Le paysage agricole français traverse une période de mutations structurelles profondes. L’analyse des données issues du recensement agricole 2020, couplée aux observations récentes de 2023, permet de dresser un portrait détaillé d’une filière en pleine reconfiguration. Entre agrandissement des structures, spécialisation des cultures et défis liés au renouvellement des générations, l’agriculture française tente de concilier souveraineté alimentaire et transition écologique.
Le cadre statistique : le recensement agricole comme outil de pilotage
Organisé tous les dix ans par le ministère de l'Agriculture, le recensement agricole concerne toutes les exploitations agricoles, même les plus petites. Cette opération statistique de grande ampleur dresse un portrait instantané et détaillé de l'agriculture. En 2020, la France métropolitaine comptait 389 470 exploitations agricoles. Ce chiffre révèle une tendance longue à la baisse : en 2023, la France métropolitaine comptait 349 600 exploitations agricoles, soit 40 000 de moins qu’au dernier recensement agricole de 2020.
Cette diminution a particulièrement touché les micro-exploitations détenues par les retraités de plus de 67 ans qui, n’étant plus considérés comme « agriculteur actif », ne bénéficient plus des aides de la Pac. En dehors de ces micro-exploitations, les fermes ont vu leur nombre reculer de 1,7 % par an, comme entre 2010 et 2020.

Dynamiques de concentration et agrandissement des fermes
Entre 2020 et 2023, les fermes ont poursuivi leur agrandissement. Leur taille moyenne est passée de 89 hectares à 93 hectares. Le nombre de fermes de plus de 200 hectares a progressé de 2,8 % par an, c’est presque 780 fermes supplémentaires chaque année. Ces fermes représentent désormais 10 % des exploitations françaises et concentrent un tiers des terres agricoles métropolitaines.
La baisse s’accentue pour les autres fermes, en particulier celles dont la surface est comprise entre 25 et 75 hectares. Elles sont environ 3 100 fermes à disparaître chaque année. Pour mieux appréhender la taille des exploitations, il est préférable de regarder leur dimension économique mesurée par l’indicateur de Production brute standard (PBS). L’évolution de la PBS moyenne par exploitation d’un recensement à l’autre donne la mesure de l’agrandissement des exploitations : elle passe de 134 000 € en 2010 à 157 000 € en 2020.
La filière des Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales (PPAM)
Les données du recensement agricole 2020 montrent une filière PPAM française dynamique qui se développe et fait la part belle à l’agriculture biologique. Les PPAM recensées sur l’ensemble du territoire métropolitain totalisent, en 2020, 61 778 ha cultivés par 8 514 exploitations. Contrairement à d’autres productions agricoles, les PPAM ont eu une évolution remarquable : les surfaces ont progressé de 62,7 % et le nombre d’exploitations a presque doublé (+ 90,1 %) entre 2010 et 2020.
La répartition géographique des surfaces des différentes PPAM confirme la spécialisation des principaux pôles de production sur le territoire métropolitain : plantes à parfum dans le sud-est ; plantes médicinales dans une diagonale Nouvelle-Aquitaine - Grand-Est ; plantes aromatiques dans le sud de la France, le Bassin Parisien et la Bretagne. Lors de la dernière décennie, la spécialisation au sein de ces secteurs s’est accrue mais de nouveaux territoires se sont également développés.
Les plantes à parfum, aromatiques et médicinales labélisées agriculture biologique représentent, en 2020, 10 884 ha cultivés par 3 266 exploitations. Le label concerne donc 17,6 % des surfaces en PPAM et 38,4 % des exploitations en produisant.
Liste de 11 plantes médicinales faciles à cultiver dans son jardin en permaculture.
Cultures fruitières et légumières : une résilience particulière
Le nombre d'exploitations fruitières ou légumières est resté relativement stable par rapport à 2010 (- 1 %), contrairement à l'ensemble des exploitations agricoles (- 21 %). Leur part dans l'effectif total des exploitations agricoles de France métropolitaine passe ainsi de 9 % en 2010, à 11 % en 2020. En revanche, dans le détail, le nombre d'exploitations cultivant des fruits a diminué (- 11 %), alors que celui des exploitations cultivant des légumes a augmenté (+ 9 %).
L'ensemble des cultures fruitières et légumières occupe 410 280 hectares, dont 239 680 sont consacrés aux cultures légumières dont les fraises et les melons et 169 750 au verger « 11 espèces ». Cette superficie se montre en progression de 14 % par rapport à 2010. Cet accroissement est surtout imputable aux surfaces légumières (+ 20 %), les superficies fruitières ayant connu une progression plus modérée (+ 7 %).
Enjeux du renouvellement des générations et main-d'œuvre
L’agriculture française fait face à de nombreux défis : souveraineté alimentaire, problèmes socio-économiques, santé, environnement et climat. Parmi les problèmes socio-économiques, on peut citer l’enjeu du renouvellement de génération. Aujourd'hui, environ 55 % des agriculteurs ont plus de 50 ans. Dans les 10 prochaines années, 200 000 fermes seront à reprendre.
Le nombre de candidats à l’installation baisse d’année en année. La plupart des repreneurs de ces fermes ne viendront pas du monde agricole, d’où un enjeu de formation et d’accompagnement. Par ailleurs, les salariés permanents, non familiaux, prennent une place de plus en plus importante. Ils fournissent 24 % de la quantité de travail en 2023, contre 19 % en 2010. Les travaux externalisés, via les entreprises de travaux agricoles, représentent l’équivalent de 35 000 emplois à temps plein.

Structure des terres et grandes cultures
En France métropolitaine, la surface agricole utile (SAU) représente 49 % de la surface totale en 2020. Les grandes cultures occupent 12,7 millions d’hectares, soit 47 % de la SAU. Ces cultures sont davantage présentes dans la moitié nord de la France. Entre 2010 et 2020, environ 230 000 hectares de terres agricoles ont disparu chaque année, phénomène lié à l'artificialisation des sols.
Le Pacte en faveur de la haie, présenté en septembre 2023 par le Ministère de l’Agriculture, vise à favoriser leur gestion durable, en atteignant en particulier l'objectif d'un gain net du linéaire de haies de 50 000 kilomètres sur le territoire français entre 2020 et 2030. Cette mesure devrait permettre de stocker 7 millions de tonnes de CO2 en plus par an dans les haies et les sols d’ici à 2030.
L’agriculture biologique face aux réalités économiques
En 2022, 10 % des surfaces agricoles dans l’Hexagone étaient en bio, représentant 60 000 fermes. La PAC fixe un objectif de 18 % des surfaces agricoles en France en bio, tandis que la Stratégie Nationale bas-carbone fixe un objectif de 21 % d’ici à 2030. Étant donné la crise socio-économique qui touche actuellement la filière bio, avec une baisse de la part du bio dans le panier des Français et un nombre croissant de déconversions, ces objectifs semblent de plus en plus illusoires.
L’agriculture est à la croisée des thématiques économiques, sociales, climatiques et environnementales. En 2019, la production primaire représentait 1,6 % du PIB de la France. Ces faibles pourcentages sont à mettre en perspective avec la part de l’agriculture dans les émissions de gaz à effet de serre de la France, qui était de 19 % en 2022. Cela démontre que pour juger de l’importance d’un secteur sur un territoire, il ne faut pas se baser uniquement sur les indicateurs économiques.
Enfin, en 2022, moins de 1 % des crédits carbone achetés par les entreprises françaises ont servi à financer des projets agricoles en France. Ce chiffre montre tout le chemin qu'il reste à parcourir pour que la contribution carbone joue un vrai rôle dans le financement de la transition écologique de l’agriculture française, en complément des aides de la PAC et des paiements pour services environnementaux.
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