Rendement de l'Abricotier en Agriculture Biologique : Optimisation et Défis

L'abricotier, prisé pour ses fruits juteux et parfumés, représente un défi stimulant pour les arboriculteurs qui s'engagent dans la culture biologique. Alors que les abricots cueillis à maturité sur l'arbre offrent une qualité gustative incomparable par rapport à ceux du commerce, la culture en bio exige une approche méthodique pour garantir des rendements satisfaisants tout en respectant l'environnement et la santé des consommateurs. La réduction de l’usage des produits phytosanitaires, notamment des herbicides, est une préoccupation majeure pour les producteurs.

Abricots mûrs sur l'arbre

Principes Fondamentaux de la Culture Biologique de l'Abricotier

Cultiver un abricotier bio implique de respecter la nature de l'arbre et de le cultiver selon ses besoins, de la plantation jusqu’aux soins. Des conditions de culture adaptées à l'arbre fruitier sont le gage d'un arbre sain, bien nourri, capable de résister efficacement aux agressions. Les difficultés proviennent la plupart du temps des agressions des parasites et autres pathogènes. L'objectif en bio est de gérer ces défis sans recourir aux produits de synthèse.

Choix de l'Emplacement et Préparation du Sol

L’emplacement est la décision la plus importante pour l’abricotier. L’abricotier est un arbre des climats tempérés plutôt chauds, la période hivernale étant cependant indispensable à l’induction des bourgeons floraux, le cumul minimum étant de 500 heures. Il déteste les vents froids et les gelées qui détruisent sa floraison printanière très précoce. Du fait de cette sensibilité au gel, il est crucial, dans le nord de la France, de sélectionner des variétés à floraison plus tardive, ou des cultivars ayant des floraisons très longues, ce qui réduit les pertes. Un emplacement plein sud ou sud-ouest, abrité des vents froids du nord et à l’écart des zones basses sujettes aux gelées tardives, constitue les conditions idéales. Un mur exposé sud est l’emplacement de référence : la chaleur rayonnante de la pierre protège les fleurs lors des nuits froides et accélère la maturité des fruits.

Le sol doit être profond, bien drainé et jamais engorgé en hiver. L’abricotier s’adapte à une large gamme de sols, à condition qu’ils soient bien drainés et jamais engorgés en hiver. Il supporte les sols calcaires et même légèrement secs mieux que la plupart des fruitiers à noyaux. Le terrain de prédilection de l'abricotier est sec, sableux voire caillouteux, bien drainé. Cependant, l’abricotier étant généralement greffé, il peut être planté dans deux types de sols différents selon le porte-greffe utilisé : des sols calcaires, drainés, secs et légers, ou bien des sols lourds et humides. Il est crucial pour la bonne santé de votre abricotier bio que vous choisissiez son porte-greffe en fonction du sol sur lequel il va être planté.

Avant d'établir un verger d'abricotiers ou d'appliquer toute méthode de fertilisation, une analyse du sol est essentielle pour obtenir des informations sur ses caractéristiques et la disponibilité des nutriments. Pour réussir la culture des abricotiers, il est essentiel d'analyser la composition du sol afin d'identifier toute carence et de corriger le pH si nécessaire. À la plantation, un bon apport de matières organiques sera effectué. Avant la plantation, un supplément de phosphore et de potassium est recommandé pour stimuler le développement racinaire.

L'abricotier est peu adapté aux régions aux printemps très froids et tardifs, aux cuvettes sujettes aux gelées répétées, et aux sols lourds restant humides en hiver.

Planification de la Plantation et Densité

L’achat d’abricotiers en gros nécessite une planification minutieuse de l'espacement des arbres pour optimiser l'ensoleillement et la circulation de l'air. Une densité de plantation recommandée de 200 à 250 arbres par hectare, avec un espacement de 6 à 7 mètres, assure un bon développement des arbres. Il est important de veiller à ce que l'abricotier ait suffisamment d'espace tout autour de lui lors du choix de l'emplacement. La majorité des abricotiers sont autofertiles, donc la présence d’un autre sujet n’est pas indispensable, pour autant, elle reste conseillée car elle favorise et améliore la fructification.

Entretien et Fertilisation Biologique

L'entretien d'un verger suit un calendrier précis incluant la taille de formation, des traitements préventifs contre les maladies et une gestion appropriée des adventices. Le printemps est une période de croissance importante, durant laquelle le sol doit rester assez frais. Quant à l’été, les périodes de sécheresse sont difficiles à traverser pour tous les végétaux. Le paillage, épais (feuilles mortes, tontes de gazon…), va limiter l’évaporation du sol. Une astuce consiste à installer une section de tuyau ou de drain lors de la plantation, placée verticalement de la surface jusqu’aux racines, qui seront ainsi abreuvées directement à l’arrosage.

La taille de l’abricotier se pratique impérativement en été, après la récolte (juillet-août), ou en fin d’hiver juste avant le gonflement des bourgeons (fin février-mars selon la région). Elle n'aura pas lieu tous les ans, une fois tous les 3 ans est plus judicieux, à l’automne, excepté bien sûr la taille d’éclaircissement en mai ou juin, qui elle est annuelle. Le nettoyage du centre de l’arbre permet une bonne circulation de l’air et défavorise le développement des maladies. Cela apporte également beaucoup de luminosité aux fruits qui bénéficieront plus des rayons de soleil. La taille d’éclaircissement limite le phénomène d’alternance et rend donc la récolte plus homogène d’une année sur l’autre. Limiter sa hauteur rend la récolte bien plus confortable. La taille aérante annuelle maintient une charpente équilibrée, bien éclairée, et réduit naturellement la pression de la moniliose. Il est crucial de ne jamais tailler en automne ni en hiver par temps humide et froid, car les fruitiers à noyaux cicatrisent lentement et les plaies ouvertes dans de mauvaises conditions sont une porte d’entrée directe pour les champignons.

Une fertilisation équilibrée est nécessaire à un développement harmonieux, qui ne laisse de côté ni la floraison et la fructification (avec un excès d’azote), ni la croissance de l’appareil végétatif. Les fertilisants et autres engrais bio pour l’abricotier sont : fumier et compost bien décomposés, corne broyée, algues marines, guano, cendre de bois, poudre d’os, et des engrais de type 4-4-8. Le premier printemps après la plantation, apportez une matière organique rapide très azotée pour compenser une probable faim d’azote si vous avez apporté de la matière organique à la plantation. Une alternative consiste à pailler autour du tronc avec du BRF déjà composté. Un apport de compost ou de fumier sera fait en automne comme engrais de fond. La cendre de bois est riche en potasse qui favorise la fructification ; répandez-en une pelletée au cours de l’hiver. Cet apport peut également être fait grâce à du guano, épandu au printemps, si l'abricotier manque de vigueur. Cet amendement est en effet également riche en potasse, ainsi qu’en azote et en phosphore, ce qui représente une fertilisation "coup de fouet" pour un arbre carencé. Un engrais bio rapide est recommandé à la nouaison. La gestion de la fertilisation est basée sur des analyses foliaires régulières pour ajuster les apports en fonction des besoins réels des arbres.

Gestion des Maladies et Ravageurs en Abricotier Bio

La culture d'arbres fruitiers bio entraîne souvent une crainte quant aux maladies. Les soins bio pour une maladie cryptogamique de l’abricotier restent centrés sur la bouillie bordelaise. Le cuivre est en effet un excellent fongicide et ce produit est toujours autorisé en culture bio.

Moniliose sur abricots

Principales Maladies et Leurs Traitements Biologiques

  • La Moniliose (Monilia laxa) : Cette maladie cryptogamique est une affection grave pour les abricotiers. Les spores du champignon pénètrent par les fleurs, donc tôt au printemps, et se répandent dans les tissus de l’arbre, provoquant le dépérissement des bouquets floraux, des fruits et des rameaux, et entraînant la formation de chancres dans l’écorce qui abriteront le champignon durant l’hiver. Le calendrier des traitements bio de l’abricotier contre la moniliose inclut une application de bouillie bordelaise sur toute la ramure de l’arbre une fois les feuilles tombées. Durant l’hiver, le tronc de l’abricotier doit être passé au blanc arboricole. En biocontrôle, ce sont les levures Saccharomyces cerevisiae qui sont généralement employées. Il est important de noter qu'un sujet très atteint sera détruit pour éviter la contamination à toutes les autres Rosacées des environs. La moniliose est le principal risque sanitaire de l’abricotier en bio. La prévention repose sur trois leviers : une bonne exposition (air circulant, chaleur, séchage rapide après la pluie), une taille aérante rigoureuse, et le choix de variétés moins sensibles.
  • Le Chancre bactérien ou ECA (Pseudomonas syringae) : Cette maladie bactérienne se caractérise par des lésions brunes qui marquent la base des rameaux au printemps, et des écoulements de gomme sont également visibles. Les feuilles peuvent se tacher de marques transparentes. En automne, à partir de la chute des feuilles, pulvérisez du cuivre durant 2 mois tous les 15 jours. Un badigeon de chaux sur le tronc est passé en hiver, suivi d’une pulvérisation de solution cuprique. Curez les lésions au printemps puis badigeonnez les plaies. L'ECA est transmise par un psylle, Cacopsylla pruni. Ce sont les premiers individus qui reviennent à la fin de l’hiver qui sont contaminants et qui transmettent la maladie par des piqûres nutritives. Le positionnement d’une barrière physique à l’aide d’argile (kaolinite calcinée) pendant le vol crée une gêne visuelle et physique, qui empêche ces piqûres et donc les contaminations. Cette technique est plus contraignante et représente également un surcoût économique par rapport à une application insecticide classique, d’autant plus que, selon les conditions climatiques, l’argile devra être renouvelée. Mais là encore, elle permet de supprimer un insecticide, et, en combinaison avec la glu, de ne plus en appliquer aucun sur les parcelles. L’efficacité sur l’ECA est plus difficile à démontrer notamment parce que cette maladie ne s’exprime pas toujours et le plus souvent les symptômes apparaissent quelques années après la contamination.
  • L'Oïdium : Cette maladie cryptogamique est facile à reconnaître à cause du dépôt blanchâtre et duveteux caractéristique présent sur les feuilles, les rameaux et les fruits. Il sera traité tous les 10 jours au printemps avec de la décoction de prêle, du bicarbonate de soude, qui est également un antifongique (le soufre mouillable est également utilisé).
  • La Tavelure : Les décoctions de prêle renforcent les défenses immunitaires de l’arbre. Des applications de cuivre peuvent être faites juste avant la floraison.
  • Le Coryneum : Les traces de cette maladie cryptogamique, souvent appelée « criblure », se repèrent sur les feuilles. Elles se tachent de marques rondes, brunes, ourlées d’un bord rouge. En cas d’attaque forte, les rameaux et les fruits sont également touchés. Une décoction de prêle sera appliquée en pulvérisations hebdomadaires dès que la végétation repart, puis au débourrement, de la bouillie bordelaise sera appliquée.
  • La Cloque : Les feuilles, rouges et boursouflées, finissent par se dessécher. Vous pulvériserez du cuivre (bouillie bordelaise) sur tout le feuillage à l’automne, puis avant le débourrement. Renouvelez encore l’application 3 fois durant le mois qui suit.
  • La Verticilliose : Due à un champignon, Verticillium dahliae, cette maladie se signale par un feuillage qui jaunit puis se flétrit et des rameaux brunis qui se dessèchent. Il est important de couper et détruire au plus tôt les organes atteints.
  • La Sharka : Maladie virale qui cause des lésions nécrotiques profondes dans les fruits. Elle est transmise par des parasites, notamment les pucerons. La lutte contre les pucerons est donc à privilégier pour limiter l’extension de cette maladie. Les abricotiers atteints doivent être arrachés.

Lutte Biologique Contre les Ravageurs

  • Les Pucerons : Ils provoquent une crispation des feuilles sous l’effet de leurs piqûres. Trop nombreux, ils prélèvent une quantité de sève importante dont l’absence peut nuire à l’arbre. De plus, ils sont vecteurs de maladies. Pour empêcher les colonies de s’étendre, employez les prédateurs de ces parasites : coccinelles, syrphes, chrysopes… Les engrais azotés sont à utiliser avec parcimonie. Des bandes de glu de 5 à 10 cm fixées sur le tronc limitent le nombre de fourmis qui viennent en aide aux pucerons et les transportent, en empêchant la remontée des populations de forficules dans les arbres. Le purin d’ail est un bon répulsif contre les pucerons, le savon noir est également utilisé. Cette méthode est très efficace dans la lutte contre les forficules si elle est appliquée dans de bonnes conditions. Cependant, ce choix entraîne des contraintes supplémentaires en temps et en coût de travail, car il faut compter environ 10 h/ha pour la pose.
  • Les Cochenilles : Le blanchiment du tronc de l’abricotier est efficace pour détruire les formes hivernantes. À la fin du printemps, l’infusion d’origan sera un bon traitement.
  • Le Carpocapse : Pièges à phéromones et pose de sachets autour des fruits protégeront ceux-ci.

Mesures Prophylactiques Générales

Pour prévenir les maladies et les attaques de ravageurs, il est crucial de nettoyer régulièrement le jardin, notamment au pied des arbres fruitiers. Si un végétal est malade, supprimez les parties atteintes (feuilles, bouquets floraux, branches) et détruisez-les. Les fruits restés sur l’arbre et momifiés sont aussi enlevés et détruits. Il est impératif de désinfecter les outils de coupe entre chaque végétal et, après une coupe, d'appliquer un produit cicatrisant sur la plaie. Ne taillez que par temps sec. Installez des haies libres, des friches et des hôtels à insectes pour favoriser la biodiversité dans le jardin, ce qui contribue à un équilibre écologique bénéfique.

Hôtel à insectes dans un verger bio

Choix Variétal et Innovations pour un Meilleur Rendement Bio

La première mesure à prendre pour neutraliser les pathogènes est de planter des variétés résistantes, ou du moins à la sensibilité moindre. Évitez par contre les cultivars trop sensibles comme ‘Bergeron’ ou ‘Héléna du Roussillon’ pour la moniliose.

Variétés Résistantes et Performance

Dans la sélection variétale menée par Agroscope, outre la capacité à être commercialisée, la résistance aux bactéries Pseudomonas et aux champignons Monilia joue un rôle de plus en plus central. Au cours de ces dernières années, les deux variétés « Mia » et « Elsa » se sont particulièrement distinguées dans le programme de sélection d'Agroscope. Des différences marquées ont été constatées entre les variétés en matière de rendement et de sensibilité aux maladies. Les rendements les plus élevés ont été obtenus avec les variétés « Valla must », « Flopria », « Mia » et « Goldrich ». Des variétés telles que « Farely », « Lilly Cot », « Précoce de Millet » et « Bergarouge » ont donné des rendements trop faibles. En revanche, d'autres variétés, par exemple « ACW 4527 (Welthit) », « Wondercot » et « Bergeron », n'ont pas réussi à s'établir (les arbres sont restés chétifs et présentaient une faible vitalité foliaire). Les variétés « Orangerubis », « Lilly Cot » et « Apribang » se sont révélées particulièrement sensibles à la moniliose des fleurs, tandis que les variétés « Lady Cot », « Flopria », « Apribang », « Orangerubis », « Bergarouge », « Harogem » et « Bergeron » étaient sensibles à la moniliose des fruits. « Flopria », « Lilly Cot » et « Harogem » ont été davantage touchées par la maladie criblée, lorsqu'elles n'étaient pas couvertes.

Deux variétés récentes ont été créées dans ce but, toutes deux issues de la variété suisse ‘Luizet’ et proposant sa qualité gustative et sa précocité : la variété ‘Lisa’ est résistante à la moniliose, la variété ‘Mia’ est résistante à la bactériose, ou chancre bactérien. L’abricot ‘Muscat’, une ancienne variété méridionale, est résistant à la moniliose et à maturité à la mi-juillet, produisant des fruits de calibre moyen, à la saveur musquée et juteuse. L’abricot ‘Commun de Nicole’ est résistant à la moniliose, avec une maturité début juillet pour ce petit abricot à épiderme clair et à saveur parfumée et sucrée. L’abricot ‘Colonne somo’, moins précoce, se récolte fin juillet et est résistant à la moniliose.

Voici un tableau comparatif des variétés :

VariétéMaturitéUsageConservationMonilioseRusticité
Abricot Blanc d’AuvergneJuinFrais, confiture4-5 joursMoyenne★★★★★
AnastasiaJuin-juilletFrais, confiture5-7 joursFaible★★★★★
BergarougeJuilletFrais, séchage7-10 joursFaible★★★★
HargrandJuillet-aoûtFrais, confiture, séchage7-10 joursFaible★★★★★
Triomphe du NordJuillet-aoûtFrais, confiture5-7 joursMoyenne★★★★★
Tardif de TarbesAoûtFrais, confiture, séchage7-10 joursFaible★★★★★
Tros OrangeAoûtFrais, dessert, séchage7-10 joursMoyenne★★★★

Innovations Techniques : Le Greffage Haut

Sur le site expérimental INRAE UERI Gotheron (Drôme), l’un des principaux leviers testés est le greffage haut des abricotiers. Pour réduire les mortalités dues au chancre bactérien, le greffage haut des abricotiers, à plus de 1 m de hauteur sur le porte-greffe, est une technique bien connue. Cependant, cette technique est peu intégrée dans les vergers malgré la sécurité qu’elle apporte vis-à-vis de la bactériose, car le greffage haut diminue la vigueur de l’arbre et ainsi le potentiel de production par arbre. Pour compenser cette perte de vigueur, les modalités du dispositif Capred de la Drôme, Abric’haut, ont été implantées à une densité supérieure au verger de référence producteur.

Ces systèmes Abric’haut ont permis de réduire de 75 % les charpentières mortes de bactériose par rapport à la référence et cela malgré la suppression des traitements cuivre dans ces systèmes. Sur les quatre premières années de production, les rendements sont supérieurs de 30 à 40 % sur Abric'haut par rapport à la référence greffée à 60 avec une diminution de 40 % à 60 % des IFT (Indicateurs de Fréquence de Traitements). Ils ont atteint plus de 70 t/ha pour la modalité Abric’haut 1 conduite en gobelet et 65 t/ha sur quatre ans pour la modalité Abric’haut 2 conduite en palmette. Le système Abric'haut 1 reste assez comparable à la référence en termes de conduite puisque les arbres sont en gobelet. C’est le système le plus productif : en moyenne sur les quatre ans, il a produit 18 t/ha/an. Le tonnage commercialisé a été supérieur de 40 % par rapport à la référence. Le coût de production moyen au kilo lui est identique à celui de la référence, soit 0,80 €/kg. Ainsi il a permis de dégager la marge brute cumulée avec amortissement la plus importante en 2020 après quatre années de production. Ce système a aussi permis de diminuer de 25 à 40 % les IFT selon les années.

Le système Abric'haut 2 est lui conduit en palmette. Ce système est plus productif que la référence : 65 t/ha sur 4 ans contre 50 t/ha pour la référence. Mais il dégage des marges brutes cumulées inférieures au système référence en raison du poids de l’amortissement des infrastructures. Ce mode de conduite permet notamment de passer avec une plateforme fruitière pour la récolte ou pour installer des filets paragrêles, de mécaniser l’éclaircissage et de réaliser la taille en vert avec une barre de coupe. Ces changements dans l’itinéraire technique permettent des économies de temps de travail. Dans les vergers greffés haut, les buses basses d'un pulvérisateur peuvent être coupées sans impact sur la qualité de protection.

Les arbres des vergers Abric'haut 1 et Abric'haut 2 ont été traités de la même manière que la référence de 2016 à 2018, c’est-à-dire avec le même pulvérisateur à jet porté à 750 l/ha et avec toutes les buses ouvertes. Il a été constaté que les buses basses traitaient uniquement les troncs des arbres greffés haut et que les buses hautes envoyaient la bouillie dans « le ciel » dans le système en palmette. Les réglages du DPA (Dispositif Proportionnel à l'Avancement) ont été réalisés pour diminuer la quantité de bouillie à l’hectare du même ratio que celui du nombre de buses fermées (soit -22 % et -44 %). Ainsi, la concentration de matière active dans la cuve n’a pas été modifiée, et les quantités de bouillie arrivant sur la végétation sont les mêmes que lors des traitements effectués de 2016 à 2018. Seules les pertes dans l’environnement ont été supprimées en évitant de pulvériser dans des zones sans végétation.

Le Rôle du Porte-Greffe

Le choix du porte-greffe est crucial. Le Rubira, un porte-greffe pêcher, est utilisé aussi bien sur pêchers que sur abricotiers pour sa robustesse en conditions d'altitude. Il offre une tolérance supérieure à l’asphyxie racinaire et au calcaire actif, une bonne affinité avec les variétés proposées, et un enracinement solide qui renforce la résistance au froid hivernal. Dans la grande majorité des pépinières, l’abricotier est greffé sur myrobolan, Saint-Julien ou pêcher de Hongrie.

{TUTO} Comment tailler les abricotiers ? Comment tailler les fruitiers à noyaux en gobelet ?

Rendements et Contraintes de l'Agriculture Biologique

L'agriculture biologique, bien qu'ayant des avantages environnementaux et sanitaires indéniables, présente des défis en termes de rendement et de coûts.

Rendements en Bio vs. Conventionnel

Sur le groupe des fermes Dephy en abricot, la grande majorité des arboriculteurs en AB sont confrontés à des niveaux de rendements de 30 à 50 % moindres qu’en culture conventionnelle. Sur le dispositif Capred de la Sica Centrex, les rendements cumulés de 2016 à 2020 sont de 65 t/ha sur le témoin, 60 t/ha pour le ZRP (Zone de Réduction de Pesticides), près de 28 t/ha pour la modalité AB et moins de 15 t/ha pour la modalité Eco+. La croissance et le volume des arbres étant plus faibles en culture biologique, l’interrogation porte sur le fonctionnement du sol et la nutrition des arbres. Un abricotier adulte bien conduit produit entre 20 et 50 kg de fruits par saison. Un verger bien entretenu peut produire jusqu'à 12 kg de fruits par arbre. L'objectif de rendement est d’environ 20 à 25 T/ha avec 5 à 10 % maximum de déchets.

Coûts et Main-d'œuvre

La mise en place de techniques alternatives implique le plus souvent un surcoût économique et une charge de main d’œuvre supérieure. Il n’y a aucun gain économique dans cette démarche, uniquement une volonté personnelle. C’est par ailleurs une prise de risque supérieure sans meilleure valorisation du produit en parallèle. Cependant, des techniques comme la pose d’anneaux de glu, bien que demandant environ 10 h/ha pour la pose, permettent de supprimer une intervention insecticide proche de la récolte, ce qui est très efficace. De même, l'application d'argile, bien que plus contraignante et représentant un surcoût économique par rapport à une application insecticide classique, permet de supprimer un insecticide.

Défis Spécifiques en Bio

Sur le site de la Sica Centrex, la gestion de la moniliose en culture biologique et sur la modalité Eco+ est relativement bonne, mais sur une petite surface. La conservation de la variété choisie Royal Roussillon est également satisfaisante. Cependant, des problèmes techniques persistent notamment sur la lutte contre la rouille en culture biologique et avec une variété sensible à cette maladie. L’utilisation seule des produits de biocontrôle reste ici très limitante. Ces baisses de rendements se répercutent sur la marge brute.

L'objectif est maintenant d’arriver à un même niveau de rendement et de qualité en utilisant ces techniques biologiques, conciliant les exigences de production avec les principes de l'agriculture durable. Le processus de sélection d'une nouvelle variété, qui prend au minimum 15 à 20 ans avec les méthodes traditionnelles, peut être considérablement raccourci grâce à de nouvelles méthodes. Dans le cadre du programme de sélection, de nombreux croisements entre une variété sensible (p. ex. « Bergeron ») et une variété robuste (p. ex. « Bakour ») sont réalisés afin d'identifier les gènes responsables de la robustesse. Les sensibilités de plus de 70 variétés d'abricots et nouvelles obtentions face à la moniliose, une maladie fongique, et à la bactériose à Pseudomonas sont évaluées sur plusieurs années dans différentes régions de Suisse et de France.

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