
La taille est une intervention fondamentale dans la vie d'un arbre fruitier, permettant non seulement de façonner sa charpente mais aussi de stimuler la fructification, d'améliorer la qualité des fruits et de prolonger la durée de vie du verger. Loin d'être une simple coupe, tailler un arbre, c’est aussi installer « un dialogue » avec l’arbre pour concevoir avec lui un avenir associant une honnête récolte et une longévité sans embûche. Il est indispensable de comprendre que l'arbre est un être vivant et qu’il faut un peu de patience et beaucoup d’attention pour maîtriser cet art.
Comprendre l'Importance de la Taille
Tailler un arbre fruitier est bien plus qu'une question d'esthétique ; c'est un véritable acte de soin et d'équilibre. Alors que dans la nature, un arbre pousse librement pour capter la lumière, au jardin, l'objectif est de favoriser la fructification plutôt que la simple croissance végétative.
Stimuler la Production de Fruits
L'un des rôles primordiaux de la taille est de guider la circulation de la sève vers les zones les plus fertiles. La sève brute, riche en eau et en éléments minéraux, monte des racines vers les rameaux, tandis que la sève élaborée, issue de la photosynthèse, redescend pour nourrir les bourgeons. En orientant cette circulation grâce à la taille, on favorise l’alimentation des rameaux porteurs de bourgeons à fleurs, ceux qui donneront les fruits de la saison à venir. Sans intervention, l’arbre a naturellement tendance à privilégier la croissance du bois, produisant de longues pousses vigoureuses, appelées gourmands, qui consomment une grande quantité d’énergie sans rien apporter à la fructification. Ces rameaux stériles créent aussi de l’ombre dans le houppier, au détriment des parties productives. Éliminer les gourmands et les pousses éventuelles issues du porte-greffe est primordial.
La taille permet donc de rééquilibrer la répartition de la sève en supprimant une partie de cette végétation inutile. L’énergie est redirigée vers les zones fécondes telles que les coursonnes (rameaux courts où se forment les bourgeons à fruits), les bourgeons à fleurs (en général plus gros que les bourgeons à bois), les dards et bourses (structures typiques des pommiers et poiriers), ou encore les rameaux mixtes chez les pruniers et pêchers (composés à la fois des yeux à bois et à fleurs). Grâce à ce tri naturel, la mise à fruit devient plus rapide, les bourgeons floraux sont plus nombreux et mieux nourris, et les récoltes gagnent en régularité et en qualité. De plus, une taille bien conduite permet de rénover le bois : en supprimant les branches âgées ou épuisées, on stimule la formation de jeunes rameaux vigoureux, porteurs de futures fleurs. Cette alternance entre suppression et régénération entretient la vitalité de l’arbre et garantit une production équilibrée d’une année sur l’autre, en limitant le phénomène d’alternance (année de forte production suivie d’une année creuse). En somme, la taille n’est pas une contrainte, mais un levier physiologique : elle canalise l’énergie vitale de l’arbre pour qu’elle serve d’abord la fructification, plutôt que la simple croissance du bois.
Favoriser la Lumière et l’Aération
Un arbre bien taillé est un arbre lumineux, sain et plus facile à entretenir. La lumière pénètre jusqu’au cœur de la ramure, stimulant la photosynthèse, la coloration et la maturation homogène des fruits. Une bonne circulation de l’air réduit l’humidité stagnante, principale cause des maladies fongiques comme la tavelure, la moniliose ou l’oïdium, et rend l’environnement moins favorable aux ravageurs (par exemple les cochenilles sur les agrumes, acariens, etc.) qui apprécient les recoins sombres et abrités.
De plus, une charpente dégagée facilite la pénétration uniforme des traitements naturels ou biologiques (purins de prêle ou d’ortie, décoctions de plantes, cuivre, soufre…). Les produits atteignent mieux toutes les zones de l’arbre, y compris les faces internes des feuilles et les rameaux centraux, ce qui renforce leur efficacité tout en réduisant les quantités utilisées. Le résultat est un arbre plus résistant, des fruits plus sains et un verger naturellement équilibré.
Équilibrer Croissance et Fructification
La taille a pour but de trouver le juste milieu entre vigueur végétative et production fruitière. Un arbre fruitier est en permanence partagé entre deux forces : croître (produire du bois, des feuilles et de nouvelles branches) et fructifier (produire des fleurs et des fruits). Ces deux fonctions utilisent la même énergie. Si l’une prend le dessus, l’autre s’en trouve affaiblie.

Trop de taille : Une taille trop sévère, avec la suppression brutale de nombreuses branches, stimule une reprise de croissance excessive. L’arbre réagit comme pour « compenser » sa perte : il émet de nombreux gourmands verticaux, riches en sève, mais stériles. Ces pousses épuisent les réserves, ombragent la ramure et retardent la mise à fruit. C’est un phénomène bien connu appelé réaction de vigueur. La sève, trop concentrée dans quelques rameaux, favorise le bois au détriment des bourgeons floraux.
Trop peu de taille : À l’inverse, un arbre laissé sans taille s’épaissit, se ramifie de façon anarchique, et finit par s’épuiser. Les rameaux fruitiers vieillissent, la lumière ne pénètre plus à l’intérieur, et les nouveaux bourgeons à fleurs ne se forment plus. La fructification devient irrégulière : après une année d’abondance, l’arbre entre en repos forcé pour reconstituer ses réserves : c’est ce qu’on appelle l’alternance de production.
Trouver l’équilibre idéal : L’objectif de la taille est donc de maintenir un équilibre harmonieux : conserver assez de feuillage pour assurer la photosynthèse et nourrir les fruits, mais pas au point de créer un excès de végétation qui étoufferait la fructification. Cet équilibre dépend de plusieurs facteurs : l’âge de l’arbre (les jeunes sujets doivent d’abord se construire, les plus âgés doivent être allégés), le porte-greffe (certains favorisent la vigueur, d’autres la mise à fruit rapide), la variété (certaines espèces, comme le pêcher, fructifient sur le bois d’un an ; d’autres, comme le poirier, sur du bois plus âgé). Une taille douce, régulière et réfléchie permet donc de répartir la sève harmonieusement entre croissance et fructification. C’est le secret d’un arbre équilibré : ni trop vigoureux, ni fatigué, mais capable de produire chaque année des fruits en quantité et en qualité optimales. En somme, bien tailler, c’est apprendre à dialoguer avec l’arbre : on guide sa vigueur sans la brider, on stimule sa production sans l’épuiser.
Former et Entretenir la Structure
La taille n’a pas seulement pour but de stimuler la fructification : elle sert aussi à façonner la structure de l’arbre pour qu’il grandisse de manière équilibrée, solide et durable. Chaque fruitier doit être guidé dès ses premières années afin de bâtir une ossature harmonieuse ; un peu comme on poserait les fondations d’une maison.
La Taille de Formation : Construire l’Ossature de l’Arbre
Les premières tailles, réalisées dans les trois premières années après la plantation, visent à structurer le squelette de l’arbre. L’objectif est de choisir et d’orienter quelques branches charpentières bien réparties autour du tronc, à intervalles réguliers et bien espacées verticalement. Ces charpentières formeront la base de l’arbre et devront être capables de supporter le poids des fruits sans se casser ni se déséquilibrer. Une bonne formation assure : une meilleure répartition de la sève entre les branches, une stabilité mécanique face au vent et à la charge des fruits, une exposition homogène à la lumière, indispensable à la floraison et à la coloration des fruits.

Selon l’espèce et la place disponible, on choisira une forme adaptée : gobelet pour les pêchers, cerisiers, pruniers ou abricotiers par exemple (ouvert au centre, idéal pour le soleil), palmette ou cordon pour les vergers en espalier ou pour cultiver la vigne, axe central ou fuseau pour les pommiers et poiriers surtout sur porte-greffes nanifiants, ou encore une forme libre pour le grenadier, l'amélanchier, etc., qui ont tendance à pousser en buisson et rejeter du pied.
La Taille d’Entretien : Maintenir Équilibre et Productivité
Une fois la structure en place, la taille d’entretien prend le relais. Elle consiste à éliminer les branches mortes, mal orientées ou qui se croisent, afin de conserver un houppier clair et équilibré. Cette opération préserve la bonne aération de l’arbre, limite la propagation des maladies et favorise le renouvellement du bois. En supprimant progressivement les rameaux âgés, on stimule la croissance de jeunes pousses fructifères, porteuses de futurs bourgeons à fleurs. C’est une façon naturelle de rajeunir l’arbre et de maintenir une fructification régulière sans le fatiguer.
Un Arbre Bien Formé, C’est un Verger Durable
Un fruitier correctement formé dès le départ vieillit mieux et nécessite moins d’interventions lourdes à l’âge adulte. Il reste plus accessible à la taille et à la récolte, moins fragile face aux intempéries et garde une silhouette harmonieuse au fil des saisons. De plus, un arbre bien structuré capte mieux la lumière, respire mieux, et produit des fruits plus gros et mieux répartis sur l’ensemble de la ramure. En somme : former, c’est anticiper. Plus la structure initiale est bien pensée, plus l’entretien ultérieur sera simple, efficace et bénéfique pour l’arbre comme pour le jardinier.
Prévenir les Maladies et Prolonger la Vie du Verger
La taille n’est pas seulement une technique pour améliorer la production ou la forme de l’arbre : c’est également un geste de prévention sanitaire essentiel pour assurer la longévité et la santé du verger.

Supprimer les Branches Abîmées ou Malades
Les branches cassées, fissurées ou mal orientées sont des points d’entrée privilégiés pour les champignons (tavelure, moniliose, oïdium) et pour certains parasites comme les cochenilles ou les pucerons. En les supprimant proprement, on réduit le risque de contamination et on limite la propagation des maladies dans toute la ramure. La coupe des rameaux malades évitera la propagation au reste de l'arbre.
Couper Correctement pour Stimuler la Cicatrisation
Une coupe nette, effectuée au-dessus d’un bourgeon ou d’une charpente saine, favorise la cicatrisation naturelle de l’arbre. Pour les grosses branches, l’utilisation d’un mastic cicatrisant ou d’un produit naturel protecteur aide à prévenir l’invasion des champignons et insectes nuisibles. La cicatrisation rapide empêche la formation de zones mortes où l’humidité et les spores pourraient s’accumuler. Il est important, en particulier pour les fruitiers à noyaux, de recouvrir les plaies de taille avec un mastic cicatrisant. Le mastic polyvalent Lac Balsam, à base d’huile végétale et de résines naturelles, est particulièrement adapté pour être appliqué sur les blessures des arbres, agissant comme une véritable écorce artificielle qui protège le bois sous-jacent de l’entrée des champignons lignivores et des bactéries.
Maintenir la Vigueur et la Résistance
Un arbre fruitier régulièrement entretenu développe une meilleure résilience face aux stress climatiques : gel, sécheresse, vent ou pluie. Les rameaux jeunes et vigoureux, issus de coupes ciblées, produisent des feuilles plus saines, des fleurs plus nombreuses et des fruits de qualité. À long terme, un verger bien taillé conserve sa vigueur, réduit les besoins en traitements chimiques et facilite la surveillance des maladies et ravageurs.
Préserver un Environnement Équilibré
La taille permet également de créer un houppier ouvert et bien aéré, ce qui le rend moins favorable aux parasites. Les auxiliaires du jardin (coccinelles, oiseaux, chrysopes) peuvent circuler plus facilement et participer à la lutte naturelle contre les insectes nuisibles. En résumé : la taille est un outil préventif puissant. Elle protège l’arbre des maladies et des ravageurs, stimule sa vigueur et assure des récoltes régulières pendant de nombreuses années. Un fruitier bien entretenu est un fruitier résistant et durable.
Le Bon Moment pour Tailler : Calendrier Selon les Espèces
Chaque espèce fruitière a son propre rythme. Le moment idéal dépend du type d’arbre, du climat et du type de taille (formation, fructification ou entretien).

Taille d’Hiver (Novembre à Mars)
C’est la période de repos végétatif : la sève est descendue, les feuilles sont tombées, et la structure de l’arbre est bien visible. C’est le moment privilégié pour : former les jeunes arbres (taille de formation), équilibrer les charpentières et raccourcir les rameaux trop longs. Quelques exemples d'arbres fruitiers à tailler en hiver : pommier, poirier, prunier, cognassier, figuier, grenadier, mûrier, nashi, néflier, plaqueminier (kaki). Il est crucial d'éviter les périodes de gel et de pluie, qui favorisent les maladies du bois.
Taille de Printemps (Mars à Mai)
La montée de sève est déjà amorcée : c’est une taille légère pour corriger ou aérer. On l’utilise pour les fruitiers sensibles aux maladies du bois. À tailler au printemps : abricotier, amandier, pêcher et nectarinier, cerisier, agrumes. Cette taille permet d’éliminer le bois mort ou les rameaux ayant gelé durant l’hiver.
Taille d’Été (Juin à Août)
Appelée aussi taille en vert, elle vise à réguler la végétation. Elle permet : d’équilibrer la croissance trop vigoureuse, de laisser entrer la lumière dans les fruits, de stimuler la formation de bourgeons à fruits pour l’année suivante. Elle peut être pratiquée après récolte sur : pêchers et nectariniers, abricotiers, cerisiers, olivier.
Les interventions de taille en vert s’effectuent pendant la période de végétation (printemps-automne) et portent aussi parfois le nom de taille d’été ou taille herbacée. Elles modifient les courants de sève et la disposition des branches pour permettre une transformation des bourgeons végétatifs (yeux) vers les bourgeons à fleurs à l’endroit le mieux approprié pour obtenir une belle et bonne récolte de fruits. Il faut donc, avant de commencer à tailler, observer et réfléchir à la répartition de la sève et à ce que l’arbre peut faire, en fonction de sa nature, de la vigueur de la variété et de la richesse du sol. La taille en vert doit être raisonnable et raisonnée. Si on n’applique pas ces principes, on ne taille pas, on raccourcit… et on fait des sottises ! Aucune variété n’est semblable à une autre, il est donc difficile d’utiliser une méthode unique. Chaque espèce a ses particularités, et il faut savoir s’adapter. Évidemment, la taille en vert ne peut pas être effectuée n’importe comment. Il y a des règles de base qu’il faut connaître. Mais il n’y a pas besoin d’être un expert pour réussir à les maîtriser.
Un principe simple : supprimez l’inutile. L’idée est de faire disparaître tout ce qui est considéré comme inutile : toutes les ramifications, quelle qu’en soit la nature, qui absorberaient de la sève en pure perte, sachant que de toute façon, nous les ferons disparaître lors de la taille d’hiver. Sur l’arbre, ne doivent rester que les rameaux utiles pour la formation des charpentières et des coursonnes, bien évidemment des fruits, mais aussi suffisamment de feuilles pour alimenter ces fruits.
Comment tailler vos fruitiers? La taille en vert et les principes de mise à fruit.
Agir le Plus Tôt Possible
Première intervention : l’ébourgeonnement. Plus cette opération est effectuée tôt, plus on économise de sève. Il est donc préférable d’intervenir par ébourgeonnement (suppression des bourgeons inutiles) afin de détourner, au profit des yeux à conserver, une grande quantité de sève qui aurait été absorbée en pure perte. L’ébourgeonnement réclame beaucoup de discernement et s’applique sur les bourgeons des arbres soumis à des formes jardinées. On supprime dès que possible, pour parfaire la formation, par exemple sur une palmette en U, les yeux qui naissent sur le devant ou sur le derrière des branches charpentières, ou les bourgeons trop rapprochés sur les prolongements.
Deuxième intervention : le pincement. Pratiquée au moment opportun, cette opération permet d’orienter la sève d’un arbre soumis à une forme jardinée vers les yeux des prolongements des branches charpentières, et ainsi de les aider à garder leur dominance, par suppression de la concurrence. Le pincement peut aussi, dans une certaine mesure, provoquer ou aider à la fructification en soutenant une transformation plus rapide des yeux à la base des coursonnes. Pincer, c’est retrancher, entre l’ongle du pouce et celui de l’index, l’extrémité d’un bourgeon. Le but est donc d’arrêter temporairement l’accroissement de la jeune pousse, qui aurait tendance à devenir trop forte et à défavoriser le bourgeon principal (comme le bourgeon de flèche) où la sève doit se porter. Pincez alors le ou les bourgeons qui concurrencent le bourgeon de flèche en supprimant la rosette de feuilles terminales. À la suite de ce pincement, il se développe souvent un bourgeon anticipé à l’aisselle de la feuille qui avoisine immédiatement le pincement, mais sa croissance retardée et de courte durée est moins concurrentielle. On pratique le pincement du mois d’avril jusqu’en septembre, à chaque fois que l’on juge cette opération nécessaire. Surveillez plus particulièrement les bourgeons situés sur le dessus des branches charpentières à cause de leur tendance à « s’emporter ».
Troisième intervention : la taille en vert. Sur les arbres à pépins : cette opération est délicate et demande une certaine expérience pour choisir le bon moment et, surtout, pour la généraliser à l’ensemble de l’arbre. Cette méthode de taille a été imaginée vers 1920 par Lorette, jardinier en chef de l’École d’agriculture de Wagnonville (Nord), dont l’idée allait jusqu’à supprimer la taille d’hiver.
Le mois de juin est une période cruciale pour tous ceux qui cultivent des arbres fruitiers. À ce stade, les jeunes fruits se développent rapidement, mais attention : leur croissance doit être accompagnée d’une vigilance particulière et de gestes précis pour assurer une belle récolte à l’automne. Si l’on ne fait rien, on risque de se retrouver avec des fruits trop petits, de mauvaise qualité ou même de faire souffrir les branches sous leur poids. Dès le début de l’été, les pommiers, poiriers, pêchers, abricotiers et autres arbres fruitiers sont souvent surchargés de jeunes fruits. Ce phénomène est naturel, mais il n’est pas sans conséquence. Sans cette opération, les fruits risquent de rester petits, de manquer de sucre ou même de tomber prématurément. De plus, une surcharge peut fragiliser les branches, qui plient sous le poids, voire se cassent. Tout se joue à partir de la fin de la chute physiologique des fruits, généralement entre mi-juin et début juillet, selon les espèces et les conditions météorologiques. Vous remarquerez peut-être que certains fruits jaunissent et tombent d’eux-mêmes : c’est l’arbre qui se débarrasse naturellement des plus faibles. À ce moment-là, surveillez bien la croissance des fruits : observez leur taille, leur répartition sur les branches et vérifiez si certaines grappes sont trop serrées.
Pas besoin d’outils compliqués ! Commencez par retirer les fruits abîmés, tachés, malformés ou trop petits. Ensuite, espacez les fruits restants : pour les pommes et les poires, laissez un fruit tous les 10 à 15 cm environ, tandis que pour les pêches et les abricots, on garde un fruit tous les 8 à 10 cm. L’éclaircissage n’est pas le seul geste à avoir en tête en juin. Après cette étape, il faut continuer à surveiller la croissance des fruits tout au long de l’été. N’oubliez pas non plus d’aérer le feuillage si celui-ci devient trop dense, afin que les fruits profitent pleinement de la lumière et que l’humidité n’entraîne pas de maladies. Éclaircir les fruits et surveiller leur croissance ne demande pas forcément beaucoup de temps, mais les bénéfices sont impressionnants. Vous obtiendrez des fruits plus gros, plus sucrés, avec une meilleure qualité gustative. En résumé, juin est le moment idéal pour alléger vos arbres fruitiers et leur donner toutes les chances de produire des fruits magnifiques et savoureux. N’hésitez pas à vous y mettre dès maintenant : un peu d’attention et quelques gestes précis suffisent pour transformer votre récolte. Je commence en premier la taille des fruits à noyau, dès que les boutons à fleur sont apparents. Car j’ai des arbres avec une très grande vigueur et qui n’avaient presque pas de fruits l’année dernière à cause des gelées.
Taille d’Automne (Septembre-Octobre)
Période de nettoyage avant le repos hivernal : on retire le bois malade, les branches cassées et les gourmands. Cela prépare l’arbre à bien passer l’hiver. Il faut éviter les tailles lourdes en automne afin de limiter les maladies (humidité).
Les Différents Types de Taille
La taille ne se résume pas à un seul type d'intervention. Plusieurs techniques existent, chacune adaptée à un objectif précis et à un stade de développement de l'arbre.
Taille de Formation
Elle concerne les jeunes arbres (1 à 3 ans), voire jusqu'à 15 ans pour les formes complexes. L'objectif est de donner une structure solide et équilibrée. On sélectionne 3 à 5 charpentières bien réparties autour du tronc et espacées verticalement. Les rameaux concurrents du tronc sont supprimés. L'astuce : taillez juste au-dessus d’un bourgeon tourné vers l’extérieur pour ouvrir la silhouette. Elle permet de former la charpente de l'arbre et est utilisée en complément avec la taille de formation pour favoriser les branches que l'on souhaite.
Taille de Fructification
Elle concerne les arbres adultes, déjà formés. L'objectif est de stimuler la production de fruits sans épuiser l’arbre. On élimine : les rameaux trop vieux, les pousses verticales ou gourmands, les branches qui se croisent, et on raccourcit légèrement les rameaux porteurs de boutons à fruits. Cette taille dirige la sève vers les parties fertiles. La taille de fructification se pratique régulièrement, dès que l’arbre commence à produire, afin de favoriser la mise à fruit. Si votre arbre est vigoureux (il produit beaucoup de rameaux et peu de fruits, souvent de gros fruits pleins d’eau et de mauvaise conservation), il faut le tailler long. Un arbre vigoureux donnera du bois. Plus vous le taillez, plus il donnera du bois et toujours peu de fruits. Cette forte vigueur est le cas des arbres jeunes. L'éclaircissage consiste à supprimer une partie des jeunes fruits et complète la taille de fructification. Il permet d’obtenir des fruits plus gros, parfumés et sucrés.
Taille de Rajeunissement
Destinée aux vieux arbres délaissés. On coupe les grosses branches mortes, puis on réduit progressivement la ramure sur 2 à 3 ans. Cela relance la production de jeunes pousses vigoureuses.
Taille d’Entretien
La taille d’entretien se pratique à partir de la cinquième année, afin de maintenir la forme de l’arbre et de favoriser la pénétration de la lumière au cœur de l’arbre.
Geste par Geste : Bien Tailler
Réussir la taille des fruitiers demande de la pratique et le respect de quelques principes fondamentaux.
Utiliser les Bons Outils

Le sécateur est un outil indispensable, pour le jardinier, l’arboriculteur, le viticulteur, etc. Il doit être bien affûté et désinfecté. Une scie d’élagage est nécessaire pour les grosses branches, et un ébrancheur pour les rameaux plus épais. Gardez vos outils de taille affûtés, pour assurer une santé parfaite aux végétaux. Employez du matériel préalablement affûté afin d'obtenir des coupes franches et nettes, propres. De même, pensez à tremper les lames dans du vinaigre (vendu en jardinerie pour cet usage, respectez les doses prescrites) de temps en temps, pour les désinfecter et éviter de propager les maladies (champignons et bactéries) d'un arbre à l'autre.
Les Règles d'Or de la Coupe
Coupes nettes et en biseau : Les tailles doivent être nettes et pas trop près du bourgeon. Les coupes doivent êtres faites en biseau afin d’éviter (ou plutôt limiter) la pénétration de l’eau dans les tissus de l’arbre. La pente du biseau doit être dirigée à l’opposé de l’œil (bourgeon). La position de l’œil indique la direction vers laquelle se dirigera le rameau qui naîtra éventuellement après la taille effectuée au-dessus de lui. Afin de prévenir les contaminations et l'action de la pluie sur les tissus fraîchement coupés donc de favoriser une cicatrisation rapide, taillez proprement (tenez le sécateur avec la lame qui coupe dirigée vers le centre de l'arbre, celle qui "mâche" vers l'extérieur) et de manière à obtenir une coupe en biais, mais pas en direction du bourgeon. Ne laissez pas de chicot inutile.
Épargner les grosses branches : Normalement, vous ne devriez pas intervenir sur des grosses branches à moins d'œuvrer sur des arbres délaissés et négligés. Taillez chaque année, avec parcimonie, et les coupes cicatriseront rapidement. Ainsi, votre arbre ne sera pas impacté par des actions brutales et la régularité de sa production sera assurée.
Nettoyer la ramure : Avant de tailler proprement dit pour encourager la productivité, commencez par supprimer le bois mort, les branches malingres, abîmées ou malades. Faites en sorte que le centre de la ramure reste bien aéré quitte à supprimer des branches qui se croisent.
Choisir les bons bourgeons : Le choix des bourgeons à conserver et favoriser est crucial quant à leur finalité (œil à feuilles ou à fleurs), mais il est aussi conditionné par leur emplacement. La taille induit en effet la direction des futures pousses donc l'organisation de la ramure. Préférez toujours un bourgeon orienté vers l'extérieur de l'arbre.
Supprimer les verticales : Ne laissez pas l'arbre s'emballer. Le but de la taille est de ralentir la sève pour qu'elle profite aux bourgeons à fleurs donc à fruits. De fait, supprimez toutes les pousses verticales. Si votre arbre est peu fourni, gardez-les, mais faites les ployer grâce à des poids (des pierres attachées par exemple) judicieusement amarrés.
Aider à une bonne cicatrisation : Si le bois de taille est gros et que vous avez employé les grands moyens (scie), bref que le bois est meurtri, parez au greffoir ou à la serpette afin d'obtenir des coupes nettes et franches. Appliquez simplement dessus un emplâtre d'argile verte ou un mastic cicatrisant.
Traiter sans attendre : Pulvérisez sur tout l'arbre de la bouillie bordelaise qui aura pour effet de détruire les germes de champignons présents sur le tronc et les branches et de désinfecter les petites les coupes.
Supprimer les rejets : En dehors de la couronne des arbres, pensez à inspecter leur tronc pour supprimer à ras les pousses latérales dites épicormiques et qui l'affaiblissent inutilement. Surveillez aussi la présence de rejets provenant du porte-greffe, à la base du tronc.
Les Erreurs à Éviter
Tailler un arbre fruitier demande discernement et patience. Certaines erreurs courantes peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé et la productivité de l'arbre.
Pas de Sectarisme
La taille est là pour donner à l’arbre un équilibre entre une production de fruits raisonnable et une vie saine et aussi longue que le permettent l’espèce et la variété. Il est évident que, parfois, elle est utilisée uniquement pour accélérer et/ou augmenter la production, mais ce n’est pas là une bonne chose : ceci finit par affaiblir l’arbre et raccourcir sa vie. Une taille appliquée sans adaptation à tous les arbres ne peut qu’être destructrice pour de très nombreux individus. Il faut faire la part des choses. Car tailler un arbre, ce n’est pas seulement couper et jouer du sécateur. C’est aussi installer « un dialogue » avec l’arbre pour concevoir avec lui un avenir associant une honnête récolte et une longévité sans embûche. N’oublions pas que l’arbre est un être vivant qu’il est indispensable de comprendre, même s’il faut un peu de patience et beaucoup d’attention.
Éviter les Excès
Les tailles sévères et les abus d’engrais favorisent la croissance végétative au détriment des fruits. Par conséquent, tailler trop sévèrement ou de façon inadéquate est plus néfaste que de ne pas tailler du tout. La suppression de branches provoque toujours une réaction, plus ou moins marquée, selon la quantité de bois enlevée.
Contrôler Régulièrement l’Allure Générale de l’Arbre
La taille ne doit pas déséquilibrer votre arbre et doit lui conserver un bon port. Il ne s’agit pas d’une science exacte, car chacun a une autre perception et une autre solution pour arriver au même résultat. Il faut pouvoir imaginer la forme souhaitée et anticiper les actions à faire pour y arriver. L'apprentissage auprès d'un jardinier aguerri fait gagner beaucoup de temps et donne rapidement de l'assurance. Il vous apprendra à anticiper pour mieux tailler.