L'Analyse Chimique des Sols en Maraîchage : Un Pilier pour une Fertilité Durable

L'analyse chimique du sol représente un processus fondamental dans l'ingénierie agricole et environnementale, particulièrement en maraîchage. Cette démarche cruciale permet de déterminer la composition chimique du sol et la concentration de divers éléments nutritifs indispensables à la croissance des plantes. Au-delà de la simple identification des carences ou des excès, elle offre une compréhension approfondie du fonctionnement du sol, essentielle pour optimiser les pratiques culturales et tendre vers un système agricole plus autonome et performant.

Schéma des différents paramètres mesurés lors d'une analyse de sol

Les Fondamentaux de l'Analyse de Sol

Quand on parle d’analyses de sol, il existe plusieurs types et on a parfois tendance à se perdre. L'analyse d'un sol agricole passe par l'étude de quatre paramètres principaux : sa texture, son acidité (pH), son profil organique et son état minéral. Chacun de ces paramètres joue un rôle essentiel dans la fertilité et la capacité du sol à soutenir des cultures saines et productives.

Analyse de la Texture du Sol

L’analyse de sol s’intéresse d’abord à la texture de la terre arable, c’est-à-dire la terre qui peut être labourée ou cultivée. La texture d’un sol est la proportion des constituants selon trois composantes : les argiles (inférieurs à 2 µm), les limons (entre 2 et 50 µm) et les sables (plus de 50 µm). Selon la proportion de chaque classe, on distingue plusieurs types de sol : sableux, limoneux (0-10% d’argile), argileux (25-40% d’argile) ou humifère (10% ou plus d’humus). La texture d’un sol est cependant rarement unique, c’est un mélange d’argile, de sable et de limon. Pour la déterminer, on utilise le triangle des textures. Par exemple, un sol composé de 70% de limon, 60% de sable et 50% d’argile est un sol limon-argileux-sableux.

Selon la texture du sol, certaines cultures se développent plus ou moins bien. Par exemple, la carotte des sables est adaptée à un sol sableux léger et bien drainé qui lui permet de garder une forme bien droite et d’éviter les maladies. Certaines textures sont aussi exposées à des risques. Un sol limoneux est moins stable donc plus exposé à l’érosion par l’eau et la formation d’une croûte de battance. La texture du sol influence beaucoup ses qualités agronomiques.

Triangle des textures de sol

Analyse de l’Acidité du Sol (pH)

Le pH du sol exprime le degré d’acidité ou d’alcalinité d’un sol sur une échelle de 0 (très acide) à 14 (très alcalin ou basique). Un pH neutre est généralement autour de 7, alors qu'un sol acide a un pH inférieur à 7. Le pH du sol est utilisé pour déceler une carence ou un élément toxique. Il permet aussi de caractériser la Capacité d’Échange Cationique (CEC), c’est-à-dire la quantité de cations échangeables que les plantes peuvent utiliser pour pousser.

L’acidité du sol impacte le bon développement des cultures et le rendement. Par exemple, certaines formes solubles de l’aluminium peuvent devenir toxiques lorsque le pH est inférieur à 5,5. Ce phénomène s’appelle la toxicité aluminique et est la principale cause de perte de rendement dans les sols acides. Le chaulage permet de ramener le pH dans un intervalle favorable au développement des végétaux et de la vie du sol. Cela améliore la décomposition de la matière organique et modifie le profil organique du sol. Dans les parcelles sans travail du sol ou travaillées seulement superficiellement, la couche superficielle a tendance à se concentrer en phosphore et en matière organique. Dans les sols non calcaires, elle peut aussi s’acidifier plus rapidement. Mais cette évolution ne devient perceptible qu’au bout de 5 à 10 ans.

Analyse du Profil Organique du Sol

Les matières organiques (MO) des sols sont un pilier de la fertilité. Les MO font référence à ce que l’on trouve dans la couche superficielle du sol (0-30 cm) et représentent environ 1 à 10% de la masse des sols. Elles regroupent l’ensemble des constituants organiques morts ou vivants, d’origine animale, végétale ou microbienne présents dans le sol. Le laboratoire mesure l’humus colloïdal : le matériel organique a plusieurs étapes de décomposition, formant des particules de plus en plus petites, jusqu’à avoir de l’humus colloïdal. C’est ce qui peut expliquer la différence entre la mesure en MO des laboratoires français.

Le taux de matières organiques est un élément de base permettant le pilotage de la fertilisation organique. Pour conserver et enrichir son sol en MO il est conseillé de limiter le travail du sol, de couvrir le sol et de restituer régulièrement de la biomasse végétale. Il est important de noter que le taux de matières organiques ne renseigne pas sur la qualité des MO du sol.

Analyse de l’État Minéral du Sol

Les éléments qui caractérisent l’état minéral du sol sont nombreux et variés, incluant le phosphore (P), la potasse (K), le magnésium (Mg), le calcium (Ca), le fer (Fe), le cuivre (Cu), le manganèse (Mn), le bore (B), la silice (Si) et le soufre (S). Chaque élément occupe une place spécifique dans le développement d’une culture et est indispensable à la bonne santé du végétal. Une carence en un élément peut empêcher d’autres éléments, pourtant présents dans le sol, d’être disponibles pour la plante et la rendre malade. Par exemple, le soufre est nécessaire à la synthèse des protéines, et le magnésium est un constituant essentiel de la chlorophylle permettant à la plante d’effectuer sa photosynthèse. Une carence en soufre provoque des chloroses. Sur les sols de certaines régions, 44% des analyses de sol révèlent une carence importante en phosphore (inférieure à 80 mg/kg de MS). Il est également essentiel de vérifier la valeur de son pH afin de ne pas risquer de bloquer le phosphore et les oligo-éléments.

Exemples de carences nutritives chez les plantes

Méthodes et Approches d'Analyse Chimique du Sol

L'analyse chimique du sol est un processus essentiel qui permet de déterminer la composition chimique du sol ainsi que la concentration de divers éléments nutritifs qui sont indispensables pour la croissance des plantes. En effectuant une telle analyse, il est possible d'identifier les éléments nutritifs présents ou manquants, optimisant ainsi l'utilisation des fertilisants et contribuant à un rendement optimal des cultures.

Techniques d'Analyse

Différentes méthodes peuvent être utilisées pour réaliser une analyse chimique du sol, chacune avec ses propres avantages :

  • Extraction par réactifs chimiques : Cette méthode utilise des réactifs chimiques pour extraire les éléments nutritifs dans le sol afin d'en mesurer la concentration.
  • Analyse spectroscopique : Elle permet de déterminer la composition élémentaire des échantillons en utilisant la lumière pour identifier et quantifier les éléments sous forme ionique. La spectrométrie d'absorption atomique, par exemple, mesure la concentration d'ions métalliques à travers leur absorption de la lumière.
  • Chromatographie : Il s'agit d'une technique poussée permettant la séparation et l'identification des composés chimiques présents dans le sol. Les innovations récentes en chromatographie ionique permettent maintenant d'analyser simultanément plusieurs ions, tels que NH4+ et NO3-, avec une précision accrue.
  • Titrage chimique : Cette approche utilise des solutions réactives pour déterminer la concentration de nutriments spécifiques.
  • Test de sol rapide : Fournit des estimations immédiates des nutriments principaux comme le nitrate (NO3-).
  • Mesure de la conductivité électrique (CE) : La conductivité électrique du sol est une mesure de sa capacité à conduire l'électricité, ce qui indique la concentration des sels solubles présents dans le sol. Une valeur de 0,8 dS/m dans un champ agricole signifie que le sol a une quantité modérée de sels solubles, ce qui convient à de nombreuses cultures mais peut nécessiter des ajustements pour certaines plantes sensibles.

Bien que chaque technique ait ses avantages, il est souvent bénéfique de combiner plusieurs méthodes pour obtenir une analyse complète. Par exemple, une approche intégrant à la fois la spectrométrie d'absorption atomique pour les ions métalliques et le titrage pour les nutriments peut offrir une vue d'ensemble détaillée des conditions du sol.

L'Analyse Physico-Chimique vs. Chimique

L'analyse chimique et l'analyse physico-chimique du sol servent toutes deux à évaluer la santé et la composition du sol, mais elles diffèrent par leur approche et leurs objectifs. L'analyse chimique se concentre sur l'identification et la mesure des éléments nutritifs et des composés chimiques spécifiques. En revanche, l'analyse physico-chimique inclut aussi l'évaluation des propriétés physiques comme la texture, la structure et la densité du sol. Cette approche complète permet de mieux comprendre les interactions entre la physique du sol et sa chimie, ce qui est particulièrement utile pour les ingénieurs et les agronomes cherchant à optimiser l'utilisation du sol.

Les différences clés entre les deux analyses sont les suivantes :

  • Analyse chimique : Quantification des nutriments disponibles (N, P, K), détection de la toxicité due à des métaux lourds.
  • Analyse physico-chimique : Évaluation de la rétention d'eau et de l'aération, mesure du pH et des propriétés tampon (capacité du sol à résister aux changements de pH, souvent influencée par la présence de carbonates et d'autres minéraux).

Prenons l'exemple d'un sol argileux. Une analyse chimique pourrait montrer une carence en potassium, tandis qu'une analyse physico-chimique révélera une mauvaise perméabilité de l'eau, nécessitant à la fois l'ajout de nutriments et une amélioration structurelle. L'analyse physico-chimique offre une image plus complète notamment dans les sols complexes ou les environnements perturbés. Les sols organiques, par exemple, peuvent avoir des propriétés chimiques riches mais souffrir de problèmes physiques comme un tassement excessif.

Analyses chimiques du sol - Mélanie Gauthier

La Méthode Kinsey-Albrecht

L’analyse selon Kinsey-Albrecht a la particularité de s'intéresser aux éléments chimiques du sol pour l’équilibre du sol. Avec cette analyse, nous ne cherchons pas seulement à nourrir les cultures présentes mais surtout à rééquilibrer le sol afin d’avoir une bonne structure du sol (qui influence directement la qualité biologique) et une mise à disposition correcte des éléments nutritifs. L’objectif final est de retrouver un système qui fonctionne de manière quasi autonome, ce qui prend du temps. Les analyses chimiques de sol sont la base de la réflexion. Les analyses de sol selon la méthode Kinsey-Albrecht ont pour but de rééquilibrer chimiquement le sol sur le long terme. Les recommandations sont basées en premier lieu sur des rapports entre éléments (notamment Calcium / Magnésium) et sur des minimums nécessaires dans le sol et pour la culture en place et/ou à venir. Il faut en effet avoir en premier lieu un sol avec un minimum d’air : un rapport Ca/Mg équilibré.

Le laboratoire réalisant ces analyses, et recommandations, se situe aux États-Unis. Dans certains cas, un test supplémentaire doit être réalisé : le K-Displacement. Si le sol répond à certains critères, notamment en termes de pH, % Ca…, l’analyse classique peut donner des résultats faussés. Il est alors nécessaire de faire ce K-Displacement test, afin d’avoir des valeurs (en CEC, Mg, Ca, K, Na) plus exactes. Si ce test n’est pas réalisé, de grandes carences pourraient passer inaperçues. Il est conseillé de travailler avec des intermédiaires agréés par Kinsey pour assurer l’utilisation de la méthode adéquate et avoir un bon suivi. Il est essentiel que ces intermédiaires travaillent avec la société Kinsey directement, qui maîtrise le mieux la méthode Kinsey-Albrecht.

Pourquoi Faire une Analyse de Sol ?

L’analyse de sol agricole permet d’établir un diagnostic sur la fertilité chimique d’un sol, indispensable au raisonnement de la fertilisation des cultures, qu’il s’agisse d’engrais minéraux, de produits organiques ou d’amendements basiques. Le diagnostic de la fertilité du sol établi par l’analyse est aussi la seule façon de connaître l’impact des pratiques culturales sur l’évolution de la biodisponibilité des éléments minéraux. Dans un proche avenir, l’intégration d’indicateurs biologiques permettra d’étendre le diagnostic à la composante fertilité biologique du sol.

Évaluer la Fertilité du Sol et Optimiser les Rendements

Étudier les quatre paramètres fondamentaux (texture, pH, profil organique, état minéral) permet de comprendre comment fonctionne son sol et comment réagissent les cultures que l’on y implante. Outre proposer un état des lieux de la santé de son sol, une analyse de sol est essentielle pour passer à l’action. Il s’agit alors de caractériser la fertilité de son sol et adapter ses pratiques pour optimiser son rendement.

Une bonne fertilité physique est garantie par un sol bien organisé. La structure du sol doit permettre des échanges d’eau et de gaz, de favoriser la qualité de l’enracinement des plantes, et d’optimiser l’activité biologique. Si ces fonctions ne sont pas remplies, le sol risque l’érosion. L’amélioration de la fertilité physique est centrale en agriculture de conservation des sols.

La fertilité chimique signifie que la plante trouve et absorbe l’ensemble des éléments dont elle a besoin pour pousser. La gestion du pH est centrale car il conditionne le blocage de certains éléments et l’activité biologique qui transforme les matières organiques.

La quantité et la qualité des matières organiques garantissent la fertilité biologique des sols. En diminuant le travail du sol et en pratiquant les couverts végétaux, on peut enrichir le sol en MO et protéger leur qualité. Sur un sol labouré, l’acidité des fertilisants est « diluée » dans les 30 premiers cm. Mais en TCS (Techniques Culturales Simplifiées), toute l'acidité s'accumule en surface. Pour empêcher ça, il faut apporter des petits apports de chaux plutôt que des apports massifs pour rétablir un pH neutre.

Réduire les Charges d’Exploitation

La hausse des prix des intrants et du carburant a été spectaculaire ces dernières années. L’analyse de sol permet d’identifier les besoins du sol et de diminuer ses charges d’exploitation en évitant des achats d’intrants excessifs. Elle permet aussi de repenser sa stratégie de fertilisation et son système agricole pour tendre vers un système « auto-fertile » qui repose sur un bon fonctionnement biologique du sol. Les déséquilibres dans les sols et une mauvaise fertilisation peuvent impacter fortement le potentiel de rendement et donc la marge brute par hectare.

Tableau des hausses de prix des intrants agricoles

Comment Réaliser une Analyse de Sol ?

Une analyse de sol est un investissement qui nécessite une méthodologie rigoureuse pour garantir la pertinence des résultats. La qualité des prélèvements est primordiale, car les laboratoires ne réalisent les différentes déterminations que sur quelques grammes de terre qui doivent être représentatifs de plusieurs milliers de tonnes ! La masse sèche de la terre de la couche travaillée sur 20-25 cm représente de 2 000 à 4 000 tonnes par hectare selon sa pierrosité. C’est dire l’importance de la première étape qu’est le prélèvement.

Le Prélèvement des Échantillons

Le prélèvement peut être réalisé à tout moment de l’année, l’important est de choisir toujours la même période au fil des années pour un suivi cohérent. Il est impératif de conserver la même époque de prélèvement entre analyses successives. Le prélèvement peut être réalisé sans conséquence pour l’interprétation, dans une culture en place, mais avant tout apport d’engrais minéral ou organique. L’approche GPS est un atout, notamment pour le suivi à long terme des parcelles, permettant de géolocaliser le point pour pouvoir refaire le prélèvement sur la même zone dans quelques années.

Choisissez, dans votre parcelle, des zones homogènes en termes de texture, drainage, conduite. Il est recommandé de se limiter à des parcelles ou zones de 10 ha, afin d’être représentatif. Il est conseillé de réaliser une analyse de terre pour 5 à 10 ha selon la variabilité des types de sols.

Une mesure du sol au laboratoire doit être réalisée sur un échantillon issu du mélange d’un nombre suffisant de carottages élémentaires afin d’assurer une représentativité de l'échantillon par rapport à la zone prélevée. Au champ, le mélange des prélèvements élémentaires doit être sous-échantillonné pour envoyer au laboratoire un échantillon d’environ 300 à 500 grammes selon le menu demandé, en éliminant les cailloux supérieurs à 2 cm.

Il est préférable de prélever les échantillons en automne car le sol est encore chaud et l’activité biologique est forte sous le couvert végétal. Idéalement, il faut prélever le sol au moins 2 mois après un apport d’engrais, 6 mois après un apport d’amendements alcalinisants et un mois après le dernier travail du sol. Sinon, l’analyse risque d’être faussée !

Profondeur de Prélèvement

La profondeur de prélèvement doit s’ajuster à la profondeur maximum du labour qui est comprise entre 20 et 25 cm. Se rattachent aussi à ce cas les parcelles en non labour mais travaillées régulièrement ou occasionnellement avec des outils à dents, à plus de 20 cm de profondeur, ce qui provoque une certaine homogénéisation de la couche de terre. Il est recommandé de prélever à au moins 20 cm de profondeur même en non labour.

Il faut éviter les prélèvements trop superficiels, en particulier lorsque le sol est trop sec en été ou trop caillouteux. Mais surtout, il faut éviter les prélèvements trop profonds, en particulier lorsque le sol est humide. Dans les parcelles sans travail du sol ou travaillées seulement superficiellement, la couche superficielle a tendance à se concentrer en phosphore et en matière organique. Restreindre le prélèvement au seul horizon superficiel risque de conduire dans certains cas à une mauvaise interprétation des résultats de l’analyse. Il est donc préférable de garder une profondeur de prélèvement de 20 cm en non labour avec une interprétation selon les mêmes critères que pour une analyse en parcelle travaillée.

Préparation et Envoi de l'Échantillon

Mélanger soigneusement l’ensemble des prélèvements d’une même parcelle puis en prélever environ 350 g (ou 500g). Cela représente 1 échantillon. Placer l’échantillon dans un sac en plastique zippé et l’annoter. Veillez à bien renseigner la fiche de renseignement qui est à fournir avec les échantillons, notamment les informations sur les apports de carbonate de calcium, dolomie et gypse. La pertinence du conseil de fumure dépend de la qualité du remplissage de cette fiche de renseignements et de l’exactitude des renseignements fournis.

Contactez tout d’abord l’intermédiaire avec lequel vous souhaitez travailler, afin qu’il vous fournisse le protocole précis ainsi que la fiche de renseignement qui est à fournir avec les échantillons. Il peut être spécifié sur la fiche de renseignement si les apports doivent convenir à de l’Agriculture Biologique (AB) ou si des composts/fumiers sont utilisés.

Suivi des Analyses

Il est bien de revenir sur une même parcelle tous les 2 ou 3 ans, afin de suivre l’évolution. Cela permet également de répartir l’ensemble des parcelles que l’on souhaite analyser sur 3 ans. Pour la réalisation des analyses de sol, comme pour la majorité des analyses, il est essentiel de toujours travailler avec les mêmes personnes et donc finalement les mêmes laboratoires. Il ne sert à rien de comparer les résultats d’un laboratoire à l’autre : l’échantillon envoyé n’est pas le même, les protocoles d’extractions ne sont pas toujours les mêmes et l’interprétation change également, notamment entre les laboratoires européens et la méthode Kinsey-Albrecht.

L’analyse de sol agricole a deux objectifs : comparer les teneurs analysées à des seuils pour les interpréter et suivre leur évolution dans le temps pour déceler une tendance (diminution, stabilité ou augmentation) qui sera également interprétée. Pour répondre à ce second objectif, il faut réaliser un suivi dans le temps, sur la même zone de prélèvement. Une périodicité de 5 ans constitue un bon compromis pour détecter des tendances d'évolutions pluriannuelles.

Interprétation des Résultats

Une fois les échantillons analysés, vous recevez les résultats de votre analyse de sol. Les résultats sont rendus avec les recommandations, établies par Kinsey Ag. Il peut être demandé d’avoir une priorisation des recommandations, afin de savoir quels apports sont les plus importants.

Les résultats des analyses de sol sont parfois difficiles à interpréter. C’est pourquoi des structures comme AgroLeague délivrent à leurs adhérents les résultats des analyses de leur sol dans un format plus facile à lire et à interpréter. Pour faciliter l’interprétation, des agronomes accompagnent les maraîchers et les aident à prendre les bonnes décisions. Par exemple : une CEC faible (<10meq/100g) nécessite des apports annuels. Cela donne des indications sur la taille du réservoir de cations K+, Mg++, Ca++, Na+ du sol et le taux de saturation estime son % de remplissage. Les ppm ou mg/kg d’oligo-éléments permettent de prévenir des carences.

Le test Haney est une méthode qui permet de mesurer l’activité biologique de la parcelle, d’identifier les facteurs limitants pour débloquer l’activité biologique, de mesurer l’azote relargué par la parcelle pour adapter ses doses d’azote et d’établir un profil complet des macro et oligo-éléments disponibles pour la culture.

Exemple de rapport d'analyse de sol simplifié

Coût de l'Analyse de Sol

Le prix de l’analyse de sol dépend de la méthode utilisée et du type de culture étudiée (viticulture, maraîchage, grande culture…). Le coût d’une analyse de sol varie également en fonction du périmètre de l’analyse et des paramètres à prendre en compte :

  • 10 à 16 € pour des analyses d’azote.
  • 60 € pour des analyses tournées vers l’acidité et l’état organique et minéral du sol en grande culture avec interprétation.
  • 200 € pour des analyses très complètes (CEC + pH + organique + minéral + oligos).
  • 250 € pour des analyses de fertilité organique et de caractérisation de l’état physique (retrait-gonflement des argiles, état et fonctionnement organique, cinétique et minéralisation de l’azote).

L'Importance de l'Eau dans le Maraîchage

La qualité de l’eau influe grandement sur la fertilité de la terre que vous cultivez. Elle joue sur la croissance des légumes et des fruits. Si l’eau que vous utilisez est contaminée par des agents pathogènes ou par des pesticides, vous devrez probablement faire face à de nombreux problèmes liés à la croissance des plantes. De plus, les légumes sont pour beaucoup constitués essentiellement d’eau, si celle-ci est de mauvaise qualité, vous pourrez faire face à des répercussions sanitaires. L’eau est essentielle pour la culture des fruits et des légumes.

Les techniques d’irrigation courantes incluent l’aspersion, qui consiste à projeter de l’eau en l’air pour tomber à la surface du sol sous forme de fines gouttelettes, et le goutte-à-goutte, également appelé « micro-irrigation » ou « irrigation localisée ». Le goutte-à-goutte consiste à apporter l’eau sous faible pression au niveau des pieds de chaque plante au compte-goutte à l’aide de petits tuyaux posés sur le sol. Il est également possible d’arroser directement les racines des plantes avec l’irrigation localisée en enterrant les tuyaux. Parmi les avantages que procure cette technique, il y a notamment le fait qu’elle permet de diminuer la consommation d’eau, qu’elle limite les pertes par évaporation et qu’elle ne favorise pas la pousse des mauvaises herbes situées entre chaque plant.

Dans le cadre du Paquet Hygiène en production végétale, les exploitants du secteur alimentaire doivent respecter les mesures qui visent à contrôler la qualité de l’eau. Avant de vendre vos fruits et vos légumes sur les marchés, vous devez les laver. Attention, la dernière eau de lavage doit être potable.

Système d'irrigation goutte-à-goutte dans une parcelle maraîchère

L'Observation du Profil de Sol : Un Complément Essentiel

Au-delà des analyses en laboratoire, l’observation directe du profil de sol est une pratique de terrain inestimable, notamment en maraîchage biologique. Elle permet d’évaluer son potentiel agronomique : est-il adapté à mes cultures et à mes objectifs de rendement ? Un sol propice doit offrir un enracinement dense et profond, permettant aux plantes d’accéder aux ressources nécessaires à leur croissance. Pour le réaliser, il faut d’abord choisir un emplacement représentatif de la parcelle ou un endroit présentant une anomalie sur les cultures.

Les signes d’une activité biologique dynamique incluent des turricules en surface, des galeries en profondeur et une structure grumeleuse dans les couches superficielles. L’observation des cailloux est également importante : trop nombreux, ils peuvent compliquer l’enracinement et le travail du sol.

L’observation d’un profil de sol permet d’adapter les pratiques culturales aux spécificités et aux contraintes du sol. Si un développement racinaire inégal ou une « semelle de labour » est détecté, cela invite à revoir les pratiques : l’outil utilisé est-il adapté au type de sol et à son humidité ? Pour un sol non travaillé, le profil permet d’évaluer la profondeur des racines et leur accès à l’eau. Cette démarche aide les maraîchers à diagnostiquer le potentiel agronomique de leur lieu de culture et à choisir des pratiques adaptées, comme le travail ou non du sol, les outils à privilégier, la culture sur buttes, le choix ou encore la gestion de l’irrigation et des apports organiques. Ce diagnostic peut également orienter le choix des cultures et le choix des emplacements, en fonction des caractéristiques du sol (précocité d’un sol sableux, contraintes d’un sol argileux, trop humide, acide ou caillouteux). Une fois installés, les stagiaires n’ont pas toujours besoin d’un diagnostic complet, mais ils acquièrent le « réflexe bêche » pour résoudre des anomalies (compaction, irrigation inadaptée, maladies racinaires) et suivre l’évolution de la fertilité, de l’acidité, ou de la matière organique au fil du temps.

Par exemple, un profil de sol peut révéler qu'un sol sans travail du sol ni culture depuis une dizaine d’années, avec exportation du foin, s’est compacté et probablement acidifié, ce qui rend difficile la vie du sol et la décomposition de la matière organique qui s’accumule en surface. En revanche, les caractéristiques propres au sol et inaltérables, comme la CEC satisfaisante et le profil granulométrique, peuvent ne pas présenter de difficultés particulières pour les cultures. L'observation directe et les analyses chimiques combinées fournissent une compréhension complète pour une gestion optimale.

Analyses chimiques du sol - Mélanie Gauthier

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