Le Lierre (Hedera helix L.) : Entre Attrait Botanique, Rôle Écologique et Précautions Vétérinaires

Le lierre grimpant, scientifiquement connu sous le nom d'Hedera helix, est une plante ligneuse grimpante capable d'atteindre jusqu'à 30 mètres de hauteur. Cette plante populaire, présente dans les intérieurs et les jardins, est appréciée pour sa facilité d'entretien et son feuillage persistant, qui reste vert toute l'année. Cependant, derrière son aspect décoratif, le lierre cache des propriétés complexes, allant de son rôle écologique crucial à sa toxicité potentielle pour les humains et de nombreux animaux.

Lierre grimpant sur un mur

Description Botanique et Cycle de Vie du Lierre

Le lierre se distingue par ses feuilles alternes et coriaces, qui vivent généralement trois ans avant d'être remplacées. Les feuilles les plus jeunes sont découpées en trois ou cinq lobes, tandis que les plus âgées sont unilobées. Cette plante développe également des "racines" aériennes, appelées crampons, qui ne jouent aucun rôle dans la nutrition de la plante mais servent uniquement à sa fixation sur un support. Ces crampons ont la capacité de se transformer en racines vraies lorsque le support devient humide, ce qui facilite l'ancrage de la plante.

Les fleurs du lierre sont de couleur jaune-vert et suivent la règle des cinq, possédant 5 sépales, 5 pétales et 5 étamines. Elles sont regroupées en ombelles hémisphériques. La floraison, qui s'étend de septembre à octobre, est tardive. Une particularité intéressante du lierre est sa reproduction : les fleurs peuvent être mâles, femelles ou les deux à la fois, faisant du lierre une plante polygame.

La fructification a lieu de mars à mai. Les fruits sont globuleux, d’un diamètre de 8 mm, et arrivent à maturité au début du printemps, prenant alors une couleur noire. Ces baies sont très toxiques pour l'Homme en consommation excessive. Chaque baie renferme trois à cinq graines brunâtres de consistance spongieuse.

Fleurs et baies de lierre

Le lierre grimpant (Hedera helix L.) est classé dans la famille des Araliacées. Il est aussi connu sous divers noms vernaculaires tels que Lierre à cautère, lierre des poètes, lierret, hierre, herbe de Saint-Jean, herbe à cautère, bourreau des arbres, joli bois, rampe de bois, et rampe des maisons. En anglais, il est communément appelé "common ivy", "ivy" ou "english ivy".

Distribution et Habitat

Le lierre est largement distribué en Europe et en Asie, et il est omniprésent partout en France, y compris en Corse. C'est une plante des régions tempérées, montrant des affinités plutôt atlantiques et méditerranéennes. Il peut pousser aussi bien à l’ombre qu’au soleil, mais il a besoin de beaucoup de lumière pour fleurir, car les fleurs ne se développent que sur les rameaux bien exposés au soleil. Le lierre préfère les sols calcaires et frais, mais non gorgés d’eau. On le trouve couramment jusqu'à 1200 mètres d'altitude, sur des arbres (particulièrement les chênes, les hêtres), des rochers, de vieux murs, des bâtiments, des haies, souvent lorsque l’ombrage est dense. Il rampe parfois aussi sur le sol.

Biologie et Reproduction : Une Anomalie Temporelle

Le lierre possède un cycle de développement totalement décalé par rapport à la plupart des autres plantes, avec une floraison automnale tardive et une fructification printanière. Cette particularité remonte à l’ère tertiaire, il y a des millions d’années, époque à laquelle le lierre était déjà présent. C’est l’une des rares plantes à avoir survécu aux ères glaciaires et à avoir maintenu son rythme de vie jusqu’à nos jours. Ces caractéristiques sont attribuables au climat qui régnait à cette époque, où les fleurs s'épanouissaient plutôt en hiver, saison offrant humidité et températures douces, tandis que l’été était sec avec des températures plus élevées.

Contrairement à une idée reçue, le lierre n’est pas une plante parasite ; il se fixe simplement sur des supports à l’aide de racines aériennes munies de ventouses pour atteindre la lumière.

Rôle Écologique : Une Aubaine pour la Faune

Le lierre joue un rôle écologique fondamental, agissant comme une véritable aubaine pour la faune, surtout en période de disette pour d'autres espèces végétales. Grâce à sa floraison tardive, il nourrit de nombreux insectes butineurs à la fin de l’automne, étant souvent la seule source abondante de pollen et de nectar à cette époque. De plus, étant le premier à produire des fruits dès le mois de mars, il fournit une ressource essentielle aux premiers migrateurs, qui peuvent se repaître de ses baies avant d’installer leur nid entre ses feuilles accueillantes.

De nombreuses espèces d’oiseaux cohabitent et se reproduisent dans le lierre. Outre les oiseaux, certains mammifères y trouvent un refuge. Cette capacité à offrir nourriture et abri en fait un élément vital des écosystèmes.

Toxicité du Lierre pour les Animaux Domestiques et l'Homme

Malgré son rôle écologique bénéfique, le lierre, en particulier le lierre grimpant (Hedera helix), contient des substances toxiques qui peuvent être dangereuses pour les animaux et l'Homme. Les baies et les feuilles sont les parties les plus toxiques de la plante.

Principes Toxiques du Lierre

Le lierre contient plusieurs molécules actives, principalement des saponosides triterpéniques, dont l'hédérine (ou hédéroside), qui possède des propriétés hémolytiques, vasoconstrictrices et antispasmodiques. Ces saponosides sont des tensio-actifs. Bien que peu efficaces à l'état brut, une grande partie de ces molécules sont transformées lors du passage dans l'estomac ou le rumen en principes actifs (dont l’α-hédérine) qui sont responsables des effets constatés. Le lierre contient également des tanins, comme l'acide hédératannique.

De plus, le lierre est responsable de dermatites de contact chez l'homme, dues à la présence de falcarinol et de didéhydrofalcarinol dans ses feuilles et ses tiges. Pour les animaux, l'hédéragénine, les falcarinol et les polyacétylènes sont également des composés toxiques présents dans toutes les parties de la plante : feuilles, tiges et baies. L'ingestion, même d'une petite quantité, peut provoquer une irritation sévère des muqueuses et du système digestif.

8 plantes non toxiques pour les animaux (chat & chien)

Circonstances et Symptômes d'Intoxication chez les Animaux

Les appels concernant le lierre représentent 1% des appels de toxicologie végétale pour les ruminants au Centre National d'Informations Toxicologiques Vétérinaires (CNITV). Plus précisément, ils constituent 0,6% des appels pour les bovins, 2,2% pour les ovins et 1,9% pour les caprins. Sur 38 appels concernant le lierre grimpant chez les ruminants, 40% impliquent les bovins, 35% les ovins et 25% les caprins. L'intoxication est considérée comme peu fréquente, car la texture, la dureté et le goût amer des baies sont souvent dissuasifs. La majorité des appels sont répartis de décembre à février, juste après la période de floraison de la plante et pendant la croissance de ses baies.

Les signes cliniques d'une intoxication au lierre chez les animaux apparaissent généralement dans les heures suivant l'ingestion. La sévérité des symptômes dépend de la quantité consommée et de la taille de l'animal. Les premiers symptômes sont souvent liés à une irritation du tube digestif. On peut observer :

  • Signes généraux : hypothermie, excitation.
  • Signes digestifs : coliques, diarrhée, météorisme (15,8% des cas), hypersalivation (10,5% des cas), vomissements. Les saponosides, étant des tensio-actifs, augmentent les sécrétions ruminales et peuvent faire mousser le contenu ruminal si la ration est suffisamment riche en graisse, entraînant des dysfonctionnements de la flore digestive.
  • Signes cardio-vasculaires : bradycardie, hypotension.
  • Signes respiratoires : dyspnée.
  • Signes nerveux : ataxie (13,2% des cas), faiblesse musculaire, démarche chancelante, dilatation des pupilles, parfois convulsions puis coma. Un décubitus est également fréquemment rapporté (10,5% des cas).

Les cas mortels sont rares, mais des cas de mort subite sont rapportés au CNITV dans 10,5% des cas. Des lésions de gastro-entérite peuvent être observées. Le taux de morbidité atteint 34% chez les bovins (sur 102 bovins exposés), 44% chez les ovins (sur 136 ovins exposés) et 38% chez les caprins (sur 38 caprins exposés). Le taux de mortalité s’élève à 19% chez les bovins, 27% chez les ovins et 18% chez les caprins.

La toxicité du Lierre grimpant s'applique à la plupart des animaux de compagnie, y compris les oiseaux, les lapins et les cochons d'Inde, qui sont même plus sensibles en raison de leur faible poids.

Premiers Secours et Traitement Vétérinaire

En cas de suspicion d'ingestion de lierre par un animal, une réaction immédiate est primordiale. Il est impératif de contacter sans délai un vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire. Il faut être prêt à indiquer le nom de la plante (Lierre grimpant ou Hedera helix), la partie ingérée, la quantité estimée, et l'heure approximative de l'incident.

Attention : Il ne faut jamais tenter de faire vomir l'animal soi-même, cela pourrait aggraver la situation. Si le vétérinaire ne peut pas recevoir l'animal immédiatement, il est possible de lui donner du charbon actif, à inclure dans la trousse de secours de votre chat ou chien, mais seulement après avis professionnel.

Le diagnostic différentiel se fera avec d'autres affections et intoxications responsables de troubles digestifs voire nerveux. Le diagnostic expérimental peut inclure l'identification macroscopique ou microscopique des débris végétaux contenus dans le rumen, les feuilles de lierre, étant coriaces, transitant lentement.

Il n'existe pas d'antidote spécifique contre les toxines du lierre. Le traitement vétérinaire est symptomatique et de soutien, et peut comprendre :

  • Une ruminotomie d’urgence, si nécessaire.
  • Des pansements digestifs.
  • Des analeptiques cardiaques, tels que la caféine ou l'heptaminol.
  • Du nursing, incluant le maintien de l'animal au chaud.

Le pronostic est réservé.

Prévention des Intoxications et Alternatives Non Toxiques

La prévention est la meilleure stratégie pour éviter tout accident. Pour les propriétaires d'animaux, il est crucial de rester vigilant. La solution la plus sûre est de placer les plantes de lierre en hauteur, hors de portée des pattes et des museaux curieux, en utilisant des suspensions au plafond ou des étagères très hautes. Il est également important d'éduquer son animal en lui disant un « non » ferme s'il s'approche de la plante. Offrir de l'herbe à chat non toxique peut détourner son attention.

Si le risque d'intoxication semble trop grand, il est conseillé d'envisager de remplacer le lierre grimpant par des plantes d'intérieur réputées non toxiques pour les chiens et les chats. Pour ceux qui gardent leur lierre, un entretien régulier limite les risques. Il est recommandé de tailler les tiges pour éviter qu'elles ne tombent et ne deviennent un jouet pour les animaux. Lors du rempotage ou de la taille, il est préférable de porter des gants, car la sève peut irriter la peau, et de se laver soigneusement les mains ensuite.

Il est recommandé de faire la liste des plantes et fleurs que l'on a à la maison afin d'identifier celles qui pourraient être dangereuses.

Plantes d'intérieur sûres pour les animaux de compagnie

Autres Plantes Toxiques Courantes pour les Animaux

Le lierre n'est pas la seule plante à présenter un danger pour les animaux. Il convient de faire attention aux endroits où l'on pose des bouquets de fleurs ou des plantes, car certains chats qui ont l’habitude de boire dans des verres d’eau peuvent être tentés de se rafraîchir dans l'eau du vase. Si l'on a un jardin et que son chat a l’habitude de sortir, il est préférable de planter des fleurs adaptées aux animaux.

Voici une liste non exhaustive de plantes et fleurs toxiques pour les chats et les chiens :

  • Lys : Extrêmement dangereux pour les chats, en particulier les fleurs et les feuilles.
  • Muguet (Convallaria majalis) : Très toxique pour les chats, même en petites quantités. Peut provoquer des problèmes gastro-intestinaux, des vomissements, de la diarrhée, une salivation excessive et des problèmes cardiaques.
  • Azalée (famille des rhododendrons) : Contient des toxines dangereuses pour les chats.
  • Dieffenbachia : Contient des cristaux d’oxalate de calcium nocifs pour les chats.
  • Philodendron : Une autre plante d’intérieur courante qui peut être délétère pour les chats.
  • Poinsettia (Euphorbia pulcherrima) : Bien que souvent considéré comme toxique, il est en réalité peu toxique pour les chats.
  • Tulipes : Contiennent des tulipalines, principalement dans leurs bulbes.
  • Jonquilles (famille des narcisses) : Toutes les parties de la plante (fleurs, feuilles, bulbes) sont toxiques pour les chats.
  • Hortensias : Contiennent du cyanure de glucoside, dangereux pour les animaux.
  • Jacinthes : Plantes à bulbes toxiques pour les chats.
  • Chrysanthèmes : Fleurs courantes dans les arrangements floraux, mais peuvent être néfastes pour les chats.
  • If et ses baies : Hautement toxiques pour les hommes, les chiens et d’autres animaux. Son poison se trouve dans les graines, les aiguilles et les baies rouges. Si un chien mordille les feuilles ou les graines, il libère de l’acide cyanhydrique toxique.
  • Brugmansia : Une plante toxique connue en Europe.
  • Orchidées : Pour qu'elles aient un effet toxique, la dose doit être très élevée.

Il est important de se rappeler que c'est la dose qui fait le poison, et de savoir quelle substance toxique l'animal a ingérée.

Utilisations Historiques et Propriétés Médicinales du Lierre

Le lierre possède une riche histoire d'utilisations, notamment pharmacologiques, remontant à l’Égypte ancienne, où il était associé à Osiris, Dieu de la fertilité et de l’éternité. Chez les auteurs romains et grecs, le lierre était positivement associé à l’ébriété et réputé protéger des actions néfastes de l’alcool. Bacchus et Dyonisos sont d’ailleurs souvent représentés avec une couronne de lierre. Le vin de Lierre, une décoction de feuilles dans du vin sucré, était utilisé comme protecteur contre les empoisonnements divers et comme aide précieuse pour les soirées arrosées.

Durant le haut Moyen Âge, le lierre terrestre (Glechoma hederacea), une plante de la famille de la menthe et de l’ortie, lui fut préféré, probablement en raison de moindres réactions digestives. Son utilisation était alors orientée vers le traitement de la « mauvaise humeur » et de la dépression, ainsi que des troubles cutanés par usage externe. Seule l'utilisation du vin de lierre pour traiter les maux de tête, quelle qu'en soit l'origine, fut conservée de la période antique.

De nos jours, le lierre est reconnu pour ses propriétés médicinales. Il contient également des anti-inflammatoires bien connus, comme des flavonoïdes (rutosides) et des huiles essentielles (dont le limonène et le ß-caryophyllène). On y retrouve aussi des anti-infectieux divers via des huiles essentielles (germacrène D, sabinène et ß-caryophyllène), des flavonoïdes (kaempférol) et les saponosides qui sont fongicides et antibactériens.

Grâce à ses propriétés antimicrobiennes, antifongiques, vasoconstrictrices et expectorantes, les feuilles de lierre sont recommandées dans le traitement des toux grasses mais également des toux d’irritation, en association avec le thym (effet de potentialisation). Les saponosides, responsables de l’activité de la plante, sont la principale arme de défense de la plante contre les attaques microbiennes et fongiques.

En cas de cueillette personnelle en vue d’une utilisation médicinale, il est conseillé de choisir les feuilles les plus foncées, coriaces, voire abîmées. La dose recommandée par l’Agence Européenne des Médicaments (EMA) et les pharmacopées françaises et allemandes est de 0,8 g de matière sèche par tasse pour 60 kg de poids vif. Une feuille fraîche contenant entre 30 et 50 % de matière sèche, on utilise environ 3 g de feuille fraîche pour 25 mL d’eau, deux fois par jour. Pour un lot de 100 brebis, 200 agneaux ou une vache avec une toux persistante ou un nez très sale, il faudrait faire infuser 600 g de feuilles dans 5 L d’eau chaque jour, pendant un maximum d'une semaine. La dureté des feuilles impose une durée d’infusion d’une dizaine de minutes à couvert.

Malgré sa réputation de toxicité pour les animaux, il existe un fossé important entre le nombre de cas d’intoxication déclarés et les consommations réelles constatées. En effet, de nombreuses brebis, chèvres et la plupart des vaches mangent spontanément du lierre, parfois en quantités importantes, et seulement 38 cas ont été déclarés depuis la création du centre de toxicologie vétérinaire français.

Plantes médicinales

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