# L'irrigation au goutte-à-goutte au Burkina Faso : Une solution face à la raréfaction de l'eau et un pas vers une agriculture résiliente

Le Burkina Faso, pays sahélien confronté aux défis du changement climatique et de la sécheresse, dépend fortement de son secteur agricole et de l'élevage, qui emploie plus de 80% de sa population active. L'agriculture, activité potentiellement rentable, est cependant limitée par la faible pluviométrie et la mauvaise répartition des pluies. Dans ce contexte, la gestion rationnelle et optimale de la ressource en eau est primordiale pour assurer le développement végétatif des plantes et, par extension, la sécurité alimentaire. L'irrigation, consistant à apporter artificiellement de l'eau aux végétaux cultivés, devient une nécessité pour augmenter la production et permettre un développement normal des cultures en cas de déficit hydrique. Au Burkina Faso, l'irrigation est majoritairement gravitaire et encore peu développée. Pourtant, des techniques plus efficaces, telles que l'irrigation au goutte-à-goutte, gagnent du terrain et sont promues comme des solutions innovantes.

Qu'est-ce que l'irrigation au goutte-à-goutte ?

Schéma d'un système d'irrigation goutte à goutte

L'irrigation au goutte-à-goutte est un système d'approvisionnement en eau qui se caractérise par l'arrosage direct des racines des plantes. Cette technique réduit considérablement les pertes d'eau par infiltration profonde ou par évaporation, car l'eau est délivrée de manière localisée, une goutte à la fois, directement au pied de chaque plante. Des goutteurs, intégrés sur des tuyaux, libèrent l'eau à intervalles réguliers et à un débit contrôlé. Selon Wendkouni Jean-Baptiste Djiré, technicien agronome, des tubes préfabriqués avec des goutteurs intégrés permettent de savoir combien de gouttes peuvent sortir par heure. En fonction de la production désirée, on peut déterminer le temps nécessaire d'ouverture du système, voire l'automatiser en intégrant un programmeur.

Les composantes essentielles d'un système d'irrigation au goutte-à-goutte

Pour acheminer l'eau des sources jusqu'aux racines des plantes, un système d'irrigation au goutte-à-goutte nécessite plusieurs éléments clés :

  • Une pompe : Essentielle, elle conditionne la surface à irriguer en assurant la circulation de l'eau. Au Burkina Faso, l'adoption de kits de micro-irrigation avec des pompes solaires, comme sur le site maraîcher de Petit Samba, est une pratique émergente, répondant au souci de gestion durable de l'énergie.
  • Un filtre à sable : Cet élément est facultatif et sa nécessité ne se manifeste que si l'eau utilisée est chargée en matière organique. Il aide à prévenir l'encrassement des goutteurs.
  • Un filtre à tamis : Obligatoire, il est indispensable pour l'élimination des particules inertes qui pourraient boucher les goutteurs et compromettre l'efficacité du système.
  • Un régulateur de pression : Cet appareil assure une pression d'entrée constante dans le système, garantissant une distribution uniforme de l'eau à toutes les plantes.
  • Des tuyaux secondaires : Ils acheminent l'eau depuis la source jusqu'à l'entrée des parcelles à irriguer, alimentant les tubes de goutte-à-goutte.
  • Un réseau de tubes goutte-à-goutte : Ces tubes sont ralliés aux tuyaux secondaires par un raccord et sont conçus pour amener l'eau directement au pied de chaque plant.
  • Les goutteurs : Ces dispositifs sont greffés sur les tubes tertiaires ou le réseau de tubes goutte-à-goutte, et sont responsables de la libération contrôlée des gouttes d'eau.

Pour l'installation de ce dispositif, il est souvent nécessaire de disposer d'un forage et d'un poly-tank (cuve de stockage d'eau) déposé à une certaine hauteur, généralement 7 mètres, pour garantir une pression suffisante par gravité.

Les avantages multiples de l'irrigation au goutte-à-goutte au Burkina Faso

Les utilisateurs et experts s'accordent sur les avantages considérables du système d'irrigation au goutte-à-goutte, particulièrement pertinents pour les pays sahéliens comme le Burkina Faso.

rtb/Agriculture: la technologie du goutte à goutte fait des merveilles

  • Gestion optimisée de l'eau : L'un des principaux atouts est la réduction drastique du gaspillage ou des nombreuses pertes liées à l'utilisation de la ressource « Eau ». L'eau arrive directement au pied de la plante, évitant la dispersion par ruissellement ou évaporation, contrairement à l'arrosage manuel où « l’eau est éparpillée ». Ce système permet de pallier la raréfaction de l'eau et d'éviter les pertes, un enjeu majeur dans une région où les barrages s'assèchent quelques mois après la saison des pluies, elles-mêmes rares et mal réparties.
  • Moins de fatigue et gain de temps : Pour les exploitants agricoles, le goutte-à-goutte représente une amélioration significative des conditions de travail. Casimir Sountongnoma Sam, un jeune homme de 27 ans faisant ses premières expériences avec cette technique, explique : « Arroser à la main, c’est vraiment difficile, par contre avec le goutte à goutte, ça avance plus rapidement. Ce système nous facilite la tâche. Le matin, on ouvre simplement pendant une heure, et on coupe après. » Il compare cela à son expérience passée de jardinier à Kokolgho où l'arrosage à la main était épuisant, provoquant des douleurs musculaires. Raphael Sampébgo, un autre jardinier à Kolgho, confirme que c'est un système qui facilite son travail au quotidien.
  • Meilleur développement des cultures et rendements accrus : L'apport localisé et contrôlé de l'eau assure que la plante reçoit l'humidité nécessaire directement à ses racines, favorisant ainsi un « meilleur développement végétatif ». Raphael Sampébgo observe : « avec ce système, on sent que la plante a bonne allure et donne bien des fruits. » L'irrigation au goutte-à-goutte peut être utilisée pour diverses cultures, y compris les légumes (tomates, aubergines, maïs), les céréales et les agrumes, selon l'agronome M. Djiré.
  • Réduction des tâches annexes et des coûts : Le technicien agronome Wendkouni Jean-Baptiste Djiré souligne que le goutte-à-goutte réduit le travail de sarclage, car les mauvaises herbes ne poussent pas partout, étant donné que l'eau n'est pas distribuée de manière diffuse. De plus, il est possible d'intégrer des engrais liquides directement dans l'eau d'irrigation, éliminant ainsi le besoin de se déplacer pour fertiliser les plantes, ce qui « réduit les dépenses ».

Les défis de l'adoption du goutte-à-goutte : Un système pas à la portée de tous

Malgré ses nombreux avantages, l'irrigation au goutte-à-goutte n'est pas encore universellement adoptée au Burkina Faso. Le principal obstacle réside dans son coût élevé, le rendant inaccessible pour un grand nombre de petits exploitants. Comme le constate l'agronome Djiré : « C’est assez coûteux. Les producteurs veulent, mais c’est difficile pour eux. Il n’y a pas de politique agricole pour faciliter l’accès de ce système aux agriculteurs. »

Coût d'installation d'un kit goutte à goutte au Burkina Faso

À titre d'exemple, pour une superficie de 500m², le coût d'un kit peut s'élever à 160 000 FCFA, auxquels s'ajoutent des frais d'installation pouvant atteindre 700 000 FCFA, selon les techniciens. Ces chiffres représentent des investissements conséquents pour des agriculteurs aux revenus souvent modestes.

Efforts de promotion et perspectives d'avenir

Conscientes du potentiel de l'irrigation au goutte-à-goutte, des structures publiques et privées œuvrent pour sa promotion et son adoption. La Direction générale des aménagements et du développement de l’irrigation (DGADI) du Ministère de l’agriculture et des aménagements hydro-agricoles (MAAH), ainsi que des organisations privées comme International Development Entreprises (iDE), travaillent à rendre ces kits plus accessibles et à sensibiliser les agriculteurs à leurs bénéfices.

Le projet NEER-TAMBA, par exemple, a aménagé le site maraîcher de Petit Samba en 2017, où les exploitants ont depuis adopté les bonnes pratiques d'installation de kits de micro-irrigation à l'aide de pompes solaires. Ces initiatives sont cruciales pour surmonter les barrières économiques et techniques. Des promoteurs de ces types d'équipements d'irrigation adaptés aux petits exploitants existent également au Niger, suggérant un potentiel de collaboration et d'échange d'expertises régionales.

Carte du Burkina Faso montrant la localisation de sites pilotes d'irrigation

L'intégration de l'irrigation au goutte-à-goutte dans les politiques agricoles nationales, avec des mécanismes de subvention ou de financement facilités, pourrait accélérer son déploiement et transformer durablement l'agriculture burkinabè. Cette technique représente une voie prometteuse pour renforcer la résilience des systèmes agricoles face aux défis climatiques, garantissant une meilleure productivité et une gestion durable de l'eau, ressource vitale pour le Burkina Faso.

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