Avec l'engouement pour le jardinage biologique, dont on ne peut que se réjouir, Bacillus thuringiensis (Bt) ou bacille de Thuringe revient constamment lorsqu'il est question d'insecticide bio, permettant une utilisation en agriculture biologique. Bacillus thuringiensis, ou Bt, est l'insecticide le plus utilisé au monde en agriculture biologique : il représente à lui seul près de 95% des biopesticides. Mais de quoi s'agit-il au juste ? Quel est son mode d'action, comment l'utiliser, et contre quels parasites ?

Origine et nature d'une bactérie ubiquiste
Le bacille de Thuringe, de son nom scientifique, Bacillus thuringiensis, et de son petit nom ou acronyme, Bt, est une bactérie aérobie de forme allongée qui appartient au "groupe Bacillus cereus" qui rassemble au total 6 bacilles dont le Bt. Sa première évocation remonte à 1901, lorsqu'un bactériologiste japonais Shigetane Ishiwata découvrit une bactérie qui infectait des vers à soie et les tuait. Dix ans plus tard, en 1911, le scientifique allemand, Ernst Berliner, se pencha sur une farine contaminée par la pyrale de la farine (Ephestia kuehniella) dont l'agent pathogène n'était autre que l'espèce de bacille qu'il nomma Bacillus thuringiensis en référence au Land allemand de Thuringe, dans lequel le papillon gris de la farine avait été trouvé.
C’est une bactérie ubiquiste, c’est-à-dire qu’on la rencontre naturellement partout dans l’environnement : dans le sol, l’eau, l’air ou encore sur le feuillage des plantes. On dit aussi qu’elle est aérobie, ce qui signifie qu’elle se développe en présence d’oxygène. Le bacille se présente sous la forme d’un bâtonnet de 5 micromètres de longueur pour 1 micromètre de largeur, muni de flagelles.
Le mécanisme d'action : des toxines ciblées
L’activité insecticide de Bacillus thuringiensis réside dans la production d’inclusions cristallines protéiques appelées δ-endotoxines (delta-endotoxines) qui sont formées au cours de la sporulation. La particularité de Bacillus thuringiensis tient à sa capacité à synthétiser et excréter des cristaux protéiques toxiques pour certains insectes. Ces cristaux, composés de protéines, sont également appelés toxines Bt ou Cry : une fois ingérés par les insectes (généralement lors des stades larvaires), les cristaux rencontrent, dans l'intestin moyen des insectes, un milieu alcalin qui entraîne la dissolution des cristaux et leur transformation en protéines toxiques.
Ces protéines réagissent avec la paroi intestinale de l'insecte : en détruisant les cellules qui la composent, elles creusent des trous dans la paroi. Deux conséquences pour l'insecte : il cesse de s'alimenter dans les heures qui suivent l'ingestion, et les bactéries naturellement présentes dans l'intestin (la flore intestinale de l'insecte), ainsi que les bactéries Bt, se répandent dans l'organisme et entraînent une septicémie, c'est-à-dire une infection généralisée. L’intestin se paralyse, la chenille cesse de se nourrir, s’affaiblit rapidement et finit par mourir en 24 à 48 heures après le traitement.
Stratégies d'application et précautions d'usage
Bacillus thuringiensis (Bt) appartient à l'arsenal de lutte biologique qui consiste à recourir à des organismes vivants pour éradiquer des organismes nuisibles. Ainsi, vous trouverez en jardinerie et commerces spécialisés des préparations à pulvériser dont vous devrez vérifier la date de péremption avant l'achat car ils ne se conservent pas très longtemps (1 an maximum). Il est donc inutile d'en stocker d'avance par précaution et inutile de vouloir l'utiliser en prévention.
Le bacille de Thuringe se dilue dans de l’eau, de préférence de pluie, pour être pulvérisé sur les végétaux. Respectez scrupuleusement la dose indiquée par le fabricant : surdoser n’augmente pas l’efficacité et peut au contraire déséquilibrer l’écosystème. La toxine étant détruite par les rayons ultra-violets, le produit a une rémanence très faible : il perd son efficacité quelques heures après l'application.
BT (Bacillus Thuringiensis) – Qu'est-ce que c'est et comment l'utiliser
Il est conseillé de traiter au plus vite, dès l'apparition des jeunes chenilles. A noter que les mineuses ne peuvent généralement pas être éliminées grâce au Bt, car elles se nourrissent dans l'épaisseur de la feuille et non en surface : le produit ne peut pas les atteindre. Protégez-vous avec des gants, bottes, masque, lunettes, voire combinaison, et choisissez une fin de journée sans vent, lorsque la température est redescendue (< à 15°C) pour pulvériser de façon circonscrite au feuillage et aux tiges touchés par les chenilles, en réglant le pulvérisateur sur des gouttelettes très fines.
Une sélectivité biologique importante
Il ne détruit pas les autres insectes qui peuvent être des auxiliaires bienvenus au jardin (coccinelle, etc.) mais attention, il s'attaque à toutes les chenilles, donc aux jolis papillons pollinisateurs. Pour vous aider à cibler les périodes optimales de traitement, utilisez des pièges à phéromones et des phéromones contre le ravageur ciblé (pyrale du buis, processionnaire du pin, carpocapses des pommes ou des prunes, tordeuses orientales du pêcher…).
Il est très important de savoir dissocier une chenille d'une larve de tenthrède. Les tenthrèdes sont des insectes de la famille des hyménoptères. Les adultes ressemblent généralement à des guêpes tandis que leurs larves ressemblent étrangement à des chenilles. Les tenthrèdes n'étant pas des lépidoptères, le Bacille de Thuringe n'a aucune efficacité sur elles.
Le cas spécifique de la pomme de terre et des OGM Bt
La spécificité de la résistance antiravageur des plantes transgéniques exprimant des toxines Cry du Bacillus thuringiensis (Bt) implique la possibilité de cascade agro-écosystémique ascendante vers un nouvel équilibre de la biodiversité des arthropodes associés aux plantes agricoles. Nous examinons l'hypothèse selon laquelle l'exclusion sélective du doryphore sur la pomme de terre exprimant la toxine Cry3a du Bt altère, à la hausse, l'abondance des herbivores peu sensibles ou peu exposés aux toxines des plantes Bt, avec comme conséquence médiate l'accroissement des prédateurs et des omnivores dépendants des herbivores, qui sont adaptés à fourrager en milieu agricole.

Sur 32 tests d'impact en champ comparant des pommes de terre Bt à des témoins non transgéniques, 14 (42 %) ont montré un effet significatif positif sur l'abondance des insectes herbivores suceurs (cicadelles, pucerons, punaises mirides, thrips). Sur un total de 72 tests d'impact sur l'abondance de prédateurs généralistes suivis en parallèle, 14 (~20 %) ont aussi montré un effet positif significatif. Ces effets positifs sur les prédateurs naturels sont explicables en admettant que leur abondance sur la pomme de terre Bt est altérée à la hausse sous l'effet ascendant de la productivité accrue des ressources que représente pour eux la surabondance des insectes suceurs, favorisés sélectivement par la spécificité de la toxine Cry3a de la plante transgénique.
Il convient de distinguer ces plantes OGM des préparations pulvérisables. Alors que le Bt naturel est un outil de lutte biologique ponctuel, les cultures transgéniques intègrent la toxine dans tous les tissus de la plante, créant une pression de sélection constante sur les écosystèmes environnants.
tags: #bacillus #thuringiensis #pomme #de #terre