On se laisse trop souvent séduire par les magnifiques jardins présentés dans les catalogues et les livres, lesquels ne fournissent que peu voire pas d'explications sur la manière dont ils ont été conçus. On s'en inspire pour aménager ou réaménager son propre jardin, on se lance sans avoir réfléchi aux difficultés que vont poser de tels travaux, on prend de mauvaises décisions. Les plantes, mal choisies, mal placées, peinent à s'épanouir. On réalise alors trop tard que chaque élément structurel, chaque plantation aurait nécessité d'être pensé dans une vision d'ensemble. C'est ici qu'intervient une approche méthodique pour orchestrer et planifier le jardin de vos rêves, s'appuyant sur les principes de la permaculture.

Une Approche Méthodique de la Conception de Jardin
Pour créer un jardin enchanteur qui correspondra à vos goûts et s'intégrera parfaitement dans votre environnement, une approche méthodique est essentielle. Ce guide propose une démarche pas-à-pas, du croquis initial à la réalisation concrète. Il accompagne le jardinier à travers les esquisses, la gestion des dénivelés, la création d'un plan à l'échelle, le choix du style du jardin et le schéma des plantations. Il entre également étape par étape dans le détail des réalisations structurelles, telles que la manipulation des terres, la préparation des fondations, la construction des terrasses, des escaliers, des murets, des sentiers et des étangs, ainsi que les méthodes de plantation. Quelle que soit la dimension de l'espace extérieur dont vous disposez, quel que soit votre budget, une planification rigoureuse est la clé du succès.
Les Étapes Clés de la Conception Permacole
La conception d'un jardin en permaculture ne se limite pas à la simple plantation. Elle implique une réflexion approfondie sur l'écosystème que l'on souhaite créer. Cela commence par l'observation attentive de l'environnement, la compréhension des flux d'eau, de soleil et de vent, et l'identification des ressources disponibles.
- Observation et Analyse du Site : Avant de poser le premier coup de pelle, il est crucial d'observer le terrain. Où sont les zones d'ombre et de soleil ? Comment l'eau s'écoule-t-elle ? Quelles sont les caractéristiques du sol ? Cette phase d'observation permet de comprendre les forces et les faiblesses du site.
- Conception et Zonage : Une fois les observations faites, on peut passer à la conception. Le zonage consiste à organiser les différentes fonctions du jardin en fonction de leur fréquence d'utilisation et de leur besoin en attention. Les plantes nécessitant des soins quotidiens seront proches de la maison (zone 1), tandis que les zones sauvages et peu entretenues seront plus éloignées (zone 5).
- Choix des Éléments et des Plantes : Chaque élément structurel et chaque plantation doit être pensé dans une vision d'ensemble. Les plantes doivent être choisies pour leur adaptabilité au climat local, leur résistance aux maladies et leur capacité à interagir positivement avec d'autres espèces (plantes compagnes).
- Réalisation et Mise en Place : Cette étape comprend la manipulation des terres, la préparation des fondations, la construction des terrasses, des escaliers, des murets, des sentiers et des étangs. Les méthodes de plantation sont également cruciales pour assurer la bonne reprise et le développement des végétaux.
Les Défis Inattendus du Jardinier : L'Odyssée de Lulu la Laitue
Le jardinage n'est pas toujours un long fleuve tranquille, comme en témoigne l'histoire de Lulu la Laitue, une minuscule graine blonde qui s'ennuyait ferme depuis deux ans dans son sachet. Un petit matin de mars, elle atterrit dans un godet de terreau moelleux, s'écriant « Youpi !!! C'est enfin mon tour ». La petite graine a tout donné pour lever et, sortant de terre sa première micro-pousse, elle a jeté les yeux sur le monde alentour : une grosse charrette remplie de bébés plants, un joli jardin, des oiseaux qui chantaient partout. Mais après avoir formé deux petites oreilles de lapin, elle eut terriblement soif, puis terriblement froid. C'était bien le printemps, pourtant.
En avril et mai, des cataractes d’eau lui sont tombées sur la tronche. Non pas un jour ou deux, mais quarante jours de suite, en fait. Une fois passée la joie de la première pluie, la petite plante a dit « Ah, c’était cool mais là j’ai plus soif ! ». Rien à faire, il a fallu continuer de boire et aussi apprendre la brasse-coulée dans son godet. Puis vint, enfin, le grand jour de son installation au jardin. Toutes les petites salades ne vivent que pour ce moment ! Elle s’est retrouvée entre Germaine la laitue Romaine, Françoise la batavia Grenobloise, Alice la blette de Nice, Léon l’Oignon, Arlette la Roquette et Mitchou le Chou.
Et puis de gros nuages noirs se sont avancés. « Zut, encore de la pluie » s’est exclamée Lulu. « Mmmouais, et ça encore c’est si on a de la chance » s’est exclamé Dédé le Cerisier, bien plus expérimenté. Des petits glaçons blessants se sont alors abattus sur les feuilles tendres, criblant les jeunes plants de toutes parts. « Tenez bon, criait Dédé, je vous protège de ma ramure ». Et c’était vrai : brave cerisier, il opposait réellement à la grêle un rempart de son corps, abritant Lulu, Françoise, Germaine et tous les autres. C’était affreux : des morceaux de feuilles déchiquetés, des petites cerises vertes s’abattaient au sol sous les yeux horrifiés des salades. Pauvre Dédé, comme il dégustait ! Mais une fois l’averse passée, tout le monde était au rapport… Mitchou ? Présent ! Léon ? Présent ! Alice ? Présente… etc. « Merci Dédé tu nous a tous sauvés. »

Ce fut un effroyable hurlement de Germaine la Romaine qui éveilla Lulu. Que se passait-il ? Germaine, Germaiiine ?!!! Mais déjà, Germaine ne répondait plus. Fuyoooons ! Et oui mais où ? Insidieusement, les monstres gluants se rapprochaient dans un affreux bruit de succion, ouvrant de larges bouches aux mandibules acérées, mordant dans l’ombre, ne laissant que blessures, déchirures, balafres et estafilades dont certains ne se relèveraient jamais. Déjà, il ne restait plus de Germaine qu’un petit trognon tout englué de bave. Françoise, lourdement blessée, ressemblait vaguement à un vieux filet de pêche aux crabes. Alice la blette de Nice, Arlette la Roquette et Mitchou le Chou tentaient de se réconforter en constatant que l’ennemi semblait les délaisser. « On reviendra vers vous quand on aura fait la peau des salades, des concombres, des capucines et des courgettes » menacèrent les limaces.
Lulu sentit s’approcher, dans le noir, un de ces monstres gluants. Elle fût frôlée par un œil humide et cruel, grotesquement perché au bout d’une sorte d’antenne. Elle en frémissait de toutes ses petites feuilles. « Mon heure est venue, adieu monde cruel » pensa-t-elle affolée. Déjà, la large bouche s’ouvrait, tel un gouffre de l’Enfer… et hop, la limace fut tirée en arrière par une langue élastique. En un quart de seconde elle fut avalée, engloutie. Et Lulu, se retrouva face à un gros crapaud placide, super moche mais gentil. « Merci », souffla Lulu. « De rien, les limaces c’est mon péché mignon, hé hé ! » s’écria le crapaud. Les petites limaces grises, les pires ! Au petit matin, Germaine n’était plus, et avec elle, bien d’autres bébés salades manquaient à l’appel.

Le jour qui suivit, tendant une oreille curieuse, Lulu entendit les légumes évoquer en soupirant le mythe des quatre guerriers légendaires : Bernard, Abélard, Adhémar et Fragonard les Canards, quatre frères indiens ayant vaillamment lutté contre les hardes limaçonnes lors de l’été précédent. Pragmatiquement, on ne pouvait donc plus compter que sur Zorro le Crapaud, parfois un tout petit peu épaulé par Simon le hérisson (quand il passait dans le coin). « C’est une véritable course contre la montre, il faut pousser, pousser, plus vite, toujours plus vite avant que les limaces ne vous anéantissent car elles ne s’attaquent qu’aux enfants et aux faibles » conseilla Juliette la Rougette, qui venait de Montpellier (laquelle avait déjà atteint un diamètre fort respectable). « La lutte sera terrible. Je sens bien que je ne dois pas décevoir, mais franchement… que faire ? Je me sens comme dans un de ces films d’action où le héros se retrouve tout seul avec un couteau suisse (ayant juste les options « cuillère », « ouvre-boîte » et « cure-dent ») face à une véritable armée de racaille équipée de mitraillettes. »
Car des limaces, des petites limaces grises (les pires !) il y en a partout : sous chaque dalle, chaque pierre, sous chaque feuille de salade de mon jardin. Certains jardiniers très utop… très optimistes ont une solution de la mort qui tue contre les limaces : « Adoptez un orvet au jardin » affirment-ils, repus de satisfaction après avoir dégoté une si géniale solution. Alors, si tant est que j’aie le cœur assez bien accroché pour lâcher un simili-serpent dans mon jardin, je voudrais juste savoir : Où qu’y sont les centres d’adoption pour orvets ? Parce qu’au rayon animalerie de Villaverde ils n’en avaient pas, promis. Et ils n’avaient pas non plus de grive musicienne ni de staphylin odorant, ces prétendus super-bouffeurs de limaces. Il paraît que contre les limaces, on peut aussi adopter une taupe. Mais les ennemis de nos ennemis n’étant pas forcément nos amis, on va donc continuer à se démerd… débrouiller avec Zorro le crapaud et Simon le hérisson.
Stratégies de Lutte Contre les Ravageurs en Permaculture
La lutte contre les limaces est un défi constant pour de nombreux jardiniers, même ceux pratiquant la permaculture. Si l'objectif est de minimiser l'intervention humaine, certains auxiliaires ou techniques peuvent se révéler nécessaires face à une prolifération.
Solutions Naturelles et Biologiques
Il existe plusieurs méthodes pour protéger les cultures des limaces sans nuire à l'environnement.
- Prédateurs Naturels : L'intégration d'animaux auxiliaires est une solution clé en permaculture. Les crapauds, les hérissons, les oiseaux (comme les grives musiciennes) et même certains insectes (comme le staphylin odorant) sont des prédateurs naturels des limaces. Favoriser leur présence en aménageant des habitats (mare, tas de bois, haie) est une stratégie efficace. Les canards, notamment, sont des chasseurs de limaces réputés.
- Barrières Physiques : Des colliers en cuivre peuvent être placés autour des plants, car les limaces semblent détester le contact avec ce métal. Cependant, pour un grand nombre de plants, cette solution peut être coûteuse. Les bouteilles en plastique coupées des deux côtés et bien enfoncées dans la terre autour de chaque plant créent une barrière physique efficace, surtout pour les jeunes pousses.
- Paillis Répulsifs : Certains matériaux de paillage sont réputés pour repousser les limaces. Le paillis de fougères, surtout lorsqu'il est frais, semble être efficace. L'expérience montre cependant que les limaces peuvent finir par traverser ce type de barrière une fois que le paillis sèche. La bourrache est également citée comme efficace, pouvant servir de plante compagne ou de paillage.
- Pièges et Attractifs : Les limaces sont attirées par la bière. Déposer de petits récipients enterrés au ras du sol avec de la bière à bas coût peut les attirer et les noyer. Certains jardiniers placent des planches de bois sur le sol. Les limaces s'y réfugient et peuvent être ramassées le matin pour être données aux poules. Déposer des déchets verts "appétissants" au milieu du potager peut aussi servir de diversion, car les limaces s'attaquent surtout aux jeunes et aux faibles. Une fois leur repas terminé, il est possible d'ajouter quelques granulés de Ferramol, un anti-limaces à base de fer utilisable en agriculture biologique.
- Cendre de Bois : Une barrière de cendres déposée autour de chaque salade peut repousser les limaces. Cependant, cette méthode nécessite d'être renouvelée après chaque pluie et il faut veiller à ne pas dépasser une dose d'une poignée par mètre carré pour éviter une overdose du sol en cendre.

Le Dilemme du "Colibri" en Permaculture
Le "burn-out du colibri" est une expression imagée pour décrire la fatigue que peut ressentir un jardinier qui tente de faire "sa petite part" pour la planète en multipliant les efforts sans fin. Face à une invasion massive de limaces, certains permaculteurs "purs et durs" insistent sur le fait qu'un jardin parfaitement bio ne devrait nécessiter aucune intervention, qu'il doit savoir se défendre tout seul. Cependant, la réalité du terrain peut parfois rendre cette approche difficile.
Marie, par exemple, confie qu'elle n'est pas une héroïne et qu'elle a recours à des granulés de Ferramol, un anti-limaces à base de fer, reconnaissant que faire des "petites parts" à tire-larigot peut revenir à assurer une beaucoup trop grosse part. Elle laisse aux héros de la planète le soin de ramasser les petites limaces grises chaque nuit avec une lampe frontale et une pince à épiler. L'équilibre entre les principes de la permaculture et la nécessité de protéger ses cultures est un aspect important de l'expérience du jardinier.
Nouvelles Approches et Expérimentations
La recherche de solutions efficaces contre les limaces est constante. Dans le dernier "4 Saisons du jardin bio", une méthode originale et assez innovante est proposée, consistant à cultiver un engrais vert que l’on couche sur le sol (mais que l’on ne fauche pas). Cette approche semble prometteuse et mérite d'être testée.
Thierry Denis, un pépiniériste renommé, conseille de commencer la lutte contre les limaces dès le mois de février, quand les petites limaces sortent de l’œuf, pour limiter leur population dès le départ. Il souligne également l'importance de choisir des plantes résistantes au climat local et d'indiquer si les plantes aiment la concurrence des racines ou non, un détail souvent négligé mais crucial pour la bonne santé du jardin.

Les Enjeux Humains et Environnementaux de la Permaculture
La permaculture, au-delà des techniques de jardinage, s'inscrit dans une réflexion plus large sur les rapports entre l'homme et son environnement, la mémoire et le pouvoir, les enjeux postcoloniaux et l'écologie politique. Des chercheurs et des artistes explorent ces thématiques, enrichissant notre compréhension des pratiques durables.
Nicola Lo Calzo, un photographe et chercheur italien basé à Paris, s'intéresse aux usages de la photographie en contexte postcolonial, à partir d'une posture queer. Sa recherche porte sur les rapports entre photographie, mémoire et pouvoir. Il a notamment collaboré avec les photographes du kolektif D2 au projet Kazal en Haïti, un projet expérimental photographique autour de la mémoire du crime sous la dictature de Duvalier. En 2022, en collaboration avec le Jeu de Paume, Lo Calzo organise le séminaire "A Queer Photo Archive", rassemblant des artistes dont les œuvres abordent la notion de queer, les enjeux postcoloniaux et d’archive à travers le medium de la photographie. Ses travaux ont été exposés dans des musées, des centres d'art ou des festivals internationaux, témoignant de l'importance de son approche participative à la photographie.
Kathryn Weir, commissaire d’exposition et historienne de l’art basée à Paris, a été codirectrice artistique de la Biennale de Lagos 2021-2024 et enseigne les pratiques curatoriales. Sa pratique du commissariat et de l’écriture s’inscrit dans une réflexion critique sur la technologie, la race, la classe, le genre et l’écologie politique. Elle a créé « Cosmopolis », une plateforme pour les pratiques artistiques fondées sur la recherche, socialement engagées et collaboratives, et a mis en place le festival annuel « MOVE : performance, danse, image en mouvement » au Centre Pompidou. Ses projets récents incluent la « Lagos Biennial 2024 : refuge », « Green Snake : women-centred ecologies », et « Rethinking Nature ». Sa pratique de l’enseignement s’intéresse aux nouvelles pédagogies de l’art et à ses géographies et histoires élargies.
Ces approches interdisciplinaires, mêlant sciences sociales et pratiques artistiques, permettent d'élargir le champ des réflexions et les perspectives sur des idées et questions clés de notre époque à travers l'œillet des pratiques artistiques contemporaines. Des concepts tels que les savoirs situés, la recherche artistique et la collaboration interdisciplinaire, les géographies élargies et histoires connectées des pratiques artistiques, et le tournant éducatif dans l’art et les pédagogies horizontales sont abordés. Les questions du récit, de la mémoire individuelle et collective, du scénario et de la spéculation, dans la pratique artistique et dans les sciences sociales, sont également explorées. L'objectif est de mêler approche théorique et approche artistique aux enjeux politiques et sociaux contemporains, dans une perspective holistique qui résonne avec les principes de la permaculture.
tags: #camille #duval #permaculture