L'Érable Bonsaï : Un Festival de Couleurs et de Formes

Les érables sont un choix privilégié des passionnés de bonsaï, loués pour leur feuillage spectaculaire qui se pare de couleurs éclatantes au printemps et à l'automne. Ces teintes chatoyantes, allant de l'orange au rouge avec de nombreuses nuances intermédiaires, créent un véritable festival visuel qui enrichira toute collection de bonsaï. En hiver, la chute des feuilles révèle la finesse de leurs ramifications, ajoutant une autre dimension esthétique. Il est largement admis que tout bonsaïka devrait posséder au moins un érable bonsaï, cet arbre étant considéré comme l'emblème de toute collection. Sa culture et son entretien sont relativement simples, le rendant accessible aussi bien aux débutants qu'aux amateurs expérimentés. Il convient néanmoins de le placer à l'ombre pendant les chaudes journées d'été afin de protéger son feuillage délicat des brûlures.

érable bonsaï aux couleurs automnales

L'Érable du Japon : Une Diversité Remarquable

L'érable du Japon (Acer palmatum), originaire du Japon, de Chine et de Corée, doit son nom botanique à ses feuilles palmées, le mot latin "palma" désignant la paume de la main. Dans la plupart des cas, ses feuilles présentent cinq lobes pointus. Cet arbre ou grand arbuste, qui peut atteindre 15 mètres dans son habitat naturel mais est généralement plus petit, est caractérisé par des feuilles à 5 ou 7 lobes bidentés et séparés par des sinus profonds, mesurant jusqu'à 8 cm dans chaque dimension. Son feuillage est vert en saison, mais se transforme en jaune, violet ou bronze à l'automne. De petites fleurs violacées apparaissent en avril ou en mai, évoluant ensuite en graines d'érable, de petites noix ailées qui, à maturité, flottent au sol comme des hélices.

Aujourd'hui, les variétés cultivées de l'érable du Japon sont bien plus répandues que l'espèce typique. Sa mutabilité génétique a donné naissance à une prolifération de sous-espèces et de cultivars, offrant une incroyable diversité. Certains de ces cultivars présentent des feuilles fortement lobées, d'autres des coloris particuliers ou des panachures, tandis que d'autres encore se distinguent par une écorce très rugueuse ou un nanisme prononcé. On dénombre actuellement plus de 350 cultivars en culture, dont la description complète est disponible dans des ouvrages de référence tels que "Japanese Maples" de J.O. Vertrees.

Cultivars d'Érables du Japon pour Bonsaï

La richesse des cultivars d'érable du Japon offre un éventail de choix pour les amateurs de bonsaï, chacun avec ses particularités. Voici quelques exemples populaires :

  • Kiyohime : Un érable nain, rustique et vigoureux, supportant bien le plein soleil et offrant un très joli port buissonnant. Au printemps, ses petites feuilles sont jaune orangé pâle, bordées d'orange plus vif, et deviennent vert clair à vert jaune en été. Elles virent au jaune vif et à l'orange en automne.
  • Kashima : Son nom signifie "perruque". Il est très apprécié pour ses couleurs lumineuses, développant des feuilles orange foncé qui deviennent rapidement jaune citron bordé d'orangé au printemps. Du jaune vif, les feuilles virent au vert clair en été puis jaune d'or en automne.
  • Shishigashira : Ce cultivar est caractérisé par son écorce rugueuse, offrant un contraste intéressant.
  • Arakawa : Un autre cultivar à l'écorce distincte, souvent rugueuse et vieillie, très recherché pour son aspect antique en bonsaï.
  • Deshojo : Un cultivar à feuilles rouges, dont les jeunes pousses au printemps arborent un feuillage rouge pourpre clair qui persiste tout l'été avant de devenir écarlate à l'automne.
  • Seigen : Un autre érable à feuilles rouges, connu pour son feuillage rouge écarlate très intense qui se maintient tout l'été, virant à l'orange ou au jaune à l'automne.
  • Bloodgood : Un arbre vigoureux d'un très beau rouge foncé qui tient tard dans l'été et devient écarlate à l'automne.
  • Osakazuki : Son nom signifie "feuille en forme de tasse à saké". Son feuillage de printemps et début d'été est rose et devient rouge bronze puis d'un beau vert. En automne, sa couleur rouge cramoisie est spectaculaire. C'est un arbre rustique de forme érigée à la cime arrondie.
  • Sango Kaku : Érable à l'écorce couleur corail en automne, s'intensifiant l'hiver. Ses petites feuilles vert vif sont dentelées et le bord des nouvelles feuilles est teinté de rougeâtre au printemps, virant au jaune d'or à l'automne. Son port est gracieux et la cime s'évase au sommet.
  • Beni Maiko : Au printemps, les petites feuilles sont écarlates et cette couleur cramoisie persiste un mois ou plus. Ensuite, la couleur vire au vert rouge en été pour revenir à l'orange et au rouge à l'automne. Le port est buissonnant et cette variété peut atteindre 3 mètres de haut, ce qui en fait une excellente plante à cultiver en pot sur la terrasse.
  • Sekimori : Une forme érigée rare parmi les érables à feuilles laciniées du groupe dissectum. Elle offre un beau contraste plantée parmi les formes dissectum classiques. Au printemps, les feuilles vert vif se colorent légèrement de rouge aux extrémités et virent au vert clair tout l'été. Les couleurs de l'automne sont splendides et vont de l'or au jaune clair teinté de cramoisi.
  • Burgundy Lace : Splendide feuillage brillant d'un rouge pourpre qui persiste tard dans l'été. Ce feuillage résiste au soleil et ne craint pas les brûlures. À l'automne, cet érable devient cramoisi.
  • Orange Dream : Le feuillage de printemps est d'un beau orange, plus vif que celui de Katsura, et pendant plusieurs semaines avant de devenir vert en été. C'est l'un des premiers acers à sortir ses feuilles.

COMMENT faire des SEMIS D'ÉRABLES pour créer une FORÊT BONSAÏ

Exigences Culturelles et Entretien

La culture de l'érable bonsaï demande une attention particulière à certains aspects pour assurer sa santé et sa vitalité.

Emplacement

L'érable japonais préfère une position ensoleillée et aérée. Cependant, il est crucial de le protéger du soleil brûlant du midi et de l'après-midi, surtout en été, pour éviter que ses feuilles délicates ne soient endommagées. Les variétés et cultivars verts peuvent être placés en plein soleil, mais une ombre partielle est recommandée durant les heures les plus chaudes.

Arrosage

Les érables ont des racines superficielles et nécessitent une humidité constante. Un érable japonais en pot à bonsaï doit être arrosé quotidiennement pendant la saison de croissance, voire plusieurs fois par jour durant les journées les plus chaudes, à condition que le substrat soit bien drainé et l'arbre sain et vigoureux. Il est important d'arroser légèrement mais de façon continue, sans inonder le sol. La modération s'impose pour éviter l'excès d'eau. Le besoin en eau est très différent pour chaque espèce d'érable, mais en général, les bonsaïs d'érable ne doivent pas être gardés trop au sec.

Fertilisation

Le printemps est le moment le plus propice à la fertilisation, juste avant l'émergence des feuilles. Un fertilisant complet et plutôt azoté, tel le Rapid-Gro, est approprié. Pour les bonsaïs d'érable japonais matures, l'utilisation d'engrais organiques solides est fortement conseillée, car ils agissent lentement, doucement et contiennent généralement tous les micronutriments nécessaires. Il est essentiel de suivre attentivement les instructions de dosage. Si une croissance plus forte est souhaitée, par exemple sur de jeunes plants ou des arbres à travailler, un engrais liquide peut être utilisé chaque semaine. J.O. Vertrees, un expert des érables du Japon, met en garde contre les fertilisants dont l'azote est d'origine ammoniacale, souvent qualifiés d'acides.

bonsaï d'érable en pleine croissance

Taille et Pinçage

La taille des pousses et des rameaux peut être effectuée toute l'année. Les tailles sévères doivent se faire à l'automne, juste avant la chute des feuilles, pour éviter les pertes de sève excessives. Cependant, les émondages correctifs ou formateurs peuvent s'effectuer en tout temps, sauf en période de gel. Même après le retranchement de grosses branches très anciennes, de nouveaux bourgeons apparaitront rapidement. Lorsque les branches originales deviennent trop fortes, elles sont souvent taillées à la base, ne laissant qu'un moignon. De nouvelles pousses surgissent bientôt autour de celui-ci, permettant au bonsaïste de former de nouvelles branches.

Pour les ramilles et les branches fines, la coupe s'effectue juste au-dessus d'un nœud, provoquant l'apparition de deux nouvelles ramilles à ce point. Le pinçage diffère selon l'âge du sujet. Sur un jeune arbre, on laisse les branches atteindre sept ou neuf nœuds, puis on les taille avec un ciseau à bourgeons. Les nouvelles pousses de la cime sont rabattues à un seul entre-nœud, tandis que celles de la base le sont à deux ou trois. Sur de vieux arbres, on pince les nouvelles pousses avec les ongles, ou on les coupe avec un ciseau à bourgeons, à mesure qu'elles apparaissent. Le bonsaï d'érable doit être pincé régulièrement pour obtenir une bonne ramification. Coupez la nouvelle pousse à une ou deux paires de feuilles. Le bonsaï mature avec une ramification délicate peut être pincé afin de garder les rameaux fins et dense. Une fois la première paire de feuilles dépliée, retirez le petit bout doux de la pousse entre elles. Cette méthode affaiblit l'arbre à long terme et doit être appliquée de manière spécifique et réfléchie. Il est conseillé d'appliquer de la pâte à cicatriser sur les grandes plaies, car l'érable japonais est vulnérable à certaines maladies fongiques qui peuvent pénétrer par les plaies.

Défoliation

La défoliation des érables, pratiquée une ou deux fois par saison au Japon, permet de multiplier les ramilles, une caractéristique très recherchée, et d'accentuer le coloris automnal. Dans certaines régions, comme celle de Montréal, on ne défolie généralement les érables du Japon qu'une seule fois par saison, vers la mi-juin. La défoliation des feuilles (enlèvement des feuilles pendant la saison de croissance) peut être effectuée tous les deux ans au début de l'été pour produire des feuilles plus petites. Retirez toutes les feuilles, en laissant les tiges des feuilles intactes. La défoliation partielle des feuilles est plus douce ; elle consiste à enlever seulement les feuilles les plus grandes et les plus rapprochées, ou celles situées dans les zones les plus fortes de l'arbre.

Ligature

Au Japon, la ligature des érables est généralement effectuée après la défoliation de la mi-juin, lorsque la croissance vigoureuse du printemps est terminée, ce qui réduit le risque d'endommager l'écorce délicate des arbres. Il est impératif de contrôler chaque semaine la morsure des ligatures. On n'emploie que du fil tendre d'aluminium et on l'enveloppe, autant que possible, de ruban de fleuriste pour protéger l'écorce délicate. En hiver (sans feuilles), le fil de ligature peut être posé plus facilement, mais la prudence est de mise lors du pliage des branches.

Rempotage

La transplantation s'effectue tôt au printemps, avant l'éclosion des bourgeons. Si la feuille naissante est en train de prendre forme, il est déjà trop tard. On peut retrancher jusqu'à la moitié des racines, pourvu qu'une portion de la motte de terre soit conservée intacte. En général, un pot glacé est un bon choix car il retient mieux l'humidité. On s'efforce d'harmoniser la couleur du pot avec le coloris automnal du feuillage. Les érables du Japon préfèrent un sol bien drainé et légèrement organique. Il est recommandé de les rempoter une fois tous les deux ans et de tailler les racines assez fortement, car la croissance des racines est forte et le pot se remplit rapidement.

rempotage d'un bonsaï d'érable

Hivernage

Les érables ne sont pas toujours rustiques dans toutes les régions, notamment celles où les températures hivernales sont rigoureuses. Par exemple, leurs racines peuvent mourir à des températures inférieures à -10°C. Il est donc nécessaire d'enfouir les pots dans le sol ou dans des plates-bandes de sciure de bois et de les protéger avec un bon paillis. Les branches résistent à des températures inférieures à -18°C si elles sont en pleine dormance, mais elles peuvent perdre l'extrémité de leurs ramilles. Dans certaines régions, on peut recouvrir les spécimens d'un cône à rosier ou d'une enveloppe thermique. Il ne convient pas de garder les érables palmés à l'intérieur durant l'hiver, car les nouvelles feuilles émergent trop tôt et se dessèchent dans l'atmosphère trop sèche des maisons. Tous les types d'érable sont des bonsaïs robustes et tolèrent très bien le gel lorsqu'ils sont correctement hivernés.

Maladies et Ravageurs

Les érables palmés sont sujets à plusieurs maladies fongiques telles que la flétrissure verticillienne, la fusariose ou le botrytis. Les traitements chimiques ne sont pas toujours praticables. On peut éviter ces problèmes principalement en favorisant la vigueur et la santé de l'arbre, en stérilisant les instruments d'émondage et en évitant de trop fertiliser.

Ils sont également sujets à la chlorose, un jaunissement du limbe entre les nervures foncées. Ce problème est dû à l'incapacité de l'arbre à absorber suffisamment de fer d'un sol trop alcalin.

Ces érables sont rarement la cible d'insectes. Cependant, certains animaux, tels que les écureuils ou les rongeurs, ont une prédilection pour l'écorce des érables du Japon qu'ils grignotent. Il est alors conseillé de vaporiser la base du tronc et les branches inférieures avec une solution à 50 % de sauce Tabasco et d'eau, jusqu'à 15 cm du sol, pour les dissuader.

Reproduction

Les érables se reproduisent facilement par semis, bouturage, marcottage et greffes.

  • Semis : On ne sème que des graines fraîches qu'on a d'abord pris soin de stratifier entre 1°C et 5°C pendant 60 à 120 jours. Il est à noter que plusieurs graines ne germeront que la deuxième année.
  • Bouturage : Les boutures sont plus fiables pour reproduire les variétés rares. On prélève des boutures de 10 à 15 cm de bois semi-lignifié vers la mi-juin.
  • Marcottage et Greffe : Certaines variétés sont très difficiles à bouturer ou à marcotter.

Les étés trop secs et les hivers sibériens de certaines régions peuvent occasionner de nombreux échecs dans la reproduction. Toutefois, l'érable palmé est une pièce tellement spectaculaire dans toute collection qu'il faut persister à le cultiver. Le Jardin botanique de Montréal, par exemple, cultive actuellement l'Acer palmatum coreanum et l'Acer palmatum heptalobum ainsi que plusieurs variétés japonaises provenant de climats rigoureux, et ces essais donnent de très bons résultats.

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