Le mois de mai en permaculture : cultiver l'abondance et la biodiversité au jardin

Le mois de mai marque un tournant décisif pour le jardinier permaculteur. C'est la période où la nature s'éveille avec une vigueur extraordinaire, les plantes poussant à grand train grâce aux pluies récurrentes et aux températures clémentes. Les oiseaux préparent leurs nids, les insectes bourdonnent joyeusement en pollinisant les fleurs, et les pollens (chêne, bouleau, graminées…) sont aussi de retour. Ce dynamisme naturel offre une opportunité unique de transformer votre espace vert en un véritable paradis de biodiversité et de productivité. La permaculture séduit de plus en plus de jardiniers pour cultiver des légumes de manière naturelle, car plus qu’une simple méthode de culture, c’est une véritable philosophie qui imite le fonctionnement de la nature afin de créer un jardin productif, équilibré et respectueux de la biodiversité. Nul besoin d’être expert pour se lancer ; l'approche consiste à travailler en harmonie avec les cycles naturels, en se faisant plaisir, car la motivation est la base de tout projet réussi.

calendrier permaculture mai

Les principes fondamentaux de la permaculture en mai

En permaculture, la règle d’or est simple : on ne retourne pas la terre, on la protège. Un sol est en effet un écosystème à part entière, peuplé de milliards de micro-organismes (bactéries, champignons, vers de terre, insectes) qui assurent sa fertilité naturelle. Pour préserver cette richesse, on privilégie un sol vivant en évitant le travail du sol et en le couvrant de paillage. Cette approche vise à stimuler la biodiversité souterraine en évitant les engrais chimiques et produits phytosanitaires qui stérilisent la terre. Le jardin en permaculture s’inspire de la nature, s’adapte à son environnement, ainsi qu’au contexte de vie et aux possibilités du jardinier. Il s’inspire également du design permaculturel (conception) des fondateurs, et est souvent divisé en 5 zones, allant de l'habitation au potager, puis au poulailler jusqu’aux éventuels vergers, prairies et forêts. Cultiver en permaculture sur la plus petite surface possible permettra un gain de temps, d’énergie et de ressources, tout en préservant les ressources naturelles.

Préparer le sol et les cultures : les gestes essentiels

Avant d’attaquer les semis et les plantations, c’est le moment de remettre le potager « sur de bons rails ». Les travaux préliminaires incluent le binage et le sarclage des cultures déjà en place. Le paillage ou le mulching est crucial, à condition que le sol soit déjà suffisamment réchauffé. Le buttage des pommes de terre est une étape importante. Pincer les fèves (au 6ème niveau de fleurs) permet de limiter les attaques de pucerons. Il est également nécessaire d'éclaircir les semis existants et de faucher les engrais verts. Ces derniers peuvent être laissés en surface pour protéger le sol et se décomposer naturellement par l’action des vers de terre, ou incorporés superficiellement à la terre tout en l’affinant (à la Grelinette ou à la Campagnole).

paillage du sol en permaculture

L'importance de l'acclimatation des plants

Si vous avez une serre ou que vous achetez des plants au marché, ne les plantez surtout pas dans le jardin avant de les avoir acclimatés une bonne semaine. L'acclimatation progressive sur 7 à 10 jours limite les coups de stress. Commencez par 1 à 2 heures dehors à l’ombre, puis augmentez chaque jour la durée d'exposition. Il est recommandé d'éviter le plein soleil et le vent fort les premiers jours, et de rentrer les plants si les nuits sont fraîches ou ventées. Un plant « endurci » redémarre plus vite qu’un plant « chouchouté » jusqu’au dernier moment. Un exemple concret est celui de Franck Nathié, qui a testé fin avril de planter 10 salades qu’il avait acclimatées, et 10 autres qu’il avait sorties de la serre, démontrant l'efficacité de cette pratique.

Les semis et plantations de mai : anticiper et diversifier

Mai est un mois clé pour semer, planter et repiquer. Cependant, un excès d’enthousiasme peut coûter quelques plants si un coup de frais traîne encore dans les parages. L'objectif est de faire le tri : quoi semer en pépinière, quoi semer directement en place, quoi planter au bon moment, et quels gestes d’entretien privilégier pour garder un sol vivant et des cultures robustes.

Les Saints de Glace et la Lune Rousse : prudence est mère de sûreté

Le célèbre adage « Au mois de mai, fais ce qu’il te plaît » est (presque) vrai au potager. Cependant, il est essentiel de prendre en compte les "Saints de Glace", qui s’étendent du 11 au 13 mai, avec la St Mamert, St Pancrace et St Servais. L’observation de gelées nocturnes à ces dates daterait du Moyen-âge, mais elles n’ont pas lieu chaque année. Il est donc important d'être prudent en attendant de repiquer que les Saints de Glace soient passés, ou d'anticiper les plantations au risque de les perdre par un coup de gel. Planter sous abri est souvent la bonne solution quand cela est possible. Selon votre climat local, il serait même plus prudent d’attendre la Saint-Urbain, le 25 mai, avant d’envisager toute plantation en pleine terre pour les plantes frileuses.

La lune rousse est un repère de jardinier « à l’ancienne » : elle désigne la lunaison qui suit Pâques (la période est donc variable et la lune rousse peut finir en juin certaines années…). Les anciens disaient, en substance, que « la lune rousse roussit les bourgeons ». Ils avaient remarqué que les nuits où la lune brille sont souvent des nuits claires (peu ou pas de nuages) et que, dans ces conditions, le sol se refroidit davantage au petit matin, ce qui favorise les gelées blanches. Ce n’est donc évidemment pas la lune elle-même qui abîme les plants, mais le froid nocturne sous ciel dégagé. À l’inverse, un ciel voilé ou nuageux « protège » parfois, parce qu’il limite ce refroidissement. Si une nuit froide est annoncée, protégez tomates, courges, melons, poivrons, aubergines (voile, cloche, mini-tunnel). Si vous hésitez, décalez de quelques jours : une plantation un peu plus tardive, mais dans de bonnes conditions, rattrape souvent très vite une plantation stressée par le froid.

Protéger ses plantes du froid !

Semis en pépinière en mai

Au mois de mai, plusieurs légumes peuvent être semés en pépinière pour une meilleure reprise : laitues en mottes, cardons, céleris-branches, chicorées scaroles, melons, persil, poireaux et potirons. Ces semis permettent de contrôler les conditions de croissance initiales avant de les transplanter en pleine terre.

Semis directs au potager en mai

En mai, la majorité des semis se fera en extérieur. Pensez notamment aux carottes, choux, panais, poireaux, que vous dégusterez à l’automne. Pour les racines et légumes « de garde », on peut semer la betterave, la carotte, le panais, le radis, le salsifis et le scorsonère. Pour les feuilles, chicorées et choux, semez la bette, la chicorée frisée et scarole, le chou d’hiver, le chou-fleur, le chou kale et les épinards d’été. Parmi les légumineuses, céréales et « grands rangs », on retrouve le haricot, le pois, le soja et le maïs. Les légumes d’été à semer en place incluent le concombre, les courges et le melon. Pour les aromatiques et plantes « coup de main », l’arroche, le cerfeuil, la coriandre, le fenouil, la mélisse, la menthe, le persil, le pissenlit et la tétragone sont de bonnes options. D'autres semis possibles sont le cardon et la ciboule.

variétés de graines à semer en mai

Il est important de noter que les légumes-fruits comme l'aubergine, les poivrons et piments, ainsi que les tomates, sont longs à se développer. Les semer directement à leur place définitive peut faire gagner du temps et éviter le repiquage, mais uniquement si le sol est bien réchauffé et si votre climat le permet (ou sous abri au départ).

Plantations du jardin écologique de mai

Au milieu du printemps, repiquez au jardin écologique les jeunes plants de piment, poivron, aubergine, tomate, chou-fleur, chicorée et scarole. Pour les légumes et plants potagers, on peut planter le céleri-rave, le chou-fleur, le poireau, les pommes de terre et les patates douces. Concernant les légumes-fruits et cultures à installer au bon moment, les concombres plantés en sol paillé, l'aubergine, les courges et potirons, le melon, le poivron et les tomates sont de bons choix. Mai est une période idéale pour planter une grande diversité de légumes, d’aromatiques et de fleurs comestibles. La belle saison et la fin des saints de glaces, c’est l’occasion de se faire plaisir avec des plantes atypiques, comme certaines plantes exotiques, la citronnelle de Madagascar, le kiwano, les patates douces… ! Pas besoin d’être dans le sud de la France pour avoir de bonnes pastèques ! La pastèque à chair jaune Early moon beam réussi particulièrement bien dans les climats moins chauds, et offre une chair délicieuse et très sucrée !

Les aromatiques : un atout majeur du potager

Les aromatiques tiennent une place importante au potager. Elles viennent complémenter et agrémenter nos récoltes, salades ou autres légumes. L’avantage de cultiver ses propres aromatiques, c’est que vous ne prélevez que ce dont vous utilisez. La plupart des aromatiques sont des vivaces qui forment de petits buissons. N'hésitez pas à effectuer des récoltes fréquentes (notamment pour le thym, le basilic, le persil, la ciboulette…). La plante va gagner en dynamisme.

  • La ciboulette : semis en mars et avril, en place ou en godets. Espacer les plants de 20 cm. Préfère les sols frais. Couper les brins favorise les pousses fraîches.
  • La menthe : parfois envahissante, à planter dans un contenant si vous avez un petit jardin. Apprécie les sols frais et fertiles, redoute les expositions très chaudes. Arroser copieusement.
  • L’estragon : nécessite un sol léger et riche, et du soleil. Espacer de 50 cm. Garder le sol frais. Diviser au printemps.
  • L’oseille : multiplier en divisant les racines. Privilégier un sol profond et frais, en l’installant à mi-ombre.
  • Le romarin : arbuste d’environ 1,50 m. Préfère un sol meuble et drainé, pauvre et sec. La division est facile par bouturage.
  • La sauge : plante à feuillage persistant. À cultiver en plein soleil, sur sol drainé et sec.
  • Le persil : semis très délicat. La germination intervient en 8 à 10 jours, mais parfois (souvent !) plutôt au bout de 3 semaines. Garder le sol ou le terreau humide. À repiquer si vous faites un semis de quelques graines en godet ou en alvéole, avec un plant tous les 15 à 20 cm.
  • Le basilic : à semer en mini-motte, godet, … dès mars, au chaud. Sa croissance est lente, en pleine lumière, avec 15 degrés minimum. Repiquer en godet au stade 2 ou 4 feuilles, puis planter en pleine terre ou en jardinière quand il n’y a plus de risques de gel.

La betterave potagère : semis et récolte

La betterave potagère, à ne pas confondre avec la betterave fourragère, ou la betterave sucrière, est une plante intéressante à cultiver. La Betterave Chiogga est particulièrement magnifique et délicieuse. Le semis s’effectue à partir de mars, en serre froide, pour les variétés précoces à récolter en juin. Placer un à deux glomérules (un glomérule contient de 2 à 6 graines) en godet ou en motte. Il peut se faire en pleine terre en avril-mai, à condition que les températures ne descendent pas sous les -5 degrés, pour les variétés plus tardives à récolter en fin d’été/début d’automne.

À la levée, on peut éclaircir le semis, notamment pour certaines variétés, celles de conservation, comme la crapaudine. Les glomérules de betteraves contenant plusieurs graines, les plantules que vous prélèverez peuvent très facilement être repiquées en godet ou en pleine terre. Le repiquage intervient dès lors que les risques de fortes gelées sont écartés. L’implantation se fait tous les 15 cm, en tous sens. Privilégiez un sol meuble, pas trop enrichi. Veillez à maintenir les conditions humides, en arrosant régulièrement, et en paillant dès lors que les conditions le nécessitent.

Une petite astuce pour les betteraves, mais valable pour tous les plants en général : pour bien pailler autour des pieds, plantez-les et recouvrez-les d’un godet. Puis, paillez par-dessus sans vous enquiquiner. Ensuite, on retire les godets et les plants sont paillés proprement. La récolte intervient entre 3 et 5 mois, selon les variétés, après le semis. On peut les récolter en une seule fois, ou bien les laisser en pleine terre (attention à nos amis les campagnols par contre…) pour être récoltées au fur et à mesure de vos besoins (elles résistent en plein hiver à des températures allant jusqu’à - 10 degrés !). Elles peuvent aussi être récoltées et conditionnées, soit en conserves, soit en lactofermentation. Au niveau de la production, vous pouvez compter environ 2 kg de betteraves par m², mais on peut faire beaucoup plus selon le sol que l’on a. Il est très facile de produire ses graines de betterave (et de bette). S’agissant d’un légume bisannuel, elles fleurissent la seconde année de culture. Pour que la pollinisation soit efficace (elle s’effectue par les insectes et par le vent), il est nécessaire d’avoir plusieurs plants. Attention toutefois, les différentes espèces s’hybrident très facilement.

betterave chiogga en pot

Entretien du potager en permaculture en mai : les clés du succès

Le mois de mai est synonyme de croissance rapide, et donc d'entretien régulier pour garantir la santé et la productivité du jardin.

Le purin d’ortie : un fertilisant naturel indispensable

La nature est extrêmement productive, surtout sous le soleil printanier. Cependant, une petite aide écologique n’est jamais de refus ! En permaculture, on utilise de nombreux fertilisants naturels. La star de la saison ? Le purin d’ortie ! Cette potion magique aidera vos jeunes légumes à produire davantage.

Préparation du purin d’ortie :

  1. Récoltez vos orties avant leur montée en graines.
  2. Séparez et compostez la partie de la tige sans feuilles.
  3. Coupez en morceaux les tiges fines et feuilles d’ortie. Plus les fragments seront petits, plus le purin sera efficace, car les éléments nutritifs passeront plus facilement de la plante à la solution. Alors, ne soyez pas avare en coups de ciseaux !
  4. Mettez les plantes dans le volume d’eau correspondant : 2 kilos d’orties pour 10 L d’eau. Vous pouvez faciliter le filtrage de votre solution en mettant les végétaux dans un tissu filtrant (un vieux mi-bas, par exemple !).
  5. Couvrez votre contenant et placez-le à l’ombre, loin de votre logement de préférence (cela évitera les mauvaises odeurs !).
  6. Laissez macérer 2 à 3 semaines dans un lieu ombragé. Mélangez la solution de temps en temps (une fois par jour, idéalement). Cela sentira fort, c’est normal. Pensez bien à couvrir à chaque fois pour éviter les nids d’insectes.
  7. La macération est terminée quand aucune bulle ne remonte à la surface, même en mélangeant. Le purin d’ortie est prêt !

Application du fertilisant :L’application du purin d’ortie se fait généralement pendant l’arrosage. Diluez 1 litre de macération dans 10 litres d’eau. Ce mélange est essentiel ! Sinon, vous risqueriez d’ajouter trop d’azote dans le sol, et le fertilisant miraculeux deviendrait alors… un désherbant. Arrosez les plantes avec cette solution, tous les 15 jours en plus de votre arrosage écologique habituel.

Gestion de la pelouse et valorisation des "indésirables"

En mai, la pelouse et les plantes “indésirables” font ce qu’il leur plaît ! En permaculture, on essaye de valoriser tout ce que l’on fait ou que l’on produit.

  • Faire son terreau de semis : mettre dans des poubelles une couche de feuilles mortes ou de broyat, une couche de tonte, en alternance jusqu’à ras-bord.
  • Créer le mulch des allées du jardin forêt : étaler 20 à 30 cm de tonte fraîche sur les pissenlits et autres adventices qui vous gênent dans les allées.
  • Alimenter votre compost : Dans ce cas-là, il faudra veiller à apporter de la matière carbonée pour équilibrer le compost. Alterner les matières vertes et matières brunes est en effet essentiel pour la bonne décomposition de votre compost. Trop de vert ? votre compost macère, il y a des mouches, il chauffe trop, il sent mauvais.
  • Faire son paillage : faire sécher les tontes quelques jours au soleil, pour faire du paillage à mettre ensuite sur vos plates-bandes entre les légumes.
  • Concocter son purin : mélangez-les avec de l’eau et laissez reposer plusieurs jours à couvert, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de bulles.

Arrosage et paillage : les pratiques optimisées

En mai, l’erreur classique est d’arroser « un peu tous les jours ». Mieux vaut arroser moins souvent, mais plus en profondeur. Arrosez le matin, au pied, sans mouiller inutilement le feuillage. Visez un arrosage copieux, puis laissez le sol respirer avant le suivant. Vérifiez à 5 cm de profondeur : si c’est frais, vous pouvez attendre. Quand le sol est bien humidifié, le paillage devient un vrai accélérateur de sérénité. Pour des semis directs et des plantules, il faut que le sol soit humide en permanence pendant environ 3 semaines. Sur ce laps de temps, s’il fait chaud et sec, arrosez quasiment tous les jours. À cette période, le système racinaire est peu ou pas développé, il n’est donc pas nécessaire d’arroser abondamment. Quelques litres par mètre carré suffiront.

Pour les grands plants (tomates, aubergines et courgettes), vous pouvez apporter une quantité plus importante d’eau (10L/m2) au départ et espacer les arrosages. Cela forcera les racines à aller chercher l’eau en profondeur. L’arrosage se fera tôt le matin ou en fin de journée pour limiter la perte d’eau par évaporation. Arrosez idéalement délicatement au pied des plants ou utiliser une pomme d’arrosage pour limiter le tassement et l’érosion d’une eau sous pression. Si vous le pouvez, préférez l’eau de pluie qui est l’eau idéale pour les plantes. Elle est beaucoup moins chargée en minéraux que l’eau du réseau.

Un bon paillage, c’est un paillage adapté au moment. En mai, le piège est de pailler trop tôt sur un sol encore froid, ou de pailler « contre » les plants. Visez une épaisseur d’environ 5 à 7 cm (à ajuster selon le matériau). Laissez quelques centimètres autour des tiges pour éviter l’humidité collée au collet. Évitez les couches épaisses de tonte fraîche en une seule fois (risque de fermentation). Un paillage réussi garde l’humidité, freine les herbes indésirables et vous simplifie la vie, sans étouffer le sol. Pour les semis directs et plants de petite taille, il est conseillé d’enlever le paillage pendant 2 à 3 semaines. Cela permet de réchauffer le sol pour que les plantes poussent plus vite et que le paillage ne recouvre pas les petites plantules et cela évite aussi le développement des limaces qui trouvent parfois un refuge cosy dans le paillage. Pour les grands plants (tomates, aubergines), paillez une dizaine de centimètres. Idéalement, utilisez pour le paillage, moitié de matière verte (tonte de gazon) et moitié de matière brune (feuilles mortes, paille, etc.).

Lutter contre la montaison et les limaces

La montaison des salades, radis, épinards d’été vient surtout d’un combo chaleur + stress hydrique + variétés sensibles. Vous pouvez limiter le phénomène avec quelques habitudes : semez en petites quantités et plus souvent (plutôt qu’un gros semis unique), gardez le sol frais (arrosage régulier et paillage léger une fois les plants levés), et offrez un peu d’ombre aux cultures fragiles aux heures les plus chaudes si votre jardin « cogne ». Un semis réussi, ce n’est pas seulement « ça lève », c’est « ça reste tendre ».

Mai peut être un mois sportif pour les jeunes plants à cause des limaces. L’approche la plus efficace est souvent un mix de prévention et d’actions ciblées. Repérez les zones à risque (paillis très humide, planches ombragées, bordures). Arrosez plutôt le matin : un sol humide la nuit favorise les sorties. Intervenez tôt sur les jeunes plantations (protection, ramassage au crépuscule si nécessaire). Plus un plant grandit, plus il « encaisse » : l’objectif est de sécuriser les deux premières semaines. Une solution efficace pour que les limaces et les escargots ne posent pas de problème est d'acclimater les plants avant de les mettre en pleine terre.

Éclaircissage des semis : offrir air et lumière

Éclaircir, c’est offrir de l’air et de la lumière. Le bon réflexe est de ne pas « tirer » les plants en trop, mais de les couper. Intervenez quand les plants ont 2 à 4 vraies feuilles. Coupez au ras du sol les plants de trop (ciseaux), pour ne pas déranger les voisins. Éclaircissez en deux temps si vous hésitez : un premier tri, puis un second une semaine plus tard. Et oui, certains éclaircissages se dégustent : c’est le côté « bonus » du jardin.

Les associations de cultures : synergie végétale

Associez les plantes plutôt que de les séparer (compagnonnage). Certaines plantes s’entraident : les tomates aiment le basilic, et les haricots nourrissent la terre pour les courges. Les radis et les épinards peuvent être semés ensemble pour un sol bien couvert et une récolte optimisée. Associez aussi les capucines aux légumes sensibles pour détourner les pucerons. La contre-plantation permet de produire beaucoup plus dans son potager en permaculture en optimisant l’espace. L’association tomate/basilic est bien connue. Le basilic va capter les rayons solaires que la tomate ne va pas exploiter, ce qui va augmenter la photosynthèse et donc la production totale de la zone de culture. Le basilic sera planté de préférence vers l’extérieur du rang de tomates et non pas au milieu. Au-delà des potentiels effets allélopathiques entre ces deux plantes, cette association permet de récolter rapidement de quoi faire une bonne petite salade estivale.

associations de légumes permaculture

Le verger en mai : plantations, prévention et premières récoltes

Le mois de mai dans le verger est une période d'activité intense, nécessitant une attention particulière aux jeunes pousses, aux floraisons et à la protection des fruits en formation.

Planter des fruitiers en mai : une question de timing

Même si des arbres fruitiers sont vendus en jardinerie, il n'est pas conseillé d’en planter aussi tardivement. L’été est proche et les arbres auront beaucoup de mal à s’enraciner. Il en va de même pour les petits fruits. Cela dit, si vous avez déjà des plants (en pots ou plus encore à racines nues), plantez-les le plus rapidement possible (ils seront quand même mieux en terre)… Paillez-les et arrosez-les régulièrement. Si vous plantez malgré tout (ou si vous avez planté récemment), l’enjeu n’est pas de « faire beaucoup », mais de faire juste : limiter le stress hydrique et aider l’enracinement. Arrosez copieusement à la plantation, puis régulièrement les semaines suivantes. Paillez largement au pied (sans coller le paillis au tronc) pour garder l’humidité. Surveillez particulièrement les jeunes plantations en pot, qui sèchent très vite.

Taille et éclaircissage des fruitiers

En cette période de nouaison des fruits (c’est-à-dire le moment où les fleurs se transforment en fruits), c’est le moment d’éclaircir aussi vos arbres fruitiers. Les lianes se développent aussi à grande vitesse : le palissage est à mener régulièrement au mois de mai. Il faut bien tailler la vigne pour que le raisin soit gros, que l’arbre ne soit pas étouffé et que les poires soient pleines de tavelure. Coupez les rejets naissants aux pieds de vos fruitiers, comme les pruniers.

Prévention naturelle des maladies et ravageurs

Au verger, surveillez particulièrement les jeunes pousses et les floraisons : ce sont elles qui « marquent » le plus en cas de gelée. Vous pouvez également effectuer quelques traitements préventifs avec des préparations naturelles à base de plantes :

  • Pulvérisez une décoction de prêle en préventif contre les maladies cryptogamiques (monilia, cloque, tavelure…).
  • Pulvérisez une infusion de tanaisie sur les pruniers (après floraison) en préventif contre l’hoplocampe.
  • Pulvérisez une décoction de tanaisie ou une décoction d’absinthe sur les pommiers et poiriers, pour éloigner les carpocapses (dont les premiers vols ont lieu en avril).

Afin d’empêcher les fourmis d’y grimper et d’y élever des pucerons, appliquez de la glu arboricole sur les troncs de arbres fruitiers (pas sur des branches horizontales… afin d’éviter que des oiseaux s’y engluent). Détendez-vous si votre pêcher a la cloque : nous avons tendance à stresser dès lors que la moindre feuille est atteinte. En réalité, cela ne pose pas beaucoup de problèmes à l’arbre tant que l’on ne dépasse pas 15/20% de feuilles atteintes. Pour lutter en douceur : augmenter la biodiversité sur votre verger, et choisissez des variétés adaptées comme ‘Charles Roux’ ou ‘Amsden’.

Les baies de mai : camérise

Ce sont les mots qui nous viennent en premier lorsque l’on parle des baies de mai. Peut-être les connaissez-vous sous le nom de ‘camérise’? Quoi qu’il en soit, ne vous privez pas : cultivez cet arbuste à la production de fruits très précoce, courant mai/juin. Vous pourrez les déguster frais ou transformés. Des idées de variétés ? Dirigez-vous vers des variétés canadiennes, elles sont meilleures que les variétés russes. Actuellement, les nouvelles variétés les plus intéressantes sont ‘Boreal Blizzard’ et ‘Boreal Beauty’. Leur fructification est plus importante et les fruits sont plus gros. On peut compléter avec des variétés plus précoces que ces deux tardives, comme toutes les variétés qui commencent par Indigo : ‘Indigo Yum’, ‘Indigo Treat’, ‘Indigo Gem’. Mais elles ne se polliniseront pas entre elles, il faudra des pollinisateurs comme ‘Aurora’, ‘Honey Bee’, ‘Berry Blue’, ‘Vostorg’. Un plant suffira. Pour une bonne pollinisation, nous vous recommandons donc de vous procurer au moins 3 plants.

Gestion de la prairie sous les arbres fruitiers

La prairie qui se développe dans un verger peut consommer la moitié de l’eau, et de l’azote disponible durant la saison. Et en tondant, c’est encore pire : l’herbe repousse, et reconsomme énormément de ressources. Alors qu’une fois leur cycle terminé, ces plantes consomment beaucoup moins d’eau : elles ont accompli leur mission de reproduction. Ainsi, une prairie haute en été consommera moins d’eau qu’une prairie tondue en permanence. De plus, en tondant, vous favorisez un tassement du sol, car les racines ne descendent plus profondément et restent en surface. Ainsi, si vos arbres ont déjà quelques années : tondez simplement de beaux chemins, laissez la prairie tranquille, et fauchez-la en automne, quand toutes les plantes auront pu monter en graines. Laissez tout de même quelques zones vierges pour que les insectes puissent passer l’hiver. Un fauchage en mars est également intéressant. Moins de tondeuse, c’est moins d’essence consommée, et plus de tranquillité ! Pour le reste, au pied des arbres, vous pouvez installer des couvre-sols peu gourmands en eau, mais bien couvrants, comme la sarriette : elle se disperse très rapidement et ne consomme que très peu d’eau.

Récoltes du potager en mai : les plaisirs de la saison

Au mois de mai, quelques récoltes sont possibles au potager, selon votre climat, les dates de semis et la présence (ou non) d’un abri.

Légumes racines et de saison

Parmi les légumes racines, on peut récolter les betteraves, carottes, navets, oignons (plantés à l’automne) et radis. Les légumes « de saison » incluent les asperges, fèves, laitues et pommes de terre nouvelles. Les choux sont toujours présents, mais diffèrent des variétés hivernales : chou frisé, brocoli à jets et chou-fleur de printemps se feront une place dans vos cuisines. Continuez à récolter de la mâche, savourez quelques jeunes feuilles d’épinards et boostez vos salades printanières avec de la laitue, de la roquette, de l’oignon blanc ou encore de la betterave. Le légume phare du mois de mai : l’asperge, évidemment ! Dégustez-la en velouté, en salade ou légèrement poêlée pour profiter de toutes ses saveurs. Préparez un bon ragoût ou une tarte de printemps avec du poireau, de la carotte, du navet et des fèves.

asperges fraîches

Fruits et récoltes précoces

Du côté des desserts ? Profitez du goût acidulé de la rhubarbe en compote ou crumble. Selon le climat local, vous pourrez également récolter vos premiers fruits rouges : fraises et groseilles, à consommer sans modération ! Sous abri ou en culture très précoce, les courgettes et tomates peuvent également être récoltées. Récoltez et régalez-vous de vos cerises (attention, la concurrence est rude avec les oiseaux). Si besoin, un filet posé à temps évite souvent de laisser la meilleure part aux gourmands.

Le jardin d’ornement en mai : équilibre et biodiversité

Le jardin d'ornement en mai nécessite également une attention particulière pour maintenir sa beauté et favoriser la biodiversité.

Haies : halte à la taille !

Ne taillez plus vos haies ! Des nids y sont probablement installées, avec de jeunes couvées… Il est crucial de respecter la faune locale durant cette période de reproduction.

Pelouse : entretien, mousse et zones refuges

En mai, l’entretien de la pelouse se joue surtout sur deux leviers : garder un gazon assez dense, et préserver un peu de vie au jardin. Si la mousse s’installe, scarifiez légèrement pour aérer le feutre et redonner de la place au gazon. Concernant la tonte : évitez de tout tondre d’un seul coup. Procédez en plusieurs passages, surtout si l’herbe a bien poussé. Tondez plutôt haut, la pelouse résiste mieux aux premiers coups de chaud. Laissez volontairement une petite bande ou un coin non tondu pour les insectes (même une surface modeste est utile) afin de créer des zones refuges.

Semis et plantations de fleurs

La plupart des fleurs peuvent être semées ou plantées en mai. Voici quelques exemples :

  • Fleurs annuelles faciles : capucines, cosmos, ipomées, reine-marguerite.
  • Vivaces à installer : échinacées, lavandes, mauves.
  • Bulbes et autres : arum, muguet, lis des Incas.

fleurs de saison mai

Réflexions et conseils supplémentaires pour le permaculteur

Le mois de mai est l'occasion de consolider les acquis et d'expérimenter de nouvelles pratiques pour un jardin toujours plus résilient.

Tester de nouvelles cultures et variétés

Il est toujours intéressant de tester de nouvelles choses. Connaissez-vous le Kiwano ? Il s’agit d’un concombre originaire d’Afrique qui a la texture du fruit de la passion et une saveur qui mélange la banane, le kiwi et le concombre quand il est bien mûr. En pratique, ce n’est pas incroyable, à part peut-être dans le sud de la France.

Ne pas enterrer les tomates trop profondément

Planter ses tomates en travers : avez-vous déjà essayé ? En plantant vos tomates profondément, ou en diagonale, vous enfoncez davantage la tige. La tomate ayant cette particularité de développer de nouvelles racines sur sa tige, vous aurez des plants plus enracinés. Du moins en théorie, car selon Dominique Blancard, chercheur à l’INRAE et spécialisé dans les pathologies de la tomate, il faudrait arrêter d’enterrer les tomates en profondeur. Enterrer le collet de la plante augmente le risque de maladies cryptogamiques comme le mildiou ou le botrytis. Par ailleurs, plus on descend en profondeur, plus le sol est froid au printemps et donc moins accueillant pour nos tomates. La saison dernière, nous n’avons pas enterré nos plants en profondeur et les récoltes ont été au rendez-vous. Cette pratique remonterait à des croyances des maraichers serristes du sud-ouest, sans réel fondement. Si les professionnels n’enterrent pas les plants de tomates en profondeur, de nombreux jardiniers ont gardé cette habitude.

Vérifier la présence de larves de doryphore

Vérifiez la présence de larves de doryphore sur les pommes de terre : c’est le moment d’empêcher l’invasion ! Sur ce type de ravageurs, il vaut mieux agir en amont : dès que les premiers adultes apparaissent sur vos plants de pommes de terre, venez les supprimer un à un. Pour endiguer l’invasion et que les patates ne soient ravagées, il faut intervenir dès les premières générations. Si vous laissez ces dernières se développer, vous risquez d’être rapidement débordé !

Préparer les longs week-ends de mai

Les longs week-ends de mai vont être propices pour avancer au jardin. Préparez-vous-y en récupérant tout ce qu’il vous faudra (matériel, graines, … - attention aux délais de livraison avec ces jours fériés !), pour être fin prêt au moment opportun.

Le mois de mai, c'est le moment où tout s'accélère : on sème, on plante, on installe… et le jardin change de visage presque d'une semaine à l'autre. Prenez cette liste comme une base, puis adaptez-la à votre climat, à votre sol et au temps dont vous disposez : c’est souvent là que se joue la réussite.

tags: #jardin #permaculture #mai