L'hybridation est une méthode de multiplication habituellement pratiquée par les producteurs afin de créer de nouvelles variétés. Rien ne vous empêche de faire de même et de tenter des expériences sur vos iris, pour de belles surprises en perspective ! Il est tout à fait possible pour un amateur de créer ses propres hybrides d'iris. En choisissant deux iris de la même espèce mais de variétés différentes, et en les pollinisant entre-eux, vous allez pouvoir développer votre propre variété. Il faudra tout de même un peu de patience avant de découvrir les premières fleurs de votre création. Ce croisement va vous permettre d’obtenir une plante mêlant certaines caractéristiques des deux parents. Il est par exemple intéressant de croiser un iris à feuillage panaché avec un autre iris dont vous appréciez la forme ou la couleur de la fleur. Il sera alors possible de retrouver ces caractéristiques sur une seule et même plante, toutefois, le résultat est parfois très surprenant et ne correspond pas vraiment aux attentes mais laisse la place à de belles surprises. Pour hybrider vos iris, nul besoin d'éprouvettes et de matériel sophistiqué.

Les deux voies de reproduction de l'iris
Il existe deux moyens totalement différents de reproduire des iris selon le but recherché :
La multiplication à l'identique
La voie la plus simple ne demande aucune intervention humaine. Sur le rhizome que l’on possède et qui a fleuri, vont se développer des pousses latérales. Ces pousses seront adultes en un an et pourront alors être détachées du pied mère et replantées. Ce rhizome, qui a fleuri l’été dernier et qui ne fleurira plus, a développé de nouveaux iris identiques à lui. Dans ce cas, ils sont souvent au nombre de 14, bien que ce chiffre puisse varier. C'est la méthode privilégiée pour conserver une variété pure.
La création de nouveaux cultivars
C’est la procréation « assistée ». Les nouveaux iris sont le résultat de programmes de création par hybridation et requièrent une intervention externe : soit une hybridation anarchique et non contrôlée, qui est celle qui laisse la place aux insectes pollinisateurs, soit une hybridation humaine et programmée. L’hybrideur se munit d’une pince à épiler ou d’un petit pinceau et va prélever le pollen sur l’anthère du père puis le déposer sur la lèvre du stigmate de la mère. Il appose une étiquette sous la fleur mère mentionnant l’intitulé du croisement (mère X père) pour la traçabilité ultérieure.
Protocole de pollinisation manuelle
Pour croiser les iris, il faut attendre le bon moment et choisir des variétés fleurissant en même temps par une belle matinée sans vent et sans pluie. Le temps doit être sec. L'opération pourra débuter lorsque les deux fleurs seront bien ouvertes. Il faut agir vite car un bourdon pourrait intervenir avant vous !
- Préparation des parents : Pour le père, on choisit une fleur bien ouverte et on regarde s'il y a suffisamment de pollen dans les étamines. Pour la mère, au contraire, on choisit une fleur pas encore ouverte, afin de s'assurer que les pollinisateurs ne soient pas encore passés.
- La récolte du pollen : Pliez doucement les pétales sur le premier iris (père) pour mettre en évidence l'anthère qui est placée sous le bras de style. Récupérez les étamines avec leurs pieds si possible à l'aide d'une pince à épiler ou d'un ciseau à bec. À l'œil nu, on voit bien les grains de pollen.
- La fécondation : Écartez la crête du bras de style de la mère pour mettre en évidence le stigmate. Frottez l'étamine sur la lèvre du stigmate. Une étamine par stigmate suffit généralement ; il faut le faire sur les 3 stigmates.
- Protection : Enveloppez la fleur ainsi pollinisée dans un sachet en plastique translucide que vous fermerez avec du raphia pour éviter toute contamination par un insecte.
Vanille : l'insémination artificielle par voie manuelle...
Suivi de la fécondation et récolte des graines
Si le croisement est couronné de succès, l’ovaire va commencer à gonfler une semaine plus tard puis se transformer en cosse. Celle-ci, deux mois plus tard, va devenir brune et se fendre pour laisser échapper les graines que notre hybrideur aura pris soin de récupérer aux premiers signes de fendillement. Il ne faut pas trop attendre pour les ramasser, car si elles s'ouvrent complètement, les graines vont tomber par terre et tout votre travail sera perdu. Ensuite, il faut laisser les graines sécher à l'air libre dans des petites boîtes avec l'étiquette d'identification du croisement.
Germination et cycle de croissance
En octobre, on prépare la germination. Il faut savoir que la graine a besoin de froid pour germer, ce qui enlève l'inhibition naturelle du germe.
- Le trempage : Faites tremper les graines dans de l'eau (de pluie de préférence) entre une semaine et 10 jours, en changeant l'eau chaque jour et en rinçant les graines à chaque fois. Cette étape est primordiale.
- Le semis : Déposez les graines dans des pots avec un mélange d'un tiers de terreau, un tiers de terre de jardin et un tiers de sable. Les graines seront mises à 1 cm de profondeur. Vous pouvez recouvrir d'une fine couche de sable afin d'éviter que les fortes pluies ne fassent remonter les graines.
- Conditions de culture : Placez les pots dans le jardin sous châssis froid, et sous une petite serre en cas de forte gelée. En mars ou avril, les petites plantules apparaissent. Dès qu'elles atteignent 20 à 30 cm, on peut les mettre en pleine terre.

Installation et entretien des jeunes plants
Choisissez un endroit bien exposé au soleil, au minimum pour la moitié de la journée. À l’ombre, l’iris fleurira peu, voire pas du tout. Les iris seront replantés avec le dessus des rhizomes exposés et les racines bien enterrées. Tassez et arrosez copieusement à la plantation et ensuite chaque semaine jusqu’à la reprise, soit approximativement un mois à 6 semaines plus tard. Selon les catégories, les iris seront distants de 25 à 40 cm. Les planter trop serrés implique un dédoublement plus fréquent que la normale.
Il est judicieux d’appliquer un engrais complet peu titré en azote de type 6-10-10, car l’excès d’azote va favoriser un fort développement du feuillage au détriment de la floraison. Mauvaises herbes, débris, feuilles mortes… autant d’ennemis de la bonne santé de vos iris contre lesquels il vous faudra lutter. Cassez les tiges florales à ras après la floraison : c’est une dépense d’énergie inutile à la plante et cela évitera également de garder des cosses issues d’hybridations intempestives.
Les défis de la génétique et de la sélection
L'hybridation demande de la place dans le jardin, car une fois toutes les étapes réussies, vous aurez en moyenne 30 résultats différents et sur ces 30 résultats, seul un sera peut-être exploitable. Les professionnels comptent une variété conservée pour 1000 plantées.
Il existe des barrières biologiques. Certains iris sont incompatibles entre eux. Les iris du 19e siècle étaient des iris à 24 chromosomes (dits iris diploïdes). Certains iris ne sont fertiles que par le pollen ou inversement par l'ovaire, et d'autres sont très peu fertiles, voire stériles. Les vrais Iris germanica L. sont stériles. De plus, vos iris ont un haut degré d'hétérozygotie. Un iris « foncé » va avoir un gène « foncé » (ou une combinaison de gènes) et peut-être trois « clairs » sur les autres chromosomes homologues (tétraploïdie) ; les gamètes formés seront donc divers, et par suite la descendance sera variée.
La sélection est très stricte. Lors de votre sélection, il ne faut pas se précipiter. Par exemple, si une fleur vous plaît, mais que le branchement n'est pas bon, laissez-lui une année supplémentaire, de même pour la couleur de la fleur. Après la deuxième année de floraison, en revanche, si ça ne vous convient pas, c'est terminé, il ne s'améliorera plus. Un iris placé en observation est un iris qui vous plaît et qui a toutes les caractéristiques d'un bon iris : une belle hauteur, une belle forme, un bon branchement, un bon nombre de boutons, une bonne croissance et une bonne résistance aux maladies. C'est ce que vous allez pouvoir observer pendant cette période qui demande en moyenne 4 à 5 ans.
La culture générale de l'iris
L'iris est une fleur élégante dont la culture est facile pour une floraison de toute beauté. Il a été observé que lorsque le rhizome d’origine meurt, la production de fleurs ralentit. Il est donc nécessaire de diviser la plante tous les 3 à 5 ans, en été, en arrachant la touffe complète et en ne gardant que les plus gros rhizomes qui se trouvent sur le pourtour. Il faut tailler le feuillage en forme de pointe afin d’éviter la pourriture du feuillage et de blesser la feuille centrale. Pour éviter les taches du feuillage (hétérosporiose), appliquez un fongicide dès la mi-mars toutes les 3 semaines jusqu’à la fin mai. Ces taches sont disgracieuses, mais ne compromettent pas la santé de l’iris. Pour éviter la pourriture des rhizomes, évitez les arrosages intempestifs, les plantations trop profondes, les terrains gorgés d’eau et non drainants et les sols envahis de tout ce qui les empêche de profiter du soleil.
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