Enfouir un Engrais Vert et des Amendements Organiques avec une Fourche-Bêche : Un Guide Complet pour un Sol Revitalisé

La vitalité de votre potager repose en grande partie sur la richesse de son sol. Après les récoltes estivales, les parcelles se retrouvent souvent épuisées, ayant fourni les nutriments nécessaires à la croissance des légumes. Pour régénérer cette terre fatiguée et la préparer aux cultures futures, l'utilisation d'engrais verts combinée à l'apport d'amendements organiques comme le compost ou le fumier est une pratique essentielle. Cet article détaillé vous guidera à travers les étapes pour intégrer ces éléments bénéfiques au sol, en privilégiant des méthodes respectueuses de l'environnement et en utilisant la fourche-bêche, un outil polyvalent idéal pour les petites surfaces.

L'Importance de la Régénération du Sol après les Récoltes

Après les récoltes de l'été, les parcelles se vident les unes après les autres au potager. Tout au long de leur croissance, les cultures ont puisé dans le sol de quoi se nourrir et grandir. Maintenant, la terre est fatiguée. Elle a besoin d'être régénérée, sinon elle risque d'être trop pauvre pour les cultures de l'année prochaine. Semer un engrais vert est une des meilleures façons de le faire dans un potager qui respecte l'environnement. Cette approche permet de revitaliser le sol en lui apportant de la matière organique, en améliorant sa structure et en stimulant la vie microbienne.

Schéma de la régénération du sol après les cultures

Préparation de la Parcelle : Les Premiers Gestes Indispensables

Avant d'introduire un engrais vert ou des amendements, une préparation minutieuse du sol est cruciale. Cette phase initiale permet d'optimiser l'efficacité des apports ultérieurs et de créer un environnement propice au développement des futures cultures.

1er geste : Nettoyer

La première étape consiste à arracher les restes de la culture précédente. Avec un râteau, rassemblez ce qui reste de tiges sèches. Mettez le tout au tas de compost. Cette action permet d'éliminer les débris qui pourraient gêner les semis d'engrais vert ou la répartition des amendements, tout en contribuant à la production de compost maison.

2ème geste : Aérer le Sol en Profondeur

L'aération est une étape clé pour améliorer la structure du sol et favoriser la pénétration de l'eau, de l'air et des nutriments. À l'aide d'une fourche-bêche (pour les petites surfaces) ou d'une grelinette, décompactez et aérez le sol. Surtout, ne bêchez ni ne retournez la terre. Le non-retournement du sol préserve sa structure naturelle et la microfaune qui y réside. Si le sol est trop dur, attendez une journée après une pluie ou un bon arrosage pour faciliter le travail. Les grelinettes sont de très bons outils dans les terres suffisamment souples, elles ameublissent sans retourner. À mon avis, c'est un gros investissement, pour un travail du sol qui va au-delà du nécessaire. La question de fonds, retourner ou non la terre, à mon sens, n'est pas si fondamentale dans le potager. On aura une terre vivante si on la cultive avec des amendements organiques et des engrais verts qu'on la retourne ou pas, et on aura un sol vivant perturbé régulièrement parce qu'on y cultive des annuelles et bisannuelles qu'on le retourne ou pas. Pour cultiver, on a besoin d'un sol vivant, poreux, de faire des lignes de semis affinées, des trous de plantations, et on peut l'avoir en retournant ou pas.

Illustration de l'utilisation d'une fourche-bêche pour aérer le sol

3ème geste : Griffer pour Affiner la Terre

Après l'aération, il est important de briser les grosses mottes de terre avec un croc. Humidifiez les mottes si elles sont trop compactes. Cette action permet d'obtenir une surface plus fine et homogène, essentielle pour un semis réussi et une bonne incorporation des amendements.

4ème geste : Égaliser la Parcelle

Enfin, ratissez la parcelle pour que la terre soit bien de niveau. Un sol bien égalisé facilite le semis de l'engrais vert et assure une répartition uniforme des graines, favorisant ainsi une croissance homogène.

Produire des semences d'engrais verts

Semer et Gérer les Engrais Verts : Le Cas Spécifique de la Moutarde Blanche

Les engrais verts sont des plantes cultivées non pas pour être récoltées, mais pour être enfouies dans le sol afin d'améliorer sa fertilité et sa structure. La moutarde blanche est un choix populaire et efficace.

5ème geste : Semer l'Engrais Vert

Pour le semis de l'engrais vert, ayez la main légère ! On met toujours trop de graines ! Un semis trop dense peut entraîner une concurrence excessive entre les plantes et un développement moins robuste. Pour un petit potager de 30m², un semis uniforme est facilement réalisable.

6ème geste : Recouvrir Légèrement les Graines

Après avoir semé, passez la main sur la terre pour recouvrir à peine les graines. Un recouvrement léger est suffisant pour assurer le contact des graines avec le sol et favoriser la germination.

Le Cycle de Vie de la Moutarde Blanche : De la Semence à l'Enfouissement

Pour la moutarde blanche, semée à la mi-octobre, soit à la fin des cultures d'été, elle est actuellement en pleine forme et dépasse par endroit allégrement les 80 cm. Il y a de fortes chances que cette moutarde gèle avant sa fin de cycle naturel durant l'hiver. Si ce n'est pas le cas, il est conseillé de la faucher en fin d'hiver. Attendez ensuite deux semaines avant d'apporter votre compost ou fumier composté et d'incorporer le tout dans les premiers centimètres du sol. Une exception à cette règle est si la moutarde est partie à fleur avant la fin de l'hiver.

Les premières fleurs sont apparues sur une moutarde semée à la mi-octobre. Combien de temps est-il possible de laisser la moutarde fauchée sans l'incorporer au sol ? Si vous n'avez pas vraiment prévu de plantation avant avril, il est possible de laisser la moutarde en place. La laisser en place, comme le dit Le Cerbère, est une riche idée. Cependant, il est important de noter que les carottes n'aiment pas vraiment la matière organique fraîche. Si la coupe, c'est bien, de toute façon, il n'y a que vous qui puissiez en juger. Il vaut mieux donc éviter d'une part que ce soit un engrais vert avec de la grosse racine, ou quelque chose qui se décompose lentement. À couper un engrais vert, ce n'est pas tant ce qu'il y a en surface qui importe que ce qu'il y a dessous et toutes ces racines sont de la matière organique fraîche. Si les épis doivent être formés pour faucher, c'est pour éviter la reprise, sinon il y aura de la repousse, c'est garanti.

Photo d'une parcelle de moutarde blanche en fleurs

Une moutarde semée le 12 septembre a partiellement gelé (à -8° à peu près), principalement celle qui était aux extrémités de la planche, mais au centre, elle est en bouton. Elle s'est aussi effondrée sous l'effet de la tempête de fin décembre. Ce n'est pas grave, c'est toujours mieux que rien, et cela sera autant d'avance quand elle redémarrera, bientôt. Les agriculteurs dans l'Yonne sèment de la moutarde dans leurs champs. Ici, rien de comparable. Tous les champs sont à nu quand il n'y a plus de culture, et dans les potagers, c'est la même chose, sauf chez ma voisine, qui s'efforce de recouvrir au maximum son terrain. On a envie de se pincer quand on entend ça, mais c'est malheureusement très fréquent. Moi, dans ces situations, j'ai tendance à leur conseiller de javelliser leur potager, pour qu'il soit plus "propre". Pendant qu'ils restent dans le silence à essayer de répondre, j'ajoute de suite : "il faut aimer la mort pour aimer un terrain nu. L'eau de Javel est efficace". Moi, je n'insiste pas. Je laisse tomber, chacun fait comme il veut.

L'Intégration des Amendements Organiques : Fumier et Compost

Outre les engrais verts, l'apport de fumier et de compost est crucial pour enrichir le sol en matière organique et en nutriments essentiels.

Fumier de Brebis et Compost Maison : Le Bon Moment et la Bonne Façon

Vous disposez d'environ 200 litres de fumier de brebis (vieux d'un an selon l'éleveur), et d'un petit tas de compost maison vieux de 4 mois. Ces amendements peuvent être intégrés au sol de manière stratégique.

Le fumier de brebis, vieux d'un an, est idéal car il est bien décomposé et ne risque pas de "brûler" les plantes. Le compost maison, vieux de 4 mois, est également un excellent apport.

La question est de savoir comment intégrer tout ceci au mieux au sol. Le cerbère suggère de laisser passer l'hiver. Si la moutarde gèle, ce qui est probable, ou si elle est fauchée en fin d'hiver, attendez deux semaines puis apportez votre compost ou fumier composté et incorporez le tout dans les premiers centimètres du sol.

Il faut considérer votre compost plus comme un engrais pour vos cultures, ou plus comme un amendement pour votre sol, car c'est les deux. Comme amendement du sol, ce serait à donner au sol, qui d'ores et déjà ne demande qu'à en recevoir, et comme engrais, ce serait à donner aux plantes quand elles y seront. Le résultat sur vos cultures du printemps prochain sera meilleur si vous leur donnez le compost à ce moment-là. Comme amendement, c'est un raisonnement sur le long terme, sur l'entretien ou l'amélioration de la qualité du sol.

L'Enfouissement avec la Fourche-Bêche : Une Technique Douce

Pour incorporer le fumier et le compost, la fourche-bêche est un outil adapté. Plutôt que de bêcher et de retourner la terre, l'objectif est de mélanger les amendements avec les premiers centimètres du sol de manière douce, sans perturber les couches profondes. Je ne bêche pas, parce que je ne retourne plus la terre sauf exception (il en faut, évitons le totalitarisme potager!), je greline, je pigouille, je remue, je tripatouille plus ou moins avec la fourche-bêche. Cette approche favorise la vie du sol et l'aération, tout en facilitant la décomposition des matières organiques.

Produire des semences d'engrais verts

La Question du pH et des Carottes : Précautions Spécifiques

Le sol étant calcaire, la moutarde va-t-elle (au moins un peu) neutraliser le pH ? Bien que la moutarde blanche ne soit pas un correcteur de pH majeur, sa décomposition contribue à l'apport de matière organique, ce qui peut aider à tamponner le pH du sol à long terme et à le rendre plus stable.

Pour le semis de carottes, des racines partout peuvent rendre difficile la création d'un sillon. Il est crucial d'éviter la matière organique fraîche pour les carottes. Si vous avez semé de l'orge à l'automne sur un jardin abandonné depuis plusieurs années, des zones avaient été bâchées et d'autres ressemblaient à une jungle. Effectivement, vous pouvez ameublir à l'endroit où vous mettez votre pomme de terre (PDT) et puis pailler. C'est la petite base de l'orge qui restera (le plateau de tallage) qui pourrait vous gêner si elle n'a pas bougé.

Une technique consiste à bien couper le reste des plateaux de tallage sur la future ligne de semis (on "scalpe" sur sol sec ou autres selon ses outils) de telle sorte qu'il ne reste bien que les racines. Ensuite, assurez-vous que le sol soit gorgé d'eau cette fois-ci (pour que les futures racines de carottes puissent "creuser" facilement car le sol n'est pas ameubli mécaniquement…) et semez aussitôt, en recouvrant légèrement, pas plus d'un centimètre, voire 0,5 mm, en maintenant humide le temps de la levée.

Pour les PDT, si vous paillez (avec de la paille) sur les PDT, vous risquez de fournir le gîte et le couvert aux rats taupiers si votre coin en est envahi, ce n'est pas le but. Il faudrait que les épis soient formés pour faucher pour éviter la reprise de l'orge. Effectivement, il est préférable d'éviter qu'il y ait un engrais vert avec de grosses racines ou quelque chose qui se décompose lentement pour les carottes, car elles n'apprécient pas la matière organique fraîche.

Infographie sur l'impact des engrais verts sur le pH du sol

Éviter les Idées Reçues : Un Sol Vivant N'est Pas un Sol Nu

La tendance à laisser les champs à nu quand il n'y a plus de culture, et dans les potagers, est une pratique malheureusement courante, sauf chez ma voisine, qui s'efforce de recouvrir au maximum son terrain. Une autre personne m'a dit "oui, mais ça fait moche. Je ne peux pas faire ça chez moi, on voit de la route". Il faut aimer la mort pour aimer un terrain nu. L'eau de Javel est efficace, comme l'a suggéré ironiquement Astrée. Cette anecdote souligne l'importance de sensibiliser aux bienfaits d'un sol couvert et vivant.

Un sol nu est vulnérable à l'érosion, au lessivage des nutriments et à la perte de matière organique. Au contraire, un sol couvert, que ce soit par des engrais verts, du paillage ou les restes de cultures précédentes, est un sol protégé, enrichi et vivant. En fait, je fonctionne avec une saison de décalage, quand ce n'est pas un an ! Mon seigle semé en mélange avec la moutarde à l'automne 2010 a commencé à pousser pendant l'été 2011, et j'attends que lui aussi redémarre au printemps. Cette approche de décalage et de couverture constante du sol est bénéfique pour la santé globale du potager. Si vous bêchez votre terre maintenant, pourquoi n'en profitez-vous pas pour faire des cultures d'hiver, de légumes ou d'engrais vert ? Si vous venez d'emménager dans une nouvelle maison et n'avez pas pu mettre d'engrais vert et de légumes d'hiver, il est toujours temps d'adopter ces pratiques.

tags: #comment #enfouir #un #engrais #avec #une