L'entretien des bords de route en France : entre sécurité, écologie et économies

Paysage français avec ronds-points fleuris et routes bordées d'herbes hautes

En France, le paysage routier a connu une transformation notable ces dernières années. Il n’est pas rare de voir des ronds-points fleuris ou de hautes herbes le long des routes, une évolution qui interpelle de nombreux usagers. Si vous vous déplacez en voiture, vous avez sans doute remarqué que certains ronds-points et bords de route sont moins entretenus qu’avant. Les fleurs sauvages apparaissent, l’herbe n’est pas tondue et les insectes se multiplient. Cette approche, loin d'être un signe de négligence, est le fruit d'une politique environnementale volontariste adoptée par de nombreuses municipalités et départements.

Le fauchage raisonné et la fauche tardive : une nouvelle approche de l'entretien routier

De nombreuses mairies laissent dorénavant pousser les herbes folles sur les ronds-points et les bas-côtés afin de favoriser la biodiversité. Certaines municipalités décident volontairement de laisser pousser les hautes herbes sur le bord de la route ou sur les ronds-points. Une des principales techniques utilisées est la fauche tardive et différenciée. Cette fauche tardive consiste à tondre une seule partie de l’espace vert et de laisser pousser l’herbe sur le reste. Le fauchage raisonné, mis en œuvre par la Direction du Patrimoine Routier, Paysager et des Mobilités, a permis de mettre fin aux excès du fauchage systématique et trop précoce qui pénalisait le développement des espèces (fleurs, insectes) et qui conduisait à appauvrir les paysages.

Illustration de la fauche tardive et différenciée sur un bord de route

Pourquoi parle-t-on de fauchage raisonné ?

Le fauchage utile doit concilier les impératifs de sécurité - la visibilité des automobilistes et le cheminement des piétons - ainsi que le cycle de croissance des plantes. Cela se traduit concrètement par une hauteur de coupe autour de 10 cm, et surtout par un choix majeur : retarder au maximum la première intervention au printemps. L’herbe repousse moins vite si l’on attend le stade du développement de l’épi. C’est la hauteur d’herbe atteinte, estimée à 40 cm maximum dans les zones de sécurité, qui déclenche l’intervention des services. L’objectif est de limiter à deux interventions maximum sur chaque site pendant la période de pousse : fauchage et dégagement de sécurité avec un débroussaillage autour des glissières et de la signalisation. L’entretien des lisières et le débroussaillage plus important s’effectuant à partir de la mi-août.

Qu'est-ce que le fauchage raisonné sur le territoire de Loire Forez agglomération ?

Avantages écologiques de ces pratiques

Cette pratique a plusieurs avantages. Elle permet de favoriser les plantes vivaces, de préserver les rosettes de feuilles des orchidées. Par ailleurs, le couvert végétal étant préservé, on limite l’érosion du sol et la prolifération de certaines invasives. De plus, elle permet à la végétation de fleurir, de grainer, et de se reproduire. Ainsi le cycle de vie est préservé pour une plus grande variété de plantes et de fleurs.

Un milieu naturel préservé est essentiel : on compte 125 espèces de plantes protégées et recensées par le Conservatoire botanique. Véritables refuges écologiques, les bords de route permettent aux espèces animales de se déplacer, se nourrir, se reproduire. Le fauchage raisonné permet de répondre aux besoins des usagers tout en respectant la nature. Les agents utilisent moins de produits phytosanitaires comme les pesticides et les herbicides, ce qui réduit leur impact environnemental.

La fauche tardive et différenciée permet d’assurer la visibilité pour les automobilistes, grâce à la partie tondue, et permet également aux herbes et aux plantes de pousser. Si on aperçoit des herbes folles près des ronds points ou en bord de route, cela ne signifie pas forcément que ce sont de mauvaises herbes… Pour limiter la pousse d’herbes indésirables, certaines communes utilisent du paillage végétal (chanvre, coco ou écorce) ou des plantes couvre-sol comme le sedum. Certaines municipalités sèment des mélanges de graines de fleurs et de plantes mellifères, qui attirent les abeilles et autres pollinisateurs, pour créer des prairies fleuries sur les ronds-points. De plus, cette végétation naturelle nécessite peu d’arrosage ni traitement phytosanitaire (aucun besoin d’insecticide ou d’herbicide), ce qui revient à réduire l’impact environnemental de l’entretien des espaces verts par les communes.

Un exemple frappant de ces bénéfices est l'attraction d'insectes. "Ça attire des abeilles, donc la pollinisation, ça attire des insectes, donc des chauves-souris, donc moins de moustiques ! C’est bénéfique pour tout le monde." Cette démarche, curieuse au départ, comme à La Rochelle ou dans d’autres villes, où l'on voit pousser des pâquerettes en plein milieu des trottoirs ou des ronds-points en autonomie, s’avère intéressante et fructueuse. La nouvelle hauteur de coupe relevée à 12 cm maintient un tapis végétal qui empêche l’érosion du sol, limite la progression des espèces invasives et respecte la biodiversité pour des accotements à l’état davantage naturel.

Bénéfices économiques pour les communes

Cette approche permet à la commune de faire des économies en réduisant ses coûts d’entretien des espaces verts. Seules certaines parties des ronds-points et des bords de route sont entretenues. Le fauchage bas (moins de 10 cm du sol) use plus vite et plus fort les engins et induit une surconsommation de carburant. Le fauchage raisonné conduit à une économie de carburant de l’ordre de 20%. De plus, comme la fauche tardive demande peu d’arrosage et d’entretien, les agents utilisent moins de produits phytosanitaires, ce qui réduit leur impact environnemental tout en leur faisant réaliser des économies. Le ramassage des déchets, bien que plus onéreux initialement (main d’œuvre, investissement matériel…), génère des économies plus importantes sur les travaux de curage des fossés, le dérasement des accotements, la confection de saignées et le débouchage des ponts.

Fauchage et sécurité routière : un équilibre délicat

Voiture circulant sur une route bordée d'herbes fauchées pour la visibilité

Le fauchage est essentiel pour garantir la sécurité des automobilistes, cyclistes et autres usagers de la route. L’objectif premier du fauchage d’accotement reste la sécurité des usagers. Il convient donc de rappeler quelques principes d’application. Généralement, au-delà de 40 cm de végétation (bande de sécurité et berme incluse), l’herbe est considérée comme gênante, surtout au niveau des zones courbes et des intersections.

Amélioration de la visibilité et prévention des dangers

Le fauchage routier sert à couper l’herbe et autres végétaux sur le bord de la route, sur une largeur d’environ 1,20 m. Il permet d’améliorer la visibilité des usagers de la route dans les virages et les carrefours. Il permet d’anticiper un freinage avec un meilleur angle de vision des dangers en bord de route (animaux, piétons…). Il permet aux usagers comme aux voitures de stationner aisément sur le bord de la route.

Pour assurer la sécurité et la visibilité des usagers des routes girondines, il n’est pas nécessaire de faucher de manière répétée la totalité des espaces en bord de route, ni de raser la végétation. Cependant, il est crucial d'adapter les pratiques aux spécificités de chaque site. Si l’on prend l’exemple d’un carrefour en croix avec un ‘Cédez le passage’ (zone 90 km/h), la zone de dégagement doit débuter à environ 200 m en amont, pour une largeur progressive atteignant les 15 à 20 m au niveau du panneau. Pour un carrefour avec un ‘Stop’, dans les mêmes conditions, la zone de dégagement peut atteindre les 60 m de long pour 4 m de large au niveau du panneau stop. Cependant, ces valeurs doivent être adaptées au site en fonction de la topographie, de l’altimétrie et des caractéristiques propres au site (secteurs à haut risque d’incendie, terre-plein centraux…).

Priorités et calendrier du fauchage

La priorité du fauchage est destinée aux routes départementales de faible largeur. Ensuite, le reste du réseau routier est fauché à son tour. Les lieux touristiques sont notamment des endroits prioritaires.

Comme chaque année au printemps, les agents du Département commencent à faucher les bords des routes : trois coupes dans l’année pour garantir aux Girondines et Girondins des routes aux conditions de circulation, de sécurité et de confort optimum. La date de fauchage peut varier chaque année de quelques jours, car cela dépend de la hauteur de l’herbe. En général, le fauchage du bord des routes est réalisé fin mai, lorsque la hauteur de l’herbe a terminé son cycle de reproduction et élaboré ses graines. On appelle ça le stade de l’épiaison. Évidemment, si certaines routes sont obstruées hors de cette période, des actions de fauchage peuvent être mises en place afin d’assurer une circulation fluide et sans danger. Un bord de route est composé de plusieurs parties qui peuvent quant à elle être fauchées plus ou moins souvent dans l’année selon leur usage et la fréquence d’usagers qui y circulent.

Enfin, un fauchage complet des bords de routes, des fossés et éventuellement des bas de talus a lieu une fois par an, durant l’automne et l’hiver. Le débroussaillage de talus sur un cycle de plusieurs saisons suit la nature et la densité de la végétation.

Équipements et techniques de fauchage

Les gestionnaires des bords de route disposent d’une offre matérielle complète et spécialisée.

Le matériel de fauchage

Les équipements incluent :

  • Des faucheuses-débroussailleuses à bras articulés. Ces machines sont associées à un porteur (tracteur agricole, véhicule dédié, camion).
  • Des roto-faucheuses attelées à l’avant ou à l’arrière du porteur : axiales ou latérales.
  • Des véhicules dédiés, entièrement conçus et adaptés pour le fauchage.
  • Des outils spéciaux comme les broyeurs ‘forestiers’, utilisés pour les travaux de débroussaillage intensifs (diamètre de coupe supérieur à 10 cm).

Le choix de tel ou tel équipement dépendra de la configuration spatiale des bords de route à faucher, des travaux à effectuer, et des capacités d’investissements du service en charge de l’entretien. Bien que les tracteurs, polyvalents, soient toujours très prisés, les véhicules dédiés sont de véritables bêtes de travail et d’efficacité. Régime de prise de force adapté à chaque outil, unités d’affichage high-tech (nombre d’hectares journaliers effectués, compteur de surface…), cabine ergonomique et climatisée pour travailler en pleine chaleur, visibilité intégrale de l’unité de coupe… Les atouts ne manquent pas !

Ce mode de fauchage, que la Dordogne a été le premier Département à systématiser, nécessite un matériel adapté et plus performant qui est acquis progressivement. En contrepartie, le fauchage raisonné augmente la durée de vie de ce matériel qui est moins sollicité.

Le ramassage des résidus de fauche

L’herbe broyée est collectée par un système composé :

  • D’un bac collecteur avec vis sans fin situé sur la tête de coupe (faucheuse-débroussailleuse ou rotofaucheuse).
  • D’un système d’aspiration tuyau couplé à une turbine.
  • D’un container, qui peut être porté ou tracté par le véhicule principal. S’agissant d’une remorque, elle peut prendre diverses configurations (remorque-benne, remorque à fond mouvant, remorque porte-caisson..). Dans tous les cas, cette dernière doit être adaptée à la fonction recherchée (optimisation du remplissage, filtration des rejets de poussières, signalisation conforme à la réglementation et au code de la route).

Schéma illustrant le processus de ramassage des résidus de fauche

Les gestionnaires des bords de routes exportent les déchets pour trois raisons : favoriser la biodiversité, respecter l’environnement, et surtout, réaliser des économies. Si le ramassage s’avère plus onéreux (main d’œuvre, investissement matériel…), les économies réalisées sur les travaux de curage des fossés, le dérasement des accotements, la confection de saignées et le débouchage des ponts sont, quant à elles, plus importantes. Sans compter les bénéfices pour l’environnement : exporter les fauches permet par exemple de diminuer l’azote dans les fossés, et donc, dans l’eau, et de produire en aval de l’énergie renouvelable par méthanisation.

L'engagement des acteurs routiers pour le développement durable

Depuis sa création en 2007, la DIR Méditerranée, gestionnaire du réseau routier national, se mobilise sur les enjeux du développement durable et recherche notamment à minimiser l’impact environnemental de son activité d’exploitant routier. Prenant en compte tous ces paramètres, la DIR Méditerranée expérimente de nouvelles modalités de fauchage sur le réseau routier national des Alpes du Sud : Sur une bande de sécurité de 1,5 m, correspondant à la largeur de l’outil de fauchage, une coupe sera effectuée à une hauteur de 10 cm lorsque la hauteur d’herbe aura atteint au plus 70 cm.

Depuis plusieurs années, le Conseil départemental s’est engagé dans une politique environnementale volontariste. Cette démarche concerne depuis de nombreuses années déjà l’entretien de ses dépendances vertes routières avec en action principale : le fauchage raisonné des bords de routes.

Gestion des déchets et propreté : un appel au civisme

Depuis 2019, le département s’est engagé dans une campagne de sensibilisation à la gestion des déchets notamment en bord de route. Les agents des routes en ramassent de grandes quantités sur les accotements routiers, notamment avant chaque intervention de fauchage. En effet, les détritus non ramassés passent dans les machines et deviennent des micro-déchets qui peuvent mettre des années, voire des siècles, à disparaître et finissent très souvent dans nos rivières. Avant de réaliser un fauchage du bord des routes, un ramassage des déchets est organisé afin d’éviter que les engins dispersent les déchets en fauchant et qu’ils ne s’abîment.

Ces mesures sont appliquées sur l’ensemble du réseau routier départemental et elles font l’objet d’une information aux communes.

Qu'est-ce que le fauchage raisonné sur le territoire de Loire Forez agglomération ?

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