu d’humidité au sol. Bien que cela n'arrose pas le jardin, cela permet à une certaine humidité résiduelle de persister au niveau du sol. Ces céleris et laitues, par exemple, apprécient un petit apport de 4/5 cm maximum pour empêcher les herbes de pousser sur le rang et garder le sol frais.
- Paillage séché en couche épaisse (10 à 20 cm) : Pour utiliser la tonte en paillage avec une épaisseur importante, il est impératif de prendre le temps de la faire sécher afin qu’elle ne rentre pas en fermentation et n’étouffe pas vos plantes. L’idéal sera de l’étaler en andain sur une zone de stockage d’appoint, sur une épaisseur d’un maximum de dix centimètres. Une à deux fois par jour, il vous faudra oxygéner l’ensemble, remuer, et en quelques jours vous aurez comme du foin (si ce n’est que les herbes sont fauchées moins hautes et contiennent généralement moins de carbone). Une fois bien sèches, elles peuvent être utilisées en paillis épais pour, par exemple, protéger les fraisiers.
- Méthode par couches successives : Tondez votre jardin en plusieurs fois et rajoutez chaque fois une petite épaisseur (5 cm) sur vos planches au fur et à mesure.
- Mélange avec d'autres paillages : Au potager d’Olivier, la chance d'avoir un vaste terrain enherbé avec quelques arbres voisins comme des tilleuls et des érables permet de récupérer souvent quelques feuilles lors de la tonte. Cela a l'avantage de procurer un paillage légèrement oxygéné et aéré par les feuilles plus rigides, dures et carbonées que ne l'est la tonte seule. Ainsi, le mélange de tontes et de feuilles broyées peut être facilement séché ou mis directement en paillage au potager sur une épaisseur de quatre à cinq centimètres. Vous pouvez également mélanger les paillages pour équilibrer un paillage trop carboné. Guillaume, par exemple, aime beaucoup recouvrir tous ses paillages avec 2/3 cm de tontes vers le mois de juin pour maintenir ses broyats, foin, paille plus humides.
Précautions importantes pour le paillage :
La précaution à prendre quand on parle de tontes est la forte proportion en eau. Si vous accumulez une épaisseur trop conséquente (plus de dix centimètres) sans séchage préalable, vous allez rapidement générer un milieu manquant d’oxygène. Les tontes vont fermenter et monter en température. Vous risquez de brûler vos cultures si la tonte est placée trop proche des tiges. Une couche opaque va se former, ce qui peut étouffer et faire pourrir vos cultures. Cependant, cette propriété désherbante peut être détournée pour créer de nouvelles zones de culture : en disposant une grosse épaisseur de tonte sur une prairie, vous allez détruire en partie les plantes poussant en dessous, grâce à la montée en température de la tonte. Après un bon mois, vous pourrez finir de désherber et planter directement dans votre terre nettoyée.
Il est également crucial de veiller à ce que le sol soit parfaitement désherbé avant de pailler avec de la tonte. De plus, il est conseillé de laisser les sols se réchauffer au soleil avant de pailler durant les premiers mois du printemps, en avril et mai. Évitez d'enfouir le paillis, car cela favorise le risque de prolifération des vers blancs, vers gris et taupins.
2. Amendement et engrais : nourrir le sol et les plantes
Pailler avec de la tonte de gazon a un autre effet réjouissant : il sert d’engrais complémentaire. Car le paillage permet de restituer au gazon de précieux nutriments, qui finiraient sinon dans la poubelle verte ou sur le tas de compost. Les tontes sont riches en azote, stimulant la croissance des végétaux. Cependant, la tonte de gazon seule ne fournit pas suffisamment de nutriments pour une croissance parfaitement saine de toutes les plantes. Il ne faut pas non plus renoncer aux fertilisations du printemps et de l’automne avec un apport supplémentaire de potassium pour combler les carences nutritionnelles qui persistent encore après la fertilisation avec la tonte de gazon. Il est déconseillé de réaliser des purins à partir de tonte de gazon.

3. Compostage : un ajout précieux mais équilibré
La tonte peut être mise au compost, bien sûr, mais pas seulement ! Les résidus de tonte seront naturellement décomposés par les micro-organismes dans le tas de compost. Il restera un précieux humus, que vous pourrez mélanger à la terre et qui servira d’amendement complémentaire à vos plantes dans vos massifs. Pour que les petits organismes puissent effectuer leur travail et que la tonte soit compostée efficacement, il est important qu’il y ait suffisamment d’oxygène et que le tas de compost ne se dessèche pas totalement.
Il faut toujours raisonner dans un équilibre carbone/azote autour de 25 à 30 pour un bon compostage. Les tontes, avec un rapport C/N de 10, sont beaucoup trop basses. Elles sont trop azotées, trop humides et trop peu rigides. Il est donc idéal dans un compost de combiner différents matériaux tels que la tonte de gazon avec des matières plus carbonées comme les branches et les feuilles. Les déchets de jardin les plus grossiers comme les branches et les feuilles assurent ainsi une circulation d’air et une oxygénation suffisantes, ce qui bénéficie aux organismes du sol et évite que les brins d’herbe ne commencent à fermenter au cours du compostage. Veillez également à ce que la tonte ne soit pas trop humide.
Pour accélérer la décomposition, il faut veiller à mélanger les matériaux et à bien oxygéner l’ensemble. Une couverture perméable à l’air (pas de film ni de bâche) est utile pour le développement de la chaleur et la régulation de l’humidité, offrant des conditions idéales aux micro-organismes. En automne, vous aurez peut-être facilement accès à des feuilles mortes qui feront l’affaire. Une poignée de feuilles pour deux poignées de tontes et le tour est joué. Au printemps, vous pourrez trouver quelques brindilles, des feuilles mises de côté à l’automne, un peu de foin, paille, broyat, sciure, carton. Vous obtiendrez alors au final un beau compost végétal plus concentré encore en énergie que ne peut l’être un simple paillage de surface.
Si votre gazon contient déjà plein de graines du fait de pousses qui le parsèment, vous pouvez l’utiliser pour le mélanger à votre compost après l’avoir séché. Au sein du compost, la fermentation et la montée de la température vont détruire la plupart des graines. Cependant, si vous avez une prairie fleurie plutôt qu'une pelouse, il faudra faire attention à vos tontes lorsque les fleurs sont en graines, car vous risquez d’emmener toutes ces graines dans votre potager. L’idéal est de pailler par-dessus avec d’autres paillages pour éviter toute germination par la suite, ou de prendre le temps de désherber par moment votre terre.
La quantité de tonte : une ressource à gérer
La quantité de tonte dont vous disposerez déterminera en grande partie la quantité que vous utiliserez. Selon la surface à tondre, votre climat, la fréquence des pluies et la température, on parle souvent d’une surface vingt fois plus grande à tondre que celle qui pourra être paillée. Par conséquent, ne comptez pas uniquement sur cette ressource, sauf si vous avez un très grand terrain en complément de votre potager. Côté quantité, un bon paillage à base de tonte uniquement correspond à peu près à un bac de tondeuse par mètre carré de potager. C’est approximatif, les bacs ne font pas tous le même volume, mais vous le verrez facilement : toute la surface est recouverte avec une bonne épaisseur.
Pour un potager de presque 200 m² cultivés, il faudrait 4000 m² de surface à tondre, ce qui est rarement le cas pour un jardinier amateur. Pour optimiser l'utilisation des tontes, choisissez des parcelles pour lesquelles l’épaisseur des autres paillages (résidus de cultures, broyat, foin, paille) est la moins conséquente. C’est aussi beaucoup "au feeling" selon l’endroit qui s’y prêtera le mieux, selon les cultures implantées et selon les semis de pleine terre à venir. Il est inutile de trop pailler une parcelle qui va accueillir un semis dans les jours à venir. La période pour utiliser cette ressource sera tout simplement en adéquation avec sa disponibilité, les tontes arrivant en grande partie au printemps, une période idéale pour les répandre en paillage au potager. En été, la ressource diminue souvent avec une forte chaleur, une humidité moins présente et des pluies plus rares.

Au-delà du potager : la tonte de gazon et la biodiversité
La gestion des tontes de gazon offre également une opportunité d'enrichir la biodiversité de votre jardin. Au lieu de tondre l'entièreté de votre espace de prairie ou de pelouse, laissez pousser l'herbe, les plantes et les fleurs par endroits. Vous favoriserez ainsi un hébergement pour la biodiversité. Tout comme les feuilles mortes qu’il est utile de laisser en partie pour les macro-organismes, les espaces enherbés non tondus régulièrement offrent des refuges et des sources de nourriture. Ces espaces laissés sauvages permettront aux insectes, et en particulier aux auxiliaires, de rester et de prospérer dans votre jardin, apportant des bénéfices directs comme une meilleure prédation des ravageurs de culture. Pour l'entretien, réalisez une tonte une fois par an au moins pour éviter que les ronces ne s’installent. Ces chemins et ces fleurs sauvages sur les côtés nourriront des abeilles solitaires et autres espèces menacées.

Compléter les apports : une vision holistique de la fertilité du sol
Dans certaines situations, il sera difficile de satisfaire les besoins de certaines cultures uniquement à partir d’un paillage de tontes. Surtout celles les plus gourmandes comme les poivrons, aubergines, tomates, choux et autres cultures de plein été. De plus, il y aura une part d’aléatoire, comme souvent quand on jardine de façon biologique. Si le sol est humide, oxygéné et idéalement texturé de sable, limon et argile, il saura bonifier au mieux un apport de tontes.
Il est souvent nécessaire de compléter les paillages avec bien d’autres apports pour maintenir à la fois une fertilité en nutriments et développer un humus stable dans le sol. Cela peut inclure des composts grossiers de fumiers, de végétaux, parfois même des engrais organiques pour répondre ponctuellement aux besoins des cultures les plus gourmandes. Un sol sec, par exemple, peut ne pas fonctionner suffisamment pour libérer de la richesse minérale et aura besoin d'être aidé. Avec un sol constamment humide, souvent l’alliage de paillages et composts suffit à nourrir toutes les cultures du potager. Parfois même, un épais paillage diversifié de matières azotées et carbonées (tontes, feuilles, foin, paille, broyat) se suffit de lui-même.
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Tondre haut et laisser l'herbe au sol : des pratiques écologiques
Une tonte régulière du gazon est une des mesures d’entretien les plus importantes pour avoir un beau gazon dense et bien vert. Pour éviter que la pelouse ne se transforme en friche remplie de plantes indésirables au bout de quelques saisons, tondez haut ! Une tonte trop courte (moins de quatre centimètres) dénude le sol et l’expose aux rayons chauds et desséchants du soleil. Pour pallier à cette dégénérescence dans vos pelouses, laissez plutôt six à huit centimètres lors de vos coupes d’herbe. On peut aussi laisser les herbes hautes par endroit et laisser des chemins, tout simplement. Ces herbes hautes seront tondues au fur et à mesure des besoins en paillage.
Si vous avez l'option mulching sur votre tondeuse, cela permet de hacher menu la tonte et de la laisser tout simplement au sol. Cette méthode a des effets positifs tels que la protection du gazon contre le dessèchement. Elle permet en outre d’inhiber les adventices indésirables comme l’herbe aux goutteux, car broyer le gazon implique de tondre plus souvent et plus régulièrement. Par ailleurs, l’herbe coupée comprend des nutriments précieux tels que l’azote, qui sont restitués au gazon.

Élimination des tontes de gazon : quand et comment
Si, malgré tout, vous avez des résidus de tonte en grande quantité, il existe d'autres options. De nombreux animaux comme les chevaux, les vaches, les moutons et les chèvres mangent de l’herbe ou du foin. Contactez par exemple le centre équestre le plus proche pour lui demander si vos résidus d’herbe peuvent servir à les nourrir.
Si vous ne trouvez plus d’autres possibilités de valorisation de la tonte, vous pouvez la jeter à la poubelle bio et non dans celle des déchets ménagers. Notez que les résidus de tonte frais ont une forte teneur en eau et qu’ils peuvent rapidement moisir dans la poubelle bio. Surtout si celle-ci est au soleil, l’herbe en décomposition peut dégager de mauvaises odeurs. Comme pour le tas de compost, il peut s’avérer utile de mélanger la tonte avec d’autres déchets de jardin tels que des branches ou des feuilles, afin de mieux les oxygéner et donc de prévenir la pourriture.
Il est important de rappeler que l’élimination en forêt des déchets de jardin, dont la tonte fait partie, est interdite. Même si de prime abord on pourrait penser qu’un tas d’herbe est un compostage naturel, l’herbe fraîchement coupée commence vite à moisir, ce qui provoque de mauvaises odeurs et pollue le sol et les nappes avec des nitrates.
Prenez le temps de pailler et nourrir votre sol avec vos tontes de pelouses. Cela évitera des trajets à la déchetterie ou même au compost. Simplement épandu sur le sol en faible ou plus grosse épaisseur selon le taux d’humidité, ce paillage gratuit ne pourra qu’apporter un effet bénéfique à votre potager.