Collier de noisetier et d'améthyste pour bébé : mythes, bienfaits supposés et dangers avérés

L'apparition des premières dents chez les nourrissons, généralement entre le 3e et le 8e mois, est une étape marquante du développement. Cette période, traditionnellement associée à des symptômes comme la fièvre, la diarrhée, l'irritation ou la perte d'appétit, pousse de nombreux parents à chercher des solutions pour soulager leur bébé. Parmi les "remèdes naturels" les plus populaires, les colliers de dentition, notamment ceux en ambre, en noisetier, ou agrémentés de pierres comme l'améthyste ou la turquoise, sont souvent cités. Ces produits sont présentés par certains comme ayant des vertus apaisantes, antalgiques, voire protectrices. Cependant, il est primordial de démêler le vrai du faux concernant ces articles, car leur popularité masque des risques potentiels non négligeables pour la sécurité des nourrissons.

Bébé avec un collier de dentition

Les origines et les croyances autour des colliers de dentition

L'idée que la pousse des dents rend Bébé grognon, fiévreux ou agité est bien ancrée dans les esprits. Selon certains chercheurs, depuis l’Antiquité, la période de poussées dentaires a toujours été associée à une plus grande fragilité des nourrissons, en lien avec la mortalité infantile importante au cours de ces mois. En conséquence, diverses mesures étaient prises pour protéger le bébé, telles que le pèlerinage auprès de chapelles votives, le port d’une patte de taupe, ou encore le port de colliers protecteurs. Ces colliers pouvaient être constitués de graines de ricin, de perles de buis, de noisetier ou d’ambre, ou encore de médailles.

Le noisetier, aussi appelé coudrier, est un bois véritable du Canada utilisé dans certains de ces colliers. L'ambre est une résine fossilisée, sécrétée par un conifère aujourd'hui disparu. Cette résine végétale fossilisée, de couleur jaune/orangée, se voit attribuer depuis l'Antiquité des pouvoirs antalgiques et apaisants. La pierre d’ambre aurait des vertus comme la réduction d’irritations cutanées ou le soulagement de douleurs. Le port du collier d’ambre serait ainsi indiqué par certains parents lors de poussées dentaires chez les bébés.

Au-delà de l'ambre et du noisetier, d'autres minéraux sont parfois intégrés à ces colliers pour leurs propriétés supposées. L’améthyste, minéral au violet envoûtant, est symbole de sérénité et de sagesse. La pierre turquoise, doux mélange entre le ciel et l’océan, suscite depuis des millénaires de nombreux mythes et légendes. Ces ajouts visent à renforcer l'attrait et les prétendus bienfaits des colliers.

Différents types de perles (ambre, améthyste, turquoise)

L'absence de preuves scientifiques et les allégations non justifiées

Malgré la popularité et les croyances ancestrales, une recherche fouillée dans la littérature scientifique ne retrouve aucune étude sur l’efficacité des colliers d’ambre contre les supposés désagréments de la période de pousse dentaire. Il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique de ces prétendues actions thérapeutiques. Lorsqu’on interroge les fabricants de ces colliers, ceux-ci évoquent le fait que, grâce aux frottements contre la peau du nourrisson, l’ambre se charge en ions négatifs qui seraient apaisants. Cependant, ces explications ne sont pas étayées par des données scientifiques probantes.

Les autorités de régulation sont intervenues à plusieurs reprises pour lutter contre ces allégations non justifiées. En mars 2012, une société qui affirmait sur son site Internet que « l’ambre est reconnu pour soulager les douleurs dentaires des bébés » a été forcée de retirer cette allégation, à la suite d’une décision de la Commission de contrôle de la publicité de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). En 2011, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a interdit 8 publicités pour des colliers car elles comportaient « des allégations de bénéfice pour la santé dont la preuve ne peut être établie ».

Des enquêtes menées par la DGCCRF ont également révélé que des établissements mettaient en avant des effets antibactérien, antioxydant, anti-inflammatoire ou une action sur l’influx nerveux sans que des justificatifs de ces allégations n’aient été fournis. D’autres mentions portaient sur l’origine de l’ambre sans que le professionnel, qui vendait colliers et bracelets avec des certificats de garantie comme seul gage de conformité du produit, ait procédé à une quelconque analyse. Des avertissements ont été adressés aux entreprises concernées en raison des allégations thérapeutiques injustifiées. Certains colliers et bracelets étaient même vendus avec une assertion trompeuse, tel qu'un site internet qui affirmait de manière infondée que ses colliers étaient « testés et validés par le laboratoire de la répression des fraudes ».

Les produits vendus par des entreprises responsables ne peuvent en aucun cas se substituer à un traitement médical. En cas de doute, il est toujours conseillé de consulter un médecin.

Les dangers avérés des colliers de dentition pour bébés

Si l’efficacité des colliers d’ambre n’a jamais été prouvée, leur dangerosité a été largement confirmée, au même titre que celle de tous les colliers chez le nourrisson. Le port de tout collier chez les petits enfants constitue un danger permanent de strangulation et de suffocation.

Aïe ! Les poussées dentaires ! - La Maison des maternelles #LMDM

Risque de strangulation

Le risque de strangulation est particulièrement élevé. Si le collier ne se rompt pas, l’enfant peut rester accroché à une branche lorsqu’il joue, ou à un montant de lit la nuit ou lors des siestes, par exemple. Le plus souvent, l’enfant strangulé ne peut pas appeler. S’il n’est pas immédiatement délivré, les conséquences peuvent être très sévères. De nombreux cas de strangulation par colliers menant jusqu’au décès de l’enfant ont été rapportés, affectant particulièrement les enfants entre 0 et 2 ans. Cependant, des données exactes sur ce genre d’accident manquent.

Même si le plus souvent, des normes très restrictives prévoient une conception des colliers d’ambre ultra-sécurisée, ces règles ne sont pas toujours respectées dans tous les pays, en particulier pour les produits fabriqués de manière artisanale. Une enquête menée en 2015 par la DGCCRF a identifié 28 bracelets et colliers dangereux en raison d’un risque d’étranglement ou de suffocation (tous en perles d’ambre sauf un collier en perles de noisetier). Les essais réalisés par les laboratoires visaient à s’assurer que le fermoir cédait en cas de traction (pour éviter les risques de strangulation) et que le fil du collier ou bracelet résistait à une certaine traction (pour écarter les risques de suffocation liés à l’ingestion des perles et autres petits éléments lors de rupture du fil).

Risque de suffocation et d'étouffement

L’enfant porte régulièrement ses mains à la bouche, notamment lors de ses poussées dentaires. Si le collier présente une fragilité (fil, fermoir…) et finit par se briser, l’enfant risque de porter les perles à sa bouche, de les avaler et de suffoquer. Il s’agit d’un accident domestique terrible, malheureusement fréquent. Un bébé peut s’étouffer, car naturellement, ses mains et ses bras vont constamment vers sa bouche, son cou (par exemple lors des poussées dentaires). Et qu’il dorme ou qu’il soit éveillé dans son couffin ou son transat bébé, il se peut malheureusement qu’un de ses doigts se prenne dans ce collier. Voulant se dégager, comme il ne maîtrise pas bien encore ses mouvements, il risque d’engager la totalité de sa main entre ce bracelet et son cou. Et l’étouffement suit. Vous n’entendrez rien, car il ne sait pas lutter, il sera en spasme et ce sera fini.

Des contrôles effectués par la DGCCRF ont montré que la résistance du fil du collier ou du bracelet n'est pas toujours conforme aux normes de sécurité, augmentant le risque d'ingestion des perles. Des sites vendaient par exemple des bracelets sans nœuds entre chaque perle (les nœuds permettant de limiter le nombre de petits éléments accessibles en cas de rupture) et sans aucun avertissement de sécurité.

Generalisation du risque

Il est important de préciser que le risque lié au port d’un collier de dentition en ambre est généralisable à tout type de collier. C’est ce danger qui a amené les pédiatres à conseiller aux parents de ne pas attacher la sucette du nourrisson autour de son cou. Aux États-Unis, entre 1975 et 1978, les sucettes montées sur collier ont été responsables de plus de 200 décès de nourrissons.

Réglementation et sécurité des colliers

Les réglementations et la surveillance du marché

Face à ces inquiétudes, la Répression des fraudes s’est penchée sur la question à la suite d’une plainte et a diligenté une enquête nationale au cours du premier trimestre 2011. Pour s’assurer de la conformité des produits, la DGCCRF a proposé, dans l’attente d’une norme spécifique, que soit utilisée en référence la norme jouet ou EN 71. Les contrôles de la DGCCRF ont porté prioritairement sur la sécurité de ces produits. Sur 32 bracelets et colliers prélevés, 28 ont été considérés comme dangereux en raison d’un risque de strangulation ou de suffocation (87,5% des échantillons). 16 avertissements liés au non-respect de l’obligation générale de sécurité ont été adressés aux opérateurs.

Les produits concernés par les contrôles étaient principalement des colliers de petite taille susceptibles d’être portés par des bébés. Il s’agissait de 29 colliers et un bracelet en ambre ainsi qu’un collier en noisetier, déclarés dangereux. La plupart des produits sont fabriqués en Pologne ou en Lituanie de manière artisanale. Il ressort de l’analyse des enquêteurs plusieurs explications communes pour expliquer la persistance de ces écarts :

  • La méconnaissance des textes : la plupart des établissements visités ne connaissent pas l’obligation générale de sécurité (OGS) et ne prennent pas l’initiative de vérifier, auprès de leurs fournisseurs, les mesures de sécurité mises en œuvre. L’obligation de signalement est par ailleurs souvent méconnue par les revendeurs, qui ne comprennent pas toujours la pertinence des essais.
  • Des autocontrôles peu nombreux : les autocontrôles sont insuffisants, certains professionnels les jugeant trop onéreux par rapport au prix du collier ou du bracelet. Ainsi, certains établissements ne testent que quelques références.
  • La provenance des colliers et des bracelets : la plupart de ces produits sont fabriqués dans d’autres pays européens de manière artisanale. La qualité en demeure donc parfois inégale (perles irrégulières, type de fil), ce qui implique d’être plus attentif à ce type de produit pouvant présenter des défauts et donc, potentiellement des dangers. De plus, les critères d’évaluation de la conformité d’un produit peuvent varier d’un pays à l’autre.

La DGCCRF a également mené des contrôles sur le respect des avertissements et des informations devant être fournis au consommateur et des règles d’étiquetage. L’enquête a montré que 50% des produits analysés ne présentaient pas d’avertissements de sécurité sur les risques inhérents aux produits et sur l’importance de la surveillance parentale.

Compte tenu du taux de dangerosité qui reste très élevé sur ces produits, la DGCCRF a alerté les autres pays européens, via le réseau RAPEX. Un avis destiné aux professionnels va être publié au JORF pour leur rappeler la nécessité de procéder à des essais de sécurité et de fournir aux parents des précautions d’emploi adéquates. La DGCCRF va également mettre en place une communication sur son site afin de sensibiliser les consommateurs sur les risques potentiels liés à l’utilisation des colliers et bracelets en matière naturelle.

Les allergies potentielles aux matériaux des colliers

Concernant le noisetier, il est important de noter que les noix sont considérées comme des allergènes alimentaires. La réaction allergique survient après leur consommation et peut être immédiate, ou retardée jusqu’à 48 heures après l’ingestion. Elle peut toucher un ou plusieurs systèmes : la peau, les voies respiratoires, le système digestif ou encore, le système cardio-vasculaire. Cependant, comme le bijou de noisetier doit être porté et non mangé, il n’y a donc aucun risque de réaction pour les personnes ayant une allergie alimentaire aux noisettes ou autres noix.

Il peut arriver que certaines allergies alimentaires plus importantes provoquent des réactions non seulement lors de l’ingestion, mais aussi lors de l’inhalation ou du contact avec l’aliment. Toutefois, l’inhalation comme le contact ne s’appliquent pas aux colliers et bracelets de noisetier, car les noisettes sont recouvertes de coques rigides et épaisses qui les protègent de tout contact avec les branches utilisées. De plus, les méthodes de récolte rigoureuses font que les branches de noisetier ne touchent en aucun temps aux noix de l'arbuste. Le bois de noisetier est connu comme hypoallergénique, c’est-à-dire que les risques d’allergies sont grandement minimisés. Néanmoins, si un parent a une allergie connue qui le porte à croire qu’il pourrait développer une intolérance ou une réaction au bois de noisetier, il est fortement suggéré de s’informer auprès de son médecin afin d’être rassuré.

Les alternatives sûres pour soulager les poussées dentaires

Rappelons que les poussées dentaires ne nécessitent pas de traitement particulier. La fièvre est-elle liée aux poussées dentaires ? Mon bébé perce 2 dents et régurgite, est-ce normal ? Traditionnellement, il est dit que cette période s’accompagne de fièvre, de diarrhée, d’irritation, de perte d’appétit, etc. Pourtant, de nombreux pédiatres doutent que ces symptômes soient liés à l’apparition des premières dents : ils sont fréquents chez les bébés de cet âge et, chez l’enfant plus grand, il n’existe aucun signe que la poussée des dents soit douloureuse.

Lorsque Bébé « fait ses dents », mieux vaut lui donner un anneau de dentition en matière élastique, préalablement réfrigéré (en évitant le passage au congélateur pour éviter une brûlure par le froid…). Ces anneaux sont conçus spécifiquement pour être mâchouillés en toute sécurité et apaiser les gencives du bébé. Des massages doux des gencives avec un doigt propre peuvent également apporter un soulagement.

Anneaux de dentition pour bébés

La responsabilité des vendeurs et l'information des consommateurs

Les auteurs d’une étude sur le port du collier de dentition chez le nourrisson, publiée dans les archives pédiatriques, ont interrogé 25 familles de mars à juillet 2011 au sein des services pédiatriques de Toulouse et de Montauban. Ils ont constaté que plus de 90 % des parents interrogés n'avaient pas été informés des dangers lors de l'achat du collier. Les auteurs de l'étude recommandent l'interdiction de la vente de ces colliers de dentition dans les pharmacies et l'interdiction de toute publicité vantant leurs mérites.

Malgré les alertes, certains professionnels continuent de vendre ces produits. Les vendeurs responsables doivent être attachés à la sécurité de leurs clients et de leurs familles et proposer des bijoux qui respectent les normes en vigueur et sont accompagnés de certificat d’authenticité. En plus du descriptif très détaillé déjà présent avant les études sur leurs sites, certains ont rédigé des billets de blog intitulés : « Les règles à respecter pour faire porter un collier à mon bébé » relayés sur tous leurs produits, pour une information maximum des clients en toute transparence. Il est important de bien s’informer et de réfléchir attentivement avant de se faire offrir ou d’offrir ce type de cadeaux, même s’ils sont présentés comme bénéfiques par les publicités.

En achetant un produit certifié et aux normes en vigueur, que ce soit en boutique ou sur internet, en suivant les préconisations d’emploi et les conseils d’utilisation, il est tout à fait possible de continuer à faire porter à un enfant un collier, une chaine ou sa médaille de baptême. C’est d’ailleurs autorisé par les autorités françaises. La décision de continuer la vente de ces produits doit être prise en étant très attentif à la bonne information du consommateur.

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