La Grande Sauterelle Verte : Un Orchestre Nocturne et une Alliance Précieuse au Jardin

Sauterelle verte sur une feuille d'hibiscus

À la tombée du jour, les jardins s'animent d'un concert inattendu : des stridulations qui perturbent le calme ambiant. Ce chant, si commun, prend toute son ampleur dans le silence de la nuit estivale, évoquant des ambiances chères à notre enfance. Le plus souvent, l'insecte reste bien dissimulé dans la végétation, ne se découvrant au hasard qu'avec la lumière du jour. Grimpant nonchalamment dans les feuilles, un énorme orthoptère pourvu de grandes antennes peut d'abord inspirer une certaine méfiance. Mais tout ce qui jaillit sous nos pieds n’est pas forcément une sauterelle. En effet, il s'agit bien souvent de criquets, adeptes de sauts spectaculaires.

La Grande sauterelle verte, connue sous son nom latin Tettigonia viridissima, est l'une des espèces les plus emblématiques de la famille des Tettigoniidae, appartenant à l'ordre des orthoptères. En Europe, et particulièrement en France, elle est la sauterelle la plus commune. Bien que parfois confondue, elle se distingue nettement des criquets par plusieurs caractéristiques morphologiques et comportementales.

Distinguer la Sauterelle Verte : Une Question d'Antennes et d'Appendices

La différence entre une sauterelle et un criquet est très nette. Les sauterelles disposent de très longues antennes, fines et délicates, tandis que les criquets montrent des antennes courtes. Cette distinction est un indicateur clé. De plus, les femelles sauterelles possèdent un long appendice à l'arrière du thorax, appelé tarière, ovipositeur ou oviscapte. Cet organe de ponte, qui mesure jusqu'à trois centimètres chez la Grande sauterelle verte, est une sorte de couteau qui permet aux femelles d'enfouir leurs œufs en profondeur dans le sol. Il ne s'agit en aucun cas d'un aiguillon pouvant occasionner des piqûres, même si, en cas de capture, une morsure peut s'avérer surprenante et parfois douloureuse. Les criquets, quant à eux, ne disposent pas de cet organe de ponte.

Comparaison entre une sauterelle et un criquet

Malgré sa taille impressionnante, comprise entre 30 et 42 mm pour le corps et atteignant six centimètres en intégrant la longueur des ailes (avec une envergure pouvant atteindre dix centimètres), la Grande sauterelle verte surprend par son homochromie. Sa coloration est entièrement verte, avec le dessus de la tête, la partie supérieure des ailes et du thorax souvent roux, ou une bande rouille sur le dessus. Cette couleur lui permet de se fondre parfaitement dans son environnement de verdure, la rendant difficile à repérer lorsqu'elle ne bouge pas. C'est un mécanisme de défense efficace pour échapper aux oiseaux prédateurs. Mâles et femelles présentent un aspect similaire, mais la femelle est généralement plus grande et se distingue surtout par sa tarière. Le mâle, quant à lui, possède un organe de stridulation, situé à la base des élytres (ailes dures et cornées), qui est généralement orné de motifs marron.

Comme tous les insectes, la Grande sauterelle verte possède trois paires de pattes. Ses pattes postérieures sont démesurées, aux cuisses fortes, lui permettant de prendre des impulsions pour faire des bonds étonnants de quelques centimètres, voire quelques mètres en volant. Bien que ses grandes ailes la rendent apte au vol, celui-ci se montre énergivore. Elle préfère donc se déplacer en marchant, ou déployer ses ailes pour sauter plutôt que de voler effectivement, ce qui lui permet d’explorer les buissons, les arbustes et les arbres, dans sa quête de nourriture. Il arrive parfois, suite à un accident, qu'une sauterelle perde une de ses paires de pattes. Cela rend ses déplacements plus malhabiles et peut la mettre en péril, comme l'observation d'une petite sauterelle verte sans sa dernière paire de pattes l'a montré, rendant sa survie plus incertaine face aux prédateurs tels que la rapiette (lézard des murailles).

Le Chant Nocturne : Une Symphonie d'Ailes

Bruit de la sauterelle - le stridulement

La Grande sauterelle verte est un insecte chanteur, mais le terme "chant" est souvent mal employé. En effet, les sauterelles, comme les criquets, n'émettent pas de son avec leur bouche. Leurs stridulations sont produites par le frottement de leurs ailes antérieures rigides. Celle du dessus présente une râpe stridulatoire sur sa face inférieure, qui vient glisser sur l'archet situé sur la face supérieure de l'autre aile. Ce sont les puissantes stridulations des mâles, émises dès juillet par temps assez chaud, qui se font entendre l'après-midi jusque tard dans la nuit pour attirer les femelles. Elles sont caractéristiques des soirs d'été. C'est à Hyères, dans le Var, et un peu partout en France, qu'on peut assez facilement l'entendre. Le meilleur moyen de l'observer est de tendre l'oreille et de chercher la bête.

L'appareil auditif de la sauterelle se distingue bien en haut de ses tibias antérieurs. Cet organe est essentiel pour la communication acoustique et la détection des signaux émis par d'autres individus. Le chant du mâle est crucial pour la reproduction, guidant les femelles vers leurs partenaires potentiels.

Cycle de Vie et Alimentation : Un Carnivore Bénéfique

La reproduction de la sauterelle ne se fait pas par un accouplement classique. Le mâle dépose un spermatophore, un "sac de spermatozoïdes", près de la tarière de la femelle, dont le contenu va se déverser sur les voies génitales de celle-ci. La ponte fait suite, avec un dépôt des œufs par groupes ou isolés, au niveau du sol. Une femelle peut pondre entre 100 et 150 œufs, qui sont de couleur brun-foncé et très allongés. Les œufs fécondés sont ensuite enfouis dans le sol, où ils passeront l'hiver pour éclore en avril.

Le développement des larves est un processus long et complexe. Les larves doivent franchir sept stades larvaires successifs, ce qui dure au moins un an et demi, voire jusqu'à cinq ans pour certains individus, avant d'atteindre l'âge adulte. L'espérance de vie de la forme adulte est d'environ six mois en moyenne.

Le régime alimentaire de la Grande sauterelle verte est principalement carnivore. Elle est carnassière et se nourrit de tout ce qui lui tombe sous ses fortes mâchoires. Son menu est composé de pucerons, de mouches, de chenilles et même de larves de doryphores, dont elle consomme parfois l'adulte, ce qui en fait un des rares prédateurs de cette espèce exotique envahissante. Contrairement à beaucoup d’idées reçues, la sauterelle verte n’est pas l’ennemie du jardinier, bien au contraire, car elle prédate de nombreux ravageurs des cultures. Elle grignote également des végétaux occasionnellement, comme les fleurs d'hibiscus, mais sans causer de dégâts notables aux plantes.

Schéma du cycle de vie d'une sauterelle

Habitat et Rôle Écologique : Une Alliée du Jardinier

Très répandue, la Grande sauterelle verte se rencontre dans toute l’Europe jusqu’à la Mongolie. Elle affectionne les hautes herbes, les prairies, les bords de route et de chemins, les haies buissonnantes, les friches, les arbustes, les arbres et les jardins. Elle recherche la chaleur et est active aussi bien le jour que la nuit en été. À partir d'octobre, elle hiberne. Alors que Tettigonia viridissima préfère les milieux chauds et secs, d'autres espèces comme Tettigonia cantans parcourent les milieux humides et montagnards.

Loin d'être un fléau, la sauterelle verte est en fait une alliée non négligeable pour le jardinier. Elle est un auxiliaire de jardin précieux grâce à son régime alimentaire carnivore, qui contribue à la régulation des populations d'insectes nuisibles. Cependant, même si les populations de sauterelles vertes ont perdu de l'importance, et ne suffisent plus à contrecarrer une pullulation d'insectes indésirables, elles demeurent malgré tout une réelle utilité et doivent être protégées.

Pour favoriser sa présence dans un jardin, il est essentiel de mettre en place des pratiques respectueuses de l'entomofaune. Cela inclut une tonte haute des végétaux, la préservation de zones sauvages, la variation de la taille des haies, et la plantation de broussailles et d'arbustes ponctués de grands arbres, car elle est aussi arboricole. Il est également crucial de limiter, voire d'abolir, l'usage des pesticides et notamment des insecticides, qui sont particulièrement nocifs pour ces insectes. Si l'emploi de produits de biocontrôle ou utilisables en agriculture biologique portant la mention EAJ (Emploi Autorisé au Jardin) est nécessaire, il convient de respecter rigoureusement les conditions d'utilisation.

Jardin favorisant la biodiversité

Mythes et Réalités : Défaire les Confusions

Il est facile de confondre la sauterelle avec un grillon ou un criquet. Comme mentionné précédemment, la longueur des antennes est le principal moyen de les différencier. Les grillons, par exemple, sont également des orthoptères chanteurs, mais leur morphologie et leur habitat diffèrent. Une autre confusion fréquente concerne les ravages de la huitième plaie d’Égypte, communément attribués à des sauterelles. En réalité, il s'agissait de criquets, ceux-ci étant essentiellement végétariens et particulièrement voraces, contrairement aux sauterelles principalement carnivores. Cette distinction est importante pour comprendre le rôle écologique de chaque espèce.

La Grande sauterelle verte, souvent appelée "sabre" en référence à la grande tarière des femelles, n'est pas une espèce en danger, mais elle a longtemps été la victime de l'utilisation prolongée des pesticides au jardin. Connaître et protéger cet insecte fascinant, c'est contribuer à l'équilibre de nos écosystèmes et profiter de son discret mais puissant chant nocturne, véritable signature des ambiances estivales.

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