Arctique et Antarctique : Une exploration approfondie des deux pôles de la Terre

Entre l'Arctique et l'Antarctique, il est parfois facile de s'y perdre. Ces deux régions de la planète situées aux antipodes l'une de l'autre présentent de nombreuses différences, bien qu'elles partagent des similitudes frappantes. Bien qu'ils soient tous deux froids et secs, chaque pôle est unique par son terrain, son climat, sa géologie, sa faune et sa flore, ainsi que par son histoire humaine.

Carte du monde avec l'Arctique et l'Antarctique mis en évidence

Des différences géologiques et géographiques fondamentales

La première différence entre l'Arctique et l'Antarctique est géologique. L'Antarctique constitue un continent à part entière, situé du côté du pôle Sud de notre planète. Il est recouvert de glace à quelque 98 %, et son plus haut sommet culmine à 4897 mètres d'altitude, faisant de l'Antarctique le continent avec l'altitude moyenne la plus élevée de tous les continents de la planète. L'Antarctique est un continent, grand comme 27 fois la France, avec des montagnes et couvert d'une calotte de glace d'une épaisseur moyenne de 1700 mètres. Son épaisseur maximale approche les 5 000 mètres, sa base se trouvant alors à plus de 2 500 mètres sous le niveau de la mer. Le plus ancien est à l'Est et il est constitué par des vestiges continentaux qui forment des noyaux de roches appelés « cratons » entourés par des ceintures formées lors de télescopages occasionnés par la dérive des continents. La partie occidentale a été plusieurs fois remobilisée (fusion puis magmatisme), elle est donc plus jeune. La chaîne Transantarctique, issue d'un rift (cassure de la lithosphère), coupe le continent sur 3 000 km et est jalonnée de volcans. L'Antarctique est né il y a au moins 3,8 milliards d'années (GA), âge des plus anciennes roches que l'on y a trouvé. C'est vers 14 Ma que l'Antarctique devient inlandsis, c'est-à-dire un continent coiffé d'une épaisse calotte glaciaire.

Les limites de l'Arctique, quant à elles, sont plus floues. Le territoire entoure le pôle Nord et s'étend sur plusieurs continents, puisqu'il intègre six pays bordant l'océan Arctique : le Canada, les États-Unis (Alaska), le Groenland (Danemark), la Russie, la Norvège et l'Islande. On y ajoute parfois aussi une partie de la Suède et de la Finlande. L'Arctique est essentiellement composé d'un océan gelé que l'on nomme banquise. L'Arctique est une mer, l'Océan Glacial Arctique, une sorte de Méditerranée Polaire. Le pôle Nord est au niveau de la mer et se trouve sur la mer couverte par un manteau mouvant de 1 à 4 mètres de banquise avec des profondeurs marines de 3100 à 5000 mètres. Dans l'Arctique, les floes de glace de mer ont tendance à se heurter les uns les autres, formant de la glace plus épaisse et des crêtes, dont certaines peuvent atteindre de 3,5 à 8 mètres d'épaisseur. En revanche, les eaux libres autour de l'Antarctique créent des conditions où la glace peut errer librement, ce qui entraîne une glace plus mince - habituellement d'environ 1 à 2 mètres d'épaisseur - et plus de glace fond pendant l'été.

Diagramme comparatif de la géologie de l'Arctique et de l'Antarctique

Climat : Un froid polaire mais aux nuances distinctes

C'est en Antarctique qu'ont été relevées les températures les plus froides jamais enregistrées sur Terre. Le résultat d'une combinaison de facteurs : l'altitude, le faible ensoleillement, l'isolement par un courant océanique et le pouvoir réfléchissant de la glace qui recouvre le continent. Le mercure peut sans problème friser les -55°C, en particulier dans les zones montagneuses. C'est d'ailleurs sur le continent glacé qu'a été relevée la température naturelle la plus basse de la planète : -89,2°C ! Si sur les côtes, la température moyenne est de -10 °C, à l'intérieur des terres, elle atteint -20 °C à 1 000 m d'altitude et -55 °C à Vostok qui se trouve à 3 500 m d'altitude. L'Antarctique est recouvert de glace (et contient plus de 90 pour cent de la glace de la Terre), mais, techniquement, c'est un désert et l'un des endroits les plus secs sur Terre. Le climat est très contrasté entre la côte où les températures maximales se situent entre 5 et 15°C et l'intérieur du continent où les minimales fluctuent entre -80 et -90°C. Paradoxalement, il neige très peu en Antarctique. Les dépressions atmosphériques pénètrent difficilement à l'intérieur et l'essentiel des précipitations se produisent sur les côtes. L'intérieur du continent est un véritable désert : sur une superficie de 5 millions de km², il tombe chaque année moins de 5 cm d'équivalent en eau et souvent moins de 2 cm !

En Arctique, même si parfois le thermomètre descend bien bas - jusqu'à -70 °C enregistrés à North Ice -, la moyenne annuelle se situe autour des -10 °C. Les températures sont plutôt irrégulières, avec des thermomètres particulièrement rigoureux en février. En Norvège ou en Amérique du Nord, il n'est pas rare de passer au-dessus des 10°C pendant les mois les plus chauds. Les températures varient de -40ºC en hiver à 10ºC en été. Notamment parce que les amplitudes annuelles - différences de températures entre l'été et l'hiver - peuvent être importantes. Et depuis quelques années, les températures moyennes enregistrées ne cessent de grimper. Les étés arctiques, qui vont de juin à septembre, offrent aussi le soleil de minuit. Selon la météo, la lumière du soleil, ou au moins un ciel éclairé, est prévalent 18-24 heures par jour. Le soleil de minuit contribue également aux températures plus chaudes, faisant fondre la glace de mer.

Faune et flore : Des écosystèmes adaptés au froid extrême

Le terme arctique vient du grec arktos qui signifie ours. Comme son nom l'indique, la région du nord est la terre sacrée de l'ours polaire, l'un des plus grands prédateurs terrestres. Dans l'Arctique en revanche vivent de nombreuses espèces animales : le renard polaire, le renne ou caribou, le morse, le phoque et bien sûr, le fameux ours polaire ! L'Arctique abrite également des morses et des macareux, dont aucun n'est présent en Antarctique. L'Arctique est entouré de terre et de ce fait riche d'une faune et d'une flore terrestres variées : renards polaires, caribous, bœufs musqués, chouettes harfangs, oies peuplent la toundra. Contrairement à l'Antarctique, l'Arctique est en mesure d'accueillir une flore et une faune très variées. Cela est dû au fait qu'au lieu d'une couche de glace, une grande partie de la région est recouverte de pergélisol. Il s'agit d'une épaisse couche de sol gelé située sous la surface, qui empêche certaines plantes de pousser, mais qui permet à de nombreuses autres de prospérer dans cet environnement. La toundra est dépourvue d'arbres, mais elle abrite près de 2 000 espèces de petits arbustes, de carex, d'herbes, de mousses et d'hépatiques, ainsi que des plantes à fleurs et des lichens de type alpin. La région est également traversée par des rivières qui contribuent à la vie.

En Antarctique, la faune marine est dotée d'otaries, de baleines, de phoques, d'éléphants de mer, de manchots. On y trouve essentiellement des paysages montagneux et quelques volcans surplombant l'océan. Le manchot empereur est l'un des symboles de l'Antarctique. On comptabilise en outre une quarantaine d'espèces d'oiseaux vivant sur la zone australe, représentant 200 millions d'individus, la moitié d'entre eux se reproduisant pendant l'été sur les rares terres et îles qui bordent le continent. Ces derniers sont des oiseaux ne pouvant pas voler mais extrêmement bien adaptés au milieu marin et au froid. Quatre espèces de manchots vivent en Antarctique, mais si manchots à jugulaire et papous fréquentent la péninsule, seuls les Adélie et les empereurs nichent sur le rivage des côtes. Les manchots se regroupent par milliers sur la banquise ou sur les côtes en formant ce que l'on appelle des rookeries afin de se tenir chaud. Le manchot empereur est le plus grand et le plus lourd des manchots. Les mammifères, tous marins, sont représentés par les cétacés (baleines, orques…) et les pinnipèdes (phoques et otaries), au nombre de 8 espèces, dont 4 se reproduisent près du continent. Cependant, les otaries ne dépassent pas la péninsule et il n'y a pas de morse. L'Antarctique n'a pu être colonisé par les mammifères, car le continent antarctique était trop éloigné des autres terres lorsque l'espèce est arrivée sur terre. L'Antarctique est en revanche devenu un extraordinaire refuge de la faune marine.

L'absence de rivières et de végétation rend également la région antarctique assez inhospitalière, mais il est tout de même possible d'observer des animaux sauvages si l'on sait où regarder. Le long des côtes plus chaudes, des colonies densément peuplées peuvent prospérer. Il y a très peu d'herbivores en raison de la vie végétale limitée, mais il y a beaucoup de créatures qui se nourrissent dans la mer et vivent sur terre. Les éléphants de mer australs sont également les plus grands de leur espèce. À la surface de l'Antarctique, la flore est très peu développée : on trouve lichens et mousse sur les rochers et des algues microscopiques dans la glace ou dans les lacs souvent gelés, ainsi que deux plantes à fleurs dans la péninsule Antarctique, plus tempérée. Grâce à ses eaux très riches en nutriments et en oxygène, l'océan Austral abrite une importante biomasse, dont le réseau alimentaire prend sa source dans la présence de plancton et de krill abondant dans les eaux polaires. Le krill est constitué de nombreuses espèces de crustacés, se nourrissant de plancton, dont la plus fréquente, l'Euphausia superba, ressemble à une crevette. La masse du krill, sans doute la biomasse la plus abondante de la planète, pourrait dépasser 500 millions de tonnes ! En été, il peut former des bancs de 500 km², dont la couleur rosée est détectable par les pêcheurs mais aussi par les satellites !

ANTARCTIQUE - SECRETS DU BOUT DU MONDE | Documentaire Complet

La présence humaine et l'histoire de l'exploration

Des peuples indigènes (les Inuits, les Lapons, etc.) se sont également adaptés aux conditions climatiques difficiles qui règnent en Arctique. Au pôle Nord vivent de nombreuses populations autochtones. Les Inuits au nord de l'Amérique, les Sames en Europe du Nord ou encore les Yakoutes aux confins de la Sibérie peuplent ce vaste territoire depuis bien longtemps. Chacune à leur manière, ces populations composent avec une nature brute et sauvage. L'exploration de l'Arctique a commencé dans les années 1590 lorsque les monarques européens ont commencé à chercher une autre route commerciale vers la Chine. William Barents, un explorateur hollandais, a fait trois voyages à la recherche d'un passage et a finalement découvert le Spitzberg. Au cours de son troisième et dernier voyage, son navire a été pris au piège des glaces de mer, forçant Barents et son équipage à passer l'hiver dans l'Extrême Arctique. Barents est mort pendant le voyage de retour, mais beaucoup de membres de son équipage ont survécu. Il faudra de nombreuses années - et de nombreuses explorations - avant que Roald Amundsen n'achève avec succès son premier voyage dans le passage du Nord-Ouest, de 1903 à 1905. Le pôle Nord a été découvert en 1909 par Robert E. Peary. Cependant, la découverte de Peary en 1909 a été suivie par la nouvelle que le Dr Frederic A. Cook avait atteint le pôle Nord en 1908. Cependant, à ce jour, aucune de ces revendications n'a été confirmée - ou réfutée - et les deux hommes sont reconnus comme étant d'importants explorateurs de l'Arctique.

Idem concernant les humains en Antarctique. Vous n'y trouverez guère que quelques scientifiques installés là le temps de leurs recherches. Inaccessible avant l'ère moderne, le pôle Sud est resté vierge de toute présence humaine jusqu'en 1821. Aujourd'hui encore, ce continent ne compte pas d'habitants permanents mais des équipes scientifiques régulièrement renouvelées. L'Antarctique ne fut découvert qu'en 1821 et n'a aucun peuple autochtone. Bien que le capitaine James Cook et son équipage aient traversé le Cercle Polaire Antarctique en 1773, ils n'ont pas mis les pieds sur le continent ni même vu le continent lui-même. Bien avant sa découverte, l'existence de l'Antarctique est présupposée dès l'Antiquité sous l'hypothèse que la Terre étant une sphère symétrique, il fallait un continent au sud pour contrebalancer les terres de l'hémisphère Nord. En 1773, James Cook est le 1er navigateur à franchir le cercle polaire antarctique (66°33'39 S). Il est arrêté par la glace en janvier 1774 à la latitude record de 71°10'S. En 1838, des navigateurs français commandés par Dumont d'Urville partent à la recherche du Pôle Sud magnétique. En 1897-98, le Belgica commandé par Adrien de Gerlache, effectue le 1er hivernage dans les glaces de la péninsule Antarctique. Le Pôle Sud géographique est atteint le 14 décembre 1911 par le Norvégien Roald Amundsen, 1 mois avant que le Britannique Robert Falcon Scott et son équipe n'y parviennent (16 janvier 1912). En 1950, les Expéditions Polaires Françaises (EPF), fondées par Paul-Emile Victor, construisent la base de Port-Martin en Terre Adélie.

De nombreux pays ont des installations de recherche en Antarctique, mais le continent n'appartient à personne, et de nombreux traités internationaux sont en place pour protéger la terre. Aucun pays ne possède le pôle Nord non plus. À l'échelle internationale, l'Antarctique est depuis 1959 un continent dédié à la paix et à la Science. Le Traité n'autorise en Antarctique que les activités pacifiques. Il dédie le continent à la science, chaque pays signataire est donc libre d'installer une station de recherche où bon lui semble. La Terre Adélie, région de l'Antarctique de l'Est où est installée la station Dumont d'Urville, a été revendiquée par la France qui a confié son administration aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), un territoire d'outre-mer français qui rassemble également les districts des archipels de Crozet et Kerguelen, des îles Saint-Paul et Amsterdam et des îles éparses de l'océan Indien. Dumont d'Urville est la station historique française. Concordia est une station franco-italienne installée en plein cœur de l'Antarctique. Le Traité sur l'Antarctique est signé le 1er décembre 1959 et entre en vigueur le 23 juin 1961. L'Antarctique est un continent situé autour du pôle Sud et cerné par l'océan Austral dont la limite nord est fixée au 60ème parallèle sud.

Image d'une base de recherche scientifique en Antarctique

Les icebergs : Montagnes de glace aux origines diverses

Les icebergs du pôle Nord proviennent des calottes qui coulent vers la mer. Ils sont généralement de forme irrégulière et déchiquetée, et de taille plutôt modeste. Les montagnes de glace au sens propre - « isberg » en suédois et en norvégien - sont un spectacle unique.

Les plus grands icebergs du monde se trouvent au pôle Sud : de véritables montagnes d'eau douce glacée qui offrent un spectacle à peine croyable. L'Antarctique donne les plus grands icebergs du monde qui proviennent de la calotte glaciaire extrêmement épaisse sur ses terres, donnant naissance à des tables géantes qui dérivent dans l'océan pour s'échouer sur les caps de la Mer de Ross ou des Orcades du Sud. L'inlandsis se prolonge dans certains secteurs par d'immenses plateformes de glace appelées ice-shelf, s'étalant et flottant sur l'océan Austral, dont les surfaces cumulées dépassent 1,5 millions de km². En avançant sur l'océan, les ice-shelves se fragmentent en bloc dont l'épaisseur peut dépasser 400 m et qui constituent des icebergs tabulaires. Chaque hiver, l'océan autour de l'Antarctique gèle. L'eau de mer, du fait de sa salinité, commence à geler en surface à partir de -1,8°C. D'abord fragiles, les glaces en formation sont détruites à chaque tempête. Puis, au fur et à mesure que le froid s'intensifie, la glace de mer s'épaissit et s'étend pour former la banquise dont l'épaisseur moyenne est de 40-60 cm. Au sein de la banquise existent de manière persistante et récurrente des zones d'eau libre appelées polynies qui sont reliées à la remontée d'eaux profondes. En février, vers la fin de l'été austral, la banquise s'est totalement disloquée et la plupart des côtes sont libres d'accès.

Comparaison de la taille des icebergs arctiques et antarctiques

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