La gestion du pelage et des fanons chez le cheval est un sujet qui soulève de nombreuses questions chez les propriétaires, oscillant entre impératifs de santé, besoins sportifs et choix esthétiques. Si la nature a doté nos équidés d'une capacité incroyable à développer un poil dense pour se protéger du froid et de l'humidité, cette protection naturelle peut devenir un handicap pour le cheval au travail ou un foyer de prolifération pour certaines pathologies cutanées.

Pourquoi s'intéresser à la tonte des membres ?
La réponse est… ça dépend du travail que vous demandez à votre cheval. Nos chevaux ont en effet la capacité incroyable de pouvoir développer du poil en quantité importante dès que les températures baissent afin de se protéger du froid et de l’humidité. C’est très avantageux pour les chevaux vivant au pré à l’année car cela leur assure une protection thermique naturelle. Mais, ça l’est beaucoup moins pour les chevaux au travail. Vous imaginez faire une séance de course à pied avec une grosse doudoune de ski ? Vous n’auriez qu’une envie : vous en débarrasser ! Idem pour nos chevaux lors d’une séance, l’épaisse couche de poils favorisera une forte transpiration et une sensation d’inconfort.
La tonte est donc indispensable pour un cheval de sport, ou du moins ayant une activité physique régulière. Premièrement l’absence de poils permettra de faciliter la thermorégulation lors du travail mais surtout facilitera le séchage une fois de retour au box, lui évitant ainsi de tomber malade au moindre courant d’air. Tondre son cheval est donc primordial pour assurer sa santé et son confort au quotidien.
Dans le cas spécifique des fanons, situés en bas des membres au niveau du boulet, leur utilité première est de laisser couler l’eau des membres vers le sol, agissant comme une gouttière. Cependant, lorsque cette zone reste humide de manière prolongée, elle favorise l'apparition de pathologies. La tonte des fanons de votre cob ou cheval de trait permet d’examiner ou diagnostiquer les membres des chevaux. Particulièrement pour les chevaux de trait et les cobs, qui sont à risque de plusieurs maladies telles que le mallenders/sallenders, la gale chorioptique (gale des paturons) et le lymphœdème chronique progressif (pattes à jus).
Gérer les pathologies cutanées : Le rôle de la tonte
Mon Irish Cob ayant de grosses démangeaisons au niveau des fanons, mon vétérinaire m'a conseillé de lui tondre pour lui désinfecter les jambes régulièrement. Bien que cette idée me fende le cœur, ce conseil me semble judicieux. La gale chorioptique, causée par des acariens, provoque des démangeaisons intenses. La tonte des fanons de votre cheval peut réduire la prolifération des acariens en retirant leur habitat chaud qui les protège. Suite à la tonte, vous pouvez plus facilement traiter les fanons avec des shampooings antiseptiques et des solutions antiparasitaires.
Il est important de tondre pour bien traiter la zone. Si vous ne le traitez pas correctement, cela peut remonter sur tout le corps du cheval. Concernant le lymphœdème chronique progressif (LCP), ou « pattes à jus », retirer les fanons permet aux bandages de compression d’être appliqués uniformément. C’est important de ne pas tondre entre les plis, car cela peut irriter le cheval lors de la repousse des poils.

Quant au Mallenders/Sallenders, il est dû à une surproduction de kératine qui provoque un épaississement et des plaies de la peau derrière les genoux (mallanders) et/ou devant les jarrets (sallanders). Dans certains cas, la kératine peut se propager le long des tendons antérieurs et des os du canon postérieurs. Une fois ces zones croûteuses formées, il est très difficile de les éradiquer complètement.
Méthodologie et matériel : Comment procéder ?
La tonte est une pratique courante dans le quotidien avec les chevaux. Avant l’esthétique, c’est avant tout le confort, le bien-être et la santé du cheval en activité qui priment. Le geste de la tonte est assez simple, on part toujours de la queue vers les oreilles. Avant d’attaquer, on s’assure que son cheval est parfaitement propre. On prend soin également de s’installer dans un endroit abrité du vent et de la pluie, et le plus calme possible afin de ne pas stresser son cheval.
Pour les membres, n'utilisez pas de tondeuse si vous ne vous sentez pas à l'aise ; certains propriétaires préfèrent tout faire au ciseau. L'important c'est que la « mèche » ne soit pas trop épaisse pour passer dans les lames de la tondeuse. Si vous avez une tondeuse pour chien, ou même homme, vu l’épaisseur, passez en premier dans le sens du poil, puis à rebrousse-poil.
Comment bien choisir la tondeuse pour son cheval ?
Quel matériel choisir ?
Bien que les tondeuses pour chevaux soient très maniables, vous pouvez investir dans une tondeuse de finitions qui rendra la tonte des membres et de la tête plus simple et agréable.
- Tondeuse de finition : Légère (seulement 440g) et sans fil, elle est idéale pour les zones délicates.
- Tondeuse polyvalente : Il existe des modèles de 750g à 990g, offrant une autonomie allant jusqu'à deux heures. Ces appareils ne vibrent pas et ont un niveau sonore extrêmement faible, transformant la tonte en un moment de plaisir.
Pour éviter tout risque d’électrocution, on empêche son cheval de marcher sur le fil de la tondeuse. Si votre cheval a des croûtes et/ou des plaies, pensez à utiliser un jeu de peigne de 9,6mm ou des ciseaux incurvés pour éviter de faire mal.
Précautions et bien-être animal
Il est hors de question de laisser notre cheval tondu sans protection ! Le pelage du cheval est un élément naturel qui le protège. Si le cheval est tondu, cette isolation thermique est perdue. Le cheval peut alors diminuer la température de ses muscles afin de réguler sa température corporelle. Il est donc primordial de couvrir son cheval en fonction de l’hébergement (box ou pré) et de la température extérieure.
Un cheval tondu doit être couvert constamment. Par exemple, entre 5 et 10°C, une couverture d'extérieur de 200g est recommandée pour un cheval tondu vivant au pré. Il vaut mieux mettre une seule couverture épaisse qu'empiler plusieurs couvertures pour atteindre le grammage souhaité.
Enfin, une attention particulière doit être portée aux zones sensorielles. Il ne faut jamais couper ou arracher les vibrisses (poils tactiles) situées au niveau des naseaux, sous la bouche et autour des yeux. C’est grâce à ces poils tactiles que le cheval va sentir la proximité d’un objet. Couper les vibrisses va à l’encontre du bien-être animal et est interdit dans les concours internationaux depuis 2021 par le règlement de la FEI (Fédération Équestre Internationale). Pour les oreilles, sachez que les poils à l'intérieur empêchent les insectes et la poussière d’entrer dans l’appareil auditif. Toutefois, vous pouvez couper ceux qui dépassent en utilisant des ciseaux à bout rond.

La tonte reste un équilibre subtil entre les besoins de santé du cheval, son activité physique et la protection nécessaire contre les éléments. En observant régulièrement votre animal et en adaptant le niveau de tonte à sa pathologie ou à son travail, vous garantissez un confort optimal tout au long de l'année.