L'Utilisation Raisonnée des Produits Phytosanitaires en Maraîchage : Réglementations et Bonnes Pratiques

Illustration de divers produits phytosanitaires et de leurs applications en maraîchage

Les produits phytosanitaires, également connus sous le nom de produits phytopharmaceutiques, représentent des substances chimiques ou naturelles essentielles à la protection des cultures maraîchères contre les attaques d'organismes nuisibles, tels que les champignons, les insectes ou les mauvaises herbes. Ces bioagresseurs peuvent compromettre la qualité et le rendement des récoltes, rendant l'intervention phytosanitaire parfois nécessaire. Cependant, leur utilisation est soumise à une réglementation stricte, visant à minimiser les impacts environnementaux et sanitaires, tout en assurant la durabilité des pratiques agricoles.

Cadre Réglementaire et Autorisation de Mise sur le Marché

L'accès au marché français pour tout produit phytosanitaire est conditionné par l'obtention d'une autorisation de mise sur le marché. Cette autorisation est cruciale car elle spécifie les usages autorisés du produit ainsi que les conditions précises de son emploi. Cette démarche garantit que seuls les produits dont l'efficacité et la sécurité ont été évaluées de manière rigoureuse peuvent être utilisés par les agriculteurs. Cette réglementation rigoureuse est une pierre angulaire pour la protection de la santé publique et de l'environnement.

La Stratégie de Traitement Raisonné

Le Bulletin de Santé du Végétal - ARVALIS-infos.fr

Contrairement à une approche systématique, les traitements de protection des cultures ne sont pas appliqués de manière arbitraire. Ils sont raisonnés et dépendent de plusieurs facteurs clés. Premièrement, la gravité des attaques des ennemis des cultures est un critère déterminant. Une observation attentive des parcelles permet d'évaluer la nécessité d'une intervention. Deuxièmement, les stades de développement des cultures jouent un rôle essentiel dans le choix et le moment de l'application d'un produit. Certains produits sont plus efficaces ou moins risqués à des stades spécifiques de croissance de la plante.

Troisièmement, la disponibilité de méthodes de lutte alternatives est toujours prise en compte. L'agriculture moderne privilégie une approche intégrée de gestion des nuisibles, où les solutions non chimiques sont explorées en premier lieu. Enfin, les conditions météorologiques du moment sont un facteur crucial, car elles peuvent influencer l'efficacité des traitements et le risque de dérive ou de lessivage des produits.

Pour éclairer les agriculteurs dans leurs prises de décision, un bulletin de santé du végétal (BSV) régional est édité chaque semaine par la DRAAF pour chaque filière. Ce bulletin fournit des indications précieuses sur les pressions des bioagresseurs tout au long de la campagne pour toutes les cultures principales. En Auvergne-Rhône-Alpes, ce dispositif mobilise un réseau étendu de plus de 50 conseillers et 300 parcelles, assurant une veille phytosanitaire complète et réactive. Cette initiative vise à accompagner les investissements individuels dans du matériel de production végétale ayant pour objectif de réduire la pression sur l’environnement. Cela se traduit par la réduction ou la suppression de l’utilisation de produits phytosanitaires, ainsi qu'une meilleure maîtrise de l’épandage d’engrais minéraux et organiques. Les agriculteurs actifs, les entreprises de travaux agricoles, ainsi que les jeunes agriculteurs (le récépissé de dépôt de demande de DJA est suffisant pour la demande d'aide, mais la décision juridique d'attribution de DJA puis le certificat de constatations d'installation doivent être fournis par la suite) peuvent bénéficier de ces aides.

Réglementations Spécifiques à l'Utilisation des Produits Phytosanitaires

L'utilisation des produits phytosanitaires est encadrée par un ensemble de réglementations détaillées qui visent à garantir une application sûre et responsable. Avant toute intervention, plusieurs aspects doivent être pris en compte.

Conditions Météorologiques et Vitesse du Vent

L’arrêté du 4 mai 2017 stipule clairement que les applications de produits phytosanitaires sont interdites si l’intensité du vent est supérieure à 3 sur l’échelle de Beaufort, ce qui correspond à une vitesse de 19 km/h (caractérisée par l'agitation des feuilles et des rameaux). Cette mesure est essentielle pour prévenir la dérive des produits et limiter leur dispersion au-delà de la parcelle ciblée, protégeant ainsi les zones environnantes et les écosystèmes.

Zones de Non-Traitement (ZNT) et Points d'Eau

Schéma illustrant les Zones de Non-Traitement (ZNT) le long des cours d'eau

Une des réglementations les plus importantes concerne les distances de sécurité à respecter par rapport aux points d'eau, appelées Zones de Non-Traitement (ZNT). La distance exacte à respecter est spécifique à chaque produit et à son usage. Dans le département de la Marne, par exemple, l’arrêté préfectoral du 27 juillet 2017 définit précisément les points d’eau concernés. Il s'agit des cours d’eau figurant en trait bleu et vert sur la cartographie départementale, consultable sur une carte dédiée des cours d'eau de la Marne. De même, les mares, étangs, lacs et autres surfaces en eau figurant sur les cartes IGN au 1/25000ème les plus récentes sont également inclus.

Il est à noter que la ZNT peut être réduite de 50 à 5 mètres ou de 20 à 5 mètres lorsque deux conditions spécifiques sont remplies simultanément. Premièrement, la présence d’un dispositif végétalisé permanent d’au moins 5 mètres de large en bordure des points d’eau est requise. Ce dispositif peut être herbacé ou arbustif, en fonction des cultures avoisinantes. Deuxièmement, l'utilisation de moyens permettant de réduire le risque pour les milieux aquatiques est impérative. Ces moyens incluent des buses anti-dérive ou des panneaux récupérateurs. La liste de ces équipements limitant la dérive doit impérativement figurer dans la liste publiée au Bulletin officiel.

Les références réglementaires sont claires : le L.253-7 du code rural et l'arrêté du 4 mai 2017 relatif à la mise sur le marché et à l'utilisation des produits phytopharmaceutiques et de leurs adjuvants, visés à l'article L., encadrent ces pratiques. Les règles incluent le maintien d’une zone non traitée d'une largeur minimale de 5 mètres (selon les produits, cette largeur peut être de 20, 50 ou, le cas échéant, 100 mètres) le long des écoulements définis comme points d’eau (cours d’eau, linéaires BCAE), ainsi que le long des éléments du réseau hydrographique figurant sur la carte IGN la plus récente au 1/25000ème (mares, plans d'eau, lavoirs, puits, forages…). De plus, l'interdiction d’application directe de produit phytosanitaire sur tout élément du réseau hydrographique, qu'il soit cartographié ou non (écoulements permanents ou temporaires, caniveaux, fossés, lavoirs, puits, forages, bassins de rétention des eaux pluviales…), est formelle. Des dérogations sont possibles pour réduire la largeur de la ZNT de 20 à 5 mètres ou de 50 à 5 mètres, sous réserve du respect simultané des conditions mentionnées, notamment la mise en œuvre de moyens permettant de diminuer le risque pour les milieux aquatiques.

Délais Avant Récolte (DAR) et Délais de Rentrée (DRE)

Le Délai Avant Récolte (DAR) est une information cruciale indiquée sur l’étiquette de chaque produit. Il correspond au nombre de jours minimum à respecter entre l'application du traitement et la récolte de la culture. Ce délai est fondamental pour garantir que les résidus de produits phytosanitaires sur les denrées alimentaires soient inférieurs aux limites maximales autorisées.

De même, le Délai de Rentrée (DRE) est le délai minimum à respecter après un traitement phytosanitaire avant de pouvoir retourner en toute sécurité sur la parcelle traitée. Ce délai protège les opérateurs et les personnes susceptibles d'accéder aux parcelles après traitement, en évitant une exposition directe aux résidus de produits.

Réglementation des Mélanges de Produits

L’arrêté du 12 juin 2015 encadre strictement les mélanges de produits phytosanitaires. Il interdit notamment les mélanges comprenant au moins un produit étiqueté T (toxique) ou T+ (très toxique), identifiables par les phrases de risques H300, H301, H310, H311, H330, H331, H340, H350, H350i, H360FD, H360F, H360D, H360Fd, H360Df, H370 ou H372.

De plus, pour protéger les pollinisateurs, il est interdit de mélanger une substance active de la famille des pyréthrinoïdes d’une part et une substance active appartenant à la famille des triazoles ou des imidazones d’autre part, durant la période de floraison ou au cours des périodes de production d’exsudats. Si une application est nécessaire, la pyréthrinoïde doit être appliquée 24 heures avant la triazole ou l’imidazole, respectant ainsi un intervalle de sécurité pour les pollinisateurs.

Le Registre Parcellaire et la Traçabilité

Exemple de registre parcellaire numérique ou papier

Chaque agriculteur est tenu d’enregistrer méticuleusement tous les traitements phytosanitaires réalisés sur son exploitation. Cette obligation, en vigueur depuis le 1er janvier 2009, vise à assurer la traçabilité des produits utilisés et à faciliter les contrôles par les autorités compétentes. Ce registre parcellaire peut être tenu sur support papier (sous forme de carnet de plaine ou de fiches parcellaires) ou de manière informatique, à l'aide de logiciels spécialisés comme "Mes Parcelles". Cette traçabilité est essentielle pour garantir la conformité aux réglementations et pour répondre aux exigences de sécurité alimentaire.

Contrôle Obligatoire des Pulvérisateurs

Depuis le 1er janvier 2009, le contrôle des pulvérisateurs est obligatoire. Ce contrôle vise à s’assurer du bon fonctionnement des matériels d’application des produits phytosanitaires. Il doit être effectué par un organisme d’inspection agréé par l’État, à la demande de l’agriculteur. Ce contrôle est à renouveler tous les 3 ans, garantissant ainsi le maintien de l'efficacité et de la précision des équipements d'épandage, ce qui contribue à la réduction des risques de dérive et à une meilleure gestion des doses appliquées.

Distances de Sécurité vis-à-vis des Zones d'Habitations et des Personnes Vulnérables

Le Bulletin de Santé du Végétal - ARVALIS-infos.fr

Depuis le 1er janvier 2020, des distances de sécurité spécifiques doivent être respectées par rapport aux zones d'habitations et aux zones accueillant des personnes vulnérables, telles que les écoles, les crèches, les centres hospitaliers et les EHPAD. Ces Zones de Non-Traitement (ZNT) varient en fonction des produits phytosanitaires utilisés. Pour les produits présentant certaines phrases de risques (H340, H350, H360, H300, H310, H330, H331, H334, H370, H372) et les produits contenant une substance active considérée comme ayant des effets perturbateurs endocriniens, une distance incompressible de 20 mètres est exigée. Une liste de ces produits est consultable par les professionnels. Pour les autres produits, les distances de sécurité sont de 5 mètres en cultures basses et de 10 mètres en arboriculture et viticulture. Ces mesures renforcent la protection des populations, en particulier des plus fragiles, contre l'exposition aux produits phytosanitaires.

Réglementation pour les Utilisateurs Non Professionnels et Professionnels

La réglementation différencie clairement les utilisateurs professionnels des utilisateurs non professionnels des produits phytosanitaires.

Utilisateurs Non Professionnels

Depuis le 1er janvier 2019, la mise sur le marché, la délivrance, l’utilisation et la détention de produits phytosanitaires chimiques sont totalement interdites pour les particuliers et jardiniers amateurs (usage non professionnel). Cette mesure vise à limiter drastiquement l'exposition du grand public à ces substances et à encourager des pratiques de jardinage plus respectueuses de l'environnement.

Utilisateurs Professionnels

Pour les utilisateurs professionnels (agriculteurs, entreprises de travaux agricoles, etc.), une zone de non-traitement (ZNT) de 5, 20, 50 ou 100 mètres doit être respectée selon le produit afin de limiter leur transfert vers les points d'eau. Cette exigence est conforme aux références réglementaires établies, notamment le L.253-7 du code rural et l'arrêté du 4 mai 2017. Le respect de ces ZNT est fondamental pour préserver la qualité de l'eau et la biodiversité aquatique.

Outils d'Aide à la Décision et Accompagnement

Afin d'aider les professionnels à naviguer dans ce cadre réglementaire complexe et à adopter des pratiques durables, des services d'accompagnement sont disponibles. Des conseillers spécialisés peuvent prendre en charge l'élaboration de plans de fumure, la saisie de la traçabilité et fournir des conseils personnalisés. Ces services contribuent à alléger la charge administrative des agriculteurs et à garantir le respect des réglementations en vigueur.

L'objectif global est d'encourager une utilisation toujours plus raisonnée et responsable des produits phytosanitaires en maraîchage, en privilégiant la prévention, la substitution par des méthodes alternatives et une application rigoureusement encadrée des produits chimiques lorsque cela s'avère nécessaire. Cette approche vise à concilier la productivité agricole avec la protection de l'environnement et la santé publique.

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