
Les feuilles ne sont pas de simples éléments décoratifs ; elles sont la voix silencieuse mais claire de la plante, un baromètre de sa santé et de son environnement. En observant attentivement leur forme, leur couleur et leur texture, il est possible de découvrir une quantité surprenante d'informations sur leurs besoins, leurs stratégies de survie et même leur habitat. Les feuilles ont évolué pour aider les plantes à survivre dans des conditions spécifiques, qu'il s'agisse du soleil intense, de la sécheresse prolongée, des forêts ombragées ou des cimes humides des arbres. Grâce à ces adaptations évolutives, la feuille nous permet souvent de savoir où se trouve une plante. Les nuances subtiles de texture et de couleur des surfaces des feuilles en disent long sur la fonction et la sensibilité d'une plante. En plus d'être agréable au toucher, elle aide la plante à retenir l'humidité ou à filtrer la lumière du soleil. Les personnes qui parlent le langage des feuilles peuvent éviter de nombreuses erreurs d'entretien. Voir une feuille s'affaisser, se ternir ou changer de couleur est un signe que la plante a quelque chose à dire. Les feuilles sont donc plus qu'un simple décor vert ; elles sont le reflet des processus vitaux et des défis environnementaux que rencontre la plante. Pour mieux comprendre ses plantes, il faut commencer par la feuille : elle dit tout ce qu'il faut savoir.
La Chlorophylle : Le Pigment Vert Essentiel
La couleur verte de la plupart des ligneux à feuillage caduc est donnée par un colorant nommé la chlorophylle, qui est synthétisée en permanence. En réalité, la chlorophylle absorbe les rouges et les bleus sur le spectre de la lumière visible (entre 400 et 700 nm) et ne laisse donc plus ressortir que la couleur verte. La chlorophylle a été isolée en 1816 par les chimistes et pharmaciens français Joseph Pelletier et Joseph Caventou qui lui ont donné son nom en référence à la couleur verte (chloro) des feuilles (phylle). Pigment indissociable de la photosynthèse, la chlorophylle est synthétisée dans les chloroplastes, des organites présents dans les cellules végétales. La chlorophylle a est présente chez tous les végétaux aquatiques et terrestres. L’absorption de la lumière par la chlorophylle est due à la présence de nombreuses doubles liaisons conjuguées dans sa structure. Toutes les plantes en possèdent car la chlorophylle joue un rôle important dans la vie de la plante. Elle prend la lumière du soleil et diffuse l’énergie aux autres structures de la feuille pour commencer la photosynthèse. Les feuilles sont vertes au printemps et en été. Cette couleur est due à la présence de chlorophylle. Grâce à la chlorophylle, la feuille absorbe la lumière du Soleil, qui est transformée en énergie. L'arbre utilise cette énergie pour capter et transformer les nutriments du sol.

Les Couleurs de l'Automne : Une Métamorphose Fascinante
En automne, les feuilles commencent à mourir. La chlorophylle est détruite, petit à petit. La couleur verte disparaît et d'autres couleurs apparaissent. Elles étaient masquées par la chlorophylle. Les feuilles deviennent jaunes, rouges ou oranges, cela dépend des arbres que l'on regarde. Le changement de garde automnal se produit car en été, les journées sont longues et le soleil très présent. La photopériode (la partie de la journée durant laquelle il y a de la lumière) est longue et la température ambiante assez élevée : la chlorophylle a beaucoup de temps pour faire sa job. Par contre, en automne, la photopériode est moins longue et il fait plus froid. La chlorophylle est donc de moins en moins utilisée et renouvelée et disparaît petit à petit. Ce processus fait partie de la mort des feuilles à l’automne et de la préparation des arbres à l’hiver mais aussi au printemps prochain. En plus de la chlorophylle qui est de moins en moins présente, les nervures des feuilles sont de plus en plus bouchées à leur base. Les nutriments et la chlorophylle ne se rendent plus jusqu’aux feuilles. Les feuilles passent alors du vert à une foule de couleurs chaudes.
Pourquoi les feuilles changent de couleur à l'automne? | sciences | Alloprof
Les Caroténoïdes : Les Teintes Jaune-Orangé
En réalité, la couleur du feuillage est un savant mélange de différents pigments. Les caroténoïdes, c’est-à-dire les carotènes et les xanthophylles, sont au même titre que la chlorophylle produits au sein des chloroplastes, des organites présents dans les cellules végétales et qui s’occupent de la photosynthèse. Mais les carotènes et les xanthophylles sont plus stables que la chlorophylle donc ils restent plus longtemps dans la feuille même après le début de la phase de repos. Et comme, eux, absorbent les verts et les bleus, il ne reste plus que les tons jaunes-orangés visibles à nos yeux. Les caroténoïdes sont des pigments dérivés de l’isoprène et solubles dans des solvants organiques. Synthétisés dans les divers types de plastes, leur diversité est considérable : plus d’un millier de molécules distinctes a été décrit dans les organismes vivants (plantes, animaux, etc…). Les carotènes, essentiellement le β-carotène, ne contiennent pas d’oxygène. Les xanthophylles -qui contiennent de l’oxygène- sont une sous-classe de caroténoïdes essentielle à la photosynthèse et à la protection des photosystèmes. Les feuilles contiennent de la lutéine, de la zéaxanthine, de la violaxanthine, etc. Ces pigments absorbent principalement dans les longueurs d’onde bleues, d’où leur couleur jaune. Les caroténoïdes sont présents en moins grande quantité et sont donc camouflés par la présence abondante de la chlorophylle en été. À noter que ces deux composants participent aussi à la photosynthèse en transférant à la chlorophylle l’énergie lumineuse que cette dernière ne sait pas capter : la gamme entre les rouges et les violets dans le spectre de lumière visible. Pour info, les caroténoïdes sont synthétisés par quelques champignons et même des bactéries en plus des plantes.
Les Anthocyanes : Les Rouges et les Pourpres
Les anthocyanes sont nombreux ; une recherche d’il y a une dizaine d’années en avait dénombré plus de cinq cents différents. On retrouve ces anthocyanes dans les feuilles d’automne ou les variétés à feuillage pourpre mais aussi dans les pétales de fleurs, dans les fruits. Ce sont des composés issus de la transformation de sucres présents dans la feuille. Ils ont beaucoup de fonctions : attirer les pollinisateurs et les frugivores, certains vont même jusqu’à dire que la teinte rouge des anthocyanes permet de repousser certains hypothétiques ravageurs (le rouge étant un signe de danger dans la nature). Ils agissent également comme photoprotecteurs, en absorbant les UV, les anthocyanes protègent l’ADN contenu dans les feuilles. Mis à part quelques exceptions (Fusain, Viorne, Cornouiller…), ce sont surtout les ligneux d’Asie et d’Amérique du Nord qui ont une forte teneur en anthocyanes en automne. Les pigments rouges sont fabriqués à la fin de l’été, après la période de croissance des plantes quand elles commencent à dégrader les sucres. Lorsque le taux de chlorophylle diminue, la synthèse des anthocyanes - qui sont responsables de la couleur rouge des feuilles - augmente.
Les Tanins : Les Bruns Résistants
Les tanins sont de simples polyphénols qui servent à la plante dans la protection des attaques entomologiques ou fongiques (et même contre certains herbivores !). Ils sont très résistants mais, hélas, de couleur brune. Voilà pourquoi les feuillages finissent tous bruns en mourant, lorsque tous les pigments ont disparu. On le voit notamment chez les arbres à feuillage marcescent. Un feuillage marcescent veut dire que l’arbre ou l’arbuste va garder les feuilles longtemps après que ces dernières soient mortes. Quand les feuilles tombent, l'arbre ralentit son rythme de vie. C'est un moyen d'économiser de l’énergie, de stocker des nutriments pour renforcer la plante avant le froid, assurant leur survie pour la saison suivante, avec une reproduction au printemps et un développement souterrain.
Les Causes des Changements de Couleur : Au-delà des Saisons
Les couleurs, donc les teneurs en différents pigments, changent en fonction du pH du sol, de l’humidité, de l’ensoleillement, de la saison passée, du pedigree de la plante et même de l’individu lui-même en fonction de son humeur, enfin de tout un tas de facteurs qui ont influé sur son feuillage. En plus des cycles saisonniers, de nombreux facteurs peuvent influencer la couleur des feuilles et ainsi signaler des problèmes ou des besoins spécifiques de la plante.
Problèmes d'Arrosage
Un excès d'eau peut être la cause de feuilles jaunes et humides, qui commencent à pourrir. Si vous êtes certain que votre plante a assez d'eau, les feuilles jaunes peuvent également indiquer que le terreau n'est plus adapté. Les feuilles jaunes sont alors dues à un manque de nutriments et il est temps de rempoter. À l'inverse, si votre plante a besoin de plus d'eau, vaporisez régulièrement les feuilles ou, si le terreau s'est desséché, arrosez la plante plus souvent. Le taux d'humidité dans l’air dans la maison peut également être un problème, que l'on peut améliorer en baissant le chauffage ou en ouvrant plus souvent les fenêtres. Des feuilles qui se dessèchent sont généralement liées à un arrosage irrégulier, par exemple beaucoup d'eau une semaine, puis plus du tout pendant trois semaines. Un manque d’eau entraîne une extrémité des feuilles sèche avec décoloration et brûlures.
Manque ou Excès de Lumière
Lorsqu'une feuille se décolore ou prend une couleur plus terne que les autres feuilles "saines", cela est généralement dû à un excès de lumière. Le mauvais emplacement peut également être la cause de problèmes si la plante ne reçoit pas assez de lumière. La plante n'a pas besoin d'être placée en plein soleil pour vivre, au contraire. Cependant, les feuillages pourpres ou très sombres doivent être plantés au soleil. La pollution lumineuse, avec la lumière artificielle, modifie localement l’alternance jour-nuit, influençant le développement des plantes.
Carences et Excès de Nutriments
L’insuffisance d’un ou plusieurs éléments nutritifs contenus dans le sol, ou dans le support de culture, entraîne une malnutrition de la plante et une réaction colorimétrique. Les éléments peuvent être présents mais pas absorbés par blocage d’un autre élément en excès ou par une acidité ou basicité du sol notamment.

- Carence ou excès en azote : Le limbe est pâle ainsi que les nervures. Les feuilles jaunissent et parfois pour quelques plantes les feuilles rougissent ainsi que le pétiole et la tige. Les feuilles restent petites, la plante se rabougrit. On peut constater sur les arbres fruitiers une chute prématurée des fruits et petits fruits avec une coloration anormale (pommier). Les facteurs liés à cette carence sont les températures basses, un sol léger pauvre en matière organique. On peut aussi avoir un excès d’azote dû à une fertilisation trop concentrée, un amendement organique très important en quantité. Sur les tomates, on constate un excès de la végétation au détriment de la floraison et de la fructification. L’azote favorise le développement des organes verts (tiges et feuilles), la formation de la chlorophylle et donc, la croissance végétative.
- Carence en phosphore : Les feuilles ont une teinte grise à pourpre violacée ainsi que les racines. Il y a un mauvais enracinement, la croissance végétative semble bloquée ainsi que la mise à fleur, à fruit et à graines. Les sols très acides ou très calcaires sont favorables à cette carence. Le phosphore favorise la formation cellulaire et donc le développement racinaire.
- Carence en potassium : Décoloration du bord du limbe (jaunissement, couleur violacée suivant les plantes), enroulement et nécrose du feuillage. Les plantes sont sensibles à la sécheresse, au gel, aux maladies cryptogamiques. Elles manquent de tenue. Les sols pauvres en matière organique, un chaulage excessif favorisent le blocage de l’absorption du potassium. La potasse est importante pour la floraison et la fructification, la coloration des feuillages jaune ou rouge et la résistance des plantes aux maladies cryptogamiques.
- Carence en magnésium : Elle apparaît sur les feuilles les plus anciennes par une décoloration entre les nervures puis une chute prématurée du feuillage. La croissance est lente. Le magnésium est le noyau principal de la chlorophylle.
- Carence en calcium : Les feuilles sont petites, s’enroulent en se recourbant à leur extrémité, jaunissent puis deviennent brunâtres à rouge et se nécrosent. Les fleurs se développent difficilement et les boutons floraux meurent. Le calcium permet de consolider les cellules et de durcir les organes. Un excès de calcium peut entraîner un nanisme.
- Carence en fer (chlorose) : Les feuilles sont jaunes, les nervures sont bien vertes, les grappes de fleurs ne se transforment pas en fruits (phénomène de coulure). Cette carence est due à un blocage de l’assimilation du fer dans les sols riches en calcaire actif, avec un pH élevé.
- Carence en soufre : Les feuilles sont vert pâle. La plante est chétive surtout pour les plantes des familles des brassicacées et des alliacées. Le soufre est un constituant important des acides aminés et des protéines et il joue également un rôle important dans l’assimilation des vitamines par les végétaux. Il est aussi responsable de l’odeur et du goût de certaines plantes ou légumes (ail, oignon, chou).
- Autres oligoéléments : Le cuivre, le bore, le zinc, le molybdène ou le manganèse sont également des éléments importants pour les équilibres métaboliques des végétaux. Un manque ou un excès provoque des décolorations des feuilles souvent spécifiques à chaque plante.
Stress Environnemental et Adaptation
Une brusque différence de température, des courants d'air froids ou un excès soudain de lumière peuvent entraîner la perte de feuilles. Si votre plante perd soudainement beaucoup de feuilles, il n'y a pas lieu de paniquer dans l'immédiat, mais vous devez prendre des mesures. Cela peut se produire, par exemple, lorsque votre plante a été rempotée dans un pot d'ornement et qu'elle doit s'habituer à la nouvelle situation. Il se peut que votre plante perde immédiatement ses feuilles lorsque vous la sortez de sa boîte et que vous la placez à l’endroit souhaité. Ne vous inquiétez pas, tout comme les humains, les plantes doivent s'habituer à un nouvel environnement. Il se peut qu'elle reçoive un peu plus de lumière à sa nouvelle place et qu'elle n'en a pas l'habitude. Une manifestation de couleur anormale peut aussi provenir d’une asphyxie racinaire, d’une attaque parasitaire (champignons, insectes, bactéries, virus), d’une intoxication par un pesticide, d’un courant d’air, ou d’une réaction à des aléas climatiques.
Toxicité et Phytotoxicité
Ce sont surtout des pollutions engendrées par des actions malencontreuses du jardinier (produits de biocontrôle mal dosés). L’utilisation inappropriée ou le surdosage de la bouillie bordelaise peut aussi à long terme créer une toxicité due à un excès de cuivre dans les sols. Un cas fréquent de toxicité découle d’un mauvais rinçage du pulvérisateur, les résidus de produits causant alors des dégâts sur les plantes. Le sel utilisé pour le déneigement des cours et des allées est redoutable pour la plupart des plantes. Les excès d’engrais, notamment quand ceux-ci sont réalisés en cours de culture sur un sol trop sec ou sur le feuillage des plantes, provoquent des colorations anormales ou des brûlures du feuillage. C’est aussi valable en cas d’excès d’utilisation de purin et solutions de plantes (ortie, prêle…).
Pollutions Atmosphériques
Les retombées de fumées ou d’émanations toxiques pour les plantes peuvent engendrer des réactions diverses. Le sable du Sahara qui tombe sur le feuillage obstrue les pores et limite la transmission de la lumière.
La Panachure : Une Question de Gènes
Personne ne se demande jamais ce qu'il se passe dans les feuilles panachées. C'est simple, suite à une mutation, on observe une diminution, voire une disparition de chlorophylle dans la feuille. Si cela paraît esthétique à quelques personnes dont les goûts laissent clairement à désirer, l’arbuste devra être reproduit de manière végétative : bouturage ou greffage. D’ailleurs si le côté panaché est trop prononcé, on choisira le greffage car une bouture pour ces arbustes-là n’aura pas suffisamment de chlorophylle dans ses feuilles pour produire des racines. En plus d’être moches, certains cultivars panachés sont chers ! Les plantes panachées ralentiront également leur métabolisme et leur production de chlorophylle en hiver (et donc leur photosynthèse), surtout celles des régions froides. Mais cela ne veut pas dire que les feuilles vont rester toute l’année de la même couleur.

Les Feuilles d'Automne au Jardin : Une Ressource Précieuse
À l’automne, les feuilles tapissent le sol : faut-il les ramasser ou les laisser ? Maryse Friot, présidente de la Société d’Horticulture de Touraine, explique comment bien les utiliser pour protéger vos plantes, nourrir le sol et favoriser la biodiversité au jardin. Elles peuvent servir de paillis pour les herbes, les matières vertes et brunes du jardin, protégeant les hérissons ou les insectes.