
L'agriculture biodynamique, souvent appelée simplement « biodynamie », est un mode de culture qui n'utilise pas d'intrants de synthèse et qui existe depuis 1924. Née de la philosophie ésotérique et pseudo-scientifique de Rudolf Steiner, l'anthroposophie, elle représente un courant de pensée mêlant sciences et composantes spirituelles, incluant l'astrologie. La biodynamie est une forme spécifique de l'agriculture biologique, dont le concept fondateur est que la ferme est un organisme vivant autonome, où l'on recherche un équilibre entre le système de production et son environnement. L'objectif de la culture biodynamique est d'inverser la tendance actuelle en matière d'agriculture, en remplaçant l'utilisation de produits phytosanitaires chimiques par une approche plus traditionnelle. Elle s'adresse à tous ceux qui souhaitent contribuer à la sauvegarde des surfaces agricoles et sont soucieux du sort des générations futures, afin qu'elles bénéficient d'une alimentation saine.
Plus intransigeante que l'agriculture biologique, la biodynamie prône un profond respect des hommes envers la nature. Ces deux types d'agriculture, bien que différents, sont complémentaires et partagent le refus d'utiliser des produits chimiques et pesticides. Pour le traitement des parasites, par exemple, l'agriculture biologique utilise des produits 100% biologiques, tandis que l'agriculture biodynamique emploie des produits exclusivement naturels. L'un des objectifs de la biodynamie est de recréer un lien harmonieux entre la nature et l'Homme. Elle considère l'exploitation agricole ou le jardin comme un organisme à part entière, qui ne peut être pris en compte que dans la globalité de son écosystème. L'humain, les animaux et les végétaux vivent ainsi en synergie, pour un milieu équilibré et plus sain.
Les Fondements Philosophiques et Pratiques de la Biodynamie
La biodynamie est fondamentalement basée sur une approche sensible du vivant. De cette approche sensible du vivant et de la compréhension intime de l'unicité entre l'être humain et son environnement découlent les pratiques agricoles spécifiques de la biodynamie. L'agriculture biodynamique repose sur le principe que la lune a une influence sur la vitalité et la résistance des plantes aux nuisibles (parasites, maladies). Ainsi, il existerait un rythme déterminé par le passage de la lune devant les 12 constellations du zodiaque. La biodynamie est une version plus « poussée » de l'agriculture biologique.
Le concept d'« organisme agricole » est une idée de départ fondamentale, qui consiste à regarder toute ferme, tout domaine agricole comme un organisme vivant, le plus diversifié et le plus autonome possible, avec le moins d'intrants en ce qui concerne le vivant (plants, semences, fumure). Une ferme harmonieuse comprend, comme l'être humain, un corps physique (son sol avec sa teneur en argile, sable, limons), un corps éthérique (tout ce qui touche à la vie végétale), un corps astral (les animaux) et un moi, l'homme, élément central, décideur, responsable de la nature. Le principe de base de la biodynamie tient dans l'application de cette notion d'organisme, de cet écosystème, pour bien en exprimer les potentiels et produire des aliments liés au terroir et dont la qualité permettra un développement humain équilibré.
La biodynamie est la première en date des méthodes dites « biologiques ». Il ne s'agit pas d'une agriculture naturelle au sens d'un retour à la nature mais bien de comprendre les lois de la nature et de les respecter au mieux dans les pratiques agricoles. La biodynamie, comme l'agriculture biologique, souhaite éviter l'épuisement des sols par une exploitation trop intensive. Alors que l'agriculture biologique a pour objectif d'établir une production agricole durable en évitant les produits industriels et minimisant les apports extérieurs, mais en les autorisant sous certaines conditions, la biodynamie affiche une volonté de produire des plantes dites saines en proscrivant l'emploi d'engrais et pesticides solubles, naturels ou non.
Pour la maîtrise des maladies et des ravageurs, l'agriculture biodynamique, comme l'agriculture biologique, peut utiliser la technique des plantes compagnes, c'est-à-dire des plantes qui se renforcent mutuellement par leur proximité. De même, dans la lutte contre les parasites, elle utilise des infusions, décoctions, purins, ou des préparations de diverses plantes comme l'absinthe, la tanaisie, la phacélie à feuilles de tanaisie, le raifort, la ciboulette, la poudre de racine de fougère, le pyrèthre, le bois de quassia, et aussi des substances minérales comme la Chaux en poudre ou la poudre d'algues calcifiées.
Les Préparations Biodynamiques : Au Cœur des Pratiques
Ce qui fait la spécificité de l'agriculture biodynamique, c'est principalement l'usage de produits auxiliaires ou « préparations ». Il y a six préparations à ajouter au compost et deux préparations à pulvériser sur les cultures. Ces préparations demandent chacune une dynamisation d'une heure avant d'être épandues. Il s'agit de créer un tourbillon, aussi appelé vortex, dans un tonneau avec de l'eau de bonne qualité dans laquelle on a ajouté la préparation. Il faut alterner le sens du tourbillon régulièrement. Ce brassage énergique a pour rôle d'oxygéner et de vivifier la substance.
Les Deux Préparations de Base pour les Champs
Les deux préparations de base sont la bouse de corne et la silice de corne.
- La bouse de corne (préparation 500) : Élaborée à partir de bouse de vache mise dans une corne de vache et enterrée durant l'hiver, elle s'adresse au sol. C'est un véritable modèle de matière organique stable pour le sol, comme l'est le levain pour le pain. Cette préparation dynamise les processus de vie du sol en favorisant sa structuration et la vie microbienne, donc une bonne relation de la plante avec les forces terrestres. Elle stimule la formation de l'humus. Les plantes vont développer plus de racines et ainsi mieux approvisionner leur partie supérieure. On utilise aussi la bouse de corne avant les repiquages. Environ 25 grammes de bouse de corne permettent de traiter 25 ares. Les Australiens ont mis au point une préparation composée, dénommée « bouse de corne préparée ou 500P », destinée à être pulvérisée sur les parcelles et qui contient la bouse de corne (500) et les six préparations habituellement destinées au compost (502 à 507). Elle s'utilise après une dynamisation de 20 minutes à une dose d'environ 250 g/ha. Le plus connu en France est le Compost de bouse selon Maria Thun (CBMT dénommé aussi MT), et dans la plupart des autres pays Cowpat pit (CPP).
- La silice de corne (préparation 501) : Issue de quartz pur broyé finement et enterré dans une corne de vache pendant un été, elle s'adresse aux végétaux et se pulvérise sur les plantes déjà bien développées. Elle renforce l'influence de la photosynthèse et de la chaleur. Le silicium (quartz SiO2) est le constituant principal de l'écorce terrestre (47%). Dans sa forme la plus pure, il laisse passer la lumière sans opposition. Le silicium pénètre dans les plantes et dans le corps des animaux et des hommes (peau, œil, nerfs). Dans le sol, nous le trouvons dans le sable, dans l'argile par le silicate d'aluminium sous forme colloïdale, ce qui permet au silicium d'être absorbé par la plante. Très finement moulu, le quartz offre une grande surface active à la lumière. Une pointe de couteau, soit environ 1 gramme de silice de corne, brassée une heure dans 5 à 10 litres d'eau, suffit pour 25 à 50 ares de surface cultivée. Les proportions sont homéopathiques, mais les sceptiques expérimenteront une pulvérisation de silice de corne en fin de matinée, une chaude journée sur de jeunes pousses de salade, et observeront le résultat pour constater ses effets.
Il ne faut pas confondre l'apport direct de matières minérales classiques comme l'azote, le phosphore et la potasse, fertilisation classique (N, P, K), avec les préparations biodynamiques, qui modélisent et induisent des dynamiques permettant au sol de nourrir la plante. En utilisant une métaphore, on quitte la notion de perfusion pour aller vers l'autogestion. Parmi les effets des préparations biodynamiques, on observe notamment leur rôle régulateur démontré par des études allemandes : en fonction de l'état initial du terrain, les préparations biodynamiques peuvent agir dans des directions opposées. Lorsque le sol est faible, les préparations augmentent le rendement ; par contre, quand le sol est riche, elles ont tendance à réduire ce dernier. On peut voir qu'avec un substrat de départ pauvre en humus (riche en sable), le taux d'humus s'élève plus fortement sous l'effet des préparations, tandis qu'à partir d'un substrat riche en humus (terrain tourbeux), le taux d'humus se trouve alors plus fortement réduit. Dans ce dernier cas, une plus grande quantité d'humus est décomposée. Les préparations tendent vers une moyenne qui représente une situation d'équilibre dynamique.
Les Six Préparations du Compost
Leur rôle est de mobiliser les substances et les forces du compost. Elles régulent les processus microbiens du compost. Elles sont élaborées à partir de six plantes : l'achillée millefeuille, la camomille, l'ortie, l'écorce de chêne, le pissenlit et la valériane. Ces préparations sont incorporées dans le compost dès la formation du tas.
- La préparation d'achillée millefeuille (502) : Elle stimule le processus de la potasse. Elle donne aussi une sensibilité aux plantes qui leur permet d'accueillir des substances rares mais indispensables à leur vie, comme l'or, le plomb, l'arsenic, etc.
- La préparation de camomille (503) : Grâce à sa teneur en soufre, elle possède un rôle régulateur du calcium.
- La préparation d'ortie (504) : Elle harmonise les processus de l'azote grâce à sa teneur en fer et en soufre. Elle permet au compost et au sol d'acquérir une sorte d'intelligence, une sensibilité, et de mieux gérer le métabolisme de ces deux substances.
- L'écorce de chêne (505) : Riche en calcium vivant, elle agit sur les processus végétatifs trop exubérants dans la vie du sol et dans celle des plantes. Elle a une action préventive contre les maladies cryptogamiques.
- La préparation issue de la fleur de pissenlit (506) : Elle permet de réinsuffler une dynamique nouvelle au processus de la silice et de réguler les actions de la potasse.
- Le jus extrait de la valériane officinale (507) : Par sa teneur en phosphore, il stimule les forces de chaleur.
Les plantes utilisées dans les préparations du compost s'avèrent également très utiles en pulvérisation de tisanes ou de décoctions. Il existe aussi une « préparation » 508 qui est constituée de prêle des champs (Equisetum arvense). Ces préparations sont pour la plupart obtenues au travers d'un processus fermentaire dans des organes animaux : vessie, mésentère, intestin et crâne d'animal domestique.
Introduction aux plantes des préparations biodynamiques : la valériane – MABD
L'Importance des Rythmes Cosmiques
Adopter des rythmes réguliers renforce la vie. De même, appliquer des rythmes cosmiques au jardin améliore les résultats et augmente la résistance des plantes. Si Rudolf Steiner a donné les bases de la biodynamie, la recherche se poursuit sans cesse depuis 1924. Kolisko, Pfeiffer, et plus récemment Maria Thun ont approfondi l'influence des rythmes cosmiques sur la croissance des plantes. En France, un groupe de travail issu du Mouvement de l'Agriculture Bio-Dynamique étudie les influences astronomiques sur la météorologie et complète ainsi le calendrier des semis biodynamiques, publié depuis plus de cinquante ans. Celui-ci ne se contente pas des influences lunaires mais tient aussi compte de celles des planètes et de positions particulières comme les trigones ou les nœuds. Malgré les apparences, jardiner avec le ciel reste simple.
Le travail avec les rythmes commence avec les rythmes quotidien et annuel du Soleil. On peut comparer le rythme solaire à une respiration : expiration le matin et au printemps, inspiration le soir et à l'automne. Le jardinier débutant peut très bien se limiter au respect des deux rythmes essentiels qui sont le rythme sidéral et le rythme tropique. Pour faciliter la mise en œuvre pratique, les expérimentateurs en biodynamie ont mis au point le « Calendrier des Semis » donnant de nombreuses indications sur les périodes les plus favorables. D'une façon générale, dans la perception de ces rythmes, les astres sont vus du point de vue d'un observateur géocentré.
Les Principaux Rythmes Cosmiques
- Le rythme sidéral : Il correspond au passage de la Lune, en 27,3 jours, devant les douze constellations du zodiaque. Chaque constellation stimule une partie de la plante : la racine, la feuille, la fleur ou le fruit. Les plantes cultivées sont classées en quatre groupes en fonction des parties qui sont consommées :
- Plantes racines (carottes, radis, navets) : à semer, soigner et récolter aux dates racines (passage de la Lune devant les constellations du Zodiaque Taureau, Vierge ou Capricorne).
- Plantes feuilles (choux, poireaux, salades) : en jours feuilles (constellations Scorpion, Cancer, Poissons).
- Plantes fleurs (brocoli, calendula, tilleul) : en jours fleurs (Balance, Gémeaux, Verseau).
- Plantes fruits (cucurbitacées, tomates) : en jours fruit (Bélier, Lion, Sagittaire).Le jardinier peut ainsi impulser la croissance de la plante qu'il a choisie. C'est facile, une simple question d'organisation. Il s'abstiendra par exemple de semer, planter ou biner une salade en jour fruit pour éviter de précipiter la montée à graines, sachant qu'on cherche plutôt à consommer de belles feuilles.
- Le rythme tropique : la Lune montante et descendante : Ce rythme indique la période de plantation, importante pour les repiquages, le travail du sol (labour, bêchage) et l'enfouissement du compost. La Lune est dans une phase soit ascendante, soit descendante, c'est-à-dire que d'un soir à l'autre elle est plus haut ou plus bas dans le ciel que la veille. Pour être plus synthétique, on peut dire que ce mouvement induit une force qui pousse les plantes soit à s'élever, soit à former des racines. On tient aussi compte de ce rythme pour les greffages et la récolte des fruits (en phase montante). Ce cycle est apparenté au grand cycle solaire annuel qui détermine les saisons.
- Le rythme synodique : Le plus connu et le plus facilement observable, il correspond à la période qui sépare deux phases identiques de la Lune et dure 29,5 jours environ. Bien que ce rythme soit familier, en particulier des jardiniers, il est considéré comme mineur par certains biodynamistes car toutes les plantes n'y seraient pas sensibles de la même façon ; il semble concerner en priorité les plantes riches en eau telles que dans le maraîchage et son action serait plus marquée par temps humide.
- Périgée et Apogée : L'orbite elliptique de la Lune détermine un passage à une distance minimale de la Terre (environ 360000 km) ou périgée et maximale nommée apogée (situé à environ 406000 km de la Terre). Dans sa sixième conférence du cours aux agriculteurs, Rudolph Steiner propose une interprétation de l'action de la Lune à ces moments précis au travers de l'influence sur la vigueur des plantes mais aussi des parasites.
- Les nœuds lunaires : L'orbite de la Lune étant inclinée d'environ 5°8′ par rapport au plan de l'écliptique (direction de l'orbite de la terre autour du Soleil), la Lune coupe deux fois par mois ce plan, soit une fois en montant (nœud ascendant) et une fois en descendant (nœud descendant). Les biodynamistes considèrent que les travaux effectués à ces moments peuvent avoir une influence négative sur le monde vivant.
Les Semences Paysannes et la Biodiversité

L'origine des semences est primordiale car elle est la base de la qualité, notamment alimentaire. Les semences paysannes sont un commun inscrit dans une co-évolution entre les plantes cultivées, les communautés et les territoires. Elles sont issues de populations dynamiques reproduites par le cultivateur, au sein d'un collectif ayant un objectif d'autonomie semencière. Elles sont et ont toujours été sélectionnées et multipliées avec des méthodes non transgressives de la cellule végétale et à la portée du cultivateur final, dans les champs, les jardins, les vergers conduits en agriculture paysanne, biologique ou biodynamique. Ces semences sont renouvelées par multiplications successives en pollinisation libre et/ou en sélection massale, sans auto-fécondation forcée sur plusieurs générations.
Les semences paysannes peuvent appartenir à des variétés populations ainsi définies : les variétés populations sont composées d'individus exprimant des caractères phénotypiques proches mais présentant encore une grande variabilité leur permettant d'évoluer selon les conditions de cultures et les pressions environnementales. Elles sont définies par l'expression de caractères issus de combinaisons variables de plusieurs génotypes ou groupes de génotypes. Ce concept de biodiversité est aujourd'hui d'une grande modernité.
Le monopole radical exercé par l'industrie sur les semences a provoqué la disparition de 75 % de la biodiversité cultivée en 50 ans. Pourtant, les paysan-ne-s du monde ont toujours sélectionné et produit leurs semences et par-delà entretenu cette biodiversité cultivée essentielle à notre alimentation. La majorité d'entre eux utilisent toujours des semences paysannes. À l'opposé des hybrides F1, des clones et autres OGM industriels, les semences paysannes sont libres de droits de propriété et sélectionnées de façon naturelle dans les fermes et les jardins menés en agriculture paysanne, biologique ou biodynamique. Rustiques et peu exigeantes en intrants, elles possèdent aussi une grande diversité génétique qui les rend adaptables aux terroirs, aux pratiques paysannes ainsi qu'aux changements climatiques.
Les premières sociétés agricoles ont domestiqué la plupart des espèces nourricières cultivées encore aujourd'hui. Au gré des migrations et des échanges de semences, ces peuples ont acclimaté les espèces et les variétés cultivées dans leurs différents lieux de vie. Par la sélection humaine et les mécanismes d'évolution naturelle, une formidable diversité a été sans cesse brassée et renouvelée au travers l'acte fondateur de conserver une partie de sa récolte pour la ressemer. À partir du XXème siècle, l'industrialisation de l'agriculture provoque une rupture dans cette coévolution multimillénaire. La semence, comme la fertilisation, la défense des cultures, les savoir-faire et les normes techniques, doit être produite en dehors des fermes, dans un objectif de standardisation, pour une industrialisation générale et massive. Elle devient un moyen de faire entrer le progrès dans les fermes en étant associée, dans un même paquet technologique, aux engrais et pesticides chimiques, à une mécanisation exponentielle, et au recours à l'irrigation. Cette agriculture ne dépend plus de la coévolution mais de la standardisation des milieux, des fermes et des plantes. Une réussite commerciale pour l'agro-industrie mais une catastrophe pour la diversité des plantes cultivées : par exemple, en France, seules quelques variétés de blé, très proches génétiquement les unes des autres, couvrent 80% de l'assolement annuel en blé tendre. De plus, ces variétés sont toutes des lignées pures (diversité intra-variétale nulle). L'industrie, en ne sélectionnant qu'une infime part de traits génétiques en laboratoire pour les généraliser dans de vastes monocultures de variétés industrielles, épuise par là-même cette diversité nourricière. Aujourd'hui, l'écrasante majorité des variétés du commerce proviennent donc de sélections industrielles (lignées pures, hybrides F1, OGM) et n'est pas adaptée au mode de production agrobiologique et paysan.
L'agriculture intensive des pays occidentaux, basée sur un modèle d'exportation, ne produit que 30 % de l'alimentation consommée dans le monde. Les petites fermes, quant à elles, produisent plus de 70% de la nourriture disponible sans dégrader les sols, l'environnement ou le climat. 90% des paysans dans le monde utilisent leurs propres semences. Ces paysans échangent leurs semences et leurs plants et ressèment chaque année une partie de leur récolte qu'ils ont soigneusement sélectionnée.
Les Maisons des Semences Paysannes
Dans les pays peu industrialisés, les systèmes semenciers autonomes font partie intégrante des sociétés paysannes. Ils forment des réseaux horizontaux d'échanges, souvent informels, qui enrichissent sans cesse la biodiversité domestique. Pour renouer avec ces pratiques collectives et retrouver les savoir-faire paysans autour des semences, des membres du Réseau Semences Paysannes (RSP) sont allés à la rencontre d'expériences de sélection paysanne dans plusieurs pays. Suite à un voyage d'échange au Brésil où les paysans produisent et conservent en commun des semences dans des Casas de Sementes Criolas (littéralement : Maisons des Semences Créoles), l'idée s'est répandue en France et des Maisons des Semences Paysannes germent un peu partout.
Pour ne plus être seuls, pour pouvoir échanger, pour assurer une conservation collective des semences paysannes, les paysans s'organisent entre eux, mais aussi avec des jardiniers, des artisans, des cuisiniers, pour conserver et sélectionner collectivement les semences des variétés dont ils ont besoin. Il est très difficile aujourd'hui de conserver, sélectionner et produire seul toutes ses semences, et de faire face au risque de pertes (intempéries, maladies, mauvaises récoltes). Les Maisons des Semences Paysannes permettent de mutualiser les différentes étapes, de sécuriser les collections vivantes et de renouveler la biodiversité cultivée. Elles sont aussi un levier pour protéger les semences paysannes de possibles accaparements (biopiraterie, confiscation par des gènes et/ou des caractères brevetés).
L'Élevage Biodynamique et la Diversité de l'Exploitation
La nécessité de bouse et de cornes implique la présence incontournable de la vache dans la pratique de la biodynamie. La fécondité de la terre demande un apport animal ; chaque jardinier peut vérifier les conséquences d'une absence de fumure animale, la baisse de croissance des végétaux et la diminution des rendements. Les bovins ont une grande importance pour les biodynamistes. Dans la deuxième conférence de son Cours aux agriculteurs, Rudolph Steiner affirme qu'« une agriculture saine devrait pouvoir produire tout ce dont elle a besoin ». Ainsi, constituer un « organisme diversifié », le plus autonome possible sur le plan de la fumure, des semences et des fourrages constitue une des bases fondamentales de l'agriculture biodynamique.
L'introduction de la diversité dans le monde végétal (haies, bandes fleuries, arbres fruitiers, aménagement de zones de compensation écologique) et les soins aux oiseaux et aux auxiliaires (nichoirs, points d'eau pour l'abreuvement et servant d'écotone, abris pour les insectes, présence de ruches) sont indispensables pour créer des conditions d'équilibres. L'association d'un élevage d'espèces animales (bovins, porcs, volailles, abeilles, moutons, chevaux) adaptées au lieu, tant en nombre qu'en diversité, mais aussi aux productions végétales (prairies, céréales, cultures légumières, arboriculture fruitière, sylviculture) est essentielle dans une démarche d'agriculture biologique dynamique.
Pour l'agriculteur biodynamiste, il est souhaitable de rechercher un rendement qui soit en accord avec les capacités de l'animal car une trop grande productivité peut mettre en péril la santé des animaux et conduit à une rupture dans l'équilibre de l'exploitation agricole. Ainsi, des bovins laitiers produisant entre 4 et 5000 litres de lait peuvent se contenter de fourrages grossiers, dont la valorisation serait impossible sans leur action. Comme pour d'autres herbivores, ils permettent le transfert de fertilité entre les espaces non labourés et les espaces cultivés via leur capacité à digérer la cellulose. Les porcs peuvent transformer des déchets ou des sous-produits de transformation légumières, céréalières ou laitières (lactosérum) qui sont difficiles à valoriser par le compostage. En respectant leur caractère coureur dans leurs conditions d'élevage, les volailles consomment des graines et des insectes. Pour l'apiculture, les règles concernent en particulier la nécessité de laisser les abeilles exercer leur fonction cirière.
Dans l'élevage biodynamiste, l'intégrité physique des animaux doit être respectée et les animaux doivent pouvoir vivre et évoluer conformément à leur propre nature. Les pratiques mutilatoires sont considérées comme une obligation faisant suite à des conditions d'élevage inadaptées. Ainsi les bovins doivent garder leurs cornes qui sont considérées comme participant à la physiologie des ruminants. L'écornage des vaches, par exemple, est une pratique interdite dans le cahier des charges de l'agriculture biodynamique. La corne joue un rôle essentiel pour la vache dans la perception qu'elle a de son environnement terrestre et cosmique et dans le processus de rumination. Tout agriculteur sait combien cet organe est irrigué quand, suite à une blessure, jaillit le sang de la corne. C'est cette force de lien et de rumination qui va donner un modèle aux préparations biodynamiques, d'où l'importance de ne pas amputer la vache de sa corne.
Rudolf Steiner, dans un texte paru en 1923, évoquait déjà le risque d'encéphalite spongiforme bovine (maladie de la vache folle) en nourrissant des bovins avec des farines de viande, contraire à leur nature de ruminants et sans lien au sol. Pour les biodynamistes, les épizooties récentes (fièvre aphteuse, grippe aviaire, ESB) trouvent en grande partie leur origine dans le non-respect de la règle de base qui consiste à ne pas stresser un animal par des aliments et un milieu de vie qui n'ont plus de liens avec son habitat initial.
Développement et Représentation de la Biodynamie en France et dans le Monde

La biodynamie s'adresse à tous les domaines de l'activité agricole tels que la production de semences, l'élevage, l'apiculture, la viticulture ou l'entretien du paysage. Mise en pratique sur des domaines viticoles, pour la production du thé en Inde ou encore du coton, la biodynamie s'attache tout particulièrement au fonctionnement biologique des sols et des végétaux et cherche avant tout l'amélioration de la qualité des produits.
Dès le début des années 1920, un certain nombre d'agriculteurs étaient très préoccupés par l'état de dégénérescence dans lequel se trouvaient certaines productions agricoles, notamment les pommes de terre, les céréales, les fruits et les légumes mais aussi par la perte de fécondité dans leur cheptel, voyant leurs animaux confrontés à des épidémies de fièvre aphteuse. Ils demandèrent alors conseil à Rudolf Steiner qui organisa une série de huit conférences, connues sous le nom de "Cours aux Agriculteurs", qui furent données en juin 1924 sur le domaine du comte Karl von Keyserlingk à Koberwitz, près de Breslau en Silésie, devant un public d'agriculteurs, de vétérinaires et de scientifiques. Renouvelant le regard porté sur la nature, sur l'activité agricole et sur l'alimentation humaine, ces conférences contiennent à la fois les principes philosophiques de la méthode et bien des éléments pratiques.
La biodynamie a d'abord bénéficié d'un accueil favorable dans les pays de langue allemande et anglaise, notamment en Allemagne, en Suisse et en Australie. Après l'impulsion initiale, de nombreux successeurs ont œuvré pour compléter cette base et pour l'adapter à la pratique et aux conditions locales. Parmi ceux-ci, on peut citer Ehrenfried Pfeiffer (1899-1961), Harald Kabisch, Maria Thun, Léo Selinger, Friedrich Sattler, Manfred Klett, Eckard v.Wistinghausen, Volkmar Lust. En France, le mouvement se développe sous l'impulsion de Claude Monziès, Xavier Florin, François Bouchet, Nicolas Joly, Pierre Masson ou encore Jacques Mell.
L'Association française de culture biodynamique est créée en 1958, le Syndicat d'agriculture biodynamique en 1973 et le Mouvement de culture biodynamique en 1975. Toujours en France, l'association Demeter et la marque éponyme voient le jour en 1978. La biodynamie est représentée en France par deux organismes aux missions complémentaires, le MABD (Mouvement de l'Agriculture Bio-Dynamique) et l'association Demeter.
Le MABD joue un rôle plutôt culturel en éditant des livres (dont le Calendrier des semis annuel) et la revue Biodynamis, en organisant des formations et des séminaires et en diffusant les préparations biodynamiques. La revue Biodynamis fait le point trimestriellement sur l'actualité de la biodynamie en France et dans le monde. Le pôle formation du MABD propose des stages grand public et d'autres à destination des agriculteurs, agréés par la formation professionnelle. Il gère également une formation qualifiante sur deux années, en partenariat avec le CFPPA d'Obernai (Bas-Rhin) et de Segré (Maine et Loire). En plus du socle classique d'une formation agricole, celle-ci intègre l'approche goethéenne, un travail approfondi sur le paysage et un travail social, notamment en communication non violente. Atypique par le fait qu'elle est portée par un collège d'agriculteurs, elle bénéficie de l'apport d'une cinquantaine d'intervenants.
Pour ce qui est de la recherche, un travail de veille scientifique concernant les travaux et publications en agriculture biodynamique au niveau international est effectué par l'association Biodynamie Recherche en collaboration avec le MABD. Les opérateurs, agriculteurs et transformateurs, sont contrôlés et certifiés par l'association Demeter (en France l'association Demeter France est en lien avec son association internationale dont le but est l'homogénéisation des cahiers des charges).
Aujourd'hui, le scepticisme a fait place au réalisme quant aux résultats de la biodynamie. Des instituts scientifiques, comme le FiBL en Suisse qui a mis en place depuis 1977 un essai sur 96 parcelles pour comparer les modes de cultures conventionnel, organique (bio) et biodynamique (essai DOC), ont achevé de convaincre un grand nombre d'agriculteurs des résultats de la biodynamie et lui ont permis de gagner sa crédibilité. La biodynamie se développe aussi grâce aux consommateurs qui plébiscitent les produits issus de la biodynamie, reconnaissant leurs qualités.
En France, près de 511 domaines, dont environ 2/3 en viticulture, sont certifiés par l'entreprise Demeter. Près de 15 000 hectares de cultures sont certifiés en biodynamie en France, soit 6% environ des surfaces agricoles. De manière générale, l'agriculture biodynamique est bien représentée en Europe et en Australie. L'Allemagne compte près de 85 000 hectares certifiés. La biodynamie est appliquée aussi en viticulture, et notamment dans quelques grands crus de Bordeaux mais surtout dans des domaines d'autres régions viticoles réputés pour l'excellence de leurs vins. On les trouve dans le Jura, en Bourgogne, surtout en Alsace, en Loire, et depuis peu en Languedoc, en Roussillon et en Champagne. Un essai viticole est réalisé depuis 2005 au Forschungsanstalt Geisenheim, comparant les viticultures intégrées, biologiques et biodynamique. Le label Demeter est le label le plus répandu dans le monde. Il certifie tous types de produits issus de l'agriculture biodynamique.
Les Avantages et les Controverses autour de la Biodynamie
Bien que la biodynamie repose sur des principes parfois considérés comme pseudo-scientifiques, les avantages à consommer des aliments biodynamiques plutôt que d'autres sont difficiles à évaluer, puisqu'elle repose sur des principes pseudo-scientifiques. Toutefois, elle ne semble pas présenter de risque pour la santé. Le plaisir gustatif : quelques études sur le vin ont en effet montré de meilleures notes à la dégustation des vins biodynamiques. Il n'existe donc pas, à ce jour, de preuves formelles affirmant que la consommation d'aliments issus de l'agriculture biodynamique soit meilleure pour la santé.
Tout d'abord, le manque de preuves scientifiques et le lien avec l'anthroposophie, cette doctrine surveillée par la Miviludes (luttant contre les dérives sectaires), suscitent des critiques. Cyril Gambari, microbiologiste et enseignant en biologie-écologie dans un lycée agricole expliquait notamment au magazine Géo que : « Tout ça, c'est juste du marketing. L'anthroposophie n'a pas de fondement scientifique sérieux, au contraire : des études ont démontré que ni la Lune, ni la biodynamie en général n'avaient d'influence sur la qualité du vin. »
Les aliments et produits issus de l'agriculture biodynamique présentent le plus souvent la marque Demeter, un label garantissant le respect des pratiques biodynamiques. Il est possible de trouver des aliments biodynamiques dans les magasins bio ou dans des boutiques spécialisées. Les fermes Demeter sont obligatoirement labellisées bio selon la réglementation européenne. À ce titre, elles n'utilisent pas de semences, plants et plantes génétiquement modifiés, obtenus à partir ou élaborés par des OGM.
La Stérilité Mâle Cytoplasmique est obtenue par des techniques de fusion cytoplasmique ou protoplasmique qui permettent de forcer la combinaison du matériel cellulaire de deux espèces. La barrière des espèces est transgressée, tout comme la barrière cellulaire. D'après les définitions données dans les textes européens, cette technique correspond à une manipulation génétique. Cette pratique est cependant considérée comme une technologie génétique mineure, ces hybrides ne sont donc pas concernés par la réglementation sur la déclaration et l'étiquetage, étant donné qu'ils ne sont pas considérés comme étant génétiquement modifiés.
Malgré les controverses, la vérité que porte en son sein l'agroécologie, consubstantiellement ancrée dans les bases agronomiques de l'agriculture biologique, réside dans la démonstration que tout participe du Tout et que tout est une partie du Tout. Le sol fait la plante, tout comme la plante fait le sol. Plante et sol co-évoluent : l'un se nourrit de l'autre, l'un participe de l'autre. Il en est de même pour la graine qui semée dans son environnement, sauvegardée puis cultivée dans les traditions et le savoir-faire paysan, élevée et sélectionnée devient dès lors une semence paysanne. Une semence paysanne co-évolue. Les semences paysannes sont des semences reproductibles libres de droit, à fécondation libre (aussi appelées variétés population), pouvant être récoltées et semées années après années pour être reproduites, transmises ou échangées. Elles sont le gage d'autonomie et de souveraineté alimentaire.
Avant l'ère industrielle, le respect de la terre et de la biodiversité était de fait au cœur des préoccupations de l'agriculture de manière générale. Cependant, l'industrialisation récente des pratiques agricoles avec, entre autres, ses pollutions chimiques ou génétiques dégrade dramatiquement les écosystèmes, sans compter l'impact désormais indiscutable du changement climatique sur le vivant. Il est donc absolument nécessaire et urgent de mettre en œuvre des méthodes pour vivifier, soigner, régénérer les sols, les plantes, les animaux et les hommes. Et garantir ainsi un monde viable pour les générations futures. L'agriculture et le jardinage biodynamiques apportent des réponses à ces grands défis pour l'avenir. Ils proposent des outils de résilience qui ont fait leurs preuves en pratique et qui aident à limiter l'impact de ce changement sur nos cultures et nos élevages.

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