Un sol nu, la nature ne connaît presque pas. Observer la forêt nous révèle un tapis constant de feuilles mortes, de branchages et de débris végétaux qui forment une litière protectrice. Cette observation est à l'origine du concept de paillage, une technique ancestrale remise au goût du jour par les pratiques de jardinage biologique et de permaculture. Le paillage consiste simplement à recouvrir le sol, pour ne pas le laisser à nu, avec des matières variées, et pas seulement de la paille. Le terme "paillage" désigne l'action de couvrir le sol, tandis que le "paillis" ou "mulch" est la matière mise en place. Ce procédé, à la fois simple à comprendre et à mettre en œuvre, est une pratique courante en jardinage bio et en permaculture. Il serait bien dommage de s'en priver, car ce geste si facile va apporter de grands et nombreux bienfaits à vos cultures, aussi bien dans un immense verger que dans un abri potager.
Laisser la terre nue, comme c'est souvent le cas en jardinage traditionnel, n'est pas forcément une bonne idée. Celle-ci est vulnérable aux intempéries qui en lessivent la surface et tassent la terre qui finit par s'imperméabiliser, mais aussi au froid et au soleil qui peut brûler ou l'assécher. Le paillage du potager est une technique simple mais puissante, incontournable pour tout jardinier souhaitant optimiser la santé et la productivité de son potager.
I. Les Multiples Bénéfices du Paillage pour le Sol et les Plantes
Le paillage est réellement plein d'avantages, c'est un fait. En plus d’être simple à mettre en œuvre, il présente de nombreux avantages pour le sol et les plantes, faisant du potager un environnement plus stable, où la terre se dessèche moins vite, les plantes souffrent moins des extrêmes, et le sol reste vivant plus longtemps.
A. Protection et Maintien de l'Humidité du Sol
Les effets du paillage sur le sol sont nombreux et essentiels, notamment en ce qui concerne la gestion de l'eau. Par sa simple présence, le paillage empêche les dégâts causés par les pluies sur les sols, particulièrement les sols argileux. Sur un sol nu, une « croûte » peut facilement se créer sous l’effet de la pluie. Lors de fortes averses, les gouttes d’eau cassent et fragmentent les agrégats des sols. Elles vont ensuite se déplacer et combler toutes les porosités de la couche superficielle pour finalement former, lors du séchage du sol, une croûte dure appelée « la croûte de battance ». Cette croûte réduit les échanges gazeux, empêchant une bonne respiration racinaire et donc un bon épanouissement des plantes. Le paillage évite ce phénomène pour la simple et bonne raison que la pluie ne tombe pas directement sur le sol ; elle est amortie par le paillage.

Un paillage retient cette même eau en limitant son évaporation. En effet, grâce au paillage, l’eau reste dans le sol sur une plus longue durée. En agissant comme une couverture isolante, le paillage limite l’évaporation et permet de réduire la fréquence et la quantité des arrosages. L’expression « un paillage vaut 10 arrosages » n’est pas usurpée ; selon les estimations, un bon paillage pourrait réduire l’irrigation de 40 %, et plus encore sur certaines cultures gourmandes en eau comme le melon. De plus, lorsque vous arrosez ou lorsqu’il pleut, l’eau ne va pas ruisseler sur la terre nue ; elle va donc être d’autant plus absorbée par la plante et ses racines, évitant au passage de faire ruisseler les nutriments plus loin. Avec les canicules de plus en plus fréquentes, cette économie d’eau n’est pas de refus ! Dans cet objectif, on peut également ajouter de la terre de diatomée à la démarche et maximiser ainsi la rétention d’eau. Et dans une serre, où la température est plus élevée, le paillage est forcément plus que bienvenu.
Aussi, en ruisselant, les pluies emportent avec elles de petites particules solides. Avec le temps, la couche fertile du sol est décapée. On appelle ce phénomène « le lessivage ». Le paillage permet de retenir ces particules et de ralentir la vitesse de ruissellement, contribuant à maintenir la structure du sol en place et à empêcher l’érosion causée par le vent et la pluie.
B. Régulation Thermique : Un Tampon Climatique pour le Jardin
Le paillage est une excellente protection pour le sol contre le froid et les gelées en hiver, et contre la surchauffe et l'assèchement de la terre en été. Une couche épaisse de paillis a un rôle de « tampon thermique » pour le sol. En été, elle maintient la fraîcheur et l’humidité du sol, ce qui permet de limiter les arrosages. En hiver, elle protège la vie du sol et les racines du gel. En cela, le paillage réduit les écarts de température et limite les effets du gel sur les plantes et leurs racines. Au printemps, le paillis aide le sol à se réchauffer, tandis qu’en été, il évitera la création d’une croûte de sécheresse qui pourrait empêcher l’eau de s’infiltrer et d’hydrater correctement les plantations. Le paillage amortit les variations brusques de température et protège la vie du sol, la gardant dans le sol et servant de tampon thermique entre la terre et l'air.
C. Enrichissement et Amélioration de la Fertilité du Sol
En plus de protéger le sol, l’un des plus grands avantages du paillage, lorsqu’il est naturel et biodégradable, est qu’il contribue aussi à l’enrichir. La mise en place d’un paillage de jardin organique va engendrer une décomposition de celui-ci directement au pied des plantes, fruits et légumes, décomposition qui va apporter de nombreux éléments nutritifs dans le sol et donc l’enrichir. Ces matières organiques en décomposition vont aussi attirer de nombreuses petites bébêtes comme les précieux vers de terre, qui se chargeront de les transformer en humus, tout en aérant le sol sur leur passage. C’est un peu le principe du compost, sauf qu’au lieu d’accumuler les déchets dans un bac duquel vous obtiendrez du compost dans plusieurs mois, vous compostez directement sur place.

Certains types de paillis composés de matières organiques à base de feuilles mortes, de fleurs sèches ou bien de brindilles broyées favorisent la biodiversité. La faune située à la surface du sol (vers de terre, collemboles, myriapodes,…) participe à la décomposition de la matière organique. Elle broie et produit des boulettes fécales qui sont ensuite dégradées et transformées en humus par les micro-organismes du sol. Une fois mélangés et brassés en profondeur par les lombrics, ces apports de matières contribuent à la fertilité physique et chimique du sol. Les vers de terre, les collemboles et les acariens de sol, essentiels à la décomposition de la matière organique et à l’aération du sol, prospèrent sous le paillis. Ils contribuent à une meilleure santé du sol, le structurant et le rendant plus fertile.
D. Lutte Efficace Contre les Adventices
Le paillage réduit la germination et la croissance des plantes indésirables, ce qui limite la concurrence exercée par les plantes spontanées pour l’eau, la lumière ou les sels minéraux en favorisant les plantes cultivées. Une bonne couche de paillis laisse le sol du potager respirer, et a tendance à étouffer les mauvaises herbes. Un paillage réalisé dans les règles de l’art va très fortement limiter la croissance des adventices et autres concurrentes des plantes potagères. Plus vous allez appliquer une couche épaisse, moins la luminosité va atteindre la terre. Cela sera d’autant plus marqué avec certains types de paillages plus opaques, et avec la combinaison de plusieurs paillis différents. Par conséquent, les herbes qui ne sont pas les bienvenues vont mourir si elles étaient déjà présentes, et ne pas germer du tout s’il y avait des graines.
En effet, les adventices n’ayant pas accès à la lumière du fait du paillage, elles ne pourront pas pousser. Le désherbage est donc beaucoup moins nécessaire, même si la corvée n’est pas non plus totalement éliminée. De plus, les herbes qui réussiront à traverser le paillis et que vous devrez arracher seront plus faciles à enlever car la terre est plus souple et moins sèche. Cette technique fait économiser un temps de désherbage important au jardinier et constitue une bonne solution pour limiter les efforts sans en venir au désherbant chimique nocif pour l’écosystème.
E. Prévention des Maladies et des Ravageurs
Le paillage peut, selon le type de paillage et les problèmes rencontrés dans le potager, limiter la présence de certains ravageurs. Les habitants du sol trouvent aussi refuge dans cette couverture protectrice. Certains ne seront peut-être pas les bienvenus dans votre jardin, mais pour la plupart, ils y seront bien utiles. Les carabes, par exemple, sont de féroces prédateurs des limaces et d’autres insectes nuisibles.
Lors de fortes pluies, les gouttes ricochent sur le sol et peuvent répandre sur les plantes des spores de champignons responsables de maladies comme l’oïdium ou le mildiou. Le paillis diminue grandement ce phénomène, car l'eau ne va pas ruisseler sur la terre nue. Le paillage permet d'atténuer les stress ressentis par vos plantes, agissant ainsi de façon préventive pour éviter tout trouble de croissance ou sensibilité aux attaques parasitaires. De plus, l'eau transporte les champignons qui se trouvent sur le sol et qui peuvent être néfastes pour vos cultures ; le paillage vous permettra d'éviter qu'ils ne soient disséminés.
F. Préservation de la Propreté des Récoltes et Esthétisme
Accessoirement, le paillage permet également de garder propres les fruits et légumes de salissures, étant souvent utilisé pour les cultures de fraisiers. Le paillage vous permettra de ne pas laisser vos plantations en contact direct avec le sol, évitant ainsi les éclaboussures et gardant vos plantations propres.
Enfin, le paillage peut tout simplement améliorer l’esthétique de votre jardin et de votre potager. Une couche de paillis peut donner à votre potager un aspect propre et net. Répandu dans les allées, il limite la pousse d’adventices et possède une plus-value esthétique indéniable. De plus, le paillage est une solution pour recycler les déchets de tonte, les feuilles et les branches mortes. Quel dommage quand on prend conscience de leur potentiel ! Les appliquer en paillage du potager permet de les recycler, de protéger et nourrir vos cultures tout en vous évitant un aller-retour à la déchetterie.
II. Comprendre et Choisir les Différents Types de Paillage
Le meilleur paillage pour votre jardin dépendra de votre région et bien entendu des plantes que vous souhaitez faire pousser. Pour simplifier, il existe deux grands types de paillis : les paillis organiques et les paillis inorganiques. Le choix du paillis dépend avant tout de ce que l'on souhaite faire : protéger le sol, le nourrir ? L'autre élément à prendre en compte est bien entendu la nature du sol.

A. Paillages Organiques : Le Cycle de la Vie du Sol
Les paillages organiques sont composés d'éléments végétaux. Contrairement aux éléments minéraux ou fabriqués, la matière organique est amenée à se décomposer plus ou moins rapidement et ainsi à nourrir les micro-organismes de la terre par les éléments nutritifs qu’elle apporte. Et c’est là son principal atout. Leur dégradation en humus est plus ou moins rapide, et dépend de la concentration en lignine.
Il existe un grand nombre de matières que vous pouvez utiliser pour pailler, à vrai dire à peu près tout ce que vous pouvez récupérer. Les paillages bio sont excellents pour la terre et vos plantes. On les distingue généralement en deux groupes : les matériaux organiques « verts » et les matériaux organiques « bruns ». Les plantes ont besoin de ces deux éléments, en proportions variables suivant de quelle espèce il s'agit.
1. Matériaux Organiques "Verts" : Riches en Azote
Les matériaux dits « verts » sont plus riches en azote ; ce sont en principe des matières organiques récentes. Leur assimilation par le sol est rapide. Les paillis à durée de vie plus courte comme les tontes de gazon, les feuilles tendres, les brindilles vertes, les feuilles de tilleul, noisetier, robinier, charme, prunus, etc., sont utilisables sur tout type de végétaux. Riches en azote, ils se dégradent en quelques semaines et produisent un humus actif et nutritif.
- Tontes de gazon et herbes tendres : Voici un parfait exemple de matière verte, à la fois par sa richesse en azote, mais aussi par sa couleur. Gratuite et facilement trouvable si vous avez un jardin que vous tondez régulièrement, ou même des voisins qui ne savent pas quoi en faire. L’herbe coupée est un paillage facile d’accès qui constitue un bon apport en azote pour vos cultures. Les paillage du potager avec de l'herbe de tonte est économique et très nutritif pour les semis. Par contre, il faut éviter de les étaler en couche trop épaisse, ou alors les faire sécher avant, car elles forment une masse assez dense qui peut vite pourrir et empêcher une bonne aération du sol. L’inconvénient de cette matière est qu’elle peut contenir des graines de mauvaises herbes.
- Engrais verts : Ils constitueront rapidement une source de nutriments pour vos cultures. Les orties, très riches en azote, sont fertilisantes, désherbantes, fongicides et insecticides, protégeant certaines plantes, particulièrement la tomate, de certains nuisibles et maladies. La consoude, très riche en potasse, aide particulièrement les cultures gourmandes en potassium.
- Fanes et épluchures de légumes et de fruits : Pourquoi jeter les fanes de carottes, navets ou radis ? À défaut d’en faire une soupe, utilisez-les en paillis. Elles peuvent servir de paillis à décomposition rapide, avec un effet nourricier assez direct, mais une protection plus courte.
2. Matériaux Organiques "Bruns" : Riches en Carbone
Les matériaux riches en carbone sont appelés « bruns », sont plus anciens et se décomposent plus lentement. Les paillis de longue durée de vie sont les paillis de feuilles coriaces (platane, lierre, érables, laurier-sauce…), de copeaux de bois, d’écorces, de tailles d’arbre et de haies, de coques de noix et noisettes. Riches en lignine, ils peuvent mettre un an ou plus à se dégrader. Ils ne sont pas très nourriciers, mais structurent durablement le sol et sont stables.
- Paille : La paille est une matière organique provenant de la récolte des céréales telles que le blé, le maïs ou encore l’avoine. Elle fait partie des matières brunes et présente beaucoup d’avantages. Très facile à étendre sur le sol, elle protège bien du froid et la chaleur, est un très bon isolant du fait qu’elle est une tige creuse, et elle empêche efficacement la prolifération des mauvaises herbes. Elle contient peu d’azote et ne viendra donc pas enrichir vos cultures, mais en se décomposant elle constituera un très bon humus et viendra enrichir le sol pour de belles récoltes. Étant un matériau propre, la paille est aussi très utile pour éviter le contact des fruits avec le sol et permet d'abriter de nombreux auxiliaires du jardin. C’est une bonne option pour le paillage du potager, qui vous permettra par exemple de limiter l’arrosage des tomates. La paille de lin, également appelée « paillette » parce que bien plus fine, est très appréciée pour son côté esthétique. Très légères, elles sont aussi très spongieuses et possèdent une excellente capacité de rétention d’eau.
- Foin : Il s’agit d’herbe sèche. Si vous laissez sécher vos tontes en fine couche assez longtemps, vous obtiendrez donc du foin. Contrairement à la paille, le foin contient toute la partie des plantes. Il contient beaucoup plus d’azote que la paille et se décompose donc bien plus vite. Très riche en éléments nutritifs, laissez reposer le foin frais plusieurs mois de façon à laisser les graines germer puis mourir. L’inconvénient du foin est qu’il peut contenir beaucoup de graines susceptibles de germer dans votre paillis.
- Feuilles mortes : Disponibles à la pelle en automne si vous avez beaucoup d’arbres, les feuilles mortes sont l’un des meilleurs matériaux de paillage. Elles constituent un apport nutritif très intéressant pour le sol du potager et enrichiront efficacement le sol de votre potager. Ce matériau gratuit a l’avantage d’être très abondant l’automne, précisément quand vous en aurez besoin. Elles équilibrent bien un paillage et aident à construire un sol plus stable. Veillez toutefois à suffisamment déchiqueter les feuilles avant de les répandre au sol. Vous permettrez ainsi à la terre de respirer, et faciliterez le travail de décomposition des micro-organismes.
- BRF (Bois Raméal Fragmenté) : Le BRF est un mélange de branches broyées et est constitué de morceaux de branches passées au broyeur. Le paillage se décompose très lentement et a l’avantage de bien tenir au sol. Le bois raméal fragmenté est constitué de morceaux de branches passées au broyeur. Ce paillage se décompose très lentement et a l’avantage de bien tenir au sol. Les copeaux de bois du type BRF proviennent uniquement d’un broyat de jeunes rameaux encore vivants, de feuillus principalement, ayant un diamètre inférieur à 7 cm et portant des feuilles ou des bourgeons bien vivants. Le BRF permet de couvrir facilement une vaste étendue cultivée grâce à sa densité. Très structurant et durable, il protège bien et améliore la structure du sol en se décomposant, idéal pour relancer l’activité biologique des sols pauvres ou dégradés ou des plantes vivaces. Le prix au m³ des copeaux de bois n’est pas des plus économiques.
- Miscanthus : Le miscanthus est une plante cultivée en France qui constitue un excellent paillage pour vos plantes. Il convient pour les plantes vertes, les fruitiers, les légumes et les fleurs. Biodégradable, ce paillage permet de nourrir votre terre. En plus d’empêcher les adventices de se développer, ce paillage repousse les nuisibles.
- Coques de cacao : Les fèves de cacao sont enfermées dans un volumineux fruit à coque appelé la cabosse. Une fois séchée et broyée, elle fait office de paillage vendu en jardinerie. Légères et faciles à manipuler, les coques de cacao apporteront de l’azote, du phosphate et de la potasse en se décomposant. Utilisées autour de vos massifs, elles apportent une touche de couleur cuivrée du plus bel effet.
- Aiguilles de pin : Le paillis en aiguilles de pin est courant en Gironde et dans les Landes, où les forêts de pin sont nombreuses. La paille de pin se décompose lentement et, bien qu’elle soit acide, elle n’aura pas d’impact significatif sur le pH de votre sol sur le long terme. Ce matériau est plus difficile à étaler mais il se tient bien une fois en place.
- Algues : Si vous avez la chance de résider en bord de mer, les algues peuvent constituer un paillage intéressant pour amender vos cultures. Algue rouge, algue verte ou brune, toutes les variétés sont riches en potassium, en magnésium comme en oligo-éléments. Bien entendu, vous devrez d’abord éliminer le sel qu’elles contiennent sans quoi vous risquez de brûler vos plantations et saliniser la terre de votre serre ou de votre potager.
- Carton : Le carton, sans colle ni encre, est facile à installer et se décompose rapidement. Il agit comme une couverture et protège le sol du froid, empêchant aussi la montée des mauvaises herbes. Il apporte surtout du carbone en se décomposant, et se combine idéalement avec un paillage organique par-dessus. Bien que peu esthétique, il est très efficace pour étouffer les adventices.
- Compost : Connu comme engrais naturel, le compost amende le sol et nourrit les plantes. De couleur sombre et plutôt dense, ce matériau permet à la terre de se réchauffer dès l’apparition des premiers rayons de soleil et la remontée des températures. C’est une excellente couverture, protectrice et nourricière. En revanche, il bloque mal les adventices à lui seul, et il faut en avoir suffisamment.
- Autres paillis organiques : Les rouleaux de chanvre, éclats de coco, fibres de lin sont vendus en sacs sous forme de paillettes. Très légères, elles sont aussi très spongieuses et possèdent une excellente capacité de rétention d’eau. Idéales pour les légumes du potager et notamment le paillage des courgettes. Les fougères sont assez proches de la paille en termes de qualités et peuvent gêner les limaces en surface.
3. Toiles de paillage biodégradables
Ces toiles sont conçues en fibre de coco, de lin ou autres matières végétales. Elles offrent un bon compromis entre le synthétique et l’organique. 100% biodégradables, elles durent plus longtemps que les paillettes et permettent également de nourrir le sol. La salade aime tout particulièrement ce type de paillage, car il offre une bonne couverture et maintient le sol bien au frais durant toute la saison de croissance.
B. Paillages Inorganiques : Stabilité et Protection sans Apport Nutritif
Un paillis non organique est fait d’une matière inerte. Ils sont en général assez efficaces en ce qui concerne la protection du sol et pour limiter les herbes indésirables, mais comme ils ne sont pas vivants, ils ne se décomposent pas et n’enrichissent pas du tout la terre. Il y a les paillages inorganiques minéraux, qui restent naturels, et les paillages synthétiques.
1. Paillages Minéraux
Le paillage minéral ou paillage lithique est constitué de matériaux comme la pierre, les ardoises, les tuiles cassées ou encore la pouzzolane (pierre de lave), des cailloux, des galets, du sable, ou des débris de poteries.Ils ont l’avantage d’être durables dans le temps et de bien protéger les plantes de la chaleur et sont donc tout à fait indiqués dans les régions les plus ensoleillées. Ce type de paillis convient bien dans les régions sèches où s’épanouissent les jardins secs composés de plantes méditerranéennes et de plantes grasses. En clair, ils sont adaptés partout où l’eau est rare et où le paillage organique risquerait d’absorber l’eau des rares arrosages comme une éponge. Certains sont particulièrement esthétiques et donc parfaits si vous souhaitez apporter une touche déco à votre jardin.Néanmoins, ils n'apportent aucun nutriment au sol. Le paillage minéral est à proscrire au potager, risquant de se mélanger à la terre.
2. Paillages Synthétiques
Un paillis synthétique est fabriqué de manière industrielle, généralement en plastique. Vous trouverez dans cette catégorie les bâches en plastique grises, noires ou encore vertes, ainsi que les feutres géotextiles. Ces films de paillage sont très efficaces pour protéger et garder l’humidité ou empêcher les « mauvaises » herbes d’envahir jardin et potager. Ils ont par ailleurs une durée de vie assez longue qui vous évite un entretien trop contraignant.Cependant, leur composition à base de sous-produits de l’industrie pétrochimique en fait une option peu recommandable pour qui se préoccupe un minimum de la pollution de l’environnement ou même seulement de celle du sol de son potager. Les paillis synthétiques, issus de l’industrie du pétrole, mettront des décennies à se dégrader en microplastiques et pollueront l’environnement pendant des siècles. L'unique technique à éviter est celle du film plastique qui, dès qu'il commence à se détériorer, éparpille des particules de plastique qui vont s'enfouir dans la terre.
III. Guide Pratique pour un Paillage Réussi
Le paillage est l’un des gestes les plus utiles au potager. Bien choisi et mis en place au bon moment, il permet de couvrir le sol, de limiter les arrosages, de freiner les herbes indésirables et d’améliorer peu à peu la fertilité de la terre. Mais pailler ne consiste pas simplement à étaler un peu de matière organique entre les légumes. Selon la saison, le type de sol, les cultures en place et les matériaux disponibles, le résultat peut être excellent… ou franchement décevant.
A. Préparation du Sol Avant le Paillage
Avant de mettre en place le paillage dans votre potager, il est nécessaire de préparer la terre. La terre doit être parfaitement désherbée, car le paillage n'est pas un désherbant, il permet d'empêcher la pousse des adventices. Il est essentiel d'éliminer notamment les vivaces indésirables (chiendent, pissenlit, liseron…), racines et rhizomes compris, car le paillis n’empêchera pas leur pousse. Si vous laissez le liseron s’installer sous un mulch, cela finit par devenir sportif. Donc, mieux vaut intervenir vite, et régulièrement.
Ensuite, il suffit d'ôter les restes de branches d'arbres, de morceaux de bois et de petits cailloux, et de nettoyer le sol pour l'aérer et l'ameublir (avec une grelinette ou une binette par exemple). Si possible, faites un léger apport de compost mûr ou d'engrais naturel à votre sol, surtout pour les paillis très « carbonés » comme les copeaux de bois, afin de prévenir une faim d’azote. Si besoin, arrosez la terre avant de poser le paillis, car appliquer un paillis sur un sol sec augmentera encore la sécheresse du sol. Assurez-vous au préalable que le sol est suffisamment humide avant de pailler.
B. Quand Pailler : Le Bon Moment pour Chaque Saison
Pailler au bon moment est crucial pour maximiser les bienfaits et éviter les inconvénients.
1. Paillage au Printemps
En début de saison de culture, le paillage doit être réalisé idéalement lorsque le sol est suffisamment réchauffé et que les graines sont bien germées. Disposer du paillis précocement sur un sol froid empêchera la terre de se réchauffer, ce qui nuira au bon développement de certains fruits et légumes exigeants en chaleur (courgettes, tomates, melon…). Un paillis posé trop tôt peut garder une terre froide.
De plus, un paillage précoce au printemps risque d’attirer les rongeurs, les limaces et les escargots. Ces derniers apprécient se réfugier dans les paillis à cette saison pour s’abriter de la pluie. Vos plantations auront donc beaucoup plus de risques d’être attaquées. Évitez de pailler trop tôt autour des jeunes salades, choux et autres plants encore peu développés. Surveillez aussi les semis directs et les légumes racines, plus exposés aux dégâts discrets mais bien réels.
En conditions météo favorables, le mieux est de patienter jusqu’à la mi-mai avant de procéder au paillage. Si les conditions sont moins favorables ou que vous résidez au nord de la Loire, attendez le mois de juin avant de pailler. Bien entendu, rien ne remplace l’expérience du jardinier pour apprécier la bonne période de paillage. Entre-temps, une fine couche de compost peut constituer une transition intéressante, car en plus de fertiliser la terre, ce paillis de compost permettra de contrer les problèmes de faim d’azote qui risquent de survenir plus tard au moment du paillage.
2. Paillage en Été
En été, quand il fait très chaud, paillez sur sol humide et propre. Le paillage protège la terre de votre potager du soleil et limite l'évaporation, réduisant les besoins en arrosage.
3. Paillage en Automne
En automne, profitez des derniers rayons de soleil pour commencer à pailler. Le sol doit être déjà suffisamment humide et chaud pour favoriser le développement de la vie microbienne. Paillez pour protéger les plantes avant l’hiver et éviter de laisser le sol nu. Durant toute la saison hivernale, le paillis évite le lessivage des nutriments et permet à l'activité biologique de continuer afin de transformer le paillis en un humus meuble. Privilégiez un paillage ligneux riche qui permettra de protéger le sol des intempéries mais aussi et surtout d’enrichir la terre en se décomposant lentement.
4. Moments à éviter
Ne paillez pas par vent fort, car le paillage risque de s’envoler. Ne paillez pas quand le sol est gelé, car le paillis freine le réchauffement. Évitez toutefois de laisser le sol à nu.
5. Quand retirer le paillis ?
- Au début du printemps, au potager, ce qui laisse le sol se réchauffer rapidement et évite la prolifération des parasites (au jardin d’agrément, écartez-le seulement si vous prévoyez des plantations).
- Lors des semis, car le paillis pourrait gêner leur levée : écartez soigneusement le paillis en veillant à ne pas l’enfouir.
- Au moment de planter : cela évite de mélanger paillis et terre au contact des racines.
C. Comment Appliquer le Paillage : Épaisseur et Précautions
La première question à se poser est où mettre du paillage. Sachez que toutes les cultures peuvent être paillées. Qu’il s’agisse de légumes, de fleurs ou d’arbres fruitiers, toutes les espèces végétales profiteront des bienfaits d’un bon paillage. Seul le type de paillis choisi différera. Vous pouvez appliquer cette technique partout dans votre jardin : au potager, au verger, au pied des jeunes haies et de vos jeunes arbres et arbustes, dans les massifs de plantes vivaces et annuelles. Vous pouvez également pailler vos plantes en pot et vos jardinières !
LE PAILLAGE au potager d'Olivier (et c'est pas miraculeux !)
1. Épaisseur du Paillis
L’épaisseur du mulch va dépendre de l'élément choisi. Étendez des couches de paillis de 3 à 5 cm environ aux pieds des plantes, sur un sol ameubli et décompacté. Davantage pour les feuilles mortes. Gardez en tête qu’un paillis trop épais risque d’asphyxier votre sol et les racines de vos cultures. Plus le paillis est grossier (type écorces) ou aéré (paille, aiguilles de pin…) et plus le paillis pourra être épais. À l’inverse, les matériaux fins, généralement les matériaux verts tels que la tonte de gazon, devront être répandus en couche fine voire très fine. Une couverture de quelques millimètres à un centimètre maximum suffira. Pour les jeunes plants, vous pouvez commencer par pailler avec une couche de 2-3 cm puis compléter pour atteindre 7 cm après le développement de la plante.
2. Positionnement et Arrosage
Il est important de ne pas enfouir le paillis. N’hésitez pas à renouveler celui-ci si nécessaire, d’autant plus si vos fruits reposent à même le paillage comme les melons. Le paillis doit rester propre et sain.Ne recouvrez pas le collet des plantes, c'est-à-dire le point de séparation entre la tige et les racines d'un végétal, car le paillage peut étouffer les plantes qui sortent de terre s’il est trop près.Arrosez bien votre paillage lors de son installation pour éviter qu’il ne s’envole et pour faire en sorte qu’il commence à participer de la vie du sol. Arrosez une fois le paillage mis en place.Pour les cultures sensibles à l'humidité excessive, comme l'ail, l'oignon et l'échalote, elles n’apprécient pas l’humidité excessive que peut retenir le paillis et risquent de pourrir. Il faut donc être vigilant ou éviter le paillage sur ces cultures.Pour éviter les éclaboussures et arroser directement au pied des plants sans retirer le paillis, utilisez des oyas ou des bouteilles coupées et retournées en forme d’entonnoirs.Enfin, si vous envisagez de pailler les pieds de vos arbres, maintenez toujours le paillis à une distance de 15 à 30 cm de la base des arbres et arbustes. Un tel paillis au contact des arbres est une voie royale pour les parasites et les maladies engendrées par la pourriture.
D. Précautions Spécifiques et Idées Reçues
Malgré les nombreux avantages du paillage, il y a tout de même quelques précautions à prendre. Le plus utile n’est donc pas de se demander s’il faut pailler ou non, mais quand, avec quoi et sur quelles cultures. C’est là que tout se joue.
1. La "Faim d'Azote"
Pour comprendre la faim d’azote, il faut savoir que les microbes du sol ont besoin de « carburant » comme l’azote pour dégrader les matières organiques. Lorsqu’on apporte en surface des matériaux très carbonés, comme de la paille, du broyat ligneux ou certains paillis secs, leur décomposition mobilise de l’azote. Ils vont donc consommer l’azote présent dans le sol, ce qui provoquera une carence temporaire pour les plantes voisines. Ce phénomène peut temporairement pénaliser la culture en place si le sol est pauvre ou si l’on a étalé une couche trop importante d’un matériau mal adapté. Cela se traduit par des plantes plus chétives et un jaunissement du feuillage.
Dans les faits, le risque est surtout à surveiller sur des cultures gourmandes, installées dans une terre peu fertile, avec un paillis très sec ou très ligneux apporté sans matière azotée complémentaire. Pour limiter ce problème, on peut équilibrer les apports : un peu de compost mûr, quelques matériaux plus verts, ou simplement un paillage moins épais au départ suffisent déjà à éviter bien des déconvenues.
2. Paillis Toxiques ou Problématiques
Certains paillis peuvent être toxiques comme les tailles de cyprès ou de thuyas. En cela, par exemple, le thuya pose même un véritable problème de retraitement dans les centres de tri. Par prudence, évitez le paillage avec des feuilles de noyer fraîches, car le noyer contient une substance toxique, la juglone, une toxine qui inhibe la croissance de certaines plantes. Les débris de végétaux malades sont à proscrire sous peine de transmettre des maladies.Quant aux écorces de pin, elles acidifient le sol, ce qui peut entraîner des problèmes de carence pour les plantes. Utilisez-les pour les massifs de plantes de terre de bruyère, mais avec précaution au potager.
3. Piège à Nuisibles
Un paillis constitue un abri très appréciable pour toute une petite faune du jardin. C’est une bonne nouvelle pour la vie du sol, mais beaucoup moins lorsqu’il sert aussi de refuge aux limaces ou aux rongeurs. C’est particulièrement vrai au printemps, quand les jeunes plants sont encore tendres et que l’humidité favorise les attaques. Un paillis de débris, riche en eau et peu aéré (tontes fraîches, déchets de légumes) attire parfois les limaces. Les paillis très épais peuvent attirer les rongeurs. Veillez alors à limiter l’épaisseur du paillage de 3 à 5 cm (un peu plus pour les feuilles mortes). Pour éviter la pourriture des plantes sensibles, utilisez des matériaux légers et bien aérés (pailles ou fougères).
4. Diversification des Paillis
Il peut être utile de mélanger et/ou alterner ces différents paillis pour équilibrer les apports et éviter des excès nuisibles tels que l’accumulation de bois, qui se dégrade lentement et est peu nourrissant ; l’acidification des sols due à l’épandage régulier de résidus de conifères ; la dégradation trop rapide de résidus riches en eau et fins (tontes de gazon) ; ou l’entretien ou la propagation de maladies, dus à l’utilisation sur place (ou sur des plantes de la même espèce) de débris de végétaux malades. Pour améliorer la structure du sol, il est essentiel de diversifier les sources de paillage : vert (comme les tontes de gazon et les épluchures) et brun (telle que la paille). Un paillage organique, varié et équilibré, nourrit le sol sur lequel il est installé. En se décomposant grâce aux bactéries et autres organismes vivants du sol, il devient une source nutritive qui apporte force et saveur aux légumes.