L’univers du bonsaï ne se limite pas à la culture de l’arbre ; il englobe également l’art de la mise en valeur et l’ergonomie du travail quotidien. Qu’il s’agisse de construire soi-même des supports en bois traité ou d’investir dans du matériel hydraulique de haute technicité, le choix du support influence directement la santé de la plante et le plaisir de l’artiste. Cet article explore les différentes facettes de la conception de supports, des structures en bois pour l’extérieur aux tables de travail professionnelles.

Conception et fabrication artisanale de supports en bois
La création de supports en bois, souvent appelés "tablettes" dans le milieu, nécessite une réflexion sur la durabilité et l'adaptation aux besoins spécifiques de chaque bonsaï. Le choix du matériau est primordial : le traitement classe 4 assure une bonne longévité des tables, car il protège le bois contre les intempéries et le contact avec le sol. Cependant, il est crucial de noter que le traitement réalisé par les fabricants ne pénètre pas jusqu’au cœur du bois. Sur les parties découpées, il est préférable d’appliquer un traitement complémentaire spécialement destiné au bois exposé à l’extérieur.
Pour une structure robuste, telle qu'une table de jardin, la liste de matériel recommandée comprend :
- 4 poteaux 75 x 7 x 7 cm traités classe 4.
- 4 poteaux 50 x 7 x 7 cm traités classe 4.
- 2 lambourdes 200 x 38 x 62 cm traitées classe 4.
- Des caillebotis (dalles de jardin) 50 x 50 cm traités classe 4.
L'assemblage demande de la précision. Les dalles de jardin sont proposées dans des bois, épaisseurs et modes d’assemblage (agrafes, clous ou vis) variés. Pour une meilleure tenue, les dalles sont disposées à l’envers, sous les lambourdes. Les vis n’étant pas directement soumises à la pluie et à l’arrosage, elles risquent moins de rouiller. Pour la fixation, chaque dalle est fixée par 4 vis traitées extérieur 4,5 x 60 mm positionnées aux 4 coins. La longueur des vis dépend de l’épaisseur du plateau ; le principe étant que la vis pénètre d’au moins la moitié de sa longueur dans la partie à assembler.
L'ergonomie au service de l'artiste : Le matériel professionnel
Travailler un bonsaï demande une grande précision, souvent sur de longues périodes. Pour pallier la fatigue et améliorer l'efficacité, les artistes se tournent vers des équipements spécialisés. Depuis longtemps au Japon, les artistes de bonsaï utilisent les tables de travail à levage hydraulique, mais leurs coûts prohibitifs ont jusqu’ici limité sa diffusion en Occident. Nous sommes enfin heureux d’annoncer l’arrivée sur le marché au Canada d’un instrument essentiel qui peut aider les artistes de bonsaï de tous niveaux à travailler plus efficacement et plus confortablement leurs plantes.
Les modèles récents, comme la Green-T, offrent des caractéristiques supérieures aux standards historiques. Un plan d’appui de 58 cm de diamètre, au lieu des 50 cm habituels, permet de travailler les matériaux les plus impressionnants ainsi que les plantes les plus petites. Le plan de travail est constitué de contreplaqué marin de pin, peint et recouvert de solide caoutchouc antidérapant (épaisseur 4 mm, dureté Shore A 70). La capacité de levage peut atteindre jusqu'à 200 kg.
La structure de ces tables intègre souvent une base de métal avec soutien stellaire sur 5 points et une pompe de levage hydraulique à pédale. L'hauteur du plan de travail est réglable, généralement de 43 cm à 60 cm (voire jusqu'à 82 cm selon les modèles), avec frein de blocage. 5 œillets amovibles, positionnés au bas du plan de travail, permettent un ancrage solide de la plante à la table pendant le travail. La rotation du plan de travail peut être désengagée par un simple mouvement de la pédale, offrant une liberté de mouvement totale.
Variantes techniques et accessoires : Miniatures et rotatives
Il existe des solutions pour chaque espace et chaque besoin. Pour ceux qui disposent de moins d'espace, le Green-T Mini avec pince ou ventouse permet d'être utilisé à n'importe quelle table, intégrant un système de rotation à trois axes, réglable en continu dans toutes les directions.
Parallèlement, les tables tournantes de travail japonaises de haute qualité restent des incontournables. Elles sont souvent fabriquées en plastique résistant aux intempéries, ce qui permet de les utiliser également comme table de présentation pour exposer les arbres et obtenir un ensoleillement uniforme en faisant tourner facilement les sujets lourds. Ces tables supportent généralement une charge allant jusqu'à 50 kg.
L'aspect créatif : Personnalisation et détournement d'objets
Au-delà de la technique pure, la fabrication de tablettes pour bonsaï est une activité créative où l'expérimentation est reine. Pour faire les plans d'une tablette, il est courant de s'inspirer de modèles vus sur le net, après avoir demandé conseils et normes sur un forum, puis d'extrapoler. Parfois, le résultat est une question de confort visuel : "en théorie, les pieds devraient être moins hauts, mais ma petite bête est vraiment petite, alors je l'ai voulue plus haute pour que l'ensemble soit plus près des yeux".
La récupération est une source inépuisable. Un simple saladier en bois peut, avec un peu de travail, devenir une tablette de présentation. Après avoir percé le bois à l'aide de différents diamètres de forêts, on peut utiliser une meuleuse d'angle montée avec un disque zirconium gros grains pour supprimer les aspérités. Pour donner du relief, on peut détériorer le côté lisse en passant un coup de brosse laiton montée sur perceuse dans le sens d'une éventuelle érosion.
La création de "Jitas" - petits socles mis sous les plantes d'accompagnement - demande une approche différente, privilégiant la finesse. Qu'il s'agisse de réaliser une fenêtre sur le côté d'une structure, d'utiliser du papier sulfurisé pour simuler le papier de riz d'un shoji, ou d'assembler des matériaux de récupération pour créer un tokonoma, l'essentiel est de ne pas commettre les mêmes erreurs que pour le prototype et d'intégrer les remarques constructives.

Vers une esthétique "New Age" et racines naturelles
Le "Saint Graal" pour de nombreux amateurs reste la tablette façon "racines". Contrairement à une idée reçue, ces structures ne sont pas toujours naturelles. Il s'agit d'un travail de sculpture minutieux : "ensuite, c'est avec le petit embout type pointe carbure (pointe rouge) que se fera tout le travail de sculpture". Ce processus demande de la patience et une vision artistique pour transformer un bloc de bois brut en un support qui semble avoir été formé par le temps et l'érosion.
Chaque arbre spécial mérite une tablette spéciale. Que l'on travaille du prunus, du cèdre ou d'autres essences, l'objectif reste le même : créer un mariage harmonieux entre le végétal et le support. La mise en lumière joue également un rôle, notamment lors des expositions, où l'utilisation de guirlandes leds à piles permet de souligner les détails des tablettes, à condition de bien évaluer la puissance lumineuse nécessaire en fonction de l'environnement, qu'il soit tamisé ou très éclairé.