Le Figuier en Algérie : Symbole Nourricier et Pilier Économique de la Kabylie

L'Algérie, terre aux paysages diversifiés, se positionne comme l'un des principaux producteurs mondiaux de figues. En 2022, le pays s'est classé troisième au niveau mondial, avec une production estimée à 112 300 tonnes, juste derrière la Turquie (350 000 tonnes) et l'Égypte (187 900 tonnes). Cette performance témoigne du potentiel significatif de la filière figuicole nationale. Le figuier, «Thamaghrousth» ou «Thanuklets» en kabyle, est un des éléments constitutifs de l’âme kabyle. En s’implantant dans les montagnes, les enfants de la Kahina, ont su assurer leur survie grâce à cet arbre, aux côtés du cerisier et de l’olivier. Le figuier, pour sa part, et dans la réciprocité, n’est pas ingrat en n’exigeant pas beaucoup de soins.

Carte de l'Algérie mettant en évidence les régions productrices de figues, notamment la Kabylie

Le Figuier dans le Paysage Kabyle : Une Présence Multiséculaire

En Kabylie, le figuier occupe une place prépondérante dans la vie quotidienne des habitants. Cet arbre revêt une dimension symbolique profonde, incarnant la prospérité et la générosité de la nature, au-delà de sa contribution à l’alimentation. Les massifs kabyles et les premiers contreforts du Djurdjura présentent un paysage montagnard typique, avec leurs gros villages alignés au sommet des croupes ou nichés sur des replats. Ces villages dominent toujours un terroir de versant aux pentes accusées, mais entièrement occupé par de petites parcelles de culture complantées et limitées d’arbres variés, adaptés aux différentes altitudes, tels que les oliviers, les chênes, les frênes et, bien sûr, les figuiers. Ces terroirs de bocage montagnard s’ordonnent à partir des villages qui les dominent, par une succession de champs-jardins, puis de champs-vergers. La culture n’y est jamais exclusive, et l’association de l’arbre est constante. Les fruits sont destinés essentiellement à la consommation, qu’il s’agisse des olives, souvent gardées trop longtemps après la récolte et qui, fermentées, donnent une huile acide, ou des figues, dont une faible partie seulement est vendue après séchage. Même les glands du chêne, voire les fruits de ciste, peuvent être consommés en temps de disette, tandis que les frênes fournissent une soudure fourragère appréciée par le petit bétail et les bovins.

Importance Culturelle et Économique de la Figue en Kabylie

La figue constitue une source de revenu significative pour de nombreuses familles kabyles. Historiquement, la figue sèche était un produit d’exportation majeur, contribuant à l’économie locale. Aujourd’hui, un regain d’intérêt pour la figuiculture est observé, avec une augmentation des superficies dédiées à cette culture. Par exemple, dans la wilaya de Tizi Ouzou, la superficie occupée par le figuier est passée de 5 102 hectares en 2021/2022 à plus de 5 316 hectares en 2022/2023. Les périodes de récolte sont souvent marquées par des festivités locales, renforçant les liens communautaires et perpétuant des traditions ancestrales. Tout comme l’olivier, le figuier est une richesse, un symbole, un véritable trésor de Kabylie qui fleurit un peu partout sur les montagnes.

Infographie montrant l'évolution des superficies dédiées au figuier en Kabylie

Rendement et Variétés de Figues en Algérie

Le rendement des figuiers en Algérie varie en fonction des régions et des pratiques culturales. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, la récolte de 2024 a été réalisée sur une superficie de 730 hectares, avec un rendement moyen de 12 quintaux par hectare. Cependant, des rendements exceptionnels atteignant 30 quintaux par hectare ont été enregistrés dans certaines zones. La Kabylie est réputée pour la richesse de ses variétés de figuiers, adaptées aux conditions climatiques et aux sols de la région. Parmi les figues blanches, on trouve des variétés telles que Taγanimt, Tazerart et Tadefuit. Pour les figues violettes ou noires, des variétés comme Ajanjar, Aγanim et Tazεišt sont couramment cultivées. La Taγanimt est particulièrement estimée parmi les figues blanches, tandis que l’Ajanjar est considérée comme l’une des meilleures parmi les figues violettes. Certaines variétés sont spécifiquement cultivées pour le séchage, notamment la Taamriwt, l’Azenjer et la Taberkent. Ces figues séchées sont très appréciées pour leur qualité et leur capacité de conservation, contribuant ainsi à la renommée de la « Figue sèche de Beni Maouche », qui a obtenu une indication géographique en 2016.

8 variétés de figues de Kabylie | 8 varieties of figs from Kabylie | ثمانية أنواع من التين القبائلي

Tradition et Consommation des Figues

Les figues sont cueillies à la fin de l’été jusqu’à mi-septembre environ. En fonction de la terre et de l’ensoleillement, les figues adoptent une forme et une couleur singulière, si bien qu’avec l’habitude, il est simple de savoir de quelles propriétés voisines elles proviennent. Pour pérenniser ce plaisir gustatif tout au long de l’année, elles sont séchées entrouvertes au soleil, sur de la paille ou sur des claies, pendant 1 à 3 jours, puis à l’ombre pendant 5 jours pour conserver la souplesse de la peau. Le génie culinaire kabyle les savoure quand elles sont fraîches avec une texture de pois-chiches grillés (Arkul en parler local). Pendant le mois de Ramadhan, on rompt le jeûne au moment venu avec une figue sèche. Au petit-déjeuner, les figues séchées, trempées dans de l'huile d'olives, séduisent les papilles, un véritable régal, surtout associées à la galette dure (Aghrum akuran). Le jeu consiste à flanquer un bâton sur une figue fraîche à distance, les joueurs y lancent une feuille trouée de ce fruit, le but étant de la faire tomber sur la pointe du bâton, il fallait être un bon viseur.

Défis et Perspectives de la Filière Figuicole

Malgré sa position favorable en tant que producteur mondial, la culture du figuier en Algérie fait face à plusieurs défis. L’amélioration des techniques culturales, la modernisation des infrastructures de transformation et le développement de stratégies de commercialisation adaptées sont autant de leviers à actionner pour optimiser la filière. Des initiatives locales, telles que la fête de la figue à Lemsella, visent à sensibiliser sur l’importance économique et culturelle du figuier et à débattre des contraintes entravant son développement.

Diagramme des défis et opportunités pour la filière figuicole en Algérie

Le Figuier de Barbarie : Une Nouvelle Richesse pour l'Algérie

Le figuier de Barbarie, originaire du Mexique, s'est répandu sur le pourtour méditerranéen après la découverte des Amériques au XVe siècle. Avec ses grands rameaux aplatis appelés "raquettes", il fait partie du paysage aride des campagnes algériennes, à l'état sauvage ou planté comme haie naturelle. La cosmétique et de nouveaux débouchés alimentaires ont dopé cette production ces dernières années. Alors qu'il était jusque-là cultivé surtout pour son fruit à la chair goûteuse et sucrée - rapportant à peine de quoi vivre, avec des figues vendues 10 dinars pièce (7 centimes d'euro) - l'industrie cosmétique et les magazines de mode européens et américains vantent les propriétés antirides de l'huile de figue de Barbarie, tirée des pépins. Des études scientifiques ont également révélé les multiples vertus nutritionnelles et médicinales de cette plante. Les fleurs, riches notamment en vitamine C, calcium et magnésium, se consomment en tisanes. La pulpe du fruit sert pour des confitures, des jus ou du vinaigre. À l'exception des épines dont on ne tire rien, la plante peut ainsi être entièrement utilisée et valorisée.

Expertise Mexicaine et Développement de la Filière

La Chambre d'agriculture de la région de Souk Ahras, où se trouve Sidi Fredj, a encouragé depuis 2013 le développement d'une filière algérienne du figuier de Barbarie en attirant des experts du Mexique, pays d'origine et premier producteur mondial de cette plante. Des experts mexicains aident les agriculteurs algériens à améliorer les rendements en identifiant les "variétés les plus avantageuses" à cultiver sur leurs terres. Une première unité de production a ouvert dès 2015 à Sidi Fredj, dédiée aux huiles, vinaigres et jus. Une nouvelle usine inaugurée en 2018 vise à doper la production régionale. Elle était de 1 000 litres en 2018, et l'objectif visé en 2019 est de 7 000 litres. À la clé, l'une des huiles les plus chères au monde : pas moins d'une tonne de graines est nécessaire pour produire un litre de cet "élixir" qui peut se vendre plus de 2 000 euros le litre en Europe, une fois conditionné en petits flacons.

Les producteurs de la région de Sidi Fredj en tirent 500 euros du litre vendu en gros. Certifiée bio par des organismes étrangers - une telle certification n'existe pas en Algérie -, cette huile de figue de Barbarie s'exporte en France, en Allemagne, au Qatar et bientôt aux États-Unis. Dans la région conservatrice de Souk Ahras, la transformation du cactus a fait émerger une économie familiale qui offre aux femmes, souvent employées pour la récolte, une indépendance financière et aux jeunes un espoir d'avenir. Par exemple, la mère de Fethi Gueldasmi cultive sa propre parcelle et peut ainsi économiser pour effectuer un pèlerinage à La Mecque. Grâce au boom du cactus, la famille Gueldasmi affirme avoir décuplé ses revenus. Fini le crédit chez l'épicier, ils agrandissent la maison familiale. Ces terres qui "permettaient juste de survivre nous donnent de l'espoir. Pas besoin d'aller ailleurs", se réjouit Fethi, 40 ans, aujourd'hui serein pour son avenir et celui de sa fille de 10 ans dans le village de leurs ancêtres. En Algérie, 30% des jeunes sont au chômage et beaucoup voient l'émigration comme seule échappatoire. Cependant, dans la région de Sidi Fredj, "plusieurs centaines de familles" vivent désormais de la culture des figuiers, indique Mohamed Mohamedi, président de la coopérative agricole.

Un "Puits Botanique" et une Solution au Changement Climatique

Le père de Fethi se réjouit également d'avoir pu planter des pistachiers entre les cactus-raquettes, source de revenus supplémentaires. Réservoir naturel d'eau, le figuier de Barbarie est "un puits botanique capable de fournir jusqu'à 180 tonnes d'eau par hectare" et ses racines améliorent la fertilité des sols, relève la FAO, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Dans les endroits où de l'orge a été plantée entre les rangées de figuiers, les rendements à l'hectare de la céréale ont été multipliés par sept, souligne le Pr Khodir Madani, directeur d'un laboratoire universitaire de recherche. Ceci représente une opportunité majeure pour l'Algérie, qui est le plus grand pays d'Afrique et dont 80% du territoire est aride ou semi-aride. Selon la FAO, comme le cactus est capable de pousser sur des terres pauvres "où aucune autre culture" ne le peut, "cette 'humble plante' continue silencieusement mais fermement à gagner une place de premier plan" face au changement climatique et aux risques accrus de sécheresse. La Tunisie et le Maroc ont déjà bien compris l'intérêt du figuier de Barbarie.

Le Paysage Humain de Tizi Ouzou et ses Loisirs

Tizi Ouzou n’est pas ce qu’on qualifierait de ville touristique par excellence. Les infrastructures de loisirs ne sont pas très nombreuses et n’attirent pas spécialement les touristes. Mais dame nature s’est montrée très généreuse, lui offrant la mer d’un côté, et les montagnes de l’autre. Entre les deux, la main de l’homme a façonné des villages qui gardent toujours, pour certains, un cachet pittoresque. Les femmes vêtues de leurs tenues traditionnelles renforcent cette image d’exotisme tant recherchée par les touristes étrangers et les émigrés. Cependant, pour les habitants de ces villages, cette représentation fait partie de leur quotidien. Eux sont en quête d’autres loisirs. Il se trouve que la mer est ce qu’ils aiment le plus, à défaut d’aller sous d’autres cieux. Dans un éductour organisé par l’association Plumes touristiques en partenariat avec l’Office national algérien du tourisme (ONAT) et l’agence de voyages Coup de cœur, des journalistes se sont rapprochés des estivants et des lieux de leurs loisirs favoris. Tizi Ouzou et sa campagne environnante semblent suffoquer sous la chaleur de ce mois d’août. Dans les villages, pas âme qui vive. Les ruelles sont pratiquement désertes. Seules les stridulations incessantes des grillons brisent ce silence de mort. Les femmes âgées, vêtues de leurs robes chatoyantes, sont les seules à oser affronter un soleil dardant. À Larbaâ Nath Irathen, elles continuent de porter du bois et de l’eau sur leurs fragiles épaules. On les voit ici et là, en petits groupes, papoter joyeusement tout en gratifiant les passants, et même les étrangers, de sourires radieux de bienvenue. Ou encore sous de grands arbres, bien à l’ombre où elles ne manquent jamais de faire des signes de la main amicaux aux visages familiers comme aux visages inconnus. Pour les étrangers, ces femmes sont un véritable atout touristique, dont les tenues et l’attitude spontanée donnent un cachet très particulier aux villages, surtout quand elles se tiennent à proximité des vieilles maisons en pierre. De véritables cartes postales, avec en arrière-plan, des collines verdoyantes et des ravins nappés d’herbes.

Beni Yenni et la Fête du Bijou

Quant aux jeunes, on ne les voit pratiquement pas dans les petites communes de Larbaâ Nath Irathen. N’étant pas adeptes des siestes, ils se déplacent dans les régions environnantes où il y a plus d’activités, d’animation. Parmi ces régions, Beni Yenni, plus connue sous le nom d’Ath Yenni, a abrité en ce mois d’août la onzième édition de la fête du bijou, organisée par le comité communal. Une manifestation qui a attiré les habitants de différentes wilayas du pays ainsi que des étrangers. Taourirt Mimoun a accueilli l’événement dans l’effervescence. Deux salles d’expositions ont été aménagées à cette occasion. Les visiteurs ont afflué de partout. Des émigrés, charmés par les parures et autres bracelets, marchandaient, jugeant les prix excessifs. Les habitants d’Ath Yenni, quant à eux, prennent leur temps. Ils préfèrent éviter le soleil quand il est au zénith et émergent de chez eux en fin d’après-midi, heureux de sentir la brise fraîche caresser leurs visages. C’est ce moment-là que choisissent les habitants des villages alentour pour rejoindre Taourirt Mimoun. En chemin, des deux côtés de la route, on y trouve de vieilles maisons typiques de la région. De petites ruelles étroites mènent, via des escaliers irréguliers, vers les maisons et les ateliers de fabrication des bijoux. Généralement, les habitations donnent sur des jardins où les figuiers trônent au milieu de la végétation. Tout autour, le majestueux Djurdjura domine, donnant à Ath-Yenni une impression de grandeur rehaussée par la fraîcheur des grands espaces.

À l’occasion de la fête du bijou, des jeunes du village ont installé des petits commerces et autres fast-foods de fortune. Des glaces, du thé, du café, des gâteaux, pâtisseries et amuse-gueules y sont proposés. Rien de bien consistant mais suffisamment pour tromper les petites faims. Au CEM Larbi-Mezani, plus de quatre-vingts artisans, représentant une dizaine de wilayas, se disputent les clients, ou plutôt les clientes, très nombreuses, à l’affût de nouveautés. Les pièces originales disparaissent à vue d’œil malgré les prix élevés. Les anciens modèles côtoient les nouveaux pour répondre à tous les goûts. Les artisans d’Ath Yenni ne semblent pas tous très contents des produits exposés par leurs confrères, venus des autres régions. « Ils exposent des bijoux en argent blanc, sans corail. Ce sont des bijoux bon marché. À cause d’eux, nous sommes obligés de baisser nos prix. Nos produits sont fabriqués localement par des artisans locaux alors que ceux exposés par les autres sont commercialisés par de simples revendeurs », confie un artisan d’Ath Yenni qui a hérité cette activité de son père. Une activité qui représente son principal gagne-pain. « J’étais un artisan déclaré, mais les impôts consommaient la plus grande partie de mes gains. La matière première est chère et rare. Le corail est hors de prix au marché noir. Le kilo est à 28 millions de centimes. Le pire, c’est que nous sommes obligés de nous approvisionner au marché parallèle puisque la pêche au corail est interdite », déplore un artisan d’Ath Yenni. Selon lui, à cause de la cherté de la matière et des impôts, 40% des artisans dans cette région travaillent aujourd’hui au noir. Pour prendre part à la fête du bijou, les artisans non réglementés se sont fait passer pour des commerçants adjoints de ceux qui ont un registre du commerce. Ainsi, ils ont pu dresser des étals et vendre leurs produits. Selon les statistiques, des 600 artisans en activité à Ath-Yenni dans les années 90, il n’en subsiste qu’une quarantaine aujourd’hui. En l’absence de touristes et visiteurs réguliers, les bijoux restent le plus souvent exposés dans les vitrines. Quelques ateliers ont recours à des personnes pour les commercialiser ailleurs, dans les grandes villes, en faisant du porte-à-porte.

La fête du bijou brise la routine. Quelques touristes étrangers et des émigrés sillonnent les salles des expositions pour acheter des cadeaux souvenirs ou le simple plaisir de porter des bijoux originaux. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux quittent les lieux avec une chaîne en argent autour du cou ou des bagues à leurs doigts. À partir de 18h, c’est le grand rush. L’affluence est telle que les organisateurs ont obligé les visiteurs à faire des détours pour aller dans un autre village ou pour quitter Beni Yenni. Jeunes et moins jeunes envahissent carrément les lieux d’exposition. Les artisans se frottent les mains, flairant les bonnes affaires. « C’est maintenant que la vente commence pour de vrai », disent-ils. À l’extérieur, tout au long du chemin menant à l’exposition, d’autres petits commerces émergent petit à petit. L’heure du dîner étant proche, les fast-foods préparent les brochettes. L’odeur alléchante de la viande grillée emplit déjà l’air. Vu l’affluence sur ce « mets » affectionné particulièrement durant la saison estivale, les visiteurs ne semblent pas se préoccuper de la fièvre aphteuse, mordant à pleines dents dans leurs sandwiches. À quelques kilomètres de là pourtant, cette maladie qui a touché les bovins fait des ravages à Tizi Rached. Selon le vice-président de l’APC, Moussous, les bovins atteints de cette maladie font quotidiennement le chemin vers les abattoirs privés. Ici non plus, les habitants n’ont pas peur de manger de la viande bovine. Au fait, la dégustation des viandes représente le principal « loisir » des habitants en cette période de vacances.

Photo de l'artisanat des bijoux kabyles

Tizi Rached et ses Fêtes de Mariage

Tizi Rached n’est pas ce qu’on appelle un village touristique, comme Beni Yenni par exemple, mis à part les paysages naturels. « Les jeunes qui n’ont pas les moyens d’aller à la plage se rabattent sur les fêtes de mariage. Là, on mange, on chante et on danse », explique Moussous. Même les visiteurs étrangers ou de passage sont conviés spontanément à partager ces moments de fête. La nourriture y est abondante et les hôtes convient le maximum de monde à leurs tables. « Les émigrés, originaires de la région, préfèrent passer leurs vacances ailleurs, sur la côte. Il faut dire aussi que les 20 000 habitants que compte notre commune ne sont pas très exigeants en matière de loisirs. Depuis le temps, ils se sont habitués à passer des étés tranquilles », dit-il. Le festival de la bande dessinée qu’accueille Tizi Rached en ce mois d’août dans le cadre des échanges entre les jeunes met de l’ambiance sans pour autant changer les habitudes. L’animation en fait est surtout sentie au niveau de l’unique auberge de la commune, occupée par des jeunes de la wilaya de Batna. Les femmes, étant lésées par rapport aux hommes en termes de loisirs, bénéficient d’un transport pour se promener en dehors du village. Les femmes ont une nette préférence pour Sidi Khaled, un hameau où se trouve le mausolée de Sidi Khaled. Là, elles se retrouvent entre femmes, se promènent, échangent les derniers « scoops » du village tout en s’adonnant aux rituels suivis dans les lieux saints. La plage n’a pas l’air de les intéresser, contrairement aux jeunes.

8 variétés de figues de Kabylie | 8 varieties of figs from Kabylie | ثمانية أنواع من التين القبائلي

Tigzirt : Entre Plages et Vestiges Antiques

Cette année, Tigzirt est celle qui attire le plus de monde. Plus de monde que l’année dernière, selon le président de la Fédération nationale des offices locaux de tourisme, Mohamed Azouz. Au mois de juillet, la station balnéaire a attiré 53 000 estivants le jour et 84 000 la nuit. À la mi-août, ces chiffres étaient respectivement de 50 000 et 15 000. Azouz affirme que Tigzirt est particulièrement affectionnée pour des raisons sécuritaires. Chose que confirment des éléments de la sûreté urbaine qui assurent n’avoir enregistré aucun cas d’agression sur les plages depuis l’ouverture de la saison estivale. Les jeunes qui travaillent pour le compte des concessionnaires des plages font part de la présence de familles jusqu’à quatre heures du matin. « Les vacances, ce n’est pas pour nous », disent-ils. Mais contrairement à ce que l’on peut croire, ils ne s’en lamentent pas. « Nous profitons de la saison estivale pour travailler et gagner de l’argent pour couvrir nos besoins durant l’année. Nous nous occupons de l’entretien des plages, louons les parkings, les parasols, les chaises, les tables », affirme un jeune de Tigzirt, qui reconnaît que durant l’été, il peut gagner de quoi s’acheter un véhicule de marque. À 400 DA/la place dans le parking du port, il est clair que les bénéfices sont assurés. Le port est d’ailleurs le lieu le plus fréquenté à Tigzirt pour son restaurant, ses gargotes et les plages alentour. Le port accueille aussi des aires de jeux aménagées pour les enfants. Et si les lieux sont déserts dans la journée, le soir, c’est une autre histoire. À partir de 19h, le port de Tigzirt est submergé. C’est le branle-bas-de combat dans les lieux de restauration jusqu’à 2h du matin.

« Chaque soir, nous accueillons des centaines de clients. Des émigrés pour la plupart. Nous essayons de satisfaire leurs exigences. Mais ce n’est pas toujours facile. Surtout en matière de poissons dont l’offre est très limitée. La crevette, par exemple, n’est pas disponible à Tigzirt. Pour en manger, il faut aller à Azeffoun », confie le propriétaire d’un restaurant, un ancien émigré qui s’est installé dans la région. Les marins-pêcheurs travaillent en cette saison plus que d’habitude mais n’arrivent pas à satisfaire la demande. « Il faut dire que nos pêcheurs ne sont pas des professionnels contrairement à ceux d’Azeffoun. C’est plus un passe-temps qu’une activité professionnelle », souligne le président de la Fédération nationale des offices locaux de tourisme. Au port, il y a aussi des soirées artistiques jusqu’au petit matin, animées par des artistes ou des DJ. « Le soir, Tigzirt change complètement d’allure. C’est la fête toute la nuit. Mais au retour, ils font face aux encombrements impressionnants bien qu’ils soient allégés depuis l’ouverture de la route qui mène vers Dellys », précise Azouz. Pour les habitants de la ville, par contre, c’est tout bénef. En fait, ils sont gagnants sur toute la ligne et cela grâce à la location de leurs maisons. Une pratique très courante en période estivale et très fructueuse. La nuitée est à 5 000 DA au minimum. Tout dépend de l’emplacement du logement. Plus il est proche de la mer, plus c’est cher. De juin à septembre, 40% de la population quitte Tigzirt pour laisser place aux estivants. Les enseignants, d’une façon particulière, cèdent leurs logements, et passent leurs vacances ailleurs. Quant aux hôtels, neuf en tout, de 1 à 3 étoiles, ils affichent complet jusqu’au 1er septembre. Mais Tigzirt n’est pas que plages. Elle renferme des vestiges antiques, et en plein centre-ville. À proximité du port, les ruines de la cité romaine militaire font face à la mer. Le temple païen datant du IIIe siècle après J.-C. est le seul ouvrage qui a défié le temps. Le reste n’est que décombres. Sur le même périmètre, séparés par des infrastructures et des routes, se dressent les remparts de la basilique chrétienne, érigée à la fin du Ve siècle. Des lieux considérés comme un pôle d’attraction par de nombreux visiteurs. Mais en l’absence d’un guide sur les lieux, les visiteurs s’y rendent plus pour profiter de la mer et humer son odeur, à l’abri du soleil, que pour connaître l’histoire du site. Les grosses pierres chauffées par le soleil qui constituaient les pans de la cité antique sont réduites aujourd’hui à assumer le rôle de sièges pour visiteurs. « Depuis les années 1990 et à cause de la décennie noire, les opérations de fouilles n’ont jamais été effectuées au niveau de ces sites. Comme nous avons hérité des pratiques coloniales de fouilles qui se limitaient aux sites romains, nous avons négligé les autres sites, œuvres d’autres civilisations que romaine. Ils sont nombreux à Tigzirt mais pas encore explorés et encore moins exploités », déplore un archéologue qui joue aussi le rôle de guide au niveau de ces sites, ouverts jusqu’à 1h du matin durant la saison estivale.

Photographie des ruines romaines de Tigzirt

Taksebt : Un Paysage Paradisiaque entre Modernité et Insouciance

Autre lieu, autre panorama : le barrage de Taksebt. Un autre endroit de prédilection des jeunes estivants. C’est le lieu favori des fins d’après-midi. Un vrai plaisir pour les yeux. L’étendue de l’eau, au creux des collines, brille sous les rayons du soleil. Autour d’un petit îlot, juste au centre du barrage, des oiseaux migrateurs prennent leur envol, ou s’ébattent dans l’eau, selon leur fantaisie. Un nombre impressionnant de véhicules est stationné sur les berges de cette immense retenue d’eau. De jeunes mariées vêtues de leurs robes blanches prennent le site comme arrière-plan pour leurs photos de mariage. Ordures et cadavres de bouteilles, entassés les uns sur les autres, n’ont pas l’air de trop les déranger. Des jeunes confortablement installés autour du barrage ajoutent à cet incivisme généralisé en lançant à leur tour leurs bout…

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